‹ Traité complet des maladies vénériennesChapitre 70 sur 121 · PL. XXVIII ET XXYIII BIS · texte numérisé non relu

PL. XXVIII ET XXYIII BIS

surgirent des tubercules rouge cerise, saillants, arrondis et durs, mais sans altération dans la couleur de la peau environnante : quelquesunscependant étaient entourés d’un aréole d’un rouge cuivré, et il y en avait d’autres autour desquels un cercle papuleux donnait à l’éruption une forme irisée.

En même temps que l’éruption tuberculeuse se développait, l’œil gauche , qui avait été affecté d’une iritis érythémateuse , devint le siège d’une affection plus grave : les vaisseaux de la conjonctive et de la sclérotique s’injectèrent fortement ; un cercle brunâtre se dessina autour de la cornée. La coloration de l’iris prit la teinte cuivrée et l’étendue de la chambre antérieure parut diminuée par suite du gonflement tomenteux de l’iris, à la partie inférieure duquel se développa une tumeur d’un rouge foncé, saillante, touchant à la face postérieure de la cornée et analogue aux tubercules cutanés. La pupille était déformée dans le sens qu’on a regardé à tort comme spécial à l’iritis syphilitique : c’est-à-dire offrant une ellipse dont le grand axe était dirigé de haut en bas et de dedans en dehors; elle avait beaucoup perdu de sa mobilité, et restait habituellement un peu plus dilatée que celle de l’œil opposé. Il y avait peu de photophobie, mais il existait une douleur péri-orbitaire avec exacerbation nocturne.

Le malade fut soumis à l’usage des pilules de prolo-iodure de mercure, avec addition de cinq centigrammes de poudre de feuilles de belladone pour chaque pilule.

On pratiqua, autour de l’orbite, des frictions avec une pommade composée de parties égales d’extrait de belladone et d’onguent mercuriel.

Vers la fin de novembre , l’œil était parfaitement guéri. Le tubercule de l’iris était complètement résorbé, la pupille avait repris sa forme et sa mobilité.

Quant aux tubercules cutanés, ils s’étaient tous terminés par résolution : quelques uns avec desquammalion de l’épiderme, et persistance plus ou moins longue d’un liseré blanc. A ces tubercules succédèrent des cicatrices déprimées, qui conservèrent longtemps une teinte brune foncée. Dès que l’iriiis eut cédé, on suspendit l’usage de la belladone, et on reprit les fumigations cinabrées, qui avaient été suspendues pendant tout le cours de la maladie de l’œil. Le malade sortit guéri de ces nouveaux accidents le 8 janvier 1844. Un mois plus tard, des pustules ulcérant la peau avec une grande rapidité, commencèrent à paraître sur différents points du corps. —Le malade revint à l’hôpital le 5 mars 1842. Il portait alors une dixaine de pustules sur le tronc et les membres. Ces pustules commençaient, comme des furoncles, par une induration large, douloureuse, rougeâtre :1e sommet de la tumeur suppurait; bientôt toute la base de la pustule s’ulcérait et s’agrandissait chaque jour en largeur et en profondeur.

Pendant son séjour à l’hôpital (commencement d’avril), il se forma une ulcération sur la face.

Pendant deux mois, les plaies furent pansées avec une solution d’iode ; il prit chaque jour une pilule de proto-iodure de mercure de 5 centigrammes et 3 grammes d’iodure de potassium en solution.

Il partit guéri le 5 mai 1842’avec des cicatrices : les unes rouges, les autres violettes.

La guérison ne dura qu’un mois; de nouvelles ulcérations profondes, à fond grisâtre et saignant, se formèrent avec une rapidité extrême, le malade en présentait une vingtaine sur les épaules, les bras et les membres inférieurs.

Il fut soumis à un nouveau traitement mercuriel par les pilules de proto-iodure. Il prit des bains

de Barèges, des bains alcalins et de la tisane amère. Ses plaies étaient cicatrisées au bout de deux mois, mais il resta trois mois entiers en traitement. (Parti fin de septembre 1842).

Cette guérison nouvelle ne se maintint que quinze jours; il rentra à l’hôpital du Midi le 15 octobre 1843, avec une large ulcération du cuir chevelu sur le haut du front et des dou leurs osléocopes dans les tibias, qui présentaient à leur tiers supérieur, une tumeur faisant une légère saillie. (Deux mois de traitement par l’iodure de potassium, les pilules de proto-iodure, latisane amère et les bains alcalins).

Il partit le 28 janvier 1843 guéri de ses ulcérations, mais durant ce dernier séjour à riiôpilal. les ganglions cervicaux latéraux s’engorgèrent comme chez les scrofuleux. Tout le travail morbide parut se concentrer sur ces glandes pendant sept ou huit mois; elle devinrent énormes ; le cou était d’une largeur transversale extraordinaire. Il entra à l’hôpital Saint-Louis au mois d’août 1843, service de M. Lugol. Il fut soumis à l’usage de la potion iodée et des bains iodés durant deux mois et demi. 11 quitta l’hôpilal Saint-Louis dans l’état où il y était entré.

Dans le courant de novembre 1843, il commença à être enchiffrené, il sortait des fosses nasales des mucosités épaisses et fétides. Dans le mois de décembre, la voûte palatine devint tendue, douloureuse, rouge, et une perforation se fit au niveau de cette tumeur le 25 décembre 1843. Dans le courant de janvier, des débris d’os nombreux sortirent par la perforation ; on reconnut facilement dans ces débris le vomer et la lame perpendiculaire de l’ethmoïde.

Une suppuration abondante coula dès ce moment par la bouche. Il rentra â l’hôpital du Midi le 19 janvier dans l’état suivant :

Amaigrissement extrême, glandes latérales du cou formant, de chaque côté, une tumeur allongée allant du lobule de l’oreille à la partie moyenne du cou et égalant la grosseur du poing.

Perforation de la voûte palatine s’étendant de la partie postérieure de l’arcade maxillaire supérieure jusqu’à l’os palatin et pouvant permettre l'introduction du doigt indicateur.

Bords de la perforation rouges, suppurants, douloureux; sécrétion abondante de mucosités mêlées de pus venant de la perforation; inappétence,

langue blanche, fièvre tous les soirs et se prolongeant une partie de la nuit, faiblesse considérable, impossibilité de quitter le lit.

Le mal ne fit pas de progrès sensibles dans le courant de février et de mars, cependant le malade continua à s’affaiblir.

Vers le 15 avril, la fièvre devint continue, elle redoublait le soir.

Le 28 avril, elle redoubla avec un frisson marqué et le lendemain aussi ; les jours suivants il y eut plusieurs frissons dans les 24 heures ; une chaleur considérable avec des sueurs copieuses succédaient aux frissons, de la diarrhée survint et le malade succomba à la suite d’un de ces redoublements fébriles, après une pénible agonie, le 4 mai 1844.

Durant ce dernier séjour à l’hôpital, l’état du malade n’avait pas permis de lui administrer aucun médicament actif.

Autopsie 24 heures après la mort.

La voûte palatine est largement perforée, on voit que l’apophyse palatine du maxillaire supérieur, l’os palatin dans sa portion horizontale, le vomer entier et la lame verticale de l’ethmoïde sont détruits. L’apophyse maxillaire est nécrosée dans une étendue plus grande que la perforation, et si le