‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 17 sur 425 · DE LA FÉCONDATION · texte numérisé non relu

DE LA FÉCONDATION

L’existence des sexes, dans les végétaux, a été longtemps regardée comme une idée chimérique, qui ne méritait aucun examen sérieux ; il n’y a pas plus de deux siècles qu’on a reconnu dans les plantes des organes sexuels, destinés aux mêmes usages que dans les animaux.

Il y avait, au jardin d’Upsal, un rodiala femelle (palmier) qui était stérile depuis cinquante ans; Linné parvint à se procurer une plante mâle de cette espèce, et l’arbre porta des fruits. En rapprochant deux clusia pulchilla, l’un mâle et l’autre femelle, il rendit les fleurs fécondes; le contraire eut lieu lorsqu’il les isola. Il fit une expérience plus décisive : il prit des étamines de l’individu mâle et féconda, avec les précautions convenables, une seule loge de l’ovaire qui fructifia, tandis que les deux autres loges avortèrent.

Lorsque l’époque de la fécondation est arrivée, les organes sexuels d’un grand nombre de plantes exécutent des mouvements très-remarquables. C’est ainsi qu’on voit desetamines s’incliner vers le stigmate pour le couvrir de leur poussière fécondante, et puis reprendre leur première position. Dans la fraxinelle, les étamines sont écartées à angle droit du pistil; lors de la fécondation, elles se relèvent pour le rendre fertile. Ces mouvements sont plus apparents dans les organes mâles que dans les organes femelles.

Dans la nigelle, les styles qui s’élèvent en colonne, au milieu de la fleur, se courbent en arc, et vont offrir leurs stigmates aux étamines placées au-dessous d’eux; dans les épi lobes, les styles abaissés vers la terre se redressent, écartent leurs quatre stigmates, qui se fléchissent comme des cornes de bélier, pour se rapprocher des étamines.

La fécondation exerce une grande influence sur la chaleur des végétaux. Ainsi dans le gouet (arum commun), elle s’élève à vingt degrés, et à quarante dans le gouet d’Italie, eu même temps que sa surface se noircit.

Les mouvements que les plantes aquatiques exécutent, lors de la fécondation, sont extrêmement curieux. Leurs fleurs,

jusqu’alors cachées sous les eaux, viennent à la surface ; elles s’épanouissent, se fécondent. Plusieurs se replongent dans les eaux pour y mûrir leurs fruits. Ce phénomène est surtout remarquable dans la vallimere, plante de la famille des hydrocha ridées.

Les vents sont indispensables pour favoriser la reproduction des plantes qui sont éloignées l’une de l’autre. Dans les environs d’Otrante, en Italie, un dattier femelle, longtemps stérile, commença à porter des fruits aussitôt qu’un dattier mâle, cultivé à Brindes, eut commencé à fleurir; la distance entre les deux arbres était de quinze lieues. Ce sont les vents qui, en transportant le pollen des pins et des sapins, couvrent

les lieux environnants de cette matière jaunâtre que les paysans ont longtemps regardée comme une pluie de soufre.

En Orient, on féconde, comme on l'a fait de tout temps, les dattiers femelles en secouant sur leurs fleurs à pistils les

fleurs à étamines ; en Sicile, on féconde de même les pista-

chiers.

Le phénomène de la fécondation a lieu d’une manière trèscurieuse dans l’eupomaria, plante de la Nouvelle-Hollande. Ce végétal, par une exception rare, a ses pétales interposés entre les étamines et les pistils, de manière qu’en isolant le pistil, ils rendraient la fécondation très-incertaine, si un insecte ne venait rétablir la communication, en rongeant les pétales.

On obtient quelquefois, dans les plantes comme dans les animaux, de très-belles espèces, en fécondant des espèces voisines l’une par l’autre : il en résulte des races croisées, qu’on appelle hybrides , qui tiennent de la mère par les organes générateurs, et du père par les feuilles et par les parties accessoires. Tout porte à croire que c’est à de semblables rapprochements qu’on doit attribuer. les variétés des courges et des melons, de même que la plupart de celles de nos arbres fruitiers et des fleurs de nos parterres. C’est par ce moyen que l’on est parvenu à se procurer des fleurs où deux colorisations se trouvent réunies.

