‹ Traité complet de l'hystérieChapitre 27 sur 46 · ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

ÉPILEPSIE

Influence incontestable.

Influence beaucoup moindre.

Le plus souvent nuisible.

Habituelle.

Instantanée.

Nuls ou très-prochains.

Qu'importent le lieu ou les circonstances dans lesquels se trouvent les malades, ils tombent subitement sans pouvoir retarder la crise d'une seconde.

Aucun phénomène qui puisse simuler ces sensations.

Cri unique de surprise au moment de l'attaque.

Aussi fréquents la nuit que le jour.

Toujours complète , profonde et immédiate.

Toujours complètement et immédiatement anéantie.

Mouvements convulsifs étendus , rapides, également faciles danslcxteusion et dans la flexion, toujours égaux de chaque côté du corps, excepté lorsqu'il y a complication de catalepsie, d epilepsie ou de paralysie.

Physionomie à-peine altérée.

Salive écumeuse très-rare.

Les accès durent rarement moins d'une demi-heure, presque toujours plus longtemps.

Eu proportion à peu près égale simples et composés.

L'accès terminé , l'intelligence reprend son empire. II y a quelquefois perversion, souvent exaltation, mais jamais collapsus des facultés intellectuelles.

Cette perversion et celle exaltation peuvent aller jusqu'à la manie , mais jamais jusqu'à la démence.

L'hystérie peut exister sans accès.

ÉPILEPSIÉ.

Peu étendus, roides , saccades, toniques , tétaniques , toujours plus prononcés d'un côté du corps que de l'autre ; doigts rétractés , fléchis sur le pouce.

Face tuméfiée, violacée, toujours livide.

Bave écumeuse constante , excepté dans les accès très-courts.

Les plus longs ne dépassent guère dix minutes (1);

Bien plus souvent simples que composés.

Après l'accès, état comateux, sommeil lourd et fatigant. Si la maladie se prolonge, la mémoire s'affaihlit , les facultés physiques et intellectuelles s'altèrent.

Celte altération va souvent jusqu'à la démence.

L'épilepsie n'existe pas sans accès.

Il semblerait après ces différences si nombreuses et si précises, qu'il n'est pas de confusion possible entre l'hystérie et l'épilepsie.

(1) Sans doute on voit des accès hystériques durer moins d'une minute (nous en avons rapporté des exemples), et des accès épilepliques durer plusieurs heures , mais ces cas font exception à la règle générale.

Cette proposition est vraie pour les cas bien déterminés de l'une ou de l'autre névrose ; mais pour tous les cas moins bien tranchés, et on sait combien ils sont nombreux dans ces affections, la plupart des différences que nous avons signalées cessent d'être appréciables, ou, si elles existent, d'autres phénomènes viennent en diminuer beaucoup la valeur séméiotique. C'est ce qui arrive surtout chez les malades affectées d'hystéro-épilepsie ou de crises tantôt hystériques, tantôt épileptiques.

En dehors de ces cas complexes, il survient encore, par cette irrégularité, par ces variétés, par ces bizarreries qui forment l'essence même de l'hystérie, des difficultés que la plupart des signes différentiels tracés plus haut ne peuvent toujours aider a surmonter.

Ainsi, outre que les caractères basés sur des différences proportionnelles, c'est-à-dire sur des circonstances de plus ou de moins, sont de valeur presque nulle dans les cas douteux, il est, parmi les principaux symptômes différentiels, des phénomènes qui sont loin d'avoir toute la valeur que leur accordent les pathologistes.

La présence de l'écume, par exemple, ne constitue pas, à mon avis, une différence essentielle entre l'hystérie et l'épilepsie, et c'est à tort que M. Foville la regarde comme tout-à-fait étrangère à l'hystérie, et comme caractérisant l'épilepsie (0.

Sans contredit, s'il y a absence d'écume pendant de longs accès, on peut en induire l'absence de l'épilepsie ; mais la présence de l'écume n'implique pas nécessairement l'absence de l'hystérie. « J'ai vu des hystériques, ditGeorget, mousser comme des épilcptiqucs (p. 272.) »

(l) Dict. de méd. et de chir. prat., tom. x , p. 290.

J'ai vu moi-môme chez plusieurs hystériques une salive écumeuse semblable a celle des épileptiqnes : et l'écume constatée dans les observations 12, 163,265, 291, ne peut être attribuée à l'épilepsie, puisque, dans les accès où se remarquait ce symptôme, il y avait persistance du sentiment, et que les malades conservaient le souvenir de ce qu'elles avaient entendu pendant le paroxysme.

Loin de nous de regarder ce phénomène comme aussi prononcé et aussi fréquent dans l'hystérie que dans l'épilepsie 5 nous affirmons seulement qu'il ne peut être donné comme pathognomonique.

