‹ Traite complet des maladies des femmes (volume 3)Chapitre 77 sur 86 · P0LYGALACT1E ET PHTHISIE LAITEUSE · texte numérisé non relu

P0LYGALACT1E ET PHTHISIE LAITEUSE

On désigne sous ces noms, et sous celui de galactirrhée^ la sécrétion trop abondante du lait, qui ne constitue un état morbide que lorsque l’écoulement de ce liquide porte atteinte à la santé de la femme : cette exubérance laiteuse est ordinairement suivie d’insomnie , de douleurs au dos et aux lombes, de lassitude dans les jambes; le lait devient limpide et sans consistance; l’enfant en profite peu, le vomit, le digère mal et maigrit, r

La galactirrhée, qui est plus souvent une incommodité qu’une maladie, et qui peut être causée par une nourriture trop succulente, l’excitation trop répétée des mamelles, par la succion ou une trop vive irritabilité du mamelon, n’exige, en général, pour tout traitement qu’un peu plus d’exercice, un régime végétal, l’usage de l’eau pure, un allaitement moins fréquent et une légère révulsion sur la peau , la membrane muqueuse intestinale ou les voies urinaires, au moyen de quelques sudorifiques, des purgatifs salins à petites doses, le petit-lait de Veisse, et des boissons diurétiques.

Si la galactirrhée, le plus souvent, n’affecte que légèrement la santé des femmes, elle peut aussi donner naissance aux symptômes de la phthisie laiteuse , qui s’annonce par la perte de l’appétit ou un besoin continuel de manger, par un sentiment d’ardeur dans le pharynx et l’estomac, et des tiraillements douloureux dans la poitrine j enfin, par l’amaigrissement et la chute des forces, d’où peut résulter une mort plus ou moins rapide. Cette maladie, qui a été encore désignée sous le nom de phthisie des nourrices ( tabes nutricum ) , et que Morton a si bien décrite , se déclare aussi quelquefois chez des femmes qui prolongent trop l’allaitement, ou qui persistent à nourrir lors même que leur constitution s’y oppose.

Le traitement de cette espèce de phthisie exige , avant tout, le sévrage, après lequel la santé se rétablit assez promptement si l’on a recours à l’emploi d’aliments de facile digestion et proportionnés aux forces de l’estomac , et à un exercice modéré et accompagné d’une agréable distraction. La diète lactée, la tisane de lichen d’Islande, la rhubarbe à petites doses, les eaux minérales acidulés gazeuses , les vésicatoires à la face interne des cuisses , des ventouses derrière le dos, sont également très-utiles dans certains cas : on se trouve encore très-bien de l’usage des calmants à l’intérieur et comme topique , et du sirop de pavots blancs ou de celui de thridace.

M. Ranque conseille le Uniment suivant :

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R. Eau de laurier-cerise, 2 onces (60 grammes) ; extrait de belladone, 40 grains (2 grammes); éther, une once (30 grammes) : on pourra également prescrire des frictions sur les seins avec de l’huile de camomille camphrée, le baume opodeldoch, et des fumi gâtions de vapeurs de genièvre, de benjoin et d’autres substances aromatiques.

L’écoulement involontaire du lait qui est dû à l’atonie ou à la trop grande sensibilité du mamelon, exige, dans les premiers cas , les excitants à l’extérieur et à l’intérieur, et dans le second les calmants; on recourra aussi aux applications astringentes sur le mamelon et à un régime tonique. M. Nauche dit avoir conseillé avec avantage une décoction légère de ratanhia pour combattre l’écoulement involontaire du lait.

Rétention du lait dans les mamelles. Chez certaines femmes, il arrive qu’il y a exubérance de la sécrétion laiteuse, sans que l’excrétion de ce liquide en soit augmentée. Lorsqu’il en est ainsi, les mamelles sont distendues, douloureuses, et parsemées de nodosités disposées en cordons qui s’étendent jusque sous les aisselles et qui donnent lieu à un véritable engorgement inflammatoire , si l'on ne se hâte d’y apporter remède ; dans ce cas, le premier moyen à employer est de désemplir les seins par la succion d’un enfant vigoureux ou par une personne adulte, ou bien par de jeunes chiens de taille