Ce que nous venons de dire sur la fécondation nous donne l’explication de plusieurs faits importants pour la culture :

on peut dès lors se rendre compte du peu d’abondance de la récolte et de la coulure de la vigne, lorsque les pluies ont continue longtemps, a 1 epoque de la floraison de la vigne et des blés : ces pluies, par leur violence, ont emporté la poussière fécondante, et les plantes sont restées stériles. Dans une chanvrière, il y a des pieds males et des pieds femelles; on conçoit que si l’on arrachait les pieds mâles du chanvre avant que les individus femelles eussent été fécondés, il n’v aurait plus alors ni graine ni reproduction.

nu FRUIT.

Le fruit, comme nous l’avons déjà observé, n*est autre chose que l’ovaire, qui a survécu à la plupart des autres organes de la fleur, et que la maturité a grossi et développé; d’où il suit que le fruit est inférieur, ou supérieur, suivant que le germe a été l’un ou l’autre.

La grosseur des fruits n'est pas toujours proportionnée à celle des végétaux qui les produisent. La courge, plante ram pante et herbacée, donne des fruits énormes et pulpeux, tandis que l’orme, l’érable, le frêne, ne portent que des fruits secs, dont la petitesse nous étonne. Il est dans les végétaux certaines parties que l’on mange, et auxquelles on donne improprement le nom de fruits. La figue, par exemple, n’est qu'une enveloppe de fleur; la pomme d’acajou n’est qu’un pédoncule gonflé par un suc agréable et délicieux.

On donne le nom d e réceptacle, ainsi que nous l’avons déjà dit, en parlant de la fleur, à la base sur laquelle repose immédiatement le fruit.

Il faut distinguer dans le fruit l'enveloppe et la graine ; l’enveloppe se nomme péricarpe, et la graine change ordinairement son nom en celui de semence.

Le péricarpe est cette partie du fruit qui enveloppe et défend les semences. L’existence de cet organe n’est pas d’une nécessité absolue. Tantôt les semences sont renfermées dans 0 calice, qui persiste dans son entier, comme dans la sauge, le romarin, la camphrée; tantôt une des divisions du calice

persiste et fait les fonctions de péricarpe, comme dans un grand nombre de graminées ; tantôt les semences sont entièrement nues, comme dans le cerfeuil, 1 angélique et les oin-

bell itères.

Le péricarpe varie, soit dans sa forme, qui est ou sphérique, ou ovale, ou cylindrique, etc., soit dans sa surface, qui est ou glabre ou velue, etc., soit dans sa substance, qui est ou membraneuse, ou coriace, ou ligneuse, ou charnue, etc.

Le péricarpe, considéré à l’extérieur, est quelquefois indivisible, comme dans la noisette. Le plus souvent il s ouvre entièrement, dans le sens de la longueur, en deux, trois ou plusieurs pièces, appelées valves; on dit alors que le péricarpe est bivalve, trivalve, etc. Quelquefois il s’ouvre transversalement ou en boîte à savonnette, comme dans le pourpier, la centenille.

L’intérieur du péricarpe offre ordinairement plusieurs

cloisons qui le divisent en loges ou cavités. S’il n’y a qu’une cloison, il ne peut exister que deux loges, et le péricarpe est biloculaire ; s’il y a plusieurs cloisons, le nombre des loges augmente, et le péricarpe est surnommé triloculaire, quadriîoculaire, etc. S’il n’existe pas de cloison, il est évident qu’il ne peut exister qu’une loge, et le péricarpe est alors uniloculaire. La position de la cloison à l'égard des valves n’est pas toujours la même; tantôt elle est parallèle, c’est à dire que ses deux côtés s’insèrent dans les sutures des valves, comme dans la lunaire ; tantôt elle est contraire ou opposée, c’est-àdire que ses deux côtés, au lieu de s’insérer dans les sutures des valves, coupent longitudinalement les valves par le milieu, comme dans le lepidium thlaspi.

