‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome sixième (volume 5)Chapitre 79 sur 470 · INSTRUMENTS DE SECTION ET THÉORIE DE LEUR MODE D'ACTION · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS DE SECTION ET THÉORIE DE LEUR MODE D'ACTION

Les instruments de section diffèrent pour les parties molles et pour les os. Les premiers, dits instruments tranchants, sont les bistouris, les couteaux et les ciseaux. Dans leur forme la plus simple, et en quelque sorte typique, ils entrent dans la manœuvre de presque toutes les opérations ; et même, entre des mains très-exercées, ils pourraient, en quelque sorte, suffire, au besoin, à toutes les indications. Néanmoins, pour certains cas spéciaux, ils varient de forme, d’étendue, de structure et de mécanisme, et prennent différents noms, suivant l'opération à laquelle ils sont affectés.

Les instruments de sections des os sont les scies, les gouges, les cisailles, déjà très-variés suivant les cas ; mais, en outre, dont les modifications ou les associations mécaniques donnent naissance aux couronnes de trépan, perforateurs, pinces incisives, etc.

La partie nommée le tranchant, dans tous les instruments qui ont reçu cette qualification, est le sommet de l'angle plus

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deux indications générales, d’une application continuelle, mais très-variables dans la manière d’y parvenir : la première renferme la réunion des moyens qui ont pour effet de diminuer la douleur; la seconde, connue sous le nom d’hémostatique chirurgicale, est l’art d'arrêter les hémorrhagies.

ou moins aigu qui résulte de la jonction des deux surfaces planes de la lame. Déjà, dans les deux derniers siècles, plutôt par induction que par l'observation visuelle, l'opinion s'était établie, parmi les chirurgiens, d’assimiler les instruments tran chants à des scies trés-fines. Percy, dans le Dictionnaire des Sciences médicales, corrobore cette: opinion, d’après l’examen microscopique. Curieux de vérifier ce fait, et d’asseoir notre conviction sur un examen détaillé, nous avons réclamé de l’obligeance de M. Charrière une série de tranchants de divers instruments estimés les plus parfaits, tant pour la qualité de l'acier que pour le fini du repassage et le poli des surfaces. Voici le résultat de nos observations à un grossissement de cent diamètres".

Le tranchant, proprement dit, se compose de deux biseaux faisant suite chacun, à angle très-obtus, aux surfaces planes des côtés, dont ils rapprochent le sommet de convergence. La hauteur des biseaux varie de cinq à dix centièmes de millimètre ou centimillimètres. Ils sont rayés de sillons et d’arêtes parallèles, obliques en arrière, du sommet vers le talon de la lame. Ces arêtes, fines, d’un demi-centième de millimètre, sont l’image en petit de celles qu'on observe sur toute lame après un repassage grossier à la meule de grès. Interrompus de chaque côté par les profils du tranchant, elles s’y terminent par de petites dentelures arrondies. Le sommet des biseaux n'est pas aigu, comme on serait induit à le supposer, et comme il le paraît, au premier aspect, sous le microscope. Sa forme réelle est une courbe demi-ovalaire, dont la corde a 1,33 centimillimètre de largeur sur la lancette la plus fine, : environ de l'épaisseur d’un cheveu brun. Le tranchant du meilleur bistouri est de 1,75 centimillimètre de largeur ou ; en sus d’une lancette, En travers, le plan courbe du tranchant est hérissé par des séries de denticules longitudinales

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et parallèles, disposées en étages, deux ou trois de chaque côté. La série médiane est le véritable sommet de la courbe. En considérant le tranchant sur son profil, on voit que les denticules, comme les arêtes des biseaux qu’elles continuent, n'ont que : à + de centimillimètre de saillie; en sorte que le plan courbe de section, dont la largeur est de quatre à six fois plus considérable, paraît sensiblement uni : du reste, il est régulièrement continu dans sa forme rectiligne ou curviligne. Enfin la pointe, soit du bistouri, soit de la lancette, par la rencontre des biseaux du tranchant avec le dos de la lame, forme réellement un angle presque aussi parfait au microscope qu’à l'œil nu. Sur un bistouri grossier, le tranchant est plus épais ; la saillie triple ou quadruple des dentelures forme ce qu’on nomme un /ror/fil, très-mince, qui apparaît perforé de petits trous sur le profil.

Le tranchant des lames de ciseaux de chirurgien est une vive-arête représentant à l'œil nu le sommet d’un angle aigu. Sous le microscope, il rentre dans la forme commune, et constitue aussi un plan faisant suite à un biseau taillé sur l’épaisseur de la lame. D'une largeur de 2 centimillimètres, il est sillonné par des dentelures beaucoup plus profondes que celles d’un bistouri; son profil, découpé par de fortes aspérités ou des bavures de métal en saillie, alternant avec des cassures assez profondes, forme une ligne très-irréguliérement continue, comparée à celle des instruments à lame simple. Cette forme de ciseau est répétée par les mors des’ pinces incisives. Il en est de même des angles-plans des dents de scie, à cela près que la vive-arèête en est beaucoup plus grossière,

Tels sont les faits qui résultent de l'examen microscopique des instruments de section.Ces observations, quoique très-minutieuses, sont loin néanmoins d’être futiles, car elles sont le seul fondement vrai d’une théorie dont l'importance est suffisamment prouvée par les efforts des chirurgiens pour comprendre le mode d'action des instruments qu’ils emploient, outre qu’en étant poursuivies, comme nous comptons le faire, elles doivent enseigner aux couteliers à rendre leurs instruments plus parfaits et moins dangereux, pour les divers usages auxquels ils s'appliquent, en montrant quelles sont les conditions physiques auxquelles doit satisfaire le meilleur tranchant. Ainsi, tout instrument de section, depuis la lancette la plus fine jusqu'aux scies les plus grandes que l’on emploie en chirurgie ou même dans les arts, ne divise que par le frottement d'une succession de dents en saillie sur un plan, ce qui revient à dire que tout instrument de section n’est en réalité qu'une scie ou une lime plus ou moins fine ou grossière. Le fait le plus nouveau qui ressort de nos observations est l’épaisseur si considérable du tranchant relativement au relief des denticules, d’où il résulterait qu'aucun instrument, même le plus acéré, ne coupe réellement pas, du moins dans l’acception rigoureuse que l’on attache à l’action de couper, et suivant l’image que l’on s’en forme communément. Evidemment le volume (un demi-centimillimètre), de la denticule moyenne, équivalant à un globule de sang, est encore bien considérable relativement à celui des molécules organiques, si ténues, qu'aucune d’entre elles, sans en excepter les tissus les plus grossiers, ne peut être réellement saisie au microscope, même sous les plus forts grossissements. Il est donc probable que ces molécules, dans le passage du tranchant, ne sont que déchirées, ou, en quelque sorte, égratignées une à une par chaque denticule, dans la chaine qui résulte de leur succession; seulement, l'expérience prouve que cette espèce de section moléculaire est suffisamment intime pour ne pas donner lieu aux accidents nerveux, qui sont le résultat des déchirures en plus

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grande masse. Toutefois, comme la même innocuité suit en général les coupures, même par les instruments les plus grossiers, une hache, un sabre, etc., où la division s'accompagne de contusion et de déchirure, dans une certaine épaisseur ; et que dans ces cas, néanmoins, la réunion est immédiate ou à peine retardée par une légère exfoliation gangréneuse des surfaces, il reste donc encore une lacune pour l'esprit, et l’on ne comprend pas clairement pourquoi ce mode de lésion est si généralement exempt des complications et des accidents nerveux qui suivent les piqüres.

Ces faits étant établis, il nous sera facile de nous rendre compte des phénomènes des sections. Prenons pour exemple le bistouri : on admet aujourd’hui que cet instrument agit de trois manières : pour la pointe, en piquant; et, pour le tranchant, en pressant et en sciant, ou, ce qui nous paraît plus exact, en sciant avec l’aide d’une pression, car c’est l’action de scier qui Joue le rôle principal. Toutefois, l’autre, quoique seulement préparatoire, n’en est pas moins essentielle. La section résulte de la combinaison de ces deux mouvements, dont l'un est perpendiculaire aux surfaces, et dont l’autre leur est parallèle. Leur mode d'action diffère à tel point, que, si l’on se contente d'appliquer un tranchant sur une partie en appuyant avec lenteur, les tissus se refouleront pendant un certain temps, et formeront un sillon sous l'instrument qui les comprime avant de se laisser pénétrer. Mais si, après la pression la plus légère, on tire l'instrument dans un sens parallèle, les parties seront immédiatement divisées. L'art consiste à savoir graduer ces deux sortes de mouvements suivant le poids et la forme de l’instrument dont on se sert. La consistance et l’élasticité des tissus n’ont pas une moindre influence sur la promptitude avec laquelle sont pratiquées les sections : aussi, le même instrument, mis en jeu par une faible puissance, divisera immédiatement des tissus fermes et résistants, tandis qu'il faudra une force de pression et un degré de tension beaucoup plus considérables pour inciser à travers des tissus flasques ou ramollis qui fuient au-devant du tranchant. L’habitude qui résulte d’un fréquent exercice, est le seul moyen d'acquérir cette sûreté de la main, qui fait que le chirurgien, habile à graduer la pression, n'incise jamais ni trop ni pas assez profondément.

On conçoit déjà quelle différence présenteront dans leur manière d'agir les autres instruments de section. Les ciseaux qui fixent les parties, par la rencontre angulaire de deux lames dans un même plan, couperont plutôt en pressant qu’en sciant. Les scies, formées d’une succession de dents à bords tranchants, diviseront, par déchirure ou arrachement, les molécules osseuses sur leur trajet. Nous ne faisons qu'indiquer, comme complément de théorie, ces modifications principales, renvoyant, pour les particularités, à la description des instruments qui en sont l’objet.

On nomme incision, en anatomie et en pathologie, toute solution de continuité faite aux parties molles par un instrument tranchant, L’incision, en raison des formes variées qu'elle affecte et deson usage continuel en chirurgie, est, de toutes les opérations simples, celle qu’il importe le plus de s’exercer à bien faire, En effet, elle complète à elle seule une multitude de petites opérations, telles que sections, ouvertures d’abcès, dissections, excisions, résections de parties malades, etc. En outre, elle entre comme un élément tellement indispensable dans les grandes opérations, que la pratique de ces dernières ne se

compose, en majeure partie, que d’une suite d’incisions plus ou moins variables par la forme, l'étendue, la direction, et la nature des parties lésées.

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