‹ Traité complet de magnétisme animalChapitre 19 sur 59 · JEUNESSE DE LA VOYANTE · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE LA VOYANTE

Le village de Prevorst est, dans le royaume de Wurtemberg, à 1879 pieds au-dessus du niveau de la mer. Il est entouré de bois. Au commencement de ce siècle, il s’y rencontrait peu de malades; mais, chose rare chez des hommes forts, ils avaient presque tous, dans leur jeunesse, de fréquentes attaques de nerfs. La danse de Saint-Guy était parmi les enfants à l'état d’épidémie. Ils annonçaient d'avance qu’ils allaient en être pris, et la dansaient tous en mesure, après quoi ils ne se souvenaient plusderien. — Les adultes se guérissaient mutuellement. Beaucoup d'entre eux étaient aptes à découvrir des sources à l'aide de baguettes de coudrier.

Là naquit en 1801, de parents très simples, à l’un desquels toutefois sa femme décédée avait annoncé sa mort sept jours d’avance, la personne dont on va lire l’histoire. Ses frères et sœurs avaient tout jeunes la goutte. Elle jouit, quant à elle, pendant toute son enfance, de la plus parfaite santé. Seulement, toutes les fois qu’un reproche un peu vif la refoulait dans la profondeur de la vie interne, elle avait des visions relatives tantôt au présent, tantôt à l'avenir. Un jour son père la gronda injustement pour un objet quelle avait perdu, et, dans son émotion, elle vit et indiqua l’endroit où on le retrouverait.

Le fer l’influença et fut influencé par elle de très bonne heure. Le coudrier, de très bonne heure aussi, indiqua dans sa main de l’eau ou des mines.

Beaucoup de personnes nerveuses sont rendues malades ou guéries parde simples changements de lieux. L’influence atmosphérique est telle sur ces tempéraments , qu’un nommé Pennett, en Calabre, ne pouvait être soulagé de spasmes auxquels il était sujet, qu’au moyen d’un manteau

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de toile cirée qui l'isolait Notre voyante était tellement soumise à cette influence, que lorsqu'elle descendait d'une montagne dans une vallée, elle éprouvait parfois des convulsions.

Mais ce qu’on observait de plusétrange en elle, c’est que, dans les instunts où elle était le plus gaie, elle éprouvait tout à coup des frissons au milieu des champs; ces frissons lui arrivaient constamment dans les cimetières et les églises, preuve que dans les champs ils étaient provoqués par la présence souterraine de quelque cadavre.

Sa première vision eut lieu dans une cuisine du château de Lowenstein. C’éiail un fantôme de femme qu'elle revit ailleurs quelques années plus tard.

La seconde fut une figure d’homme qui, chez son grandpère, passa devant elle dans un corridor en poussant un long soupir, s'arrêta au bout du corridor pour la regarder, et resta dans sa tête très longtemps. Sa vue était devenue extraordinairement perçante, et le devint encore davantage à la suite de veilles incessantes auprès de parents malades.

Fiancée à dix-neuf ans, le jour de la mort d'un prédicateur pour qui elle avait une grande affection, elle accompagna son corps jusqu’à la tombe, et éprouva, les pieds sur cette tombe, un effet bien singulier : un agrandissement d'intelligence accompagné d'une sorte de volupté. Obligée après son mariage, à des relations extérieures nombreuses, elle n’y était jamais entièrement livrée. Sa vie interne, bien qu'elle la dissimulât, prenait chaque jour plus sur elle et finit par la dominer entièrement. Bientôt elle réva que, tombée malade, elle entendait son père et deux médecins chercher ensemble les moyens de la guérir, qu’elle avait auprès d’elle le cadavre de sou prédicateur, qu elle leur déclarait que lui seul pourrait la soulager, et qu'elle se trouvait bien du contact froid de ce cadavre.

Le lendemain, en effet, elle tomba malade, et, soit en

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dépit, soit à cause de fortes saignées, de force bains, de force purgations, et de je ne sais combien d’autres expériences que fît sur elle la médecine, elle ne fit qu'aller de mal en pis jusqu'à ce que des passes magiiéliques, des impositions de mains et le souifle chaud de sa servante sur les cavités de son coeur amenèrent sa guérison, mais en la rendant tellement sensitive, qu'on lut obligé d'éloigner d’elle toute lumière et d'ôter de sa chambre tout ce qui s y trouvait en fer, jusqu'aux clous des boiseries.

