DE L’INFLAMMATION DES MAMELLES OU POIL
On reconnaît que la suppuration se forme par la continuation et même l'augmentation des symptômes inflammatoires. Le sein malade augmente de plus en plus de volume, et dans toute son étendue, devient le siège de douleurs pulsatives et d’élancements intolérables. La femme éprouve des frissons vagues et irréguliers, la peau devient sèche, la fièvre acquiert une intermittence marquée avec redoublement le soir, et quelquefois avec du délire ; enfin l’existence d’une fluctuation dans une partie de la mamelle ne laisse aucun doute sur la formation d’une collection purulente. Nous croyons devoir ajouter que lorsque l'engorgement se termine par induration , les progrès de la maladie sont très-lents et la dureté augmente insensiblement.
Le pronostic de l’engorgement qui nous occupe est peu grave en lui-même ; mais les accidents qui peuvent l’accompagner sont souvent fâcheux, car il peut en résulter des abcès, des fistules et des indurations qui disposent à un nouvel engorgement dans une autre couche.
Le traitement préservatif de cette maladie consiste à faire téter l’enfant de bonne heure, à vider les mamelles aussitôt qu elles se remplissent, enfin à éloigner autant que possible les causes qui donnent naissance à l’engorgement. Le traitement curatif, lorsque la congestion laiteuse commence, consiste dans le dégorgement du sein au moyen de la succion
lT>44 LÉSIONS RELATIVES A LA REPRODUCTION, naturelle ou artificielle, et par un régime peu nourrissant ou la diète, en même temps qu’on tache d’augmenter l’écoulement des lochies ou d’opérer une révulsion sur la peau et sur le canal intestinal. Il est bon aussi de recouvrir le sein d’une peau d’agneau, de lapin ou de cygne, et de l’oindre avec un liniment d huile et d’ammoniaque liquide dans des proportions convenables, surtout lorsqu’il n’existe que peu ou point de douleurs. On peut encore employer un cataplasme de farine de graines de lin et d’eau de savon, avec addition de 10 à 12 grains de sous- carbonate de potasse, et des frictions avec de l’huile et de l’eau de chaux ou avec 8 grammes (2 gros) de camphre dissous dans un jaune d’œuf.
Si l’engorgement passe à l’état inflammatoire, c’està-dire si le sèin devient le siège d’une tension et d’une douleur extrême avec fièvre, chaleur, agitation, céphalalgie, etc., on doit recourir promptement à la saignée au bras, puis à l’application de sangsues autour du sein , à l’usage de cataplasmes émollients et narcotiques , à la diète, aux boissons tempérantes, au repos, à la situation horizontale, à l'emploi de fumigations émollientes sur le siège du mal , enfin , à celui des antispasmodiques et des calmants, si les douleurs sont très-vives, et si surtout la femme est nerveuse. Dans le cas où la maladie se serait manifestée après la suppression de l’écoulement des lochies, on emploierait les moyens propres à les rappeler; on ap-
DE l’ INFLAMMATION DES MAMELLES OU POIL. 1 345
pliquerait des ventouses aux aines, aux lombes, aux cuisses , et l’on administrerait le caloméîas à faibles doses ou tout autre purgatif doux. Il est bon d’ajouter que la femme doit s’abstenir de faire téter le sein malade jusqu’à ce qu’il soit survenu un peu de détente.
Lorsque l’engorgement, prenant la voie de la résolution, diminue, se ramollit et devient moins douloureux, on doit recourir aux cataplasmes émollients arrosés avec quelques gouttes d’acétate de plomb liquide , de vin rouge , ou avec une dissolution de muriate de soude ou de carbonate de potasse : on peut encore employer, vers la chute de l’inllammation, sous la forme de cataplasmes, la pulpe de ciguë, de cerfeuil ou de persil, appliqués très-chauds sur les seins. Les liniments composés d’une dissolution de carbonate de potasse ou d’hydrochlorate d’ammoniaque , ou de savon dissous en parties égales d’eau ou de lait, ont été aussi , dans ce cas , administrés avec avantage. Du reste , on doit seconder l’eftèt de ces moyens par des purgatifs doux, un régime convenable , et par les mouvements ménagés des bras , qui mettent en action les muscles pectoraux , et hâtent ainsi la résolution.
Enlin, lorsque l’eugorgement passe à l’état de suppuration, on doit insister sur les topiques émollients pour favoriser la formation du pus , que l’on active beaucoup au moyen de cataplasmes d’oseille et de saindoux, ou d'oiguons de lis cuits sous la cendre.
Quand la collection purulente est bien établie et la fluctuation bien appréciable, on doit, si l’abcès est petit, laisser à la nature le soin de l’ouvrir; mais lorsque la collection est étendue, et surtout si la glande mammaire est moins affectée que le tissu cellulaire , ce que l’on reconnaît au peu de profondeur de la suppuration, il faut donner issue au pus, au moyen d’une incision pratiquée verticalement avec une lancette ou un bistouri étroit, dans le point le plus déclive de la tumeur; puis, après avoir fait évacuer le liquide purulent, introduire dans l’ouverture une petite bandelette de linge qui empêche la plaie de se boucher trop promptement; on panse ensuite avec une compresse fenètrée et de la charpie, et on enveloppe la mamelle avec un cataplasme émollient jusqu’à ce que la tumeur n’ait plus de chaleur et ne soit plus le siège de douleurs et d’indurations. Lorsque la mamelle est volumineuse, on la soutient avec un bandage approprié, et l’on passe ensuite à l’usage des résolutifs indiqués plus haut ; s’il reste des fistules donnant issue à une petite quantité de pus séreux , et dont la guérison souvent ne s’opère que lentement, on couvre le sein avec des cataplasmes émollients et résolutifs, et l’on a recours en même temps aux douches savonneuses et alcalines, qu’on rend de plus en plus actives. Il est bon de dire encore que l’engorgement qui se termine par induration doit être combattu par des frictions faites plusieurs fois par
HYGIÈNE DES FEMMES ENCEINTES. l347
jour avec un Uniment volatil et par quelques doux purgatifs , et lorsque la tumeur est tout-à-fait indolente, par des emplâtres de savon , de ciguë ou de Vigo : il est toujours utile de tenir les seins trèschaudement en les couvrant de flanelle, de peau de cygne ou de lapin.
Ici se termine ce que nous avions à dire sur les maladies particulières aux femmes; s’il résulte, du triste tableau que nous venons de tracer , que les différentes affections auxquelles elles sont sujettes sont pour la plupart extrêmement graves, il résulte aussi qu’on peut, le plus souvent, les prévenir et les guérir en leur opposant de bonne heure les divers agents prophylactiques et thérapeutiques dont l’expérience prouve relficacité et justifie tous les jours ce viel adage :
Principiis obsta ; serô medicina paratur Cum mala per longas invaluere moras.
ovxde. Remédia amoris. vers 91 et 92.