SOINS CONSÉCUTIFS. — HYGIÈNE DES OPÉRÉS
Mais l'opération complétement terminée, le chirurgien n’a encore accompli qu'une moitié de sa tâche. Indépendamment des soins chirurgicaux que réclament de lui les pansements consécutifs et de la surveillance continuelle qu'il doit exercer dans l’attente des hémorrhagies consécutives dans les cas où elles sont à craindre, c’est surtout après l’opération qu'il doit se montrer médecin. Plus que jamais il lui faut redoubler d’attention pour éviter tout ce qui pourrait troubler le travail de la cicatrisation, n'ignorant pas que, dans l’état de vive susceptibilité où se trouve le malade déjà épuisé par les souffrances physiques et morales, les affections les plus graves surviennent brusquement sous l'influence des causes les plus légères. Dès que l'opéré est replacé dans son lit, il faut immédiatement l'isoler de toute influence et de toute excitation étrangère, l'environner des conditions hygiéniques qui ont rapport à la
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température et à la pureté de l’air intérieur, le maintenir dans l’état de calme le plus parfait, l’encourager et le soutenir daus l'espoir d’une guérison prochaine et assurée. Dans les premiers Jours on le tient à une diète sévère, on entretient la liberté du ventre, et on ne permet que des breuvages rafraichissants, sans trop le gorger de boissons aqueuses qui affaiblissent et plongent l’organisme dans un état de langueur. On surveille et on interroge chaque jour l’état général des fonctions et celui de la plaie que l’on compare l’un à l’autre, prêt au moindre signe à combattre toute complication qui pourrait survenir, Enfin, pour peu que la plaie devienne blafarde et que la suppuration s’altère, au plus léger frisson, on doit redoubler d’attention pour en saisir la cause, car on ne saurait trop se défier de ces congestions latentes pleuro-pneumonies, hépatites, péritonites, etc., de ces brusques transitions causées par une céphalite, une péricardite, etc., si communes et si funestes chez les opérés. Nous nous rappelons avoir reconnu avec étonnement à l’autopsie jusqu’à six ou sept phlegmasies différentes, la plupart déjà caractérisées par les désordres les plus graves, chez des sujets dont, trois jours auparavant, l’état général apparent inspirait au chirurgien une parfaite sécurité. Grâce aux travaux récents de M. Magendie, sur les causes et les effets de l’incoagulabilité du sang, on commence à comprendre le mode de formation de ces nombreux engouements des viscères, résultats communs, dans les diverticulums de la circulation générale, de l’appauvrissement et de la fluidification du liquide nutritif qui succèdent aux causes d’affaiblissements et aux hémorrhagies. Cette situation du malade étant mieux connue, on n'insistera plus autant sur l'usage réitéré des saignées, c’est-à-dire de nouvelles hémorrhagies qui ne faisaient que hâter la perte du malade en augmentant l’effet que l’on voulait combattre.