Le péricarpe est monosperme, s'il ne renferme qu’une semence; disperme, s’il en renferme deux ; oligosperme, s'il en renferme un petit nombre, et polysperme s’il en renferme

davantage.

On distingue, par des noms différents, neuf espèces de péricarpes, savoir ; la capsule , le follicule , la silique, \o, légume, le drupe, la pomme , la baie, le cône et la noix.

La capsule est un péricarpe sec et creux, qui s’ouvre d’une manière déterminée. Dans certaines plantes, comme dans le

géranium, la balsamine, la capsule éclate subitement avec explosion, et lance les graines à quelques pieds de distance; celte explosion est produite par le raccourcissement subit des fibres de la capsule. Sa déhiscence, ou manière de s’ouvrir, est partielle ou entière : dans le premier cas, elle se fait tantôt par le sommet, comme dans l’œillet, tantôt par la base, comme dans la dentelaire; dans le second cas, elle se fait quelquefois transversalement, plus souvent longitudinalement, en deux ou plusieurs valves, soit de la base au sommet, soit du sommet à la base.

Ce que nous avons dit touchant le péricarpe, considéré à l’intérieur et à l’extérieur, convient particulièrement à la capsule. Ainsi, on dit que la capsule est univalve, lorsqu’elle ne s’ouvre que par un côté, comme dans le delphinium ; bivalve, lorsqu’elle s’ouvre en deux valves bien distinctes , comme dans le chrysosplenium, l’acanthe ; trivalve, comme dans le lis, la tulipe; quadrivalve, comme dans l’onagre, etc. Les orchis, ophrys ont une capsule formée de trois montants, auxquels adhèrent sur les côtés trois valves, munies chacune, dans leur milieu, d’une nervure longitudinale et saillante; les trois valves tombent et les trois montants persistent.

La capsule est appelîée uniloculaire ou à une loge, si la cavité n’est point divisée, comme dans la violette; biloculaire, si la cavité est divisée en deux loges, comme dans la digitale, la véronique; trilocula ire, si la cavité est divisée en trois loges, comme dans la tulipe, le colchique, l’iris.

Lorsque plusieurs capsules sont réunies, le péricarpe est ou bicapsulaire ou tricapsulairc, etc., en raison du nombre de capsules qu'il réunit : bicapsulaire, comme dans l’érable; tricapsulaire, comme dans l’ellébore.

Si l’on considère la forme de la capsule, on dit qu’elle est ou ovale, ou cylindrique, ou globuleuse, ou scrotiforme, c’està-dire composée de deux globes réunis et un peu comprimés du côté où ils se touchent, comme dans le fruit de la mercuriale.

On examine encore si la capsule est anguleuse, et Ton compte alors le nombre des angles ; par exemple, on en trouve

trois dans la capsule de l’igname, six dans celle de 1 impé riale; quelquefois la capsule est garnie de membranes saillantes, qu'on peut comparer à des ailes, comme dans l’érable; alors on dit qu’elle est ailée.

Le follicule est un péricarpe sec, auquel les semences no sont point adhérentes, composé d’une seule pièce qui s’ouxre longitudinalement d’un seul côté, connue dans le laurier rose, l'asclépias ; ce péricarpe est ordinairement gonflé par l’air qui s’y dilate. Les semences sont presque toujours surmontées d’une jolie aigrette soyeuse.

La silique est un péricarpe composé de deux valves, reunies par une suture longitudinale, entre lesquelles se trouve ordinairement une cloison membraneuse, tantôt parallèle, tantôt contraire aux valves. Les semences sont attachées le long des deux sutures opposées, ou réunion des valves, comme dans le chou, la julienne, le velar. La cloison est tantôt parallèle, tantôt opposée. Ce péricarpe conserve le nom de silique, lorsque, dans sa longueur, il contient au moins deux fois sa largeur, comme dans le velar, la moutarde; on lui donne le nom de silicule, petite silique, lorsque sa largeur est égale à sa longueur, comme dans la passerage.

