DES MASTICS
i-JE mastic employé pour remplir les trous et les pores du subjectile doit être analogue à l'enduit qui revêtira toute la surface; en sorte qu'il faut en avoir de diverses espèces. On ne pourrait pas , par exemple , sans inconvénient, mastiquer avec une pâte préparée à l'huile un subjectile qu'on doit peindre à colle, ni mastiquer avec une pâte chargée de cire un subjectile qui doit recevoir une peinture à huile , etc. ; ces mauvais choix empêcheraient l'adhérence.
Indépendamment de ces considérations , il faut remarquer le rapport qui doit exister entre l'espèce du subjectile et l'espèce du mastic. Sur la pierre, les mastics résineux ont une forte adhérence; sur la toile et le carton, les m.astics à colle conviennent mieux. Un crépi tendre ne doit pas être mastiqué avec une pâte trop forte et trop sèche , et un mur de plâtre serait mal mastiqué avec du blanc de peu de consistance; enfin il faut, avant de procéder à l'application , s'occuper avec méthode de ce premier examen.
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Nous donnons ici différentes indications relatives aux mastics; l'artiste en profitera selon les circonstances.
Pour boucher les trous des murs, on a imaginé un mastic dont voici la composition :
Du mortier de chaux, du ciment de brique et du sable. Lorsqu'il est bien séché, on en applique un second fait avec de la chaux, du ciment bien cassé, mêlé avec la poudre de marbre, et du mache-fer , ou écume de fer, autant de l'un que de l'autre. Tout cela étant bien pétri et incorporé ensemble , avec des blancs d'œufs battus et de l'huile de lin , il s'en fait un enduit extrêmement ferme et solide; mais il faut bien prendre garde de ne pas quitter l'enduit pendant que la matière y est mise tout fraîchement, et de la bien étendre avec la truelle jusqu'à ce que le mur en soit tout couvert et poli , car autrement l'enduit se fendrait en plusieurs endroits.
Autre mastic, — Prenez deux onces de bonne colle, faîtes-la détremper pendant une nuit dans du vinaigre distillé ; le jour suivant ^ faites-la bouillir un peu dans le vinaigre. Ecrasez une gousse d'ail dans un mortier; ajoutez-y une demi-once de fiel de bœuf : il se fera une espèce de jus ou de liqueur; pressez-la par un linge ou étamine, et mettez-la dans la colle bouillante. Prenez ensuite de la résine-mastic et de la sarcocolle de chacune une demi-drachine ( ou la huitième partie d'une once ) ; sandaraque et térébenthine , de chacune une drachme ; broyez la sandaraque et le mastic, et mettez-les avec la sarcocole et la térébenthine dans un petit verre; versez par-dessus une once d'esprit-de-vin bien concentré; bouchez bien le vase , et laissez-le pendant trois heures exposé à une chaleur modérée , en secouant de tems en
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iems; versez ensuite ce mélange dans la colle; remuez le tout avec un bâton de bois , jusqu'à ce qu'une partie de l'humidité se soit évaporée; laissez refroidir la composition. Quand vous voudrez vous en servir , vous la tremperez dans du vinaigre chaud , et vous y ajouterez soit de r ocre , soit du blanc , etc.
Autre mastic. — Prenez deux parties de résine, quatre parties de cire jaune; liquéfiez au feu ces substances , et jetez-y de la brique pilée et tamisée; plus du soufre en poudre , une partie. Appliquez ce mastic à l'aide du feu.
On obtient encore un bon mastic avec de la chaux d'huîtres, ou poudre impalpable d'écaillés d'huîtres calcinées, mêlée avec du blanc d'œuf. — Du fromage battu et réduit en bouillie, plus de la chaux, font un mastic très-dur. — Des limaçons exposés au soleil déposent dans un vaisseau une liqueur visqueuse, à laquelle on ajoute du suc de tytimale : cette liqueur est un assez fort gluten , avec lequel on peut composer une pâte solide. — On sait que la limaille de fer non rouillée , mise en pâte avec du vinaigre chaud , forme un mastic très-solide. — De la poudre de bois et de la colle de Flandre, à laquelle on ajoute de la résine , composent un bon mastic. On cite aussi la pâte moulée pour ornemens , de M. Beunat, fabriquant à Sarrebourg ( Département de la Meurtlie ) , dont le dépôt existe à Paris, rue de la Paix, n° 1 1. On cite encore la pâte blanche de M. Hirsch, inventée par M. Mezières; on en trouve à Paris, rue Porte-Foin, n° 5.
