‹ Traite complet des maladies des femmesChapitre 43 sur 60 · TRAITEMENT CONSÉCUTIF · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CONSÉCUTIF

Quelquefois les phénomènes que nous venons d’indiquer n’ont pas lieu après l'opération; il arrive que

lorsque le sang ne s’est pas écoulé en assez grande quantité, on a à craindre une fièvre violente. 11 faut alors examiner l’état de la malade , porter le doigt indicateur dans le vagin pour enlever le caillot qui avait arrêté l’hémorrhagie; et faire ensuite , selon le conseil de M. Lis franc , des injections émollientes tiédes. De petites saignées doivent être pratiquées au bras , à des intervalles plus ou moins longs , suivant que l’état du pouls le permet , et que les autres symptômes l’exigent. Ces petites saignées, qu’on emploie aussi pour arrêter les hémorrhagies diminuent de beaucoup l'intensité de la fièvre, et font cesser l’inflammation qui se développe toujours autour de la plaie de la matrice.

Si on aperçoit des symptômes de gastro-entérite, et que la malade éprouve des douleurs à l’épigastre, il faut faire une application de sangsues sur cette partie, ordonner des lavements et des fomentations à l’eau de graine de lin , et appliquer des cataplasmes émollients, si le ventre n’est pas trop sensible.

Après quelques jours, lorsque tous les symptômes auront disparu, on fera bien de nettoyer le vagin avec des injections d’eau de guimauve ; puis, lorsqu’il n’existera plus d’irritation et que la plaie paraîtra se cicatriser , on fera de nouvelles injections , d’abord avec de 1 eau pure, ensuite avec du chlorure de chaux

à un , puis successivement à deux , trois, quatre et

même cinq degrés. Cette espèce d’injection active puissamment la cicatrisation, qui est souvent retardée par les écoulements blancs auxquels sont sujettes presque toutes les femmes affectées de maladies à la matrice.

Ces écoulements continuant après l’opération, font naître quelquefois des bourgeons sanieux qu’il faut cautériser avec le nitrate acide de mercure. La cautérisation faite par ce moyen non-seulement détruit les bourgeons sanieux, mais encore les bourgeons charnus dont l’exhubérance s’oppose à la cicatrisation.

Pendant les premiers jours qui suivront l’opération, on tiendra la malade à une diète rigoureuse ; il faudra de temps en temps recourir aux saignées révulsives, ordonner des bains , des injections émollientes, des lavements. Lorsque la guérison sera complète , on recommandera un régime doux plus spécialement végétal ; on usera avec la plus grande modération du coït dont on devrait s’abstenir entièrement s’il se manifestait des douleurs plus vives.

Nous terminerons en disant que l’amputation du col de la matrice, est une opération qui ne doit être pratiquée qu’avec la plus grande réserve et seulement comme ressource extrême dans les cas où les moyens thérapeutiques que nous avons indiqués n’auraient pas empêché le mal de faire de nouveaux progrès et de rendre tout-a-fait inévitable la mort

AMPUTATION DU COL DE LA MATRICE. yj r

des malades. Cependant , on ne devra pas attendre que l’affection cancéreuse ait envahi tout le col; car indépendamment des dangers plus grands qui dans ce cas résulteront de l’opération, la récidive est presque inévitable , lorsque le mal dépassant le museau de tanche, exige qu’on enlève la totalité ou une grande partie du col, et surtout que l’on creuse dans sa cavité, ainsi que le recommandent la plupart des praticiens. C est pour cette raison que les sections horizontales sont celles qui conviennent le plus souvent, ce qui rend notre procédé applicable, et suffisant dans un grand nombre de cas. D’ailleurs, si on avait laissé quelques points qui parussent être de nature suspecte , il serait toujours facile de les enlever au moyen de notre pince érigne et d un de nos couteaux à lame montée en fer de faulx , comme nous 1 avons fait sur la femme que nous avons opérée à Longjumeaux.