La forme de la silique varie : elle est tantôt cylindrique, c'est-à-dire plus longue (pie large, et arrondie dans toute sa largeur, comme celle du sysimbrium ; tantôt elle est articulée, c’est-à-dire alternativement rétrécie et renflée, comme celle du raifort; tantôt elle est comprimée ou aplatie, comme celle de la julienne; tantôt lancéolée, comme celle du pastel : tantôt lobée, comme celle de la biscutelle; tantôt un peu en cœur, comme dans le thlaspi ; tantôt elliptique, comme dans la lunaire, etc.

Le légume est un péricarpe sec, formé de deux valves ou cosses. Les semences ne sont attachées que le long d’une seule suture, et c'est ce qui distingue le légume de la silique. Le légume est cylindrique, male, linéaire, xésieufeux, articulé, contourné, etc. Le plus souvent il est à une seule loge; quelquefois, mais tics -rarement, il est biloculaire ou presque biloculaire, comme dans l’astragale.

Le drupe est un péricarpe charnu, sans valves, dans le-

quel est un noyau qui contient la semence, appelée vulgairement amande, comme le fruit de l’olivier, du prunier, du cerisier, du noyer.

La pomme est un péricarpe charnu, dans le milieu duquel on trouve ordinairement des loges membraneuses qui contiennent des semences appelées pépins, dont l’enveloppe est coriace, comme la poire, la pomme.

La baie est un péricarpe mou dans sa maturité, qui renferme une ou plusieurs semences, dans une pulpe succulente, comme la groseille, le raisin ; quelquefois plusieurs petites baies sont rassemblées et portées sur un réceptacle commun, comme dans le fruit de la ronce.

Le cône est composé d’écaillcs ligneuses, appliquées les unes contre les autres, fixées sur un axe ou pédoncule commun qu'elles entourent, comme dans les pins, sapins, etc.; sous chacune des écailles on trouve une ou deux semences anguleuses, et ordinairement garnies d’une membrane ou espèce d’aile, comme dans le pin. Le cône, dans le temps de la floraison, est un vrai chaton ou réceptacle commun, autour duquel sont disposées, entre des écailles, de petites fleurs incomplètes ; mais, après la floraison, on doit le regarder comme un \rai péricarpe, puisque les écailles qui servent d’enveloppe aux semences en font les fonctions.

La noix est un péricarpe plus ou moins dur, d’une seule pièce, quelquefois simplement coriace, comme dans la faîne, la châtaigne, le gland, et quelquefois ligneux, comme dans la noisette. Il ne faut pas, comme on voit, se former l’idée de la noix sur le fruit du noyer, qui porte vulgairement ce nom ; le fruit du noyer est un véritable drupe.

La semence est, comme on l’a vu, cette partie essentielle du fruit, qui contient les rudiments d’un nouvel individu de la même espèce que celui par qui elle a été produite.

On appelle placenta la partie sur laquelle les semences reposent immédiatement, et qui leur transmet les sucs nécessaires à leur subsistance. Ouvrez une capsule d'œillet, vous trouverez, dans le centre, un corps cylindrique, droit, libre, auquel les graines sont attachées. Ce corps cylindrique est le placenta des semences de l’œillet. Dans la morelle, la linaire,

le capricum, le placenta est adné à la cloison et tait corps avec elle. Dans la tulipe, l’aloès, le colchique, c’est le bord central des cloisons auxquelles les semences sont attachées qui forme le placenta; dans les labiées, les semences sont attachées à un petit corps glanduleux et central, placé au tond du calice; dans les boraginées, les semences sont appliquées de côté contre la base renflée du style; dans les crucifères, les deux sutures des valves servent de placenta; dans les légumineuses, une seule suture en fait les fonctions; dans les composées, le réceptacle de l’assemblage des fleurs devient le placenta des semences; enfin, dans les ombellifères, le placenta est cet axe central, filiforme, souvent fendu en deux, et du sommet duquel semblent pendre ces deux semences qui forment le fruit. On appelle cordon ombilical le petit filet par lequel les semences sont attachées au placenta.

