‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 17 sur 86 · HYGIÈNE GÉNÉRALE APPLIQUÉE A LA FEMME · texte numérisé non relu

HYGIÈNE GÉNÉRALE APPLIQUÉE A LA FEMME

Quoique l’homme et la femme soient soumis aux mêmes lois vitales, aux mêmes besoins, aux mêmes passions, quoique l’art d’user de la vie semble devoir être commun aux deux sexes, il est cependant, dans

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l'application de l’hygiène générale à la femme, des nuances et des modifications particulières sur lesquelles nous croyons devoir dire quelques mots.

Pour procéder avec plus de méthode et surtout pour être moins exposé à faire des omissions, nous allons parcourir successivement les six classes qui constituent la matière de l’hygiène.

\ 0 circum fusa ou choses e/ivironnanf es. Si, comme l’a dit le vieillard de Cos, l’air est l’aliment de la vie, pabulurn vitœ, il arrive aussi qu’il peut être l’aliment ou plutôt la cause de la mort , par la maladie dont souvent il est le germe funeste; les femmes étant naturellement plus sensibles et plus impressionables, et ayant des poumons moins développés, plus irritables, et plus sujets à la phthisie, se trouvent par conséquent, plus que l’homme, fâcheusement affectées par l’influence des vicissitudes atmosphériques. Les soins relatifs à l appareil respiratoire, méritent surtout de fixer 1 attention d’une manière toute particulière, aux approches de la puberté, pendant l’écoulement menstruel, à l’âge critique, enfin, à toutes les époques où la susceptibilité générale est augmentée.

Les femmes, principalement cellesdont le luxe et la mollesse ont encore augmenté l’impressionabilité, devront, autant que possible, habiter des appartements élevés, éviter les sociétés nombreuses où l’on respire un air trop chaud et vicié; elles devront surtout éviter de passer sans précaution d’une température élevée à une température plus basse ; lors-

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qu’elles seront forcées de le faire, ou d’avoir plus ou moins long-temps quelques parties découvertes, elles pourront diminuer de beaucoup les fâcheux effets des transitions brusques de la température et des impressions subites du froid, soit en ayant la précaution de se tenir quelques instants dans une pièce moins chaude, soit en entretenant la chaleur artificielle par la marche ou des mouvements quelconques ; celles qui sont d’une constitution délicate et disposées aux affections catarrhales et tuberculeuses, feront trèsbien, pour rendre chez elles moins impressionables les organes parenchymateux et toutes les membranes muqueuses, notamment celles des bronches et des parties génitales, d’entretenir une légère excitation vers la peau en portant des gilets et des caleçons de flanelle ; elles affaibliront aussi l’influence funeste de l’humidité et de l’air froid, en faisant usage de boissons légèrement toniques et d’aliments nourrissants et de facile digestion.

Les altérations que l’air peut éprouver dans ses principes constituants , sont quelquefois excessivement nuisibles , surtout aux femmes ; elles devront s’interdire le plus possible les lieux où se trouvent rassemblés un grand nombre de personnes, tels que les bals, les salles de spectacles, les concerts, etc. Sans vouloir nous étendre sur les effets des exhalaisons et des effluves gazeux, nous nous contenterons de dire que l’habitude qu’ont les femmes de s’entourer de corps odoriférants, mérite surtout d’être men-

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donnée, à raison des accidents et des dangers réels qui en sont les conséquences. Les personnes nerveuses devront donc non seulement redouter l’impression des odeurs et des parfums même les plus suaves, mais encore ne jamais laisser dans leur chambre des pots de fleurs et des vases garnis qui ont le double inconvénient d’affecter trop vivement la sensibilité nerveuse, et de décomposer l’air en exhalant du gaz acide carbonique. Parmi les citations nombreuses que nous pourrions faire , nous nous bornerons à dire que Cromer rapporte qu’une fille de Nicolas hT, comte de Salin, mourut après avoir respiré l’odeur d’une rose; en 1779, une femme de Londres fut trouvée morte dans son lit pour avoir respiré les exhalaisons de plusieurs tiges de lis fleuris qu’elle avait placées dans sa chambre qui était peu spacieuse ; Triller (clinotechnia. médic. sive de diversis ægrol . lectis, 1 774) a vu la violette donner lieu à un accident aussi fâcheux : dans une circonstance à peu près pareille, les émanations des fleurs de lis, faillirent devenir funestes à la femme de Laumonier, habile chirurgien de Rouen; enfin, dans la nuit du 10 du mois d’août 1837, Mmc la duchesse d’Ab*** fut sur le point d’être asphyxiée, pour avoir dormi quelques heures dans sa chambre à coucher où ses

