‹ Traité complet de la peinture (volume 3)Chapitre 43 sur 104 · COULEURS MATÉRIELLES. LES ROUGES · texte numérisé non relu

COULEURS MATÉRIELLES. LES ROUGES

muraille, et en la soumettant à des réactifs chimiques, il la reconnut être du yermillon ou du cinabre ; en la chauffant avec de la limaille de fer , il obtint du mercure coulant.

Sir Davy trouva la même couleur sur quelques fragmens d'anciens stucs.

Dans la Noce Aldobrandine , les rouges sont tous des ocres. Ces rouges y essayés par Faction des acides , des alkalis et du chlore » ne firent découvrir aucune trace ni de minium 9 ni de vermillon dans cette peinture.

Le minium était , dit sir Davy , connu des Grecs et des Romains; suivant Pline , cette substance colorante fut aocidentellement découverte par un incendie qui eut lieu au Pyrée» à Athènes. De la céruse , qui avait été exposée à ce feu , fut trouvée convertie en minium , et le procédé fut ensuite imité artificiellement.

Théophraste p Vitruve et Pline décrivent plusieurs terres rouges dont on faisait usage dans la peinture. La terre de Sinope » celle d'Arménie et l'ocre d'Afrique , produisaient une couleur rouge « au moyen de la calcina tion.

Le cinabre , ou vermillon , était appelé minium par les Romains; Théophraste assure, dit sir Davy, qu'il fut découvert par l'Athénien Gallias, dans la 549* année ^^ Rome : on le préparait en lavant les mines d'argent.

Le vermillon fut toujours , suivant Pline , une couleur que les Romains estimaient beaucoup; et ellç fut parmi eux d'un prix si élevé que , pour empêcher que ce prix ne devint excessif » il fut fixé par le Gouvernement.

Voici maintenant quelques conjectures sur le matériel de la pourpre des anciens. '

De la couleur pourpre des anciens* — Uostrutn de;^ Romains , la pourpre des Grecs , était regardée comme leur plus belle couleur ; on la relirait d'un coquillage. Vitruve assure que la couleur différait suÎTant ie pays d'où ce coquillage était apporté; que sa couleur était plus foncée et approchait davantage du violet dans les pays du Nord, tandis qu'elle était plus rouge dans les contrées méridionales. Il ajoute qu'on préparait la couleur en battant le coquillage avec des instrumens de fer, puis , qu'on séparait la liqueur pourpre du reste de l'animal , et qu'on la mêlait avec un peu de miel.

Nous allons rapporter ce que dit h ce sujet le docteur Edward Bancroft, dans ses Recherches expérimentales sur la physique des couleurs permanentes. « Le pourpre, si célèbre chez les anciens , parait avoir été trouvé à Tyr , environ douze siècles avant l'ère chrétienne. On tirait cette teinture d'un coquillage univalve (murex), dont il y avait deux espèces , et qu'on trouvait sur les bords de la Méditerranée. On faisait des incisions à la gorge de l'animal, ou bien on le broyait tout entier, et on le tenait ensuite en digestion dans de l'eau et du sel pendant plu* sieurs jours , en renfermant le mélange dans des vases de plomb. Dans les derniers tems de l'empire romain, l'usage de cette précieuse teinture fut restreint à un petit nombre d'individus , sous les peines les plus sévères. En i683, un homme qui gagnait sa vie en Irlande à marquer du linge avec une belle couleur cramoisie qu'il tenait d'un coquillage marin , trouva , après quelques recherches , sur les côtes de Sommersetshire et de Galles , des quantités de buccins, qui donnaient une liqueur visqueuse blanchâtre lorsqu'on ouvrait une petite veine près

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de la tête de ranimai ; des marques faites aveo cette liqueur prenaient 9 au contact de l'air, une couleur d'un vert tendre, qui passait ensuite par degrés, à un pourpre très-beau et durable , lorsqu'on l'exposait au soleil. En 1799» M. de Jussieu trouva, sur les côtes occidentales de France , une espèce de petit buccin semblable au limaçon des jardins; et l'année suivante, M. de Réaumur observa, sur les côtes du Poitou, ce même coquillage en grande abondance. Le même naturaliste trouva, en 1736,' sur les côtes méridionales, la purpura, seule espèce de murex qu'on connaisse maintenant. Tous ces coquillages fournissent un liquide qui possède , dans un àegré plus ou moins émineht, les propriétés dont on vient de parler.

9 On peut donc conclure de ces découvertes , dit le docteur Bancroft, que nous avons tout le secret du pourpre de Tyr. »

La Bibliothèque britannique , juin 181 3, indique l'opinion du voyageur Mavre, qui regarde comme très-solide et résistant à l'alcali , la coulepr rouge de la liqueur extraite de 4a vésicule du poisson ou coquillage , qu'au Brésil on appelle purpura, et qui est du genre du murex. Il serait facile, dit M. Mawe, d'en faire le commerce.

La pourpre la plus belle avait, suivant Pline, une cout leur qui approchait de celle du rose foncé; et il assure que, dans la peinture, c'était par son moyen qu'on donnait le dernier lustre au sandyx, composition faite en calcinant ensemble de l'ocre et de la sandaraque, et qui, par conséquent , devait avoir beaucoup de ressemblance avec notre cramoisi.