Il en est de même de la flexion du pouce sous les autres doigts : de l'aveu d'Esquirol (1) , elle n'est pas constante dans l'épilepsie . et nous la voyons décrite par M. Cerise dans un cas d'hystérie qui n'avait rien d'épileptique, puisque la malade criait pendant l'accès (2).

D'un autre côté, s'il est vrai que les accès hystériques soient moins souvent simples que les accès épileptiques, ceux-ci sont aussi quelquefois composés comme les crises hystériques, et liés entre eux par quelques symptômes prédominants qui semblent les continuer : c'est ce qu'on nomme, a l'hospice de la Salpélrière, l'élat de mal.

Ce sont donc là des différences seulement proportionnelles et qui ne peuvent être pathognomoniques.

Quant à la perte de connaissance donnée, d'une manière générale, comme signe essentiel par plusieurs auteurs, et en particulier par Esquirol, elle n'a pas plus de valeur. Combien ne voit-on pas, en effet, d'attaques

(I) TouQ. I , p. 200.

(?,) Obs. 9.09..

pendant lesquelles la sensibilité persiste , en l'absence (lu sentiment, en l'absence des convulsions toniques, de la salive écumeuse, etc., et qui sont par conséquent purement hystériques?

Donnée, au contraire, avec cette condition qu'elle n'est jamais primitive dans l'hystérie, qu'elle est toujours immédiate dans l'épilepsie, la perte de connaissance peut constituer un signe pathognomonique (0.

Il en est de même de la sensibilité. Tantôt conservée , tantôt augmentée , tantôt diminuée en tout on en partie, elle peut être complètement anéantie; mais cette anesthésie complète se produit graduellement , et non d'une manière subite et immédiate comme dans l'épilepsie. L'expérience prouve d'ailleurs que l'anesthésie complète ne s'observe guère que dans les cas d'hystérie compliquée.

En résumé, nous regardons comme signes différentiels incontestables, propres à établir une distinction radicale entre l'hystérie et l'épilepsie, les symptômes hystériques suivants : boule hystérique ou constriction cervicale, thoracique ou abdominale; convulsions cloniques sans prédominance d'un côté du corps, sans perte de connaissance primitive , sans anesthésie complète immédiate. Ce n'est pas , du reste , a l'inspection d'un seul accès qu'on peut caractériser la névrose quand les signes ne sont pas très-tranchés , et , même dans ce dernier cas,

(1) Je n'ignore pas que Louyer-Villermay conteste à l'épilepsie la constance de la perte complète de connaissance et même de la perte de sensibilité (p. 125); mais les trois faits qu'il cite à l'appui de cette opinion ne me paraissent en aucune façon concluants. Le troisième, évidemment , n'appartient pas à l'épilepsie pure (epilepsiae exquisi'œ), puisque la malade exprimait ses désirs par des cris et des gestes.

le

il est nécessaire d'observer plusieurs paroxysmes , ou de se faire rendre un compte rigoureux de leur manière d'être , afin de décider s'il n'y aurait pas complication d'épilepsie.

Eclainpsie. — L'opposition que nous venons d'établir entre les phénomènes hystériques et les phénomènes épileptiques nous dispense de tout parallèle entre l'hystérie et l'éclampsie.

II snffilt, en effet, de résumer ici les principaux caractères de cette dernière affection , pour reconnaître que la confusion est complètement impossible dans la grande majorité des cas.

L'éclampsie est exclusive a l'état puerpéral , presque toujours précédée par un œdème tantôt partiel , tantôt général , et par des symptômes de congestion cérébrale qui augmentent jusqu'à l'invasion de l'accès. Rarement elle survient sans signes précurseurs, et dans ce cas, elle débute par la perte subite de connaissance, l'abolition immédiate de la sensibilité et des convulsionsviolentes.

Les yeux , fixes d'abord , roulent bientôt rapidement dans l'orbite, pour rester ensuite immobiles du côté où la tête se tient inclinée. L'expression dé la physionomie est profondément altérée par les contractions des muscles de la face; les lèvres sont entr'ouvertes, fortement déviées du même côté que les yeux. La langue dépasse incessamment les arcades dentaires , et serait coupée pendant les spasmes des mâchoires sans les précautions de rigueur en pareil cas.

Une écume épaisse et abondante sort par la bouche et par les narines.

Les bras , presque toujours convulsés dans la pronation , ont une tendance continuelle à se coller sur les

côtés du corps et h se porter dans raddiiclion. Les doigts et les orteils sont fortement lléchis.

Le tronc participe aux convulsions générales , mais sans déplacement. •

La respiration paraît totalement suspendue, l'asphyxie imminente; les mains , les pieds et surtout la face sont livides et violacés ; le cou fortement tuméflé , les jugulaires énormément distendues; le pouls d'une extrême fréquence et k peine sensible.