L opération offre de plus grandes chances de succès lorsque 1 affection est une ulcération primitive reposant sur une couche indurée très mince, et consécutive à la dégénérescence carcinomateuse. Le cancer fongueux dont le pédicule plus ou moins étroit est fixé par des racines peu profondes sur le museau de tanche, est encore une des formes du cancer qui, après l’excision des parties, est le moins exposée a une îecidivè. Dans tous les cas, on devra différer 1 opération , tant que le mal paraîtra rester station-

-y 12 LÉSIONS VITALES.

naire et qu’on aura l’espoir d’arrêter ses progrès par tout autre moyen. Enfin on rejettera définitivement l’hystérotomie , lorsque la lésion ne sera pas bornée au col , ou qu’elle affectera en même temps d autres organes; il sera bon également de tenir compte de la prédisposition héréditaire, de la marche, de l’ancienneté de la maladie , de l’âge et de la constitution de la malade. Le squirrhe ulcéré , le cancer encéphaloïde, le cancer hématode, sont beaucoup plus sujets à une récidive , surtout s’il y a prédisposition héréditaire. Nous devons dire que cette dernière circonstance rend la reproduction du mal presque inévitable, ce qui contr’indique le plus souvent 1 opération.

Nous concluons en disant que lors même que l’amputation du col de la matrice ne réussirait qu’une fois sur six et même une fois sur vingt , elle n’en serait pas moins une conquête précieuse de la chirurgie moderne , puisque elle peut sauver la vie à des femmes vouées à une mort certaine ou du moins différer souvent l’époque de ce terme fatal. Nous ajouterons que cette opération , qui est beaucoup moins douloureuse et moins dangereuse que la cystotomie , n’a pas empêché quelques femmes qui l’ont subie de devenir enceintes et d’accoucher heureusement (i).

(1) Madame Carpentier , opérée parM. Lisjranc , a eu quatre enfants, dont deux jumeaux ; ce qu’il y a de remarquable, c est qu’avant l’opération , elle n’avait jamais conçu, quoiqu’elle fût

AMPUTATION DU COL DE LA MATRICE. 7 1 3 Si dans quelques cas, il peut au contraire en résulter l’oblitération de l’orilice inférieure de la matrice et par conséquent un obstacle à la conception, et à l’écoulement des règles , il est facile d’empêcher cet accident en introduisant une petite sonde de gomme élastique dans l’ouverture du museau de tanche , lorsqu’au moyen du spéculum, on examine l’état de la plaie et la marche de la cicatrisation. Pour opérer la section du col sans avojr à craindre l’hémorrhagie, M. Major , de Lausanne, a proposé (1) la ligature pratiquée de manière à séparer les parties malades par un étranglement capable d’y détruire la vie et les phénomènes qui en dépendent. 11 est inutile de dire que ce moyen offre trop d’inconvénients et trop de difficultés d'exécution pour avoir trouvé des partisans; d’ailleurs, l’hémorrhagie que veut surtout éviter M. May or, prévient, ou diminue lorsqu elle est modérée, l’inflammation delà matrice ; dans le cas où elle serait trop abondante, on pourrait s'en rendre maitre, soit au moyen du tamponnement, soit en cautérisant les vaisseaux ouverts qui fournissent le sang , avec un stylet boutonné rougi à blanc et porté sur la plaie avec l’aide du spéculum.

Nous ne parlerons également que pour en faire

mariée depuis plusieurs années. Dans ce cas, et dans quelques autres que nous pourrions citer, il est probable que la section n’avait pas de beaucoup dépassé le museau de tancbe.

(1) Séance de l’académie des sciences du 19 février 1827.

mention, de la cuillère tranchante de Dupuytren qui est incommode et ne fait que des sections toujours obliques, inégales et morcellées ; les ciseaux courbés en demi lune et fixés a angle droit sur leur manche proposés par M. Arronssohn de Strasbourg, ont l’inconvénient de couper en pressant et surtout d’exiger un écartement trop considérable pour pouvoir être introduits au fond du spéculum et embrasser le col de la matrice qu on trouve toujours volumineux et engorgé lorsqu’il est le siège dune affection cancéreuse.

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