amis et les admirateurs de son talent littéraire avaient déposé des fleurs la veille de sa fête.

D’après les faits qui viennent d’être exposés, il est facile de juger que les femmes devront s’abstenir,

soit de parfumer leur chambre avec des fleurs, des essences, ou des pastilles orientales projetées sur le feu, soit de porter sur elles des odeurs et des sachets qui peuvent non seulement affecter vivement la sensibilité nerveuse, mais encore devenir des causes prédisposantes ou déterminantes de la syncope, de l’asphyxie, et d’une foule d affections spasmodiques auxquelles leur sexe est plus particulièrement exposé.

Nous ajouterons que l’abus des parfums a encore l’inconvénient d’exalter ou de diminuer l’odorat, et que Montaigne a dit, très judicieusement, « que la plus exquise senteur d’une femme, c’est de ne rien sentir » : ben 'e olel quœ nihil olet.

Parmi les habitudes qui sont des plus contraires aux femmes, nous devons également signaler l'usage des chaufferettes, qui joignent à l'inconvénient de dégager du gaz acide carbonique, celui d'exciter les organes génitaux et de prédisposer aux fleurs blanches et aux hémorrhagies de la matrice, aux hémorroïdes, aux varices, aux ulcères des jambes, etc. Les personnes que leurs occupations sédentaires exposent au froid de pieds, remplaceront avantageusement les chaufferettes par une chancelière ou un vase d’étain plein d’eau chaude.

2° applicata, ou choses appliquées à la surface du corps) vêlements, soins de propreté, rosrnestiques , etc.

Les vêtements, jouissant du précieux avantage de garantir la surface du corps de l’impression immédiate de l’air, et par conséquent, d’annuler jusqu’à

un certain point les influences des vicissitudes atmosphériques, il est très important que toutes les parties qui composent l'habillement des femmes soient en rapport avec leur manière d’être, les circonstances où elles se trouvent et la température régnante. En hiver, elles porteront des étoffes de laine ou des étoffes de soie ouatées et doublées qui, souples et légères, entretiennent autour du corps une chaleur convenable, à cause de la propriété dont elles jouissent, de conduire mal le calorique; si les fourrures ont le même avantage, elles présentent l inconvénientque, lorsqu’on les quitte brusquement, on est plus susceptible d’ètre saisi par le moindre refroidissement. En été, on fera usage de tissus de lin ou de chanvre, tandis qu’en automne et au printemps, les vicissitudes atmosphériques réclament des vêtements qui conservent une chaleur modérée. Enfin, dans toutes les saisons, les femmes ne devront jamais, sans beaucoup de précautions, diminuer le nombre de leurs vêtements, ou les changer brusquement contre d’autres moins préservateurs des influences atmosphériques. Il est également très important pour elles de se couvrir en tout temps les bras et la poitrine, surtout pendant le temps des régies.