Les réparateurs de tableaux emploient du blanc détrempé à la colle.
La matière qui sert à composer le stuc doit être fort propre à mastiquer les murs et les panneaux. (Voy. l'ar-
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ticle Lithographie , Annales des Arts et Manufactures; mars i8i4 ? n° i53. ) Et l'article ScagUola ou Scaiola.
Le Journal de l'Aube, i5 avril 1827, donne l'indication suivante : — « Nous pensons qu'il est utile de faire con- » naître aux peintres et aux entrepreneurs de bâtimens » le procédé suivant , employé par M. Carbonnel , célèbre » pharmacien de Barcelonne. Ce chimiste a fait voir qu'en » délayant de la chaux vive réduite en poudre très-fine, » dans du sérum de sang de bœuf, on obtient un mé- » lange que l'on peut employer pour la peinture des » grands élablissemens, des ustensiles en bois, des vais- » seaux , etc. Mais son utilité la plus grande est de pou- » voir être appliqué, comme badigeon, sur les murs, les » pierres, les conduits d'eau. Outre la grande économie » de sa fabrication , il présente encore les avantages » d'adhérer avec force aux corps sur lesquels il est » étendu , de ne répandre aucune odeur désagréable , et » enfin de ne s'altérer qu'avec une extrême difficulté. » Le mélange de ce gluten avec du blanc pourrait procurer un mastic solide. Nous avons déjà indiqué le mastic fait avec le sang de porc et la poudre de chaux vive.
On cite l'encaustique bitumineux et asphaltique de M. Pelvillé. (Voy. l'Almanach sous verre; 1826.) — Le Dictionnaire d'Industrie indique un mastic excellent, qu'il appelle spcdme , et qui se fabrique à Carrière-St.- Denis , près de Chatou : ce mastic garantit des vers; il se durcit avec le tems , et ne s'écaille jamais.
On vient de faire une nouvelle apphcation du ciment hydraulique de Pouilly, découvert par M. Lacordaire. Ce ciment, employé à l'extérieur comme enduit , l'emporte de beaucoup en beauté et en solidité sur les stucs qui sont
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en usage; il se travaille facilement et n'est point sujet au retrait et aux gerçures, deux des inconvéniens des stucs. C'est du moins ce qui résulte d'une expérience qui vient d'être faite à Semur, où une maison nouvellement construite a été revêtue du ciment Lacordaire; peu de jours ont suffi pour opérer sa parfaite siccité , et il office aujourd'hui l'apparence des plus beaux stucs fauves de l'Italie. La peinture à l'huile, étendue à sa surface, n'a pénétré son épaisseur que d'un quart de ligne. (Voy. le Journal des Artistes; 28 septembre 1828. )
On a encore indiqué le bitume, ou enduit imperméable de Thénard et Darcet , rue Ticquetonne, n° 4* ainsi que l'enduit de Maisonrouge, rue Croix-des-Pelits-Champs , n° 32. (Voir le Courrier Français du i5 mai 1828.) Le mastic de M. Dihl est très-connu.
Quant au mastic des vitriers, il est composé de blanc de céruse et d'huile do lin, ou de toute autre huile dessicative; or la présence de l'huile rend ce mastic préjudiciable aux couleurs , outre qu'il est fort lent à se durcir.
On peut très-bien mastiquer avec certaines cires à cacheter. M. Conte (quai Louis XVIII , n° 28, à Paris, au coin du canal et du faubourg du Temple), vient d'en fabriquer de toutes espèces et de toutes couleurs, par des procédés nouveaux et économiques. Il en compose de la blanche , qui est très-adhérente et très-propre à faire un mastic commode pour les tableaux; il suffit, pour ôter le superflu et pour arriver au niveau du panneau , d'enlever l'excédant avec une espèce de lame dentelée, qui use également le mastic.
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