JACINTHES
La jacinthe ( hyacinlhus orientalis) a fourni un grand nombre de variétés, à fleurs blanches, porcelaines, roses, couleur chair, bleues, rouges, jaunes rayées, ou panachées de ces diverses nuances. Les plus belles sont celles qui ont le plus de fleurs sur la meme tige, et qui les ont très-grandes, avec le nœud ou renflement très-gros ; les simples sont de rebut. La jacinthe se plaît en terre pure de tout engrais, et réussit bien aussi dans les sols sablonneux et légers. On la multiplie ordinairement de caïeux, qu’on a eu soin de dépouiller des parties pourries qu’ils pouvaient contenir et qu’on a fait sécher ensuite. Les oignons ou bulbes, se plantent vers la fin de septembre, à douze centimètres de profondeur, et à quinze ou dix-huit centim. les uns des autres, en les inclinant de façon à
ce que la couronne des racines soit exposée au midi. On couvre avec delà paille ou des feuilles pendant les grands froids. Les plus belles espèces sont fournies par la graine; mais les jeunes plants sont quatre ans sans fleurir. Les graines et les semis se traitent comme nous l’avons dit à l’article Anémone.
La tubéreuse ( puhjanlhus luberosa ou p. indica) peut être considérée comme une espèce de jacinthe, dont les fleurs blanches, simples ou doubles, en long épi, ont une odeur délicieuse. Nous n’avons point de fleurs qui demandent une plus grande chaleur. Elle se multiplie de caïeux, mais seulement dans les climats chauds. On tire généralement de la Provence les oignons prêts à planter: on les choisit gros et fermes. On les plante en pots, dans une terre à potager, avec un tiers de terreau de fumier de cheval bien pourri, sur la fin de février. On enterre ces pots dans des couches qui ont passé leur grande chaleur; on les couvre de cloches ou de paille jusqu’à ce que les oignons soient poussés. On a soin de les arroser lorsqu’ils en ont besoin.
Voici un moyen indiqué par M. Victor Paquet pour forcer les oignons de jacinthe et autres.
Les oignons à fleurs que l'on veut forcer doivent être mis en pots vers le mois d’octobre. On proportionne les vases à la grosseur des oignons : il faut toujours de 15 à 20 millimètres au moins de terre entre l’oignon et les parois du pot. Si l’on préfère une grosse touffe de fleurs, ou peut mettre trois ou quatre oignons dans un grand pot ; mais il faut, autant que possible, qu’ils soient de la même espèce si ou veut que la floraison de tous arrive au même moment. Un mélange de terre franche et de terre légère est ce qui convient à la plupart des fleurs (pie l’on force dans cette saison. Après l’empotage, on place les pots dans une planche de terre où on les enfonce jusqu’au bord, puis on les recouvre de 5 ou 0 centimètres de terreau. Aussitôt que le froid arrive, on a soin de les abriter avec de la paille ou des feuilles : le fumier ne convient pas en général aux plantes bulbeuses. Les jacinthes ne sont pas sensibles au froid ; mais si on les laissait geler, on ne pourrait peut-être plus enlever les pots pour les forcer lorsqu’on le désirera.
Ouand ou veut jouir eu hiver de la floraison des oignons traites comme nous venons de le dire, on fait une couche en bon fumier chaud, d’environ un mètre de hauteur, on met un châssis dessus, un peu de terre dedans, et on entoure le coffre du châssis avec du fumier, pour concentrer la chaleur.
pots sous le châssis. Si la chaleur était encore trop forte et que la température fût douce, on donnerait un peu d’air en soulevant un panneau; mais après une journée ou deux, la chaleui étant dissipée, il faudrait fermer hermétiquement la bâche ou le châssis et couvrir les panneaux d’un paillasson pour priver les oignons de la lumière, jusqu’à ce qu’ils soient poussés à la hauteur où l’on veut qu’ils fleurissent. Alors on les découvre, et, si la température est fort douce, on peut leur donner un peu d’air, surtout si l’on s’aperçoit que les tiges allongent : c’est le moyen de les arrêter et d’empêcher I etiolement. Il ne faut pas plus de douze à quinze jours, du moment où l’on met des oignons sur couche et sous châssis, pour jouir de leur floraison.
Deux variétés s’accordent rarement à être chauffées ensemble, et, si on voulait en mettre plusieurs sous le même châssis, ii faudrait avoir au moins deux couches chaudes, dont l’une serait destinée à recevoir, au fur et à mesure de leur accroissement, les variétés qui auraient besoin d’air et de lumière. On pourrait aussi, après les avoir chauffées sur couche, les faire fleurir dans une serre-chaude.
Aussitôt que la fleur est ouverte, on porte la plante dans les appartements, ou partout ailleurs; mais, en général, ces fleurs sont d’une courte durée : il est bon de recommencer souvent pour en jouir sans interruption.
Voici l’époque où l’on peut commencer à forcer les diverses espèces de jacinthes les plus connues à Paris, et l’on pourrait presque dire les seules qui se prêtent à cette culture.
Jacinthes simples.
.Romaine blanche, Grand-vainqueur, blanc,
15 novembre.
1er janvier.
Passe-tout, blanc,
15 idem.
Émilius, bleu,
15 décembr
L’ami-du-cœur, fleur bleue,
1er février.
Idem, fleur rose,
idem.
Jacinthes doubles.
Bouquet-tendre, rouge,
1er janvier.
Sophie, blanc rosé,
idem.
Grand-vedet, bleu,
idem.
Anna-Maria, blanche,
15 janvier.
Parisienne, rose,
idem.
Ophris, jaune,
1er février.
Tulipes , narcisses, crocus , fréiillaires.
15 décembre.
1er janvier.
idem.
15 décembre.
15 janvier.
Tulipe, duc de Thol, simple,
Idem , idem , double,
Idem, tournesol double,
Narcisse de Constantinople, à bouquet,
Crocus ou safran, fin de janvier et premiers jours de février.
Frétillaire damier,
Nous avons insisté sur ces détails, parce qu'il est trèsrare de réussir à forcer un oignon des espèces citées avant l’époque que nous lui assignons. On peut bien en essayer, et réussir quelquefois par hasard; mais ce sont des cas exceptionnels, et les espèces et variétés que nous avons indiquées sont à peu près les seules sur lesquelles les fleuristes de Paris exercent leur intelligence et leur industrie.