La forme des vêtements mérite aussi de fixer l’attention ; ils doivent toujours être assez larges pour ne point gêner les mouvements et n’exercer aucune compression sur les différentes parties du corps; les corsets, surtout , lorsqu’ils sont mal faits ou trop

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serrés, offrent l’inconvénient de gêner les mouvements , d’empêcher l’expansion des poumons , de favoriser la stase du sang dans leur intérieur, et par conséquent, leur inflammation et la phthisie pulmonaire; enfin, de comprimer douloureusement les seins, et d’y déterminer ainsi des engorgements et des indurations cancéreuses ; nous devons dire, cependant, que si les corsets trop étroits, trop serrés, et surtout armés de fortes baleines et d’un buse de fer, sont toujours très nuisibles, les corsets élastiques, adaptés à la forme du corps, munis de goussets assez larges pour envelopper les mamelles sans les comprimer, enfin dépourvus d’un buse, et médiocrement serrés, ont l’avantage de donner de la grâce et ' de la tournure, de soutenir les seins, d’augmenter l’énergie des muscles des parois de la poitrine, et de celles de l’abdomen ; enfin , de s’opposer aux éraillements musculaires, à la sortie des viscères de leur cavité, et même aux déviations delà matrice, chez les femmes enceintes et nouvellement accouchées. Nous devons dire aussi qu’un corset, pour être bien fait, doit s’adapter aux hanches et à la forme du corps, et non ces derniers à la forme des corsets, comme la mode l’exigeait il y a quelques années; nous ajouterons aussi que les baleines, loin d’être toujours nuisibles, comme les auteurs le disent généralement, sont au contraire utiles, pourvu qu’elles soient minces et flexibles, parce qu’elles empêchent les plis nombreux qui résulteraient du mouvement du corps, et qui

exigeraient, pour éviter leur formation inévitable et leurs effets douloureux, que le corset fût beaucoup plus serré que s’il était pourvu de baleines; il est bon de dire aussi que les épaulettes doivent toujours être larges, et surtout élastiques, et nous ajouterons' que si nous conseillons l’usage des corsets peu serrés aux femmes parvenues à leur complet développement, nous le regardons comme très nuisible avant l’époque de la puberté.

L’usage du linge blanc fréquemment renouvelé et tous les soins de propreté, méritent aussi de la part des femmes la plus scrupuleuse attention; elles devront, au moins une fois par mois , prendre un bain tiède , dont l’effet est de nettoyer la peau et de lui donner de la souplesse, de faciliter la circulation à la périphérie du corps , d’exciter la transpiration, et d’aider, par conséquent, la nature dans le but qu’elle se propose. La température du bain doit être telle, qu’on 11’y éprouve ni la sensation du froid ni celle de la chaleur, c’est-à-dire qu’il faut qu’on s’y trouve agréablement. Cette épreuve est toujours préférable à celle du thermomètre qui indique la température de l’eau, mais non celle qui convient à la disposition individuelle de chaque personne. Les bains de rivière et les bains de mer, pendant l’été, sont le plus souvent utiles aux femmes; mais les bains de siège, qui, ont l’inconvénient de déterminer une congestion vers les viscères du bassin, doivent être toujours

défendus, à moins qu’il n’y ait une indication spéciale

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qu’un médecin instruit est seul capable d’apprécier.

Parmi les soins de propreté , on doit ranger en première ligne ceux des parties sexuelles ; le seul liquide que les femmesMoivent employer pour leur toilette, estde l’eau fraîche dans toutes les saisons, excepté en hiver, où elles devront la faire un peu tiédir, c’est-à-dire lui donner la température qu'elle a en été ; l’eau très froide peut déterminer l'inflammation de la muqueuse vagino-utérine, et par conséquendes écoulements blancs, tandis que l’usage fréquent de l’eau tiède, à l’inconvénient de relâcher les organes génitaux et de les disposer aux hémorrhagies.

Pour injecter le canal vaginal, il sera bon de faire usage d’une seringue , ayant une canule recourbée et terminée par un renflement olivaire percé d’un grand nombre de trous; cette disposition de la canule fait qu’on évite les inconvénients de l’impulsion trop forte du liquide sur le museau de tanche. 11 est bon de dire aussi que les vinaigres de toilette , les essences, les compositions astringentes , et toutes les eaux mystérieuses que les parfumeurs ont le talent de produire sous des noms plus ou moins pittoresques , doivent être proscrites par les femmes qui tiennent à conserver leur santé; il est utile en même temps qu’elles sachent que les préparations inventées par la corruption des mœurs, et dont le libertinage seul se contente quelquefois, sont loin d’avoir les caractères précieux de la véritable innocence.