Le premier objet que nous remarquons dans une semence, c’est la tunique qui l’enveloppe. Cette tunique est ordinairement membraneuse et très-adhérente à la semence, comme dans la faîne. Quelques semences ont encore, outre cette enveloppe membraneuse, une tunique propre, extérieure, qui se détache d’elle-même, comme dans le jasmin, le café, et qui porte le nom ( Yariïïe . Ordinairement une arille ne contient qu’une semence; quelquefois, néanmoins, elle en renferme plusieurs, comme dans le fusain, le celastrus. Nous remarquons ensuite au sommet, à la base ou sur les côtés de la semence, un ombilic plus ou moins large, plus ou moins profond.

La forme de la semence fixe aussi nos regards. La semence est uniforme dans le haricot, globuleuse dans le pois, arrondie dans l’orobe, triangulaire dans les polygones. Quelquefois elle est surmontée du calice propre de la fleur, qui persiste, comme dans la scabieuse : alors on l'appelle couronnée. On dit que la semence est nue, si elle n'a d’autre enveloppe que sa tunique propre, comme dans les ombellifères, les labiées, les boraginées. On l’appelle couverte, lorsque, indépendamment de sa tunique propre, elle est renfermée dans un péricarpe.

La nature, toujours occupée de la conservation des espè-

ces, a encore pourvu les semences d’appendices ou accessoires, dont les uns servent à les défendre contre la. voracité des animaux, les autres à faciliter leur dispersion. Ainsi l’on voit des semences muriquées, échinées, c’est-à-dire couvertes de piquants, comme celle des caucalis; d’autres hérissées ou couvertes de poils rudes, comme celles de la carotte; les unes portent une espèce de membrane saillante, plus ou moins ferme, appelée aile, comme celles des bignones; il en est qui sont surmontées d’une jolie aigrette, quelquefois soyeuse et d’une blancheur éclatante. Cette aigrette fait voltiger la semence au gré du moindre vent On l’appelle aigrette simple, lorsque les poils dont elle est formée n’ont aucune division dans leur longueur, comme dans la laitue; plumeuse, si les poils sont rameux, comme dans la scorsonère. On remarque encore si l’aigrette est sessile, c’est-à-dire si elle repose immédiatement sur le sommet de la semence, comme dans le laitron ; ou bien si elle est stipitée, c’est-à-dire portée sur un pivot, comme dans la laitue, le pissenlit.

La semence, dans son intérieur, présente Y embryon formé des l&besy de la radicule et de la plumule. Le nombre des lobes ou cotylédons n’est pas le même pour toutes les plantes : il y en a deux dans les légumineuses et dans un très-grand nombre de végétaux, qu’on appelle alors plantes dicotylédones; l’embryon n’a qu’un lobe dans les graminées, les palmiers, les liliacées, et ces plantes sont appelées monocotylédones; celles dont l’embryon est dépourvu de lobes, comme dans les champignons, les mousses, les fougères, sont appelées acotylédones.

Il n’existe point de plantes polycotylédones. A. L. Jussieu a observé que, dans les pins et les autres conifères, que quelques botanistes regardent comme polycotylédones, l’embryon était simplement à deux lobes, partagés en découpures linéaires qui imitent un verticille polyphylle.

Les lobes de la semence se changent, dans la germination, en feuilles séminales, qui tombent, lorsque la plantule peut se suffire à elle-même et pomper les sucs de la terre. Dans peu de plantes seulement, les feuilles séminales sont distinguées des lobes et placées au-dessus. Nous citerons pour

exemple le haricot, le dolique et les autres genres voisins, dans l’ordre naturel.

Les lobes des plantes dicotylédones offrent des différences dans leur contexture, leur maniéré d être dans la graine non germée, et dans leurs développements divers pendant la germination. Ces différences sont constantes et uniformes dans les plantes d’un môme genre, et dans les genres qui composent les différents ordres de la méthode naturelle : par exemple, les lobes sont droits dans les rosacées; ils sont repliés sur euv-mômes dans les malpighées, les géranium; ils sont réfléchis sur la radicule, dans les cApriers, les saponiers, les caryophyllées ; ils sont recroquevillés dans les malvacées, contournés en S dans les liserons, etc.