En général , après une h detta; minutes (0, les convulsions diminuent et le coma se déclare , pour faire place bientôt à de nouveaux spasmes, ou pour persister parfois pendant plusieurs jours.

L'anéantissement des facultés intellectuelles est souvent tel après l'accès , que des malades vont jusqu'à perdre le souvenir de leur accouchement et même de leur grossesse.

La mort survient dans la moitié des cas.

Evidemment tous ces symptômes diffèrent trop de ceux qui constituent l'hystérie simple , pour que le diagnostic puisse offrir aucun embarras sérieux.

Mais diffèrent-ils assez des cas graves et compliqués de phénomènes tétaniques , cataleptiques , épileptiques , etc., pour éviter toute méprise? Evidemment non. Le diagnostic ne sera pas toujours facile entre un cas grave d'hystérie et un cas léger d'éclampsie , surtout si des convulsions hystériques ont précédé ou accompagné la grossesse.

(1) Dans toutes les observations rapportées par M. le docteur Prcslat, ancien interne à la Maternité , et dans celles que j'ai eu occasion de faire moi-même , avec M. le professeur?. Dubois , pendant mon internat à la clinique d'accouchements , la durée de l'accès n'a jamais excédé deux minutes.

En prenant l'hystérie pour l'éclampsie, on opposera une opération grave pour la mère et pour l'enfant k une simple crise qui va peut-être se terminer seule a l'instant !

En prenant l'éclampsie pour l'hystérie , on s'expose a une expectatiou fatale, la mort arrivant presque toujours avant l'accouchement spontané.

Dans ces cas difficiles, le signe différentiel le plus certain est, a mon avis, l'état du pouls , qui s'accélère a peine dans les plus violents accès d'hystérie, et qu'on peut à peine compter, tant il est fréquent, ou sentir, tant il est faible , dans les cas d'éclampsie.

Enlin, est-ce à dire que cette différence marquée entre les symptômes des deux affections implique une différence radicale entre leur nature intime? Nullement. L'éclampsie puerpérale a été , en raison de son peu de fréquence , l'objet de travaux trop restreints pour qu'on puisse en déduire des données rigoureuses; mais si l'on ne devait craindre , en médecine , les hypothèses à l'égal des erreurs, je dirais que l'analogie des phénomènes propres à l'hystérie et a l'éclampsie, jointe à leur manifestation durant un état particulier de l'appareil génital , amène un rapprochement naturel entre ces deux affections , qu'on regardera peut-être, un jour, comme deux degrés différents d'un même état morbide.

Catalepsie. — La différence est trop grande entre les convulsions cloniques de l'hystérie et la rigidité de la catalepsie , pour laisser le plus léger doute dans les cas ordinaires. On sait que la fréquence, la rapidité, l'étendue forment le caractère des spasmes hystériques, tandis que l'immobilité forme celui de la catalepsie ; il est doue

impossible de trouver plus d'opposition entre deux phénomènes. Mais au milieu de ces symptômes si variés, si multiples de l'hystérie (lam diversa alque ah invicem contraria specie varianlia , quam ncc Proleus lusil unquam, nec coloralus speclalur chamœleon) (0, nous avons constaté , dans certains cas, une contracture musculaire qui pourrait en imposer pour la roideur cataleptique.

Si ces contractures sont en même temps , comme cela a lieu le plus souvent, accompagnées de contractions ou d'autres phénomènes spasmodiques , quelque faibles qu'ils soient, le diagnostic ne peut rester un instant douteux : il n'y a pas catalepsie.

Si cette rigidité musculaire coïncide avec l'absence de tout spasme , mais que les membres déplacés reprennent immédiatement leur position primitive , ce sont les accidents tétaniques de l'hystérie et nullement ceux de la catalepsie, car les membres subissent sans résistance et conservent parfaitement dans cette dernière affection tous les changements de position qu'on leur imprime.

Il en sera de même, si cette roideur musculaire, quoique permanente, quoiqu'existant en l'absence de tout spasme appréciable , quoiqu'accompagnée d'une insensibilité et d'une perte de connaissance complète , est seulement survenue après des convulsions cloniques. La contracture cataleptique se sera jointe, dans ce cas, h l'hystérie, comme s'y joignent les contractions tétaniques.

Si, au contraire, on trouve, comme dans plusieurs de nos observations (2), les phénomènes de l'hystérie réimis à ceux de la catalepsie (et cette complication est une des

(1) Sydeniiam, DisLepist. ad G. Cote, p. 260.

(2) Obs. 84, a, 86, 88, 93.

plus (réquenles), on diagnostiquera une névrose complexe, une hystérie cataleptique.