Le désir de plaire et de régner sur les cœurs par la

beauté, a été dans tous les pays et dans tous les siècles, une des occupations les plus importantes de la vie des femmes; pour atteindre ce but, leur imagination fécondé en inventions de ce genre, leur a suggéré différents moyens parmi lesquels les cosmétiques tiennent le premier rang. Ces préparations , qui , comme leur nom l’indique, sont destinées à embellir la peau, sont tombées entre les mains des charlatans qui les ont transformées sous mille formes plus ou moins nuisibles à la santé, et toujours inefficaces,

« Pour réparer des ans l’irréparable outrage. »

S’il existe quelques cosmétiques qui sont sans action nuisible sur la peau, tels que les eaux distillées aromatiques, etc., le plus grand nombre d’entre eux, surtout les différentes espèces de fard, entre autres le blanc et le rouge, composés de préparations métalliques où entrent le plomb , le mercure , l’antimoine, le bismuth, l’arsenic, etc., etc., sont extrêmement nuisibles, et justement abandon nées' aujourd’hui aux comédiens , aux courtisanes et à quelques vieilles coquettes. Loin de produire l’effet qu’on désire, ces diverses préparations ne sont propres qu’à faire devancer la vieillesse ; elles creusent des rides, altèrent la peau, arrêtent la transpiration, déterminent l’apparition des dartres, des boutons, des érysipèles; il est vrai que quelques-unes d’entre elles font disparaître les taches et plusieurs affections éruptives de la peau, mais dans ce cas, il en résulte le plus souvent des métastases et des répercussions qui sont en gêné-

1 î 1 2 HYGliSWÏl DE LA lUSMMIÎ.

ral très dangereuses. On a vu des ptyalismes, des tremblements , des paralysies, des convulsions, des coliques saturnines, des ophlhalmics, des inflammations de l’estomac, des intestins, du foie, des poumons et une foule d’autres maladies, être le funeste résultat des d iverses applications métalliques sur la peau. Nous devons dire cependant que le rouge dit végétal , préparé avec le carthame , ainsi que ceux qu’on retire du bois de Santal rouge , infusé dans l’esprit-de-vin, de la cochenille, de la racine d’orcanette,du bois du Brésil et autres substances végétales, présentent peu de danger s’ils sont appliqués rarement et modérément. D’après le professeur Chaussier , la stéatite peut être employée sans beaucoup d’inconvénients pour blanchir et lustrer la peau , et même pour se préserver de quelques maladies contagieuses.

Lorsque l’eau fraîche , le plus efficace et le meilleur des cosmétiques , ne sera pas suffisante pour nettoyer la peau ou lui rendre son éclat et sa souplesse altérés par l’abus des plaisirs , les veilles prolongées, l’usage du fard , l’action de l’air et des rayons solaires, etc., les femmes pourront employer avec avantage une lotion balsamique, préparée avec un mélange de dix gouttes de baume de la Mecque, un gros de sucre et un jaune d’œuf, auquel on ajoute peu à peu six onces d’eau distillée de roses ou de fleurs de fève. Elles pourront également faire usage des pommades de concombre, de beurre de cacao, d’amandes douces,

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pourvu qu’elles soient fraîches et qu’elles ne contiennent pas diverses substances métalliques que quelques parfumeurs ont l’habitude d’y ajouter.

La pommade de concombre ou le cérat, colorés avec l’orcanette et aromatisés avec une goutte d’essence de roses, sont les seuls moyens qui puissent être mis en usage sans danger, soit pour préserver les lèvres de l’action irritante du froid , soit pour leur donner une couleur vermeille qu’un état maladif leur aurait fait perdre. On devra toujours rejeter les vinaigres et les liqueurs spiritueuses qui sont souvent employés dans le même but. Il est bon aussi de n’user qu’avec circonspection de la plupart des prétendus trésors de la bouche, dans la composition desquels il entre le plus souvent divers acides qui les rendent très nuisibles pour les dents (1)j la teinture de gaïac, l’infusum vineux de quinquina et l’esprit de cochléaria, sont les meilleurs dentifrices pour l’entretien de la bouche. On emploie aussi très avantageusement un mélange d’eau et d’alcool avec addition de quelques grains de sel ammoniac ; la poudre de quinquina ou celle du charbon de pain brûlé, incorporées à du miel, constituent un opiat qui est aussi très convenable pour blanchir les dents, enlever le tartre qui les recouvre, et, par conséquent, les préserver de la carie (2). Il sera bon de