La radicule est le rudiment de la racine. C’est la partie extérieure et inférieure de l’embryon, d’où viennent sortir les petites racines qui puiseront dans le sein de la terre les sucs propres à la nourriture du végétal.

La plumule est le rudiment de la tige, c’est cette partie intérieure de l’embryon, placée entre les lobes, qui doit pousser hors de terre.

Les destinations de la radicule et de la plumule sont si dilférentes, que, si l’on place une semence en terre de manière que la radicule soit élevée et la plumule abaissee, elles ne tarderont pas à reprendre l’une et l’autre la direction déterminée par la nature.

L’embryon est entouré, dans plusieurs plantes, d’un corps tantôt farineux, comme dans les graminées, tantôt corné, comme dans le café, tantôt ligneux, comme dans les ombelles. On donne à ce corps le nom de -péri sperme ou d'albumen. Le périsperme est contigu à l’embrvon, assez ordinairement il l’entoure, mais quelquefois il en est entouré, et c’est pour exprimer cette dernière manière d’etre que A. L. Jussieu emploie l’expression de typus (moule); les caryophyllées, les amaranthes en offrent des exemples. Gurtner a observé dans quelques semences, et surtout dans celles des graminées, un petit corps situé entre l’albumen et l'embryon, auquel il a donné le nom de \itellus. On peut comparer l'albumen ou périsperme au blanc de l’œuf, le vitellus au

jaune du même œuf. Ce petit corps adhère à l'embryon qu’il entoure, et il diffère, en ce point, du périsperme, qui n’est que contigu à l’embryon. Le périsperme et le vitellus n’existent pas toujours ensemble dans la même semence, comme oo le voit dan* l’embryon du lamia. coupé longitudinalement.

I>K Ï.A CKIOUNAÏÏON.

On donne le nom de germination à la série de phénomènes par où passe une graine qui, parvenue à sa maturité et mise dans des circonstances favorables, tend à développer l’embryon qu’elle renferme.

Par exemple, si- on dépose une semence d’orme dans la terre, l’humidité ne tarde pas à la pénétrer ; la chaleur \ excite une légère fermentation; l’air, en se dilatant, fait éclater l’enveloppe qui tenait les deux lobes unis. La radicule s'implante dans la terre, la plumule s’élève, et la semence est germée. Mais la radicule n'est point encore assez forte pour pomper les sucs qui doivent nourrir la plante : la nature a pourvu à sa faiblesse, en donnant à l'embryon deux lobes qui l’ont les fonctions de mamelles, entretiennent, augmentent les principes de la vie végétale, et ne se flétrissent qu’au moment où les sucs, pompés par la radicule, peuvent circuler dans la jeune plante. C’est alors que le végétal s’accroît insensiblement; la tige se forme et produit des boutons; le* rameaux se développent, un feuillage éclatant compose leur parure, et les fleurs s’épanouissent. xVinsi, par exemple l’orme qui, dans son principe, c’est-à-dire contenu dans l’embryon, n’était qu’une sorte de mucilage ou gelée végétale, prend peu à peu de la consistance, et, par l’incorporation dos nies nourriciers, acquiert cette forme et cette solidité que nous admirons.

Mais comment s’opère, dans les arbres, cet accroissement, soit en grosseur, soit en hauteur?

La plumule, en sedéveloppant, s’allonge en tige; la nouvelle plante, encore, pour ainsi dire, dans son enfance, est tendre et herbacée. Quelquefois, en sortant de terre, elle entraîne