Le choix des magnétiseurs était extrêmement important. Une paysanne, en voulant ainsi la soulager, lui causa de violentes convulsions, et plus tard, cette même femme, par qui elle laissa magnétiser son enfant malade, le lui tua.

Pendant le cours de cette maladie, qui dura bien une année, elle parla trois jours en vers, vit trois autres jours sur elle-même une masse de feu divisée en lignes innombrables et ténues comme ses nerfs, sentit trois autres jours comme des gouttes d'eau tomber sur sa tête, et finit par voir sa propre image reproduite dans l'atmosphère en dehors d’elle. Sept jours de suite, à sept heures du soir, elle se sentit magnétiser par l’esprit de sa grand'mère morte; elle l’aperçut seule. Mais, au su et vu de plusieurs témoins dignes de foi, certainsobjets, qui apparemment auraient pu lui nuire, une cuiller d'argent, par exemple, furent éloignés d'elle à travers les airs comme par des mains invisibles.

Plusieurs fois, dans des verres d’eau, comme au reste cela s’est produit fréquemment avec d’autres individus, elle aperçut des personnes qui devaient bientôt la venir voir.

Elle fut avertie, deux jours de suite, par la vue d’un cercueil contenant le corps de son grand-père, de la mort prochaine de ce parent, qui eut effectivement lieu dans la semaiue.

Elle parla et écrivit une langue inconnue qu’elle appelait

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sa langue intérieure et sur laquelle quelques détails seront donnés plus loin.

Une espèce de sorcier lui fit beaucoup de mal au moyen d'une poudre qui l'exalta et d'une amulette qui, décomposée par le docteur Kerner, s'est trouvée contenir de l'asa fœtida, de la Sabine, du cyanure, de la semence de stramonium, un aimant , et un petit papier portant ces mots : Et sur ce est apparu le fils de Dieu afin de détruire les oeuvres du démon.

SÉJOUR A WEISSPERG.

La guérison dont j'ai parlé était, au reste, bien loin d’étre radicale, car la pauvre madame H... (1), ayant quitté sa résidence pour Weinsperg, y retomba, presque A son arrivée, si malade quelle ne put plus quitter son lit. Ce fut alors que le docteur Kerner, auteur de ce récit, fut appelé près d’elle, à la demande quelle en fit en état de somnambulisme, état qui lui était habituel, lors même qu’elle paraissait éveillée. Tout ce qui va suivre a été observé et est certifié par ce docteur.

Elle mangeait de trois en trois heures, mais cette nourriture lui profitait peu. Elle disait souvent quelle ne vivait que d’air et des émanations des pet|onnes qui l’entouraient, de celles de ses parents surtout, à cause de la plus grande affinité de leur constitution avec la sienne. Ceux-ci sentaient, en effet, leurs forces diminuer près d’elle. Quand par hasard c'était un individu plus faible qu’elle qui l’approchait, elle s'affaiblissait elle-même.

Ses yeux projetaient un éclat singulier. Le lien entre ses nerfs et l’électricité qui l’animait semblait relâché comme dans un individu tout près de perdre la vie; elle se voyait souvent double comme la première fois dont j'ai parlé plus haut, et vêtue tantôt de noir, tantôt de blanc. Le noir lui

(i) Nom de la voyant*.

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annonçait des souffrances. En général, dans ces moments, elle se sentait mal à l’aise; il lui restait, disait-elle, trop de conscience de son corps; elle aurait souhaité en être dégagée tout à fait.

Un jour, le docteur Kerner se plaça entre elle et sa doublure. Elle l’en remercia, en lui disant qu’il dégageait son âme de ses cliatnes.

Delrioa écrit qu’en Espagne certains individus voyaient sous terre les métaux, les eaux et les cadavres; la Portugaise Gamasche, a eu cette faculté; beaucoup d'Écossais la possèdent; des chevaux ont prouvé qu’ils l'avaient eu refusant de rester dans une écurie sous laquelle on a trouvé des corps morts, et Schocke raconte d’une certaine Catherine Butler, qu elle distinguait tous les métaux avec sa langue. Notre voyante n’a point manifesté ces dons, mais elle sentait aux végétaux , aux métaux et aux autres matières qui nous semblent brutes, uue âme comme aux hommes et aux bêtes. Leur électricité, invisible pour nous tous, était visible pour elle. La parole écrite lui envoyait comme des esprits qui l'agitaient. La présence de la houille et celle de la marne lui causaient une sensation brûlante; celle du plâtre, des contractions au cœur.