(1) Le docteur Rcgnar cl (Recherches sur la carie dentaire, 1838) a prouvé que l’action des acides sur les dents était la cause la plus frequente et presque unique de la carie.

(2) M. Tavcau , habile dentiste de Patis et auteur d’un

faire usage de cet optât au moins une fois par semaine, et on fera bien aussi de se rincer la bouche après chaque repas avec du vin ou de l’eau fraîche, et d’en faire autant le matin avec de l’eau à laquelle on ajoutera un des dentifrices liquides que nous avons indiqués ou seulement un peu d’eau de Cologne; enfin, on ne devra jamais se nettoyer les dents qu’avec une brosse douce, et on évitera toujours de boire froid après avoir pris des aliments très chauds.

Les cosmétiques destinés à entretenir la propreté des mains, des bras et de toutes les surfaces cutanées sont les pâtes et les farines d’amandes douces et amères, les fécules et les savons aromatisés. Nous devons dire néanmoins que les savons de Windsor et de Palmyra qui sont les plus généralement employés , sont peu propres à conserver la douceur et la souplesse de la peau, parce qu’ils contiennent toujours un excès d’alcali qui la dessèche et finit par la gercer. On ne trouve aucun de ces inconvénients dans l’espèce de savon liquide appelé oléine, que prépare M. Guerlain, parfumeur à Paris.

Les substances caustiques qui entrent dans la composition des dépilatoires doivent toujours les faire rejeter; non seulement iis peuvent déterminer de

excellent traité sur l’hygiène de la bouche , emploie avec le plus grand avantage, pour arrêter la carie et faire cesser les douleurs dentaires, un ciment oblitcrique , composé de sulfate cl’ alumine anhydre et de l’extrait d’alcoolique et éthéré du pistacia lentiscus de l’ile de Chio.

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graves accidents, mais encore ils ont l’inconvénient de ne pas remplir le but qu'on se propose, parce que les cheveux et les poils qu’on est parvenu à faire tomber , ne tardent pas à repousser. On doit également bannir de la toilette, comme étant très dangereuses , les préparations métalliques qu’on emploie pour teindre les cheveux, et qui ne sont le plus souvent qu’une dissolution du nitrate d’argent ou un mélange de sulfure de plomb et de chaux vive que l’on délaie dans un peu d'eau au moment de s’en servir. Nous ajouterons , pour ce qui concerne l’entretien des cheveux chez les femmes, qu’elles se trouveront bien de se borner à les peigner, à les laver de temps en temps, à détacher avec la brosse les petites écailles furfuracées dont la tête est le siège, enfin, à les tresser avec gr^ce et à les parfumer quelquefois avec de l’huile fine aromatisée. Nous terminerons en rappelant aux femmes que la frisure fréquente au moyen du fer chaud, dessèche et fait blanchir de bonne heure les cheveux; que les peignes métalliques les coupent, et que les diverses pommades vantées pour les faire pousser, n’ont d’autres vertus que de les imprégner d’un enduit gras, et ne sont le plus souvent que du suif coloré, parfumé et uni quelquefois à de l’huile ou à de la moelle de bœuf. Nous dirons aussi que la propreté et l’élégance sans recherche, les grâces du corps et de l’esprit, enfin, l’enjouement et la pudeur sont les plus puissants des cosmétiques.