avec elle les restes des téguments qui l’enveloppaient dans l’état d’embryon; d’autres fois elle est accompagné de deux feuilles, appelées feuilles séminales, très-différentes, par leur tissu et leur forme, des feuilles qui doivent l’orner dans l’âge mur. Elle prend peu à peu de la consistance; le corps ligneux se durcit dans l’intérieur, et, à la fin de l’automne qui l'a vue naître, la jeune plante constitue un petit arbre recouvert extérieurement d’une écorce bien formée. Sous cette écorce, est un petit cône ligneux, qui est creux, et dans lequel est la moelle; ce cône est ordinairemement terminé par un seul bouton, qui paraît à l’extrémité de la tige, et d’où doit sortir la nouvelle pousse, qui, en s’élançant perpendiculairement, forme la tige principale, pendant que des boutons, qui prennent des directions obliques, forment les branches latérales ou les rameaux. Bientôt un nouveau cône, terminé par son bouton particulier, recouvre le cône ancien, et successivement de nouvelles couches produites chaque année, soit sur la tige principale, soit sur les rameaux, rerecouvrent les précédentes couches et donnent naissance à autant de bourgeons. Ces couches épaisses, que l'on regarde comme le résultat de l’accroissement d’une année, sont ellesmêmes composées d’un nombre de couches infiniment minces, qui se forment successivement et pendant toute la durée de la sève.

Les plantes herbacées ont aussi leurs parties ligneuses; on voit, sous leur écorce tendre, un cylindre d'une matière moins colorée, plus dure, différemment organisée, composée principalement de fibres longitudinales, vraiment ligneuses, qui donnentà la plante la force de résister aux vents, déporter scs feuilles et ses fruits. Cette partie ligneuse est évidente dans le chanvre, le tournesol; avec un peu d’attention, on la retrouve même dans les tiges des plantes annuelles les plus tendres, que l'on peut appeler, avec plus de vérité, plantes herbacées.

11 est donc évident, 1° qu’il y a, au pied et au centre d’un arbre, âgé de cent ans, du bois de cent ans, tandis qu’il n’y a, à l’intérieur et à l’extrémité des branches, que du bois d’un un; 2° que l’augmentation en grosseur, dans les arbres, se

fait par le moyen des couches ligneuses, qui s’ajoutent au bois déjà formé : aussi, en coupant horizontalement un tronc d’arbre, par exemple, un tronc de chêne, on voit, sur la surface de l’aire de la coupe, des cercles à peu près concentriques, qui ne sont autre chose que les couches recouvertes les unes par les autres, ou, ce qui est la même chose, les cônes qui se sont emboîtés.

Les cercles ligneux s’écartent quelquefois de l’axe du centre de l’arbre, plus d’un côté que de l’autre. La raison physique de cette inégalité d’épaisseur vient de ce que la sève est déterminée, soit par l’insertion des racines, soit par l’éruption des branches, à couler avec abondance plus d’un côté que de l’autre. Nous ne croyons pas devoir nous arrêter sur l’origine de ces couches nouvelles; nous dirons seulement qu’il paraît vraisemblable que c’est une substance organisée, une espèce de mucilage, le cambium, dont nous avons parlé, qui, dans le temps de la sève, se tient entre le bois et l’écorce, prend peu à peu de la solidité et produit les couches corticales ou ligneuses, lesquelles contribuent, chaque année, à l’accroissement du tronc d’un arbre en grosseur.

En adoptant ce sentiment, on conçoit comment l’écorce, écartée du bois, et conservant à ses deux extrémités son adhérence avec le reste de l’écorce, produit une lame ligueuse. On conçoit aussi que l’arbre, dépouillé de son écorce, ne tarde pas à en prendre une nouvelle.

L’addition successive des couches ligneuses contribue à l’accroissement du végétal, dans le sens de la grosseur; l’allongement des fibres contribue à son accroissement, dans le sens delà longueur; mais cet allongement ne s’exécute pas de la même manière dans la tige jeune et dans la tige adulte.

On divisa une jeune tige, haute de cinq centimètres, en dix parties égales, que l’on marqua avec des fils d’argent très-fins piqués dans l’écorce; l’automne suivant, tous ces liis se trouvèrent écartés les uns des autres, mais de façon que ceux qui étaient en bas, ou plus près de la racine, s’étaient peu écartés, tandis que ceux qui étaient vers la branche supérieure étaient séparés par de plus grandes distances. Cette expérience simple prouve que les jeunes tiges s’étendent

dans toute leur longueur. La partie supérieure, qui est tendre, molle, s’étend beaucoup, tandis que la partie intérieure, qui est plus dure, qui commence à devenir ligneuse, s’étend beaucoup moins.