Nymphomanie. ■ — La constriction à la gorge et le spasme pharyngien sont les seuls phénomènes qui pourraient étahlir quelque analogie entre l'hystérie et la nj^mphomanie; mais, outre les manifestations instinctives qui font le caractère pathognomonique de l'érotoraanie, les similitudes sont trop grossières pour qu'il ne soit pas superflu de signaler les différences. Ces deux afl"ections peuvent survenir, d'ailleurs, simultanément chez la même malade ; nous avons parlé plus haut de cette complication , et nous en avons rapporté des exemples (0.

Hypochondrie . — On comprend difficilement, après avoir lu les parallèles de F. Hoffmann, de J. Frank et de M. Dubois d'Amiens, comment l'hystérie et l'hypochondrie ont pu jamais être confondues. Mais si , d'un autre côté, on observe la marche des doctrines médicales, et surtout l'uniformité des descriptions nosologiques aux diverses époques, on concevra quelle force a pu donner h une erreur la seule opinion d'un homme qui dominait l'esprit médical de son siècle : « Si tamen affecUoncs hypocondriacas vulgo dictas cum mulienan hyslericarum symptomatibus conferamus, vixovnmovo simiHusquam sunt phœnomena deprehendemus. »

Cette déclaration de Sydenham explique la confusion de son tableau de l'hystérie et la confusion de toutes les descriptions qui l'ont suivi.

On s'étonnera moins , cependant , de cette profonde erreur d'un homme qui mit au jour tant de vérités pa-

(1) Obs. 77, 78 , 79, 80 , 81, 320.

thologiques, et du désordre général, d'ailleurs, qui règne dans cette esquisse , en remontant jusqu'au préambule de sa lettre au docteur G. Cole. Sydenham, en effet , craignait un accès de goutte s'il se livrait à de trop sérieuses méditations , et de la cette imperfection dont la fatale influence se fait encore sentir aujourd'hui sur le diagnostic des névroses.

u Allamen utpolero morem tibi geram, ea, qiiœ epistolœ convenu, hrevilate, quam sane a me exigit valeludo infirmior et quasi vacillans , hac prœsertim anni tempestate , qua mihi verendum est , ne si perlinacius cogilalionibus indulsero , podagrœ mox paroxysmum accersam ('). «

Il fallait cet aveu du génie pour expliquer l'énorme distance qui sépare cette étude de l'hystérie des autres modèles de logique et d'observation que nous a laissés Sydenham.

Nous avons déjà eu plus haut l'occasion de combattre l'un des résultats de cette erreur, c'est-a-dire l'opinion généralement adoptée sur la fréquence de l'hystérie et de l'hypochondrie , et nous avons prouvé que celte complication était des plus rares.

Quant aux difficultés du diagnostic différentiel , elles disparaissent tellement après l'examen de M. Dubois , qu'on est presque conduit à se demander comment la Société de médecine de Bordeaux a pu pro[Joser de faire ressortir de celle élude comparative l'identité ou les différences de deux maladies entre lesquelles on ne peut même signaler d'analogies. Mais qu'on jette un regard rétrospectif, et l'on verra que là où régnent maintenant l'ordre et la lumière, il n'y avait naguère que confusion et obscurité.

(I) Tom. I , p. 25(1.

Qu'on ne croie pas, d'ailleurs, la logique si puissante qu'elle détruise en un jour les erreurs d'un siècle ! Hufeland pense encore aujourd'hui (0 , comme Sydenham il y a cent ans;, car autant les progrès de l'erreur sont rapides quand elle dérive d'un raisonnement simple, facile et spécieux au premier abord , autant est lente la marche de la vérité quand elle repose sur une argumentation complexe.

Loin de moi cependant de reproduire une discussion connue aujourd'hui de tous les pathologistes ! Il faut prendre la science au point oii elle est , sans en exposer constamment les ruines, et quand une question est complètement résolue, en accepter la solution sans se croire obligé d'en donner tous les termes. Sexe , constitution , tempérament , causes prédisposantes , causes occasionnelles , troubles organiques , troubles fonctionnels , troubles sympathiques , tout diffère radicalement entre l'hystérie et l'hypochondrie, et nous ne pouvons mieux faire , pour résumer ces signes différentiels , que de reproduire textuellement le parallèle suivant , tracé par M. Dubois d'Amiens (2):

(1) « L'hypochondrie et l'hystérie ne différent point essentiellement l'une de l'autre ; il n'y a entre elles qu'une différence sexuelle. L'hypochondrie est la forme que la maladie revêt chez les hommes , et l'hystérie celle sous laquelle on la rencontre chez les femmes. » (HuFELAND, Enchiridion medicum, p. 214. 1838.)

(2) Histoire philosophique de l'hypochondrie et de l'hystérie , p. 290.

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