PLANCHE III
ULCÈRES PRIMITIFS DU GLAND ET DU PRÉPUCE; PHIMOSIS : INOCULATION IRRÉGULIÈRE.
OBSERVATION
Barb-, âgé de vingt-six ans, terrassier, entré le 10 janvier 1840, salle 3, ri“ 13.
Pour la première fois, ce malade eut des rapports sexuels le 2 janvier 1840; trois jours après, il fut affecté d’un phimosis qui, par suite des progrès rapides de la maladie, offrit bientôt les symptômes de la plus vive inflammation.
Les douleurs étaient constamment très aiguës; mais olles atteignaient leur plus haut degré d’intensité chaque fois que les urines venaient baigner le gland ou le prépuce.
Les parties malades avaient presque doublé de volume ; elles offraient à l’extérieur une teinte érysipélateuse rouge-violacé, et l’abondance de la suppuration indiquait l’état inflammatoire des surfaces muqueuses.
Bientôt, en avant du gland, une portion du prépuce comme tordue en vrille, présenta une saillie de deu.x centimètres et demi à trois centimètres, et la matière de l’écoulement, qui avait lieu par 1 étroite ouverture qu’offrait le limbe ulcéré, prit une teinte brunâtre sanieuse, pareille à celle du pus provenant des ulcères compliqués de gangrène.
Pour se rendre à Paris, Barb.... dut supporter les fatigues de près de deux journées de marche, et pendant ce temps, il n’eut recours à aucun traitement; il ne se priva pas même de boissons alcooliques.
Le jour de son entrée à l’hôpita], on se borne aux antiphlogistiques, repos, diète, lotions et applications opiacées.
Le 43 janvier, à neuf heures et demie du matin, on inocule sur la cuisse droite le pus recueilli au limbe du prépuce.
A dix heures, oh dessine le résultat de la piqûre. L’inoculation paraît avoir agi avec plus de rapidité que dans les cas ordinaires. M. Ricord fait remarquer, à cette occasion, que les symptômes d’un état inflam¬
matoire général existent chez notre malade, et que le tissu cutané paraît très irritable. On voit, en effet, dans la région inguinale gauche et dans le pli génitocrural du même côté, un érythème assez intense occasionné par le contact du pus qui vient baigner les parties sur lesquelles la verge demeure assez souvent appuyée pendant le sommeil.
On continue les lotions et les applications opiacées.
Même régime.
Le 14 janvier, les prévisions de M. Ricord se sont réalisées. Sous l’influence de l’excitation générale, il s’est formé une pustule au centre de laquelle on • aperçoit un point brun foncé indiquant une mortification partielle. Du côté des organes génitaux, les ulcérations du limbe du prépuce paraissent frâppées d’une gangrène superficielle par suite de laquelle on peut déjà prévoir une modification dans leur nature.
Les moyens employés n’ayant pas empêché la gangrène et le phimosis de faire des progrès, on opère par la division de la partie supérieure du prépuce, sur la muqueuse, duquel, ainsi que sur le gland, on remarque plusieurs ulcérations recouvertes d’une sanie noirâtre.
A quatre heures du soir, la tache brune qui occupe le centre de la pustule d’inoculation a pris une teinte tout à fait noirâtre. Autour d’elle, l’épiderme, soulevé par le pus, offre une coloration grisâtre.
On continue les pansements. Le soir, on donne deux pilules opiacées camphrées, pour combattre les érections qui fatiguent le malade.
Même régime.
Le 45, les éléments delà pustule s’étendent simultanément ; les ulcérations du gland et du prépuce se détergent.
Le 16, môme progrès ; on remarque que l’escarre
centrale de la pustule est moins élevée que les parties ambiantes.
A la verge, les ulcérations présentent un fond rose ; et la division du prépuce n’offre en aucun point l’aspect d’une plaie inoculée.
Il y a moins de gonflement et fort peu de douleur.
Même pansement : on donne des soupes et des bouillons.
Le 17, pendant la nuit, la pustule se déchire en plusieurs points ; l’escarre du centre demeure adhérente.
Le 18, à dix heures du matin, on enlève la croûte noirâtre qui recouvre l’ulcère produit par l’inoculation, et l’on voit que la peau seule est intéressée. Il y a très peu de décolement; les tissus offrent un fond rose parsemé de points jaunes. Il paraît que la nature de l’ulcération a été modifiée par la gangrène.
On cautérise avec le nitrate d’argent, et ensuite on
panse avec de la charpie imbibée de vin aromatique.
Le 25, la surface de la plaie de la cuisse offre partout les bourgeons de la période de réparation. On observe le même état pour les ulcérations du prépuce et du gland. On panse partout au vin aromatique. Le malade reçoit la demi-portion.
Le 29, la cicatrisation marche rapidement; on touche légèrement avec le nitrate d’argent quelques bourgeons charnus trop développés ; on applique de la charpie presque sèche.
Même régime.
Le 7 février, Barb.... sort guéri, et l’on peut remarquer que si ce malade a dû l’intensité de son affection à l’état inflammatoire qui a produit la gangrène, d’un autre côté, sa guérison rapide a été le résultat de la destruction du principe virulent, dans les ulcères du gland et du prépuce, par suite de la mortification qui, bien que peu profonde, a pu les transformer en plaie simple.