Les tiges adultes ne s’allongent point dans tonte leur étendue, mais seulement par leur extrémité supérieure. C’est ainsi que l’orme, dans le temps où il croît encore, ne s’allonge que par bipartie qui termine son tronc, tandis que le corps entier de ce même tronc ne prend plus part à rallongement; en effet, les branches qui sortent d’un arbre, à une certaine distance de la terre, restent toujours à cette même hauteur, quoique l’arbre qui les porte croisse et s’élève beaucoup. Si vous enfoncez dans la tige d'un jeune arbre deux pointes qui répondent exactement aux deux extrémités d’une règle, et que vous présentiez tous les ans cette règle à la tige de l’arbre, vous verrez que les bouts de la règle répondront constamment aux deux points.

Ainsi, d’après l’observation, confirmée par l’expérience, on peut conclure : 1° que les jeunes tiges s’étendent dans toute leur longueur tant qu’elles sont tendres et herbacées; 2° que l’allongement diminue à proportion que le bois s’endurcit; o‘ que l'allongement cesse quand la portion ligneuse est entièrement endurcie.

Pour compléter ce qui concerne l’accroissement du tronc du végétal, nous croyons devoir examiner l’implantation ou l’insertion des branches sur le tronc. Les branches ne sont pas une division partielle du tronc, puisque chaque brahehe est, à la grosseur près, tout à fait semblable au tronc qui l'a portée; de plus leur organisation est absolument la même; (‘Iles sont formées, comme nous l’avons dit, en parlant de l’accroissement en grosseur, par un bouton du cône qui se dirige obliquement; ainsi elles prennent naissance dans l’intérieur même du tronc.

Supposons qu’on coupe un arbre qui se divise en deux branches, à trente centim. au-dessus de la bifurcation, l’aire de chaque branche présentera des couches concentriques, de même qu’un tronc coupé horizontalement. Si on coupe ensuite cet arbre au-dessous de la bifurcation, on verra quel-

ques couches concentriques propres au tronc, recouvrir les couches propres aux branches. Si on coupe encore une tranche de bois, à quelques centimètres de distance, le nombr des couches propres au tronc sera augmenté, tandis que celu des branches sera diminué. En coupant ainsi, successivement, des branches de bois, on parviendra au point où les couches propres à chaque branche disparaissent totalement. Ainsi, pour avoir une idée exacte de l’implantation des branches, il faut se représenter les couches ligneuses propres aux branches formant dans le tronc un cône renversé, dont le sommet est dans l’intérieur de l'arbre, tandis que la base de ce même cône est au niveau du fourche!, ou, ce qui est la même chose, dans le point de la bifurcation.

La durée de l'accroissement est relative à la nature de chaque plante. Lorsque le v égétal est parvenu à son déve loppement complet, il cesse de croître; la nutrition ne contribue plus qu'à réparer ses pertes; enlin, ses facultés organiques s’affaiblissent, il lutte, pour ainsi dire, contre les causes de la destruction qui le menace. On voit de petites racines, de petites branches se développer, de nouvelles tleurs parfumer sa vieillesse, et de nouv eaux fruits récompenser la main qui soigne ses vieux ans: mais la mort, à laquelle sont sujets tous les êtres organiques, termine insensiblement le cours de sa vie. Les parties solides- s’accroissent à mesure que les fluides dépérissent; les vaisseaux se durcissent par l’addition d'un principe terreux; leur diamètre se rétrécit, les sucs sont moins abondants, ils circulent avec peine, et bientôt leur cours est tout à fait interrompu. L’air extérieur est encore un des agents que la nature emploie pour accélérer l’entière destruction du végétal; les vicissitudes alternes d’humidité et de sécheresse brisent h' tissu qui consolidait les fibres; le gluten qui unissait les molécules terreuses se dessèche, s’appauvrit: alors la plante se réduit peu à peu en poussière, et bientôt elle n'existe plus. C’est ainsi que eette masse considérable de matières, qui formait cet orme antique, rentre dans la circulation générale pour contribuer à la reproduction de nouveaux êtres,

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