FER ET PLOMB
dont Tune, celle du dessus, est du fer, et l'autre, du plomb; mais en réduisant à une température très-élevée de la litharge avec excès de fer pur, Karsten obtint du fer fondu où il trouva, comme moyenne de plusieurs expériences, 2.06 pour 100 de plomb. L'alliage avait une cassure feuilletée; il était fragile, mais doux et s'aplatissait un peu en se crevassant sur les bords. Cependant, en opérant là réduction de la litharge par de la fonte ou du fer carburé, le culot de fer était exempt de plomb (1). M. Sonnenschein a décrit un alliage de fer et de plomb trouvé dans un haut fourneau de Marienhiitte, Silésie supérieure, où l'on traitait des minerais plombifères. Le fourneau ayant fonctionné pendant près de cinq ans, le plomb avait corrodé les parois du creuset à une profondeur de 0",15 au-dessous du trou de coulée, et à chaque coulée le plomb sortait avec la fonte. Il s'était ainsi formé audessous du trou de coulée une petite cavité où le plomb s'accumulait et que l'on vidait plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Dans le cours de dix-huit mois, on recueillit ainsi 26 tonnes de plomb. On éteignit le fourneau après sept années de marche et en lé démolissant, on trouva non-seulement beaucoup de plomb dans les « crasses » du creuset, mais encore divers agrégats de cristaux, dont quelques-uns avaient été pris à tort, d'après leur aspect, pour du cyanoazoture de fer. Ces cristaux étaient cubiques et en gradins ; mais il y avait aussi des groupes de cristaux aciculaires, feutrés, avec les caractères suivants : leur couleur était d'un jaune de laiton, et en quelques endroits d'un bleu vif particulier ; ils étaient doux, un peu plus durs que le plomb, mais ils se coupaient facilement et leur surface coupée avait un éclat plomb eux. Leur densité était de 10.560, et ils étaient très-attirables à l'aimant. On trouva, après plusieurs analyses, que ces cristaux consistaient en 88.76 de plomb et 11.14 pour 100 de fer, corres-
(1) EistnhiUtmhmde, i. I, p. 506.
pondant à la formule 2Pb + Fe. Leur composition pour 100 est donc 88.08 de plomb, et 11.92 de fer. M. Sonnenschein pense que cet alliage intéressant est dû à l'action continue du plomb gazeux sur le fer métallique. Les groupes de cristaux rouges mentionnés étaient en partie entourés de minium, ils appartenaient au système cubique ou à une variété de ce système ; leur éclat était vitreux : c'était du plomb pur, revêtu superficiellement dune couche très-mince d'oxyde rouge (1). M. Dick, qui s'est longtemps occupé de la fonte du plomb, nous apprend que le fer des grandes cuillères perforées employées dans le procédé de désargentation de Pattinson, se pénètre avec le temps de plomb métallique.
M. Biewend, de Glausthal, a décrit un alliage préparé en chauffant dans un creuset brasqué une scorie riche en plomb et en fer. La plus grande partie du plomb se volatilise. L'alliage bien fondu est dur, cassant et se laisse écraser légèrement sous le marteau, sans se criquer; la cassure à grain un, foliacée (kleinkôrnig-blâtterig) , luisante, varie entre le gris d'acier et le blanc d'étain. Cet alliage se composait de 96.76 de fer et 3.24 pour 100 de plomb (2).
Nous avons répété, sans pouvoir confirmer ses résultats, l'expérience de Karsten, en réduisant de la litharge par du fer. Nous nous étions servi de creusets de fer forgé et de creusets d'argile; les derniers s'étaient immédiatement corrodés et perforés par l'oxyde de fer, sinon par la litharge même. Nous avons vainement essayé d'obtenir l'alliage de Sonnenschein ou tout autre alliage défini de fer et de plomb.
Ces métaux s'associent facilement par la fusion et donnent des alliages durs, cassants, blanos, fusibles, et d'une den-
(1) Chem. Ga*.f t. XIV, p. 454; 1856.
(2) Journal f. prak. Chem., t. XXIII, p. 252.
site moins grande que la moyenne des densités des métaux composants. L'antimoine tend plus que tout autre métal à détruire la propriété magnétique du fer. Suivant Berthier, l'alliage contenant 70.5 pour 100 d'antimoine, c'est-à-dire Fe + Sb, est indécomposable pa,r la plus haute chaleur, et les alliages qui renferment une proportion plus grande d'antimoine sont ramenés par une température de 150 degrés (pyromètre de Wedgwood) à cette formule (1). Un alliage de 1 partie en poids d'antimoine et de 2 de fer, fait feu quand on le lime (2). M. Richardson a fait dans notre laboratoire les expériences suivantes avec de l'antimoine du commerce et du fil de fer épais. La fusion s'opéra dans des creusets d'argile avec couvercles lûtes.
1. Fer, 14r.50; antimoine, 16gr.70, correspondant à la formule Fe*Sb. Le culot bien fondu pesait 31gr.02, avec une perte de 0gM8; il était d'un gris foncé, fragile et à oassure grenue.
2. Fer, 12g,.95; antimoina, 12gr.95. Le culot bien fondu pesait 25gr.25, avec une perte de 0g\50; il offrait les mômes caractères que le précédent.
3. Fer, 19^.23; antimoine, 0gT.19. On eut un culot bien fondu, pesant 18gr.92, avec perte de 0gr.50; il n'était pas tout à fait aussi fragile que les culots n°* 1 et 2 et il avait un éclat plus brillant, mais la cassure était la môme.
Karsten a constaté l'effet de l'addition de 1 pour 100 d'antimoine dans une charge de fonte, pendant la conversion en fer malléable dans le foyer d'affinage au charbon|debois. Malgré sa volatilité, l'antimoine a une action beaucoup plus nuisible que l'addition d'une même quantité d'étain. A la chaleur blanche, il produit les mômes fumées dans le fer que rétain, mais le fer en barre est plus fragile et extrêmement cassant à froid et à chaud. Le fer en barre contenait 0.23 pour 100 d'antimoine,
(1) Traité, t. II, p. 247.
(2) Thénard, Traité de Chimie, t. II, p. 247; 1834.
ized byV^r*
Karsten trouva 0. H 4 pour 100 d'antimoine dans du fer en barre si cassant à froid, qu'il n'avait aucune valeur, il n'y avait, du reste, que des quantités inappréciables de soufre et 0.38 de phosphore; d'après son expérience, ces éléments ne suffiraient pas pour rendre le métal sensiblement cassant à froid et il regardait la présence de la petite quantité d'antimoine comme justifiant la mauvaise qualité du fer en question.