HYGIÈNE DES FEMMES ENCEINTES
ticulière ne la réclame. Il faudra, au contraire, recourir à son emploi à toutes les époques de la grossesse, chez les femmes pléthoriques dont le pouls est fort, plein, accéléré, et qui éprouvent des insomnies, une agitation excessive, de la céphalalgie, des hémorrhagies nasales, pulmonaires ou utérines. La saignée du bras devra toujours être préférée à celle du pied , quoique cette dernière , dans le plus grand nombre de cas, ne soit pas suivie d'accidents.
Les dérangements des fonctions digestives et l’état de pléthore sanguine, qui sont ordinairement les résultats de la grossesse , indiquent assez que les femmes enceintes ne doivent , surtout dans les premiers mois, faire usage que d’aliments légers, peu nourrissants, de facile digestion, et pris principalement parmi les végétaux. Cependant, vers le milieu de la gestation, époque où l’appétit reparaît et où les fonctions digestives se rétablissent le plus souvent, on peut se relâcher de la sévérité du régime et permettre un peu plus d’aliments à chaque repas , mais avec le soin de renouveler ces derniers assez souvent pour se nourrir convenablement sans surcharger l’estomac. L’habitude qu on a de faire manger pour deux les femmes enceintes, comme on le dit vulp-airement, est d’autant plus pernicieuse qu’il en résulte une sur-excitation des organes digestifs, qui est, le plus souvent, suivie de vomissements, de coliques ou de diarrhées plus ou moins rebelles; nous devons
i352 lésions relatives a LA REPRODUCTION dire, cependant, qu’on doit respecter les goûts et les appétits nouveaux des femmes, pourvu qu’ils ne portent pas sur des aliments évidemment nuisibles. S’il ne faut pas toujours céder à tous les caprices de leur estomac , on ne doit pas non plus résister à des appétences qui persévèrent souvent malgré elles, et qui sont quelquefois des indications de la nature. Il est bon aussi de faire observer que l’abus des boissons chaudes peut être nuisible, en débilitant et en relâchant l’estomac , et que l’abus des boissons fermen tées, des liqueurs, du café, du thé, des condiments irritants, est également pernicieux, en augmentant l’excitation déjà trop vive des femmes enceintes ; d’où il peut résulter des convulsions, des hémorrhagies utérines et des avortements. L’usage des boissons glacées, qui souvent est un des meilleurs moyens de calmer la gastralgie et les vomissements, peut devenir aussi une cause d’avortement, ainsi que Mauriceaue, t d’autres auteurs en rapportent des exemples.
Chez quelques femmes, il survient des troubles dans la sécrétion urinaire et dans les excrétions intestinales; les lavements émollients seront utiles pour calmer non-seulement les irritations intestinales et vésicales, mais encore pour faciliter les digestions, prévenir et combattre les éblouissements et les congestions cérébrales, et même pour aider, chez les primipares, la dilatation des parties génitales au moment de l'accouchement ; cependant, leur usage ha-
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biluel doit se borner aux circonstances bien précises qui les réclament, car il en peut résulter la constipation, une paresse intestinale , et un relâchement anormal des organes génitaux : on doit être surtout très-circonspect sur l’emploi des lavements purgatifs, qui , à cause des rapports qui existent entre le rectum et l’utérus, peuvent déterminer des contractions utérines, et, par conséquent, l’avortement. Les purgatifs doivent être , en général , rejetés par la même raison, et l’on ne saurait trop blâmer les médecins qui tolèrent l’usage des purgatifs dits de précaution. Les vomitifs doivent aussi être proscrits; et quoique bien souvent des femmes, dans un but criminel, en aient fait usage sans obtenir le résultat qu’elles en attendaient, il ne faut pas moins y avoir recours que dans des cas d’absolue nécessité.
L'exercice, qui ne doit être jamais porté jusqu’à la fatigue, est très-utile aux femmes enceintes; il en" (.retient chez elles la régularité de toutes les fonctions, prévient le développement de beaucoup de maladies, et souvent devient un moyen de les guérir. Le plus convenable est la promenade à pied , le matin et le soir dans la belle saison , et au milieu du jour en hiver ; sa durée sera toujours calculée d’après les forces et les habitudes des femmes ; cependant, quelques-unes d’entre elles ne peuvent arriver à terme qu’en gardant le repos et la position horizontale : l’exercice à cheval ou en voiture , et celui de la
l35/j LÉSIONS RELATIVES A LA REPRODUCTION, danse, exposent à des secousses, qui sont très-souvent des causes d’hémorrhagies utérines et d’avortement. Enfin, le sommeil des femmes enceintes doit être un peu plus prolongé qu’à toutes les autres époques de leur vie; aussi faut-il combattre l’insomnie et l’agitation opiniâtre auxquelles elles sont exposées, surtout dans les derniers mois de la grossesse , par es bains, l’exercice et la saignée , et par quelques doux calmants , entre autres : l’eau distillée de laitue et de fleurs d’oranger, le sirop de thridace, ou à l’aide de potions dont ces substances sont la base , et auxquelles on peut ajouter quelques gouttes d’éther sulfurique : les narcotiques, proprement dits , surtout les opiacés, ne réussissent pas aussi bien.
L’exaltation de la sensibilité, chez les femmes enceintes, rendant leurs sensations plus vives et leurs émotions plus énergiques, on doit éviter avec autant de soin les secousses morales que les secousses physiques , et soustraire à leur regard tous les objets capables d’affecter leur imagination, tels que les scènes tragiques , le spectacle de personnes mutilées, estropiées ou affectées d'une maladie dégoûtante ; persuadées, pour la plupart, quoique ce soit un préjugé, que la vue d’un objet de ce genre peut causera leur enfant la même difformité, elles sont violemment agitées chaque fois que ces objets se présentent à leurs yeux. D’ailleurs, les auteurs sont pleins d’observations de maladies graves, d’affections convul-