Toutes les propriétés que Théophraste, Aristote, Pline, Dioscoride, Galien, Avicène, Albert le grand, ont attribuées aux pierres précieuses, propriétés à cause desquelles les prêtres juifs en portaient, sur lesquelles Marbode d’Anjou a écrit un poème didactique, et auxquelles Van Helmont a donné le nom de bure (il appelle Leffaz l’influence ou esprit des végétaux), toutes ces propriétés, dis-je, se réalisaient pour elle. Le saphir lui inspirait un demi-sommeil; les autres pierres de couleur l’agitaient de diverses façons : le cristal la tirait du sommeil magnétique, et, si l'on en prolongeait le contact, elle finissait , ainsi que le grès, par la mettre en catalepsie ; le sable, qui le plus souvent lui faisait

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du bien et lui semblait avoir une odeur aromatique qu'elle percevait par les cavités du cœur, finit aussi un jour par lui roidir tous les membres.

Les mains dans l’eau, elle s’affaiblissait; elle n’en pouvait boire que la nuit, et, si cette eau était magnétisée, elle la voyait lumineuse. Présentée à un bain, elle était repoussée par lui, et, jetée dans une rivière, elle aurait infailliblement surnagé. Ceci rappelle une femme de Freyberg qui, si l’on en croit Moller, en 1620, et en présence de deux ministres protestants, sauta tout à coup à une hauteur de sept ou huit pieds, et resta en l'air jusqu’à ce que les efforts de ces deux hommes la contraignissent de rentrer dans son lit. Pareil fait est raconté d’un homme par Horst dans sa Deutiroscopie.

Presque tous les raisins d’Allemagne lui refroidissaient l’estomac, tandis que ceux de France le réchauffaient. L’aimant contournait ses tnains, qui ne reprenaient leur état naturel que lavées dans une eau courante. L’indigo lui faisait le même effet que l’aimant.

Le laurier la magnétisait , ce qui explique l’usage qu'en faisaient les pythies de l'antiquité. Le coudrier, au contraire, la démagnétisait.

L’élan est un animal sujet à l’épilepsie, et les anciens employaient son sabot à guérir les épileptiques. Ce sabot lui causait, à elle, comme des attaques d’épilepsie. La corne du chamois la calmait : c'est apparemment parce qu'ils lui connaissent cette faculté, que les Tyroliens en portent des bagues. Logée au midi, ses menstrues étaient régulières. S’arrêtaient-elles, elle n’avait qu’à regarder le couchant pour les rappeler.

Le rayon violet du soleil dirigé par un prisme sur sa main la mettait en somnambulisme; le rouge, en catalepsie.

En regardant la lune, elle se sentait envahir par le fioid. Pour elle , les yeux des hommes lançaient des rayons

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blancs; ceux des femmes, des rayons bleuâtres. Pendant les orages on tirait de son corps des étincelles.

En prenant du fer dans sa inain droite et du cuivre dans sa main gauche, elle éprouvait dans tout le corps une commotion qui commençait au cœur. En prenait t ces deux métaux dans une seule main, elle sentait monter dans ses bras des ondulations galvaniques, qui de là parcouraient tout son côté. Elle ne pouvait tenir sans douleur ni l'un ni l’autre de ces métaux seul.

Les tons bémols lui faisaient plaisir et l'endormaient. Des sons d'harmonica sur un verre d’eau quelle allait boire le lui rendait délicieux.

Immobile dans le sommeil naturel, agitée dans le magnétique, elle expliquait cette différence en disant : Dans le premier cas, c’est mon esprit qui prédomine en moi; dans le second cas, c’est mon âme. » Ceci me semblerait rendre raison de nos rêves. Quand nous dormons, notre électricité est momentanément retournée presque tout entière à l'électricité générale, et notre intelligence a beau voir, soit en dedans, soit en dehors de nous, ce qui lui en reste ne lui suffit pas pour pouvoir nous faire agir.

