DIFFEREES GENRES EH PEINTURE
tesse dès-lors qu'il offre lui-même ce bon choix. Cette première condition est, comme on le pense bien, une des plus importantes et des plus difficiles à remplir : mais la patience y fait beaucoup , et il faut , comme le chasseur » attendre et rester à Taff&t.
Comme cet état d'incertitude au sujet du choix de la pose dure plus ou moins long-tems , et qu'une ou deux visites du modèle ne suffisent pas toujours à cette fin« il faut employer utilement les séances , et fiilre, pendant ce tems» connaissance avec le modèle en prenant ses mesures. On s'occupera donc du profil de la tête, et d'en préparer la lace et le plan; on s'attachera surtout aux traits caractéristiques; on mesurera aussi toute la personne, s'il s'agit d'un portrait en pied. Enfin il est présumable que, dans certains intervalles » il se présentera une ou deux poses telles qu'on les peut désirer. Or» à l'aide de la vitre que l'on a tenue toute prête , on enlève ces poses que l'on confronte ensuite, que l'on raisonne, et que l'on peut modifier et rendre excellentes. Cette esquisse étant crayonnée, 00 travaille seul à en établir les masses à l'aide des couleurs : enfin c'est dans cette petite esquisse que l'on arrête toute la composition, tout l'efiet du portrait.
Le modèle revient. 11 faut procéder à l'orthographie. On s'attache donc à bien retrouver la pose. adoptée; on ne néglige rien pour avoir les supports , les sièges , les appuis qui peuvent faciliter au modèle cette même pose. Enfin elle est retrouvée et peut*étre perfectionnée. On prie le modèle de rester fixe pendant un peu de tems. La toile noire orthographique est prête; un élève va aider le peintre : enfin cette toile noire a reçu le jet orthographique de la pose» et le mouvement de la tête y est exprimé
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et colé avec la plus grande exactitude; les points des deux oreilles 9 ceux du milieu sont justes. Celle opération laite » un éiëve transporle lestement ces mêmes traits sur la toilecarlon ; et ceci étant fait » et le modèle étant replacé en avant de la toile noire» le peintre perfectionne ensuite le trait, il vérifie, corrige, multiplie les points sur le carton, en multipliant les vérifications orthographiques au compas et à Taide de la baguette sur la toile noire. Déjà le carton fait voir la pose, son mouvement, son développement; et la tête est placée. Alors le peintre peut procéder tranquillement , et commencer, s'il le veut, par la tête.
Il est à supposer que sur la toile noire ont été cotées et exprimées les inclinaisons de la iéte, soit de côté, soit en avant, etc. , en sorte que son mouvement étant arrêté , le peintre penchera en conséquence son profil ou sa face pour obtenir le plan , et c'est alors qu'il élèvera en géométral celte tête sur le carton. Ce travail étant fait, et les parties étant définitivement arrêtées, quant au mouvement (nous avons dit qu'en mobilisait les parties, la tête , les mains, les bras; on les ferait jouer à volonté) , il convient de mettre en perspective sur la vraie toile toute cette figure. Alors le peintre pourra commencer ou par la tète ou par telle autre partie qui lui plaira. Le carton servira ensuite à des projets ou tentatives de corrections ; on pourra, si l'on veut , le peindre en grisaille ou autrement. Quant à l'esquisse , elle servira poiir la donnée générale , et les points principaux seront conservés sur le carton.
L'usage de la vitre est excellent pour dessiner les mains et même les pieds; et le peintre trouvera économie de tems et justesse dans ce procédé qui donnera la ressemblance : ce moyen est très-important.
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Je ne dois pas omettre de dire que si le peintre s'obslinait à commencer par placer la tête sur la toile sans placer le corps dans le mouvement correspondant à celui d» la tête » il s'exposerait à un^des plus grands embarras qui puissent suryenir dans la pratique de la peinture. C'est par un hasard bien rare qu'une tête ainsi placée se trouTe ensuite être d'accord avec le corps qui est ajouté après coup ; et j'affirmerai qu'ayant eu plus de cent fois l'occasion de réparer sur des tableaux d'autrui cette espèce d'erreur » il arrivait que, parmi toutes les combinaisons que je tentais en tournant le corps , plus ou moins de trois ' quarts y plus ou moins de profil, plus ou moins penché , je n'en trouvais souvent pas une seule qui convint à ce mouvement une fois arrêté de cette tête ; en sorte que le problème était impossible à résoudre , et que la pose était fausse , guindée et sans beauté. Que les peintres y fassent la plus grande attention; jamais il ne faut arrêter le mouvement de la tête, et se mettre à l'ébaucher avant que l'on ait arrêté le mouvement correspondant du corps, du col, et même des pieds, et avant qu'on ait reconnu si tous ces rapports produisent l'aisance et la grâce. Une fois cette résolution prise et ce mouvement général adopté , c'est par le moyen des mesures qu'on doit procéder pour saisir et arrêter sur la toile les lignes de direction de cette télé , de ce col , de ce buste , etc. Ceci prouve encore la nécessité d'un carton préparatoire.