3° Ingesta. Aliments, boissons , etc. Quoiqu’il

soit bien difficile, pour ne pas dire impossible , de tracer les règles d’un régime alimentaire , applicable indistinctement à toutes les femmes , nous dirons que leur nourriture doit être proportionnée à leur constitution et aux exercices plus ou moins fatigants auxquels elles se livrent. Leur goût les porte naturellement à donner la préférence aux mets et aux boissons qui n’exigent pas une grande dépense des forces digestives; aussi voit-on qu’en général les fruits, le laitage et tous les aliments peu substantiels ou tirés du règne végétal , sont ceux qu’elles recherchent le plus ordinairement. Cependant il en est quelques-unes qui, n’écoutant qu’un appétit trompeur, surchargent leur estomac d’aliments ; mais or- . dinairement leur puissance digestive exagérée détermine chez elles üne corpulence et un excès d’embonpoint, qui , ôtant au corps sa Souplesse, sa légèreté et toutes ses proportions naturelles, sont, autant que la maigreur, contraires à la beauté et à la santé. On trouve également des femmes qui sont passionnées pour les viandes de haut goût et pour les liqueurs spirituenses et aromatiques; mais le plus grand nombre de celles qui transgressent ainsi les lois de l'hygiène sont stériles , maigres , d’un tempérament bilieux et sujettes à des pertes, à des dérangements de la menstruation, à des efflorescences cutanées, enfin, aux inflammations de la matrice et du tube digestif. Les personnes qui tiendront à jouir le plus long-temps possible des avantages de la jeunesse, de

la beauté, et surtout de la santé, devront s’abstenir des liqueurs, des aliments âcres, excitants, épicés; des substances grasses et visqueuses , des viandes salées, des pâtisseries, en un mot, des aliments préparés avec art pour reculer les limites de l’appetit et créer des besoins factices. Les aliments légers, tirés du règne végétal, les substances animales d’une facile digestion , les viandes bouillies ou rôties , les poissons, la volaille et le gibier accommodés simplement; le laitage, les fruits, les légumes herbacés, enfin, beau pure ou rougie avec un peu de vin , constituent le régime diététique de la femme depuis la puberté jusqu’à l’âge de retour. Nous devons dire aussi que l’usage fréquent du thé et du café est en général nuisible aux femmes très nerveuses, surtout à celles qui brillent moins par leur esprit que par leur beauté et tous leurs avantages physiques.

4 excreta. Excrétion des régies, des matières fécales, des urines et de lE transpiration, etc.

Notre corps perd et répare si souvent les matériaux qui le composent, qu’on peut le comparer au navire de Thésée , qui , à force d’être réparé, ne conservait plus aucune pièce de sa construction primitive. Comme c’est principalement de l’harmonie de cette double action que dépend l’état de la santé, il est facile de comprendre combien il est important de favoriser et quelquefois de modérer les diverses sécrétions de la machine animale. Non seulement les

femmes devront suivre les règles hygiéniques que nous leur avons tracées, concernant la menstruation, mais encore apporter une attention toute particulière aux évacuations excrément itielles, de sorte qu’elles se fassent dans des proportions convenables, aux époques et parles voies qui leur sont assignées par la nature. C’est principalement sur l’excrétion des urines et des matières fécales, qu’elles devront apporter leur attention, c’est-à-dire quelles devront, autant que possible, céder aux premières sollicitations des unes, et faciliter l’expulsion des autres par des aliments doux, des boissons tempérantes, et quelquefois par des lavements émollients et l’emploi des suppositoires, s’il y avait une constipation opiniâtre. Il faudra également surveiller avec le même scrupule, la transpiration cutanée , en se rappelant que la trop grande abondance de cette excrétion produit la faiblesse générale , rend la peau plus susceptible d’être affectée par les vicissitudes atmosphériques, et que sa supression brusque occasionne une infinité de maladies plus ou moins graves. Entretenir une douce transpiration à la peau ; tenir le corps dans une grande propreté; se couvrir modérément et suivant les saisons; s’abstenir de tout exercice immodéré, enfin, éviter le passage du chaud et du froid, tels sont les moyens d'entretenir constamment l’exercice régulier des fonctions.

5° gesta. Exercices , veilles , sommeil , repos , etc.