ESPRITS EN NOtJS ET HORS DE NOUS.

Toutes les fois que madame H. a regardé attentivement dans l’œil droit d’un homme, attention qui augmentait sa force visuelle et lui causuil bientôt une commotion électrique, elle y a aperçu derrière sa propre image une autre image qui ne ressemblait ni à elle-même, ni au propriétaire de l’œil, et qu'elle prétendait être celle d’un autre homme résidant en lui, homme tantôt plus grave, tantôt plus léger que lui. Si c’était sur l’œil gauche de cet homme que se fixait son attention, elle y voyait les organes qu’il avait malades, et les remèdes qui pouvaient les rétablir. — Dans

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l’œil gauche d’un borgne, elle a vu à la fois sa doublure interne, ses organes malades et les remèdes à leur appliquer. Au fond de l’œil droit de plusieurs animaux, qlle a vu une flamme bleue qui lui a paru être un rayon de la conscience d’eux-mémes. Elle a ditapercevoir tout cela au moyen d’un œil intérieur. U va sans dire qu’il était facile de la magnétiser du regard. Elle a vu souvent dans des bulles de savon des individus absents ou des événements près d’arriver, mais quand on l’exigeait d’elle, elle était plus sujette à erreur. Ces visions lui étaient d'ailleurs pénibles, comme si elle commettait en s'y livrant de mauvaises actions. Les mots placés sur son estomac étaient facilement lus parelle. Le nom de Napoléon ainsi placé à plusieurs reprises lui a lait chaque fois entendre une marche guerrière quelle chantait malgré elle.

Elle voyait clairement, quand elle le voulait, ses organes intérieurs, et dans son plexus une sorte de soleil rayonnant vers toutes les parties de son corps ; mais tout eu déclarant que tous ses nerfs en étaient éclairés, elle n’a jamais pu dire si ces rayons se prolongeaient jusqua son nez et à ses tempes.

Aux hommes privés d’un membre, elle voyait ce membre comme s’il leur restait, ce qui explique les souffrances que disent ressentir les amputés.

Elle disait, mais quand on la questionnait beaucoup, jamais spontanément, avoir toujours près d’elle , comme en ont eu Socrate, Platon et autres, un ange ou démon avertissant des dangers à éviter, non-seulement elle, mais d’autres par elle. C’était l'esprit de sa grand’inère, madame Schmitd Gall. 11 était vêtu, comme tous les esprits féminins qui lui apparaissaient, d’une robe blanche à ceinture et d’un grand voile également blanc.

Madame Arnold d’Heilbronn a été dans le inéme cas, et a eu cela de particulier que plusieurs personues présentes.

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encore vivantes et tout à fait dignes de foi, ont senti dans l’air les mouvements de son démon. Madame Ludwigen, de Dessau, ayant laissé en mourant un enfant muet et paralytique, cet enfant, que soignaient ses sœurs, recouvra la parole le jour qu'elles ne lui avaient pas apporté sa nourriture, pour leur dire que sa mère était venue y suppléer. Ce furent ses seuls mots, et il mourut. Un autre enfant, raconte Horst dans sa Bibliothèque magique , avait une jambe torse ; cette jambe se redressa en une nuit, et, le lendemain matin, l’enfant dit à ses frères : « N'avez-vous pas vu un petit ange? Il m’en est venu un; c’est lui qui, en frottant ma jambe, l’a redressée... »

Il n'est donc pas surprenant que madame H. se soit souvent sentie magnétiser depuis la base du crâne jusqu’au creux de l’estomac par l’esprit de sa grand’mère, quelle en ait éprouvé un grand soulagement, et que les déplacements cités plus haut d'objets qui auraient pu lui nuire se soient produits, à la stupéfaction des assistants, sans qu’ils pussent s’expliquer comment.

Derrière une jeune personne de la connaissance du doc* teur Kerner, elle vit un jour un garçon d’une douzaine d’années. Le docteur questionna à ce sujet la jeune personne, et, après avoir cherché dans sa tète ce que cette apparition pouvait être, elle lui dit avoir perdu, à quelques années de là, un petit frère qui aurait eu précisément douze ans au moment du phénomène.

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