‹ Traité complet de l'horticulture pour les grands et les petits jardins, précédé de la botanique simplifiéeChapitre 81 sur 425 · DIVERSES GREFFES MULT1FL0RES · texte numérisé non relu

DIVERSES GREFFES MULT1FL0RES

Ce procédé, qu’un habile jardinier a appliqué aux géraniums , consiste à faire choix d’un sujet bien ramifié et vigoureux, à lui couper la sommité des rameaux et à les greffer en fente, mais à l’état herbacé, d’autant de variétés différentes qu’il y a de rameaux susceptibles d’être entés. Il est de nécessité absolue de prendre la greffe d’une grosseur égale à celle du sujet. On ligature avec de la laine, selon le mode en usage pour les autres greffes; puis on place les géraniums dans la tannée; on les recouvre d’une cloche et d’une toile, pour les préserver du contact de l’air et de la lumière pendant sept ou huit jours, temps nécessaire à la reprise.

Cette greffe paraît , du reste , plus utile pour les plantes d’appartement que pour celles de serre, car, sur un gradin, les rameaux se croisent et se marient en tous sens ; le mélange et le contraste des couleurs n’y laissent rien à désirer, et il devient inutile à l’art du greffeur d’y apporter le tribut de ses caprices.

Une autre greffe, tout aussi peu connue que celle des géraniums, c’est la greffe des œillets, dont voici la description.

Sur une tige bien saine et bien développée, quelque temps avant la floraison , lorsque les boutons sont au quart de leur grosseur, on les supprime, moins deux ou trois des moins avancés que l’on conserve; on prend alors, sur des variétés que l’on veut greffer, des boutons un peu plus forts que ceux conservés sur le sujet, afin (|ue le retard qu’il y a nécessairement dans ceux greffés soit compensé par un peu plus de développement, qui fait arriver la floraison à l’époque des autres; condition essentielle pour jouir de tout l’effet de ce travail.

Les greffes étant coupées avec une queue de quinze à vingt millimètres, on les taille en biseau d’un coté seulement; puis, dans l’aisselle des feuilles du sujet, on pratique une incision ou fente longitudinale, proportionnée à la longueur de la greffe, que l’on insère dans cette fente. On ligature avec de la laine, et, au bout de huit à dix jours, la reprise est assurée; les boutons grossissent et se développent comme sur leur pied naturel.

Cette tige ressemble alors à une pyramide de fleurs variées, où les flamands, les fonds blancs, les saxons, les anglais, les avranchains, les mignardises même, se confondent. On peut aussi greffer en fente, depuis quelques centimètres du sol jusqu’au sommet , des tiges et des branches qui ne doivent fleurir que l’année suivante.

A ces greffes, dans l’opération desquelles on trouve un doux passe-temps, nous ajouterons que la bignone de Virginie, greffée sur le catalpe, produit un agréable effet pendant deux ou trois ans; puis la greffe meurt. Le lilas reprend également sur le frêne ; malheureusement il n’y réussit pas beaucoup plus longtemps (pie les autres greffes hétérogènes. Cela est très- regrettable, car l’effet d’un thyrse de lilas dans le gai feuillage d’un frêne, la longue panicule de fleurs rouges d'une bignone, dans la verdure sévère du catalpe, forment de ces contrastes inouïs qu'il serait vivement à désirer de rendre durables; on n'y parvient qu’en répétant souvent l’opération, qui exige en outre beaucoup de soin, d’adresse et de patience.

Page 1