Quant au champ qui doit régner autour de la figure, quant k sa place, sa hauteur, etc. , dans le cadre , c'est sur le carton que l'on détermine ces dispositions, et que Ton arrête la grandeur du tableau. Pour cela , on use
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fonds. D'ailleurs l'obscnrUé de la peinture à huile rend très-rarement admissibles ces choix qui , en miniature et dans les procédés à gomme» à colle ou à cire» réussissent beaucoup mieux. Ici» il s*agit donc de sacrifier une vérité à une beauté; il s'agit d'une convention, et de rappeler de» effets qui » s'ils ne sont pas les plus ordinaires, ont cependant lieu quelquefois. En effet de pareils ciels rap- , pellent les effets des lumières » des Bambeaux et des illuminations nocturnes. Dans ces effets » les ciels sont obscurs et la tête se détache sur ces fonds avec splendeur. Ces maîtres se sont dit : L'essenliél , dans un tableau » c'est la figure humaine. Pour la détacher # un fond profond convient » exprimons un ciel ; mais que ce ciel soit sacrifié : le spectateur sera peu choqué , et ce sera agir dans son intérêt que d'adopter cet artifice. Ainsi la cauae du bon effet de ces ciels exagérés n'est pas la justesse et la vérité, mais bien l'énergie par l'opposition; et si le peintre n'est pas vrai , il est , en compensation , piquant et exalté dans son calcul optique. N'avons nous pas vu que l'on doit se prêter à certaines conventions, et que le peintre est autorisé à représenter les corps éblouissans, tels que lés diamans, la foudre, le soleil, bien que l'éclat des couleurs de sa palette soit fort limité?
Mille autres réflexions pourraient être réunies dans ce chapitre; mais je renvoie à ceux oh ces mêmes quesiions ont été examinées; je me contenterai d'en placer une seule ici, que je crois très-utile* C'est que le peintre doit faire beaucoup d'esquisses coloriées pour a'exercar dana l'art du portrait Dans ces esquisses , il n'y aura point à faire de ressemblance de tète , mais seulement il l'indiquera par une masse et par deux ou trois coupa de pia-
poutbaits. — obseuvations di?ebses. $85
eeau : il résultera de cet exercice que le peintre, dégagé de l'obligatioD de répéter la face d'un modèle sera libre, et s'occupera a?ec plus d'attention de la disposition morale et optique de tout l'ouyrage.
Il est peut-être bon de recommander encore anx peintres qui font beaucoup de portrails , de ne pas enfermer leurs modèles dans un atelier 06 sont ordinairement ramassés l'un sur l'autre toutes sortes de tableaux, de figures en pjâtre, d'ustensiles de peinture, et tout ce fatras dont certains artistes s'entourent par routine et par imitation des autres. Une dame, un homme du monde aiment à retrouver dans le site où on les fait poser, les mêmes objets, le même ameublement qui existe dans les salons ordinaires ou dans le cabinet d'une personne de bon ton; ces personnes sont plus à l'aise, étant ainsi entourées , que lorsqu'elles se croient dans un lieu étrange , et qu'elles se figurent être exposées à subir une opération. Le siège qu'on leur offre ne doit donc point ressembler au fauteuil où le dentiste ou l'opérateur place son patient , et rien de répugnant ne doit les affecter. Ainsi il faut que l'art noble et libéral perce partout, et que le métier ne se mette poiut en évidence. Je terminerai cette question des portraits par citer un passage du petit ouvrage de Rouquet , sur les arts en Angleterre.
f En Angleterre , dit-il , chaque peintre de portrait a » une salle d'étalage ou A*exhibiiian , séparée du lieu où » il travaille : c'est pour les personnes oisives un des amu- » semens dn matin que d'aller visiter les étalages des » peintres de portraits. Un laquais introduit les curieux » sans déranger son maître , qui ne sort point de son > atelier qu'on ne le demande. S'il paraU , il feint , pour
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V Tordinaîre» d'être employé à peindre quelqu'un , soit n pour avoir un prétexte de rentrer plus tôt pour continuer » son travail , soit pour qu'on le croie fort occupé; ce qui est » souvent un bon moyen de le devenir quand on ne Test » pas. Le laquais du peintre sait par cœur les noms vrais » ou imaginé^ des personnes dont les portraits» commen- » ces ou finis» décorent la salle d'étalage. On regarde » beaucoup » on applaudit tout haut , on censure tout > bas » on donne de l'argent au laquais , et l'on sort. » Ou se déclare alors plus ouvertement pour ou contre • l'artiste 9 on s'échauffe» on s'y connaît; et ceui: qui se » sont déclarés en sa faveur se font peindre pour prouver t qu'il est habile, t