‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 15 sur 86 · SEXES · texte numérisé non relu

SEXES

Si , d’une part, comme le dit M. Virey (1 ) , la condition de vierge , dans nos institutions civiles , est un état de violence contre les impulsions de la nature, fort différent de l’état libre des jeunes femelles

(1) De la femme, sous les rapports physiologique, moral e Vtle'raire, ch, XI, page 78.

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d’animaux qui subissent à l’époque de leurs amours le joug de la volupté; si, d’un autre côté , il est généralement admis que le mariage est l’état le plus conforme au bonheur , au bien-être et à la santé de l’homme, il est important de répondre aux vues de la nature aussitôt que le permettent le développement complet et la parfaite conformation de tous les organes. Dans l’enfance du monde, les sexes ne suivirent dans leur union que ce sentiment naturel qui les attirait l’un vers l’autre; mais bientôt les philosophes, médecins et législateurs firent du mariage un des principaux objets de leurs méditations. S’étant attachés à déterminer l’influence plus ou moins avantageuse qui pouvait en résulter pour les peuples, dont ils cherchaient à assurer le bonheur, tous reconnurent que les plus graves inconvénients pouvaient résulter de l’union trop prématurée des sexes. Pour prévenir les fâcheux effets du mariage avant l’entier développement de la constitution , les législateurs en déterminèrent l’époque. Lycurgue et Platon la fixèrent à 1 7 ans pour les filles, et Aristote à 1 8. Chez les Romains, les femmes étaient autorisées par la loi Poppea, à se marier à l’âge de \ 2 ans; enfin, les Athéniens , moins scrupuleux , permettaient le mariage aussitôt que les individus se croyaient aptes à en remplir le but. Cette loi, funeste â la population en général , et surtout dangereuse pour les femmes , s’accordait avec les mœurs et la politique guerrière du peuple d’Athènes. Comme il serait inutile et fasti

dieux de citer toutes les lois et les opinions relatives au mariage, nous nous bornons à dire que l’époque en doit varier suivant la différence des lieux , des climats , des peuples et du degré de civilisation, puisque ces diverses circonstances peuvent hâter ou retarder la première apparition des règles et la nubilité parfaite.

Les lois françaises avant la Révolution ne permettaient pas l’union légale, pour les filles, avant l’âge de 12 ans; mais, d’après le code actuel, elles ne peuvent s’engager dans les liens conjugaux que lorsqu’elles sont parvenues à 1 5 ans révolus. Si les législateurs français ont permis le mariage à une époque aussi rapprochée de la naissance, c’est qu'ils ont pensé que puisqu’il peut y avoir à cette époque des rapprochements fortuits des sexes, il a fallu , dans l’intérêt des mœurs, laisser un moyen de réparer une faute et de légitimer des enfants qui, sans celte faculté, n’auraient pu avoir dans la société qu’une position fausse et malheureuse. D’ailleurs, si l’on réfléchit que le mariage est le moyen le plus efficace pour faire cesser les maux résultant des désirs violents qui souvent sont suscités de bonne heure chez les jeunes filles par l’éducation qu’elles reçoivent et les mœurs actuelles delà société, on conviendra’, sans aucun doute, que le code civil a été rédigé avec la plus grande sagesse. Cependant , en ne considérant la femme que sous le rapport physiologique , nous croyons que l’âge de 1 8 à 25 ans est celui où les

femmes peuvent, se marier de la manière la plus avantageuse pour elles et pour leursenfanls.Du reste, il est une règle d’après laquelle on pourra toujours se guider, c’est de mettre au moins deux ans entre le moment du mariage et la première apparition des menstrues. 11 est rare qu’avant cetteépoque, la constitution ait acquis le développement nécessaire à la reproduction de l’espèce. Si, comme le fait observer M. Zac/mwe dans son Hygiène : « Le travail indispensable de la nature occupée du complément de son organisation, est troublé par les jouissances prématurées du mariage , la femme aura mille dangers à courir dans sa nouvelle position. Devenue enceinte, elle ne pourra supporter qu’avec la plus grande peine, et aux dépens de sa santé, les incommodités sans nombre et inséparables de cet état : elle sera sujette aux avortements et aux pertes, et les douleurs de l’enfantement lui coûteront peut-être la vie. Devenue mère d’enfants délicats et valétudinaires , elle passera sa jeunesse dans l’inquiétude et les larmes, ne prodiguera aux fruits de ses amours qu’un lait peu substantiel , se livrera pour les élever à des soins et des veilles qui dépasseront ses forces, bâteront pour elles l’instant de la vieillesse et l’arracheront peut-être à la vie à un âge où elle est ordinairement la plus forte et la plus active. » Si les rapports conjugaux trop prématurés n’ont pas constamment des suites aussi funestes, on peut dire que toujours ils altèrent

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plus ou moins le physique et le moral, et hâtent le

temps déjà si rapide de la jeunesse et de la beauté.

En général, chez les filles bien conformées et parvenues à leur complet développement , les premières jouissances déterminent ordinairement un changement favorable à la constitution ; cependant il arrive quelquefois que les organes générateurs deviennent le siège d’une inflammation, ou que les nouvelles mariées éprouvent quelques accidents spasmodiques qui cèdent facilement au repos absolu des organes, à l’emploi des bains généraux , aux boissons tempérantes, aux lavements et aux lotions narcotiques et émollientes; enfin, à la saignée générale, dans le cas où le pouls serait plein et la réaction très-violente.