Pour se maintenir dans un état de santé aussi par-

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fait que peut le comporter la mobilité de son organisation, la femme a besoin de se livrer à un exercice modéré et qui devra cesser aussitôt qu’il déterminera la fatigue. Tout le monde sait que le célèbre Tronchin, appelé à la cour de Louis XVI, et consulté par les dames vaporeuses, sur leurs incommodités, ne leur conseilla pour tout traitement qu’un exercice soutenu et varié par toutes sortes de dissipations. Il poussa même la sévérité de ses ordonnances jusqu’à leur prescrire des travaux dont leurs valets avaieutle soin; et l’on vit les petites maîtresses et les grandes dames frotter leur parquet, que jusqu’alors elles daignaient à peine fouler de leurs pieds.

Nous devons également rappeler ici les bienfaits inappréciables des travaux de la campagne. L’arome qu’exhalent les plantes et les fleurs au lever du soleil, l’oxygène que la lumière en dégage par torrents, l’aspect ravissant de la nature , le chant mélodieux des oiseaux , tout procure les sensations les plus délicieuses et répand dans les organes une force et un bien-être incroyables.

Parmi les exercices les plus convenables aux femmes , on doit ranger d’abord ceux que procurent les soins du ménage , les promenades à pied , prises comme délassement et non par régime, l’équitalion, la natation, et surtout la danse , pourvu qu’elle ne se prolonge pas trop avant dans la nuit et qu’on ne s’y livre pas immédiatement après les repas ou pendant le temps des règles. Lawalse, quia trouvé, avec rai-

son, de nombreux détracteurs, joint à l’inconvénient de fatiguer beaucoup, celui de faire refluer le sang vers les principaux organes internes, principalement vers le cœur, les poumons et le cerveau. L’action de parler, la lecture à haute voix, et surtout le chant, contribuent, plus qu’on ne pense, à entretenir la santé et à prévenir plusieurs affections des poumons et de l’estomac. Nous ajouterons que l’exercice modéré développe l’appétit, facilite les digestions, active la circulation des fluides , favorise les sécrétions et les excrétions, augmente l’énergie et l’activité de tous les systèmes. Lorsqu’il est excessif, il est loin d’avoir des effets aussi salutaires ; car il épuise les organes, abat les forces et rend toutes les fonctions languissantes. Enfin, l’oisiveté, l’indolence, les habitudes de luxe , la vie molle et sédentaire qui sont des vices de l’éducation des femmes riches , laissent le corps dans un état de faiblesse ou d’embonpoint lymphatique et sont souvent les principales causes d’une foule d'affections nerveuses, et de cet excès de sensibilité qui rend pénibles même les impressions les plus douces.

Nous ne saurions trop dire que l’exercice est l’antidote le plus sûr de l’état continuel de souffrance dont se plaignent les dames du grand monde. Qu'une petite-maîtresse languissante , pale et vaporeuse , se mêle aux vigoureuses villageoises et partage pendant quelque temps leurs travaux et leurs fêtes , bientôt

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elle verra s'opérer en elle une métamorphose admirable ! Ses digestions, qui étaient dérangées se rétabliront peu à peu ; ses forces reviendront avec la fraîcheur et le coloris de son teint ; enfin , tout son système nerveux se fortifiera , et l’état désespérant de langueur et de mobilité qui faisait son supplice , ne tardera pas à être remplacé par une santé stable et brillante.

Le repos, qui est aussi nécessaire que l’exercice, doit comme lui se prendre dans des proportions convenables. Les veilles prolongées sont toujours très préjudiciables à la santé des femmes , parce qu’elles ne peuvent réparer le matin la perte du sommeil de la nuit, ni intervertir impunément l’ordre invariable de la nature. Chez celles qui font, comme on dit, du jour la nuit, tous les organes sont en souffrance, les fonctions sont dérangées, la nutrition est très imparfaite, le physique perd toute son énergie , enfin , bientôt l’aspect et la fraîcheur de la jeunesse disparaissent et font place aux rides de la vieillesse.

