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et nocturnes étaient devenues plus intenses. On voyait sur la peau de la tête un grand nombre de papules couvertes de croûtes impétigineuses.
Le torse et les membres étaient le siège d’une éruption exanthématique (roséole). Le malade ne s’était nullement aperçu de l’existence de cette éruption, qui pourtant était assez prononcée; il n’avait pas eu de fièvre et n’avait éprouvé aucune démangeaison. Depuis un mois seulement, il avait senti un prurit douloureux aux environs de l’anus et dans les intervalles des orteils; ces deux régions étaient alfectées de papules muqueuses réunies en plaques ulcérées, et fournissaient une suppuration fétide et abondante, surtout aux orteils. La marche était devenue trèspénible,
La face interne des joues et des lèvres prés des commissures, les bords de la langue, les piliers antérieurs du voile du palais et les amygdales étaient le siège de papules muqueuses Isolées, et en plusieurs points réunies en plaques.
En examinant la cavité buccale, on pouvait constater les différents degrés d’évolution suivants : macules rouges et foncées; saillies papuleuses isolées, puis groupes de papules saillantes, à surfiice grisâtre, qui avaient l’aspect d’une muqueuse récemment et superficiellement touchée avec le nitrate d’argent. Là où la manifestation de l’éruption était plus prononcée (aux lèvres et à la langue), on pouvait trèsbien observer que celte couche grisâtre des papules n’était qu’une sécrétion pseudo-membraneuse molle, adhérente et constituant, pour les muqueuses, l’analogue des sécrétions squammeuses de la peau.
Dans les intervalles des papules et des plaques, la muqueuse était parfaitement saine. Les points ma-
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lades étaient peu douloureux, excepté pendant la nuit où ils occasionnaient des picotements. 11 existait un peu de surdité qui avait été précédée par un léger tintement d’oreilles. La sécrétion de la salive était augmentée, mais sans fétidité. La déglutition était devenue un peu difficile.
Cette observation est un exemple d’une évolution régulière de la syphilis que n’avait pas entravée un commencement de traitement mercuriel. Elle présente encore à considérer une manifestation de la maladie plus prononcée sur les muqueuses que sur la peau, ainsi que la concomitance des accidents de la bouche et de l’anus, qu’on observe très-souvent à cette période.
Le malade fut soumis au traitement suivant :
Tisane de saponaire, pilules de proto-iodure de mercure à la dose de 5 centigrammes, successivement portée à iO et à 15 centigrammes par jour.
Deux fois par jour, on faisait des lotions sur les plaques muqueuses de l’anus et des orteils avec le liquide suivant :
Eau distillée 150 grammes ,
Chlorure d’oxyde de sodium 50 grammes. Mêlez.
Après chaque lotion, on saupoudrait les parties malades avec la poudre de calomel, et on les maintenait isolées avec de la charpie sèche.
Les accidents de l’anus et des orteils disparurent après dix jours de l’usage de ce traitement.
On prescrivit, contre les accidents de la bouche, des gargarismes avec le liquide suivant :
^ Décoction de ciguë 200 grammes.
Bi-chlorure d’hydrargyre 20 centigrammes.
Mêlez.
Quand le malade sortit de l’hôpital le 27 novembre 1840, tous les symptômes que nous avons précédemment décrits avaient disparu ; seulement il existait encore un très-petit noyau d’induration du chancre et un peu d’engorgement des ganglions cervicaux postérieurs. On conseilla au malade de continuer pendant trois mois encore l’usage de son traitement.
PAPULES MUQUEUSES DES LÈVRES, ET PAPULES MUQUEUSES VÉGÉTANTES DE LA BASE DE LA LANGUE. (ACCIDENTS SECONDAIRES.)
OBSERVATION
(Fie. 3 ET 4.)
Adèle D***, âgée de dix ans, née de parents sains vaccinée et d’un tempérament lymphatique très-prononcé, avait de fréquents maux de gorge qui déterminèrent une hypertrophie permanente des amygdales.