Outre la pourpre de Tyr , qui était , dit Millin , de TOHB IX. 17

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couleur rouge-violet» on distinguait la purpura dibapha, teinte deux fois; la purpura girbitana, du nom d'une fabrique de Tile de Gerbe; la purpura plebeia, couleur cramoisi à Tusage des classes moyennes à Rome; la purpura probiana , du nom d*un certain Probus , qui en fut Tinrenteur^ etc. Le sacrum encaustutn , ou Tencre sacrée des empereurs d'Orient , se faisait avec la pourpre cuite au feu et avec ses écailles réduites en poudre.

Rouge de garance.

La garance a fourni de tout tems une couleur rouge extrêmement fixe et durable. Les teinturiers n'ont jamais cessé de l'employer; mais depuis long^tems les peintres n'en tiraient plus avantage. Enfin la chimie moderne a remis en vigueur l'emploi de cette précieuse couleur» qu'on sait préparer aujourd'hui plus convenablement pour la peinture*

On a commencé par fabriquer de la garance aluminée, qu'on a appelée laque de garance; on en fabrique encore tous les jours. Ensuite on employa la fécule même de garance, de manière à en faire une couleur opaque , c'est-à-dire , très-peu chargée d'alumine. Cette belle et précieuse couleur a reçu le nom de carmin de garance.

Quelques peintures très anciennes des écoles primitives nous font voir des rouges d'un vif éclat; et Ton s'accorde assez à attribuer à la garance ces teintes fraîches et durables. Nous avons vu d'ailleurs que cette couleur était employée dans l'antiquité.

La garance est une plante qui croit partout , mais qui

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n^est bonne pour la teinture que dans certains pays, c Celle de Soiyme, dit M. Pelouze , est à préférer; elle y est connue sous le nom d'ali-zari. Elle est toujours d'un prix plus élevé que celui de la garance de France. Cette difTérence est dans le rapport de cent quatre-vingts à cent vingt francs.

> Sous le nom d'ali-zari , les racines de la garance sont toujours entières. On les réduit en poudre à Taide des moulins. Depuis long-tems les Hollandais s'occupent de cette manipulation. On connaît aussi la poudre de garance d'Alsace et d'Avignon.

» Quand la bonne garance de Hollande est cotée dans le commerce à deux cent quarante francs , celle d'Alsace ne vaut guère que cent cinquante francs , et celle d'Avignon cent vingt-cinq francs.

> Les garances d'Avignon sont ordinairement d'une couleur plus foncée.

» La garance d'Alsace tire sur le jaune; son odeur est toute particulière 9 sa saveur sucrée laissant un arrièregoût d'amertume. Elle est très-hygrométrique , et il est dlflScile de la conserver, i

Recueillons ce qui est dit dans le Dictionnaire de l'Industrie , au sujet de cette conservation de la racine de cette plante , sans la dessécher.

« La racine de garance , lorsqu'elle est verte , fournit, à quantité égale , beaucoup plus de couleur que la garance desséchée. Déplus, c'est une opération coûteuse et fort difficile que celle de faire sécher la garance. Dans les papiers de Londres on propose un moyen à essayer pour conserver la racine fraîche , et l'envoyer en cet état aux teinturiers; ce serait aussitôt que les racines sont ti-

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rées de terre , après les avoir bien lavées , de les faire piler dans un moulin , de les réduire en pâte fine » de mettre cette pâte dans des futailles avec une certaine quantité (comme d'environ une once par livres) de racines 9 en partie égale de sel gris et d'alun. Ces sels empêcheraient cette pâte de fermenter; et, loin de nuire à la couleur » il y a lieu de penser qu'ils ne pourraient que très-bien faire » puisqu'on emploie ces sels dans les teintures. I

La manière d'obtenir la couleur opaque de garance, ou le carmin de garance « n'est point encore rendue publique. Voici ce que dit à ce sujet M. Gh. Boui^eois (édition de Watin).

« Outre cette couleur» (la laque de garance) » dont le perfectionnement est dû à M. Bourgeois , le même artiste est encore parvenu à extraire de la garance un véritable carmin qui » outre sa grande richesse de principes colorans réunis sous un très>petit volume, ofire une qualité de rouge extrêmement pur , dont la solidité est au moins égale à celle de la laque extraite de la même substance. » Cette précieuse couleur, découverte en janvier 1816, remplace aujourd'hui» dans les tableaux de chevalet, de miniatures et d'autres genres, toutes les couleurs de même nuance tirées de la cochenille. >

Ce carmin de garance est en effet une très-importante découverte : il est indispensable ; et si le moyen de l'obtenir n'a pas été publié par M. Boui^eois , c'est , dit celui-ci > parce qu'ayant traité avec M. Colcomb , son successeur et son gendre , relativement à l'exploitation de la fabrique de couleurs établie à Paris , quai de l'Ecole , n^ 1 8 , il eût manqué à ses engagemens , s'il eût donné de la publicité à ce procédé.

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