Si l’usage modéré de l’acte vénérien produit en général des effets avantageux, quand il est trop souvent réitéré, il a pour conséquence des lassitudes, de la faiblesse , un abattement général ; bientôt la beauté s’altère, les grâces et la fraîcheur de la jeunesse se flétrissent ; enlin, lorsque l'abus du coït est soulenu, il peut déterminer des inflammations et des ulcérations du vagin et de la matrice , des écoulements blancs, des hémorrhagies utérines, des désordres de l’appareil digestif et nerveux, des gastrites aiguës et chroniques, des accès d’hystérie et de nymphomanie, l’affaiblissement de tous les sens, la perte de la mémoire, la stupidité, la dégradation morale , la carie des vertèbres , les anévrismes , sur-

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tout ceux du cœur, la phthisie pulmonaire , la consomption et la mort.

Dans toutes les circonstances, les jeunes mariés devront proportionner leurs plaisirs à leurs forces , et se rappeler aussi que les premières approches conjugales exigent des soins et des précautions dont l’oubli pourrait avoir les résultats les plus funestes. Lorsque la consommation du mariage éprouve trop de résistance , surtout s’il y a disproportion entre les organes, l’époux jeune, plein de vigueur, et quelquefois sans expérience, au lieu de s’abandonner inconsidérément à tous ses transports , doit chercher à triompher des obstacles avec beaucoup de ménagement et de circonspection. En général , les difficultés que présentent les premiers essais du mariage sont moindres pendant le temps des règles et quelques jours après leur écoulement. Il est bon de dire aussi que l'usage des corps onctueux, les fomentations émollientes, les bains généraux et même l’effusion sanguine qui résulte presque toujours des premières tentatives, peuvent déterminer un relâchement avantageux dans ces cas difficiles. Si cependant une trop grande résistance était opposée, loin de faire des efforts violents qui pourraient compromettre la vie de la femme, on devrait soupçonner une disposition contre nature , et demander des secours à la chirurgie contre un obstacle qu’elle seule peut surmonter sans danger.

Puisque la conception est le résultat le plus ordinaire de l’acte génital ; puisque la reproduction de l’espèce est le but principal du mariage , quelque impérieuses que soient d’ailleurs la voix des sens et les convenances sociales, il est des circonstances qui doivent éloigner certaines femmes des rapprochements sexuels, qui deviendraient pour elles une source féconde de maladies très dangereuses, et souvent une cause de mort. Au nombre des vices de conformation qui contre-indiquent le mariage chez les femmes, on doit mettre en première ligne les vices qui s’opposent a l’acte de la génération ou à l’accoucliement, tels que l’absence du vagin et le manque de capacité du bassin. Ce dernier vice de conformation mettrait la femme dans la cruelle alternative de subir l’opération césarienne, ou au moins la symphyséotomie, ou bien de voir son enfant être sacriüé et retiré par lambeaux.

On peut en général présumer qu’il existe une vicieuse conformation de la cavité pelvienne , lorsque la colonne vertébrale présente une courbure qui fait rentrer la dernière vertèbre lombaire dans la partie supérieure de la face postérieure du bassin ; lorsque les os des hanches sont très peu apparents et sont beaucoup plus élevés d’un côté ; lorsque les cuisses sont très rapprochées l une de l’autre; enfin, lorsque la courbure des os longs et le gonflement de leurs extrémités articulaires indiquent un état général de rachitisme. Nous devons dire cependant que nous

avons vu des femmes horriblement contrefaites présenter un bassin bien conformé et accoucher facilement, tandis qu’il en est d’autres, qui , avec toutes les apparences d'une conformation régulière, ne peuvent donner le jour à leur enfant , et succombent presque inévitablement, parce que ledétroit inférieur de leur bassin n’offre que deux pouces de diamètre. Si les parents supposaient l’existence de tels défauts, ils nedevraientjamais consentir au mariage de leur fille, sans avoir consulté des médecins instruits ; quoique ce genre d’examen répugne à la pudeur, ce dernier sentiment ne peut être mis en balance avec la vie d une mère et de son enfant.

Parmi les maladies qui devraient toujours être des obstacles à l’union légale, nous rangeons la phthisie pulmonaire, les anévrysmes du cœur ou des gros troncs artériels, l’idiotisme, l’aliénation mentale, et même l’épilepsie persistant après la puberté.

En suivant l’ordre dans lequel se succèdent les diverses phases physiologiques de la vie des femmes, nous devrions parler actuellement des soins hygiéniques , concernant les fonctions et les divers états de la femme , relatifs à la reproduction; si nous les passons sous silence, c’est, comme nous l’avons dit dans notre préface et dans le chapitre précédent, parce que nous avons l’intention de nous étendre Ion guement sur ce sujet, dans le traité indépendant de celui-ci, que nous nous proposons de publier sur les maladies et les accidents qui peuvent résulter de la

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conception, de la grossesse, de l’accouchement et de l’allaitement, qui sortent du cadre de cet ouvrage.

D’après les considérations que nous venons d’exposer, nous allons actuellement nous occuper de la prophylaxie et des moyens tirés de l’hygiène et de la thérapeutique pour prévenir les maladies qui peuvent survenir à l’âge critique , sous l’influence de la cessation des règles.

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