MECANISME 1)U DEVELOPPEMENT
A toutes ces considérations puisées dans l’examen de l’état normal, nous ajouterons l’observation des hydrocéphales, chez lesquels on voit augmenter toutes les paires de bosses constantes, à mesure que l’hydropisie ventriculaire est produite.
Enfin , pour établir plus fortement encore comment le développement général de la forme du crâne est le résultat combiné des dispositions de l’enveloppe et d’un effort excentrique des parties qu’elle renferme , nous citerons l’exemple des crânes développés sans contenir de cerveau, mais seulement de l’eau. M. Gratiolet a publié un exemple de ce genre : j’en possède un autre que je dois à la bonté de M. Baron père. Dans ces crânes, toutes le fosses de la base existent ; elles manquent , au contraire , quand avec l’absence de l’encéphale coïncide l’ouverture du crâne. A ceux qui douteraient que les sacs séreux du ventricule puissent , malgré l’intervalle des circonvolutions , s’imprimer dans les fosses frontale , pariétale et occipitale supérieures qui leur correspondent , nous citerons l’analogie que présente, avec ces divers phénomènes, la convexité supérieure de 1a. cavité orbitaire saillant en bosse dans la région correspondante du crâne. Cette saillie ne reconnaît-elle pas pour cause la présence du globe de l’œil dans l’orbite 1 Quand l’œil est crevé, la voûte s’affaisse ; c’est un fait parfaitement connu. Or, le globe de l’œil est loin de toucher immédiatement la voûte, qu’il soulève pourtant, une couche de graisse molle l’en sépare. Pourquoi le même fait n’aurait-il pas lieu dans le crâne? Mais , dira-t-on peut-être, la sphère que constitue le globe de l’œil est beaucoup plus consistante que les extrémités obtuses des ventricules dont une couche de fibres, nerveuses seulement, forme les parois ! L’observation est juste, et elle explique pourquoi, lorsque deux forces aussi inégales agissent en concurrence l’une de l’autre , la plus grande l’emporte; c’est pour cela que la voûte orbitaire soulevée par le globe de l’œil imprime sa convexité à la base du cerveau. Mais par out où les fosses ou bosses principales du crâne existent, les surfaces qui les présentent sont libres à l’extérieur comme à la voûte; ou couvertes, comme à la base, d’insertions musculaires
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qui n’agissent pas en sens inverse de la pression du cerveau de dedans au dehors , et cette pression produit en liberté tous ses effets.
Dans les anencéphales dont le crâne n’est pas clos , toutes les parties delà base du crâne creusées en fosse, dans l’état normal, sont relevées en bosse ; dans les crânes d’individus chez lesquels le globe de l’œil a été détruit depuis long-temps, la voûte orbitaire, seule partie de la base du crâne qui offre dans l’état normal une saillie en bosse à l’intérieur, se trouve aplatie, enfoncée.
Il n’en faudrait pas plus que ces deux exemples pour démontrer la part qu’exerce dans un cas la force d’expansion du cerveau pour produire les fosses de la base du crâne ; le globe de l’œil , dans un autre cas , peut soulever en sens opposé la voûte de l’orbite..
La nature agit, dans la formation du crâne, comme le fait Thomme, dans la voilure d’un navire. Elle commence par une poche flexible et donne à l’encéphale une force d’expansion qui enfle et arrondit cette enveloppe, sinon dans les parties retenues par des cloisons fibreuses. De même quand le marin a disposé ses voiles , le vent les gonfle sinon aux places où des brides inflexibles les retiennent.
Ces considérations toutefois ne peuvent expliquer que la forme générale du crâne-, il présente , dans les variétés de l’espèce humaine, dans l’homme et dans la femme, dans l’enfance, dans les autres âges , des différences nombreuses de conformation.
Parmi ces différences, les unes sont naturelles , les autres acquises. Nous parierons seulement ici de ces dernières.
DEFORMATION ARTIFICIELLE
Tous les hommes qui ont examiné la tête des nouveau-nés savent combien elle est molle et facile à altérer dans sa forme ; le seul travail de l’accouchement suffit bien souvent pour l’allonger démesurément.
La grandeur des fontanelles, l’absence de dentelures entre la plupart des os du crâne , le peu d’épaisseur et de résistance de ces os eux-mêmes , expliquent la facilité avec laquelle la déformation d’une tête de nouveau-né s’opère sous l’influence de causes diverses.
L’allongement que produit tous les jours le travail de l’accouchement disparaît promptement si la tête reste libre de toute compression. La manière de coiffer les nouveau- nés peut produire une déformation du même genre , et trop souvent ineffaçable.
Si l’on coiffe les nouveau-nés de bonnets assez amples , arrêtés sous le menton, la conformation de la tête reste naturelle.
Dans plusieurs parties de la France , on coiffe les nouveaunés de bonnets fixés sur la circonférence du crâne lui-même. Tantôt on commence par l’entourer d’un étroit et long triangle de toile qui décrit plusieurs tours avant d’être arrêté, et par dessus ce serre-tête ou bandeau on place un bonnet rond à coulisses dont les cordons sont serrés suivant la même circonférence que le serreTête lui-même. Cette pratique est très-commune en Normandie.
Dans d’autres provinces , on ne commence pas par entourer la tête d’un bandeau ; on la couvre d’un bonnet rond , et ce bonnet se trouve ensuite assujetti par un nombre variable de tours de bande méthodiquement jetés depuis les bosses frontales jusqu’aux bosses pariétales. C’est ainsi qu’on agit à Toulouse et dans une grande étendue des pays voisins.
Quel que soit le procédé mis en usage , partout où les bonnets des nouveau-nés sont fixés sur la circonférence du