‹ Traité complet de l'hypochondrieChapitre 1 sur 40 · CHARLES SAVY JEIJIVE, LIBRAIRE- ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CHARLES SAVY JEIJIVE, LIBRAIRE- ÉDITEUR

Quai des Célestins, 48.

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Lorsque l'Académie royale de Médecine mit au concours la question sur l'bypochondrie, les recherches que j'avais faites dans une autre circonstance, et la direction particulière de mes études sur l'action physiologique et pathologique des deux systèmes nerveux, me firent un devoir de me mettre sur les rangs. Je croyais avoir peu de chose à faire. Mais à peine eus-je commencé, que mon travail se déroula immense à mes yeux. Je compris ma témérité, et je fus vingt fois sur le point de renoncer à mon entreprise. Ce n'était plus un Mémoire sur un point restreint d'une question que l'Académie demandait ; c'était la question tout entière de l'hypochondrie. C'était à dissiper le chaos qui régnait dans les opinions sur son siège, sa nature et son traitement ; c'était à porter la lumière dans ces ténèbres profondes qu'elle faisait un appel. Les difficultés étaient effrayantes. Il ne s'agissait point de faire méthodiquement la description pure et simple d'une maladie bien connue, et dont

les bases fussent bien fixées : la tâche eût été facile. Il s'agissait bien moins encore de présenter une découverte qui voyait le jour pour la première fois : alors aussi la tâche eût été bien douce et bien flatteuse. Mais il fallait combattre d'abord et renverser les opinions dominantes. Il fallait se mettre en opposition avec les hommes du plus grand mérite, qui les ont émises ou embrassées et qui font cause commune aA'CC elles. On sent combien alors les difficultés devenaient plus grandes. Sous ce rapport, on peut admettre deux sortes de vérités. Les unes apparaissent brusquement et d'emblée. Elles sont reçues sans opposition, parce qu'elles ne blessent aucune susceptibilité ; aucun amour-propre n'est intéressé à les repousser ; il y aurait de la mauvaise foi à les rejeter. Les autres viennent dans une arène brûlante pour dissiper des erreurs, lutter contre des opinions reçues et soutenues, et froisser bien des amours-propres. Le triomphe de la vérité devient alors presque impossible, parce qu'elle soulève et ameute contre elle tous les savants qui se croient intéressés à défendre la bonne cause en défendant les opinions avec lesquelles ils se sont identifiés.

Telle a été ma position. Aussi, pour établir mon opinion sur le siège et la nature de l'hypochondrie, j'ai été obligé de la sasser et ressasser, de la présenter par toutes ses faces. A chaque pas se rencontraient des erreurs à détruire et la vérité à mettre à la place. Ce travail m'a entraîné beaucoup plus loin que je ne l'avais pensé. 11 fallait à la fois démolir et reconstruire. La vérité n'a fait qu'y gagner : elle s'est fait jour partout ; et, comme l'a dit un autour, elle transpire par tous les pores, elle déhorde de tous les côtés. Ma manière de voir me parait donc solidement établie, et j'ose la présenter comme l'expression la plus simple et la plus juste sur le siège et la nature de la ma-

ladie. C'était là le point le plus important, parce qu'il était le plus controversé. Aussi je n'ai rien négligé pour l'élucider, et j'ai la satisfaction de voir tous les faits sans exception se réunir pour lui prêter leur appui.

Malgré mes efforts, le traitement n'a pas pu être prêt en même temps que la physiologie et la pathologie. Je n'ai donc pu envoyer au concours que ces deux premières parties, pensant qu'il valait mieux n'envoyer que ces deux points complets, que la question tout entière incomplète. La distinction honorable que l'Académie leur a accordée prouve qu'elle en a jugé de même. Depuis ce moment j'ai travaillé sans relâche à compléter l'ouvrage, en donnant au traitement tous les développements dont il était susceptible. C'est ainsi que je me suis laissé entraîner à faire un traité complet, où l'on pût trouver à la fois toutes les opinions et toutes les recherches. De cette manière il est devenu plus long que je ne l'avais présumé; mais, je me plais à le croire, il pourra dispenser de tous les autres traités sur le même sujet.

Je publie les trois premières parties, telles qu'elles ont été envoyées à l'Académie. L'accueil flatteur dont cette Compagnie savante les a honorées m'en fait un devoir. Le traitement seul ne lui a pas été soumis ; mais je n'ai rien négligé pour le mettre en harmonie avec les trois premières. Le succès qu'elles avaient obtenu a soutenu mon zèle, et n'a pas peu contribué à me faire poursuivre jusqu'à sa fin un labeur auquel j'ai consacré beaucoup de temps et beaucoup de veilles. Puisse le public lui accorder la même bienveillance que l'Académie, et je serai amplement dédommagé !

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