Quoique le sommeil soit un moyen réparateur que nous donne la nature, il ne doit pas excéder certaines limites , c’est-à-dire se prolongerjjfau-delà de sept à neuf heures. Celui qui est sollicité par la trop grande mollesse des lits , plonge le système nerveux dans l’assoupissement , débilite au lieu de fortifier , et amène une plénitude dans les vaisseaux, d’où résulte une lenteur dans la circulation et souvent des hémorrhagies. En résumé , la femme doit se coucher de bonne heure , se lever de

même, et passer le temps de la veille aux occupations qui exercent ses organes sans les fatiguer.

6° Percepta. Passions , travaux intellectuels , etc.

« Les passions, dit Helvetius , sont le feu céleste qui vivifie le monde moral ; cest à elles que les sciences et les arts doivent leurs découvertes, et l’homme son élévation. » Si quelques-unes d’entre elles lui sont utiles , le plus grand nombre agitent le cours de sa vie, la remplissent d orages et en raccourcissent le terme. Leur influence sur la santé n’est contestée par personne , soit qu elles agissent lentement, soit qu'elles éclatent avec violence; dans le premier cas, c'est un poison caché qui détruit; dans le second, c’est un feu qui dévore. Quoique chacune d’elles ait un caractère particulier et se manifeste par des signes qui lui sont propres, elles ont toutes cela de commun, qu’elles pervertissent l’ordre habituel des organes. Les passions concentrées, telles que la jalousie, la haine, la crainte, l'envie, la tristesse et ses formes variées , portent principalement leur action sur le diaphragme, l’estomac, le foie et la matrice dont elles troublent toutes les fonctions;

Les passions fougueuses , ainsi que -les émotions pénibles ou agréables trop vivement senties , déterminent des secousses si violentes qu il peut en résulter les accidents les plus fâcheux et quelquefois même la mort. Tissot connaissait une dame de Lauzanne qui éprouvait des convulsions toutes les fois qu’on prononçait devant elle le nom de sa rivale. Dans les

Annales de la France, on voit qu’une princesse de Coudé mourut de jalousie en apprenant que son époux s’était attaché à une demoiselle de la cour de Catherine de Mêdicis. L'ddère, Maxime parle d une Athénienne qui perdit la parole dans lin excès de colère, et Buchan rapporte l’observation d’une femme qui mourut subitement d’une hémorrhagie cérébrale, déterminée par la même cause; enfin, M. le professeur Rostau a vu une dame succomber en deux jours à la suite d’une péripneumonie dont elle fut frappée à la lecture d’une lettre qui lui annonçait la mort de son fils. Nous ajouterons encore qu’un sordide intérêt causa promptement la mort de la nièce de Leibnitz. Ce savant célèbre avait à peine rendu le dernier soupir, que son avare héritière se fit ouvrir ses coffres, et, en voyant des monceaux d’or qu’il lui laissait, porta sa joie à un tel délire, qu’elle expira avant d’avoir pu les compter (Éloge de Leibnitz par Fontenelle ). Nous dirons aussi que la fille de Cromwell, après le supplice de Charles Ier, fut si indignée d'avoir pour père l’assassin de son roi, qu’elle mourut de désespoir. Si les émotions vives et les mouvements impétueux de lame n’ont pas toujours d’aussi funestes résultats, ils influent constamment d'une manière fâcheuse sur l’économie, principalement chez les femmes dont la sensibilité et 1 imagination sont ordinairement, trèsvives.

Nous terminerons en disant que les travaux litté-

H 24 HYÇiiiNiï nr t.a femme.

mires, les études abstraites, les méditations prolongées, qui concentrent en quelque sorte toutes les forces vitales sur l’organe de la pensée, sont également trèspréjudiciables aux femmes. Les contentions d’esprit leur sont surtout très-contraires à l’époque où la nature les appelle à remplir les fonctions importantes de leur sexe, et à l’âge où elles doivent briller plutôt par les avantages et les grâces de la jeunesse, les arts d’agréments et le charme de la conversation, que par une réputation scientifique ou littéraire que les hommes n’achètent jamais qu’aux dépens de leur bonheur et de leur santé.

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