Depuis 1842, elle était affectée d’un engorgement des ganglions sous-maxillaires et cervicaux latéraux. Dans les premiers jours de janvier 1842, un soir qu’elle revenait seule chez sa mère, cette enfant fut rencontrée par un inconnu qui l’entraîna dans une allée sombre; et là , si on en croit l’histoire qu’elle a racontée, à la suite de rapports sexuels incomplets et surtout d’attouchements avec les doigts, elle fut affectée d’ulcérations qui avaient pour siège le bord
interne et supérieur des grandes lèvres. Comme ces ulcérations n’étaient pas douloureuses, la jeune Adèle ne se décida à en parler à sa mère qu’après un mois seulement. On fit des pansements avec l’onguent gris. Les ulcérations furent assez promptement cicatrisées. Un mois plus tard, survinrent des douleurs de tête qui s’exaspéraient vers le soir ; on les prit pour de la migraine; une éruption de taches rouges confluentes apparut sur le torse et sur les membres, alors on crut à l’existence d’une rougeole, mais l’éruption persista, et un mois après des boutons se développèrent à la face interne do la lèvre inférieure et à la base de la langue. Aucun traitement n’ayanl été fait et les accidents du côté de la langue ayant
fail des progrès, on soumit à mon examen cette jeune fille le 8 mai 1842, c’est-à-dire quatre mois après la contagion.
Voici ce que je constatai : La malade avait encore tous les signes physiques delà virginité. Une induration, accompagnée des caractères spécifiques, existait comme vestige des ulcérations situées à la face interne et supérieure des grandes lèvres.
Les ganglions lymphatiques des deux régions inguinales étaient tuméfiés et indolents. Les douleurs de tête avaient cessé. Les ganglions cervicaux postérieurs étaient tuméfiés, indolents et peu développés.
Sur le torse et sur les membres, apparaissait encore l’éruption syphilitique à l’état de macules, de papules et de papules squammeuses. Sur le cuir chevelu, ces papules étaient surmontées de croûtes impétigineuses. 11 y avait un peu d’alopécie.
A la face interne de la lèvre inférieure, on voyait un groupe de papules muqueuses, saillantes, à surface chagrinée, de couleur grisâtre; les tissus n’étaient pas affectés dans leur épaisseur, et l’éruption était nettement circonscrite par une muqueuse parfaitement saine. Ces papules, indolentes au toucher, devenaient douloureuses au contact des aliments fortement épicés, acides ou salés des fruits crus et des confitures.
Un autre groupe de papules avait pour siège la base de la langue et paraissait avoir eu pour point de départ les papilles très-développées de cette région. Cette éruption saillante, mamelonnée, à surface granuleuse, d’un rouge assez vif, et circonscrite par une muqueuse saine, avait l’aspect des végétatations frambésiées sessiles ; c’était le premier degré des papules muqueuses passant, comme cela arrive quelquefois, à l’état de végétations, qu’on peut confondre alors avec les excroissances dont f origine n’est pas syphilitique. Sur le côté gauche de la langue, il y avait une ulcération superficielle, à bords nettement découpés, à fond grisâtre. Cette ulcération était ce <|u’on peut appeler un aphle syphilitique , qui a pour caractère d’être moins douloureux et plus persistant que f aphte vulgaire ; il est souvent plus étendu, moins circulairement découpé et généralement moins pro¬
fond; il a une tendance au bourgeonnement et quelquefois il constitue plus tard des papules ou des plaques muqueuses et même des végétations.
Cette jeune fille présentait en résumé des symptômes de syphilis constitutionnelle à la période précoce, dont l’évolution régulière n’avait été entravée par aucune médication.
Le tempérament lymphatique et les tendances strumeuses de cette petite malade ajoutaient à la gravité du pronostic sous le point de vue de la diathèse.
Voici le traitement auquel elle fut soumise :
Tous les jours, trois verres d’une décoction de houblon avec un cuillerée à bouche de sirop de gentiane dans chaque verre.
On prescrivit, en outre, deux pastilles de lactate de fer à prendre avec le verre de tisane du matin et celui du milieu du jour.
Le soir, en même temps que le dernier verre de tisane, une pilule de 2 centigrammes deproto-iodure de mercure.
Au huitième jour, on prescrivit deux pilules et huit jours plus tard trois. Cette dose fut continuée jusqu’à la fin du traitement.
Tous les jours, on appliquait sur féruplion des lèvres une légère couche de calomel.
L’éruption végétante , qui avait pour siège la ba.se delà langue, fut touchée avec le nitrate acide liquide de mercure tous les trois ou quatre jours.
Au bout de quinze jours de l’usage de ce traitement, l’éruption cutanée avait presque entièrement disparu; il n’existait plus de croûtes dans les cheveux et l’alopécie avait cessé.
Après un mois du même traitement, la lèvre et la langue étaient complètement guéries. Quoi qu’il en soit, on en continua l’usage pendant trois mois, époque à laquelle l’engorgement des ganglions sousmaxillaires persistant, on administra l’iodure de potassium à la dose d’un gramme par jour, pour compléter le traitement anti-syphilitique et combattre la complication slrumeuse. Deux mois après, la guérison parut complète, seulement l’hypertrophie des amygdales demeura per.sistante.