DE LA FIXITÉ ANORMALE DE LA MATRICE
Si la trop grande mobilité de l’utérus détermine une foule de déplacements capables de donner quelquefois naissance aux accidents les plus fâcheux , la fixité absolue de cet organe, outre l’obstacle permanent qu’elle eût apporté à la dilatation du rectum et de la vessie, serait devenue la source de plusieurs autres inconvénients encore plus graves, parce qu’ils auraient été beaucoup plus fréquents.
Parmi les causes de la fixité plus ou moins grande de la matrice , on range les adhérences déterminées par une péritonite ou par l’inflammation des autres organes qui avoisinent l’utérus et ses annexes , tels que le rectum et la vessie. La métrite et la métropéritonite (1), qui ont lieu souvent à la suite d’une couche laborieuse ou d’une menstruation difficile, donnent également naissance à des adhérences morbides, et à des ligaments anormaux, qui vont souvent s’at. tacher à l’utérus lui-même et aux parois du bassin, et qüi peuvent rester méconnus jusqu’à une époque plus ou moins éloignée de leur formation.
(1) Le docteur Vcinclmann a publié en 1818 un mémoire ( casus rarï) , dans lequel il a donné la description et le dessin d’une adhérence de l’épiploon avec la face antérieure de la matrice , qui probablement a été la conséquence d’une métropéritonite puerpérale. Pendant la grossesse suivante, la femme est morte dans le cinquième mois avec tous les symptômes d’un étranglement interne.
Les adhérences d’où résulte la fixité anormale de la matrice, n’ont été appréciées à leur juste valeur que depuis la publication des recherches de madame Boivin (1) sur une des causes les plus fréquentes de l’avortement. L’auteur de cet important travail dit, ainsique M. Dugès (2), avoir remarqué que les femmes scrophuleuses et celles d’un tempérament lymphatique, qui sont plus sujettes à la constipation et à une certaine irrégularité des fonctions digestives, sont également plus ou moins exposées aux adhérences utérines, et par conséquent à la fixité anormale de l’organe gestateur. Il semblerait , d’après M. Dugès , que les petites filles qui se livrent avec excès à la masturbation seraient également plus exposées à la fixité de la matrice, parce que l’état d’excitation permanente de leurs organes génitaux, en irritant sympathiquement tout le péritoine , principalement vers les parties qui tapissent l'utérus, doit nécessairement faire contracter plus souvent des adhérences entre l'organe gestateur et la membrane péritonéale. Ces idées, qui, comme le dit, d’ailleurs-, M. Dugès , ne sont encore que des conjectures, ont besoin, pour qu’on les admette, d’être confirmées par un certain nombre de faits bien observés.
L’immobilité anormale plus ou moins complète de
(1) Recherches sur les causes les plus fréquentes de l’avortement.
(2) Traité prat. des malad. de Tutérus, t. I. p. 176.