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moyenne, dont on a garni les pattes de linges, ou enfin à l’aide de pompes à sein. On aura soin de tenir les mamelles à l’abri du contact du froid , en même temps qu’on tâchera de diminuer la sécrétion du lait en tenant la femme à une diète assez sévère et composée de substances peu nourrissantes, et en lui imposant un repos presque absolu , surtout l’inaction des membres supérieurs. On cherchera aussi à exciter la transpiration et la sécrétion des urines , au moyen de boissons légèrement diapborétiques et diurétiques , telles que la décoction de canne de Provence , avec addition de io à 12 grains de nitrate de potasse, ou une infusion de fleurs de bourrache et de tilleul avec quelques gouttes d’acétate d’ammoniaque. Il serait bon d’agir en même temps sur le tube digestif, en prescrivant une once de phosphate de soude ou de sulfate de potasse que l’on pourra remplacer par le petit lait de Weiss. S’il y avait inflammation des seins ou spasme de ces organes, on y remédierait au moyen de cataplasmes émollients et narcotiques. Dans le cas où l’enfant serait trop faible pour téter abondamment, on choisirait une autre nourrice dont le lait s’écoulerait avec plus de facilité. Enfin, si la femme ne pouvait pas décidément nourrir, on la soumettrait à un régime plus sévère , et on lui prescrirait quelques doux purgatifs.

Mous ajouterons encore que la rétention du lait est incurable lorsqu’elle dépend d’un vice de eon-

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formation du mamelon , tel que son absence et son imperforation congénialeou accidentelle. Quand cette anomalie a lieu en même temps sur les deux seins , les femmes doivent toujours renoncer à nourrir leur enfant. Quelquefois l’obstruction des conduits galactopbores est le résultat de l’aplatissement ou de l’induration du mamelon ; dans quelques cas aussi elle peut dépendre de la turgescence des seins; du reste elle coïncide souvent avec la dépression des mamelons à laquelle on peut ordinairement remédier.

Altérations du lait. Sous l’influence de certaines

circonstances, le lait est sujet à diverses altérations

dans sa couleur, sa consistance et son goût. Ainsi, il devient clair, semblable à de l’eau, ou d’une couleur verdâtre à la suite des affections nerveuses ; il prend la couleur jaunâtre dans les inflammations des seins , une saveur salée et désagréable dans les maladies inflammatoires , enfin une odeur acide surtout à la suite de l’accouchement. Il contracte l'odeur de l’ail chez les personnes qui en mangent, une couleur rougeâtre chez celles qui font usage de la garance, enfin, une couleur bleue chez les femmes qui travaillent dans les manufactures d’indigo. Pour apprécier si la consistance du lait est ou trop faible ou trop forte, il subit d’en placer une goutte sur l’ongle ; s’il y adhère d’abord et s’étend sans couler, il est dans l’état naturel; dans le cas contrait*, il n’est pas assez consistant ; de même qu’il

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est trop épais , si la goutte laiteuse tient sur l’ongle sans s’étendre. C’est ce qui a lieu en général chez les femmes qui ont un excès d’embonpoint. Chez les personnes nerveuses le lait est clair, peu nourrissant et sujet à des altérations peu appréciables à la suite de la plus légère contrariété ; enfin les femmes trop jeunes ou trop âgées, ont un lait d’une moins bonne

qualité que celles qui sont d’un âge moyen.

La menstruation pendant l’allaitement rend le lait séreux et clair; la grossesse le rend plus épais et peu propre à la nourriture des enfants. Diverses espèces d’aliments, entre autres les viandes salées, les mets épicés, les légumes farineux, la salade, les fruits , rendent le lait plus abondant mais trop clair; les liqueurs, les veilles prolongées , le sommeil excessif et toutes les excrétions abondantes , diminuent au contraire la quantité de ce liquide dont la moindre altération peut avoir une influence fâcheuse sur les enfants. 11 est donc, pour ces derniers, delà plus haute importance de remédier autant que possible à ces altérations , qui enlèvent un grand nombre d’enfants dans toutes les classes de la société.

Le traitement de ces diverses altérations doit consister simplement dans l’éloignement des circonstances qui les ont déterminées, soit en changeant le régime des nourrices ou en combattant les affections des seins ou les autres maladies qui les entre-

tiennent , soit en changeant de nourrice ou en sevrant les enfants qui sont en âge de l’être.

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