‹ Traité complet de l'anatomie de l'homme, par les Drs Bourgery et Claude Bernard et le professeur-dessinateur-anatomiste N.H. Jacob, avec le concours de Ludovic Hirschfeld. Tome deuxièmeChapitre 54 sur 461 · OU TRANSVERSAIRE ÉPINEUX PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

OU TRANSVERSAIRE ÉPINEUX PROPREMENT DIT

Situation, structure, insertions. Ce muscle, très complexe, remplit immédiatement la gouttière vertébrale depuis la partie inférieure du sacrum jusqu’à la seconde vertèbre du cou. La superposition de ses faisceaux, étagés les uns au-dessus des autres, et réunis par leurs bords adjacens, constitue un long muscle continu , qui participe à la forme de la gouttière dans laquelle il est contenu, en sorte que, largement épanoui sur le sacrum, graduellement aminci aux lombes, étranglé au milieu du dos,

(3) Planches 88, 89,

il s’élargit de nouveau à la naissance du cou. Aussi Winslow et quelques anatomistes avant lui, en ont-ils fait trois muscles différens , un pour chaque région. La structure du transversaire épineux est très compliquée. La portion lombo-sacrée ( muscle sacré des anciens anatomistes) remplit toute la gouttière du sacrum jusqu'à l’arcade osseuse qui sépare les deux derniers trous sacrés, environnée à ses attaches par l'expansion de la masse commune du sacro-spinal. Les faisceaux internes et inférieurs sont d'abord très courts; les autres s’alongent graduellement en devenant externes et supérieurs. Implantés entre les tubercules articulaires et les apophyses épineuses, ils adhèrent aux ligamens sacro-iliaques postérieurs et aux ligamens propres du sacrum. Cette portion musculaire, d’abord très mince inférieurement, devient fort épaisse aux lombes. A partir de ce point, la disposition générale du muscle est uniforme. Considéré dans sa totalité, on le voit évidemment composé de faisceaux obliques, dont les tendons extrêmes s'insèrent d’une vertèbre à la seconde, située au-dessus , de sorte que la vertèbre intermédiaire se trouve franchie sans insertion apparente; mais ces premiers faisceaux ne sont que superficiels, et ils en recouvrent d'autres plus profonds et plus courts. L'insertion inférieure des faisceaux superficiels se fait par de forts tendons funiculaires , au sacrum , aux lombes et au cou, sur les tubercules articulaires, et au dos, au bord supérieur de la base de l'apophyse transverse, point correspondant aux tubercules articulaires pour cette région. C'est à cette disposition que répond le nom d'articulaire épineux, donné à ce muscle par M. Cruveilhier. L'insertion supérieure a lieu, dans toute la hauteur , par l'intermédiaire d'un tendon rubané, qui s'attache sur les côtés du tubercule des apophyses épineuses. Ces faisceaux se confondent par leurs bords, et, par leur face postérieure plane, entremélent dans un grand nombre de points leurs fibres avec ceux de la portion spinale du long dorsal et des demi-épineux du cou et du dos. Si on les sépare mécaniquement, on trouve au-devant d'eux un second, puis’ un troisime plan de fascicules, d'autant plus courts qu'ils sont plus immédiatement en contact avec les vertèbres. Les moyens s'implantent de la base des apophyses articulaires sur les côtés des apophyses épineuses , en envabissant plus ou moins sur les lames vertébrales; les plus courts s'étendent seulement d’une lame vertébrale à celle qui est placée au-dessus. Tous ces faisceaux , à divers plans , adhérant par leurs faces adjacentes, forment, par leur intrication , une masse commune ; la direction est la même pour tous, oblique de bas en haut, et de dehors en dedans.

Action. Le transversaire épineux concordant, par ses divisions multipliées , avec les fractions nombreuses du rachis ou les vertèbres elles-mêmes , sur lesquelles il s'implante, et qu'il fait mouvoir, ses faisceaux devaient être liés ponr se commander les uns les autres; mais aucun d'eux ne peut agir, que la vertèbre qui lui sert d'appui , et successivement toutes celles placées au-dessous, ne soient préalablement maintenues. C'est par conséquent l'implantation fixe au sacrum qui sert de point d'appui commun. Si donc le muscle se contracte brusquement de bas en haut, dans toute sa hauteur, et des deux côtés à-lafois’, il concourt avec le sacro-spinal à l'extension générale du tronc; mais ce n'est pas là son usage spécial. En considérant la direction de ses faisceaux, on conçoit que chacun d'eux, appuyé sur une apophyse articulaire inférieure, tire sur une apophyse épineuse supérieure, qu'il entraîne en bas et en dehors de son côté, tandis que le corps de la vertèbre, par une légère

rotation sur son disque, remonte et se tourne aussi en dehors, mais vers le côté opposé. Ce mouvement, exécuté successivement par étages, du sacrum à l'axis, fait du transversaire épineux le muscle rotateur propre du rachis. Cet effet, bien compris, rend raison de sa structure dans les différentes régions : ses faisceaux sont les plus faibles à la région dorsale, où les côtes rendent la rotation très difficile : ils sont déjà plus longs et plus forts à la région lombaire; mais surtout ils augmentent beaucoup en longueur et en nombre au cou et à la partie supérieure du dos, dont les mouvemens de rotation sont très énergiques, jusqu'au point de former trois couches de muscles rotateurs, synergiques les uns avec les autres, le transversaire épineux , le demi-épineux et le grand complexus, dont l’analogie de fonctions avec les deux premiers avait déjà été saisie par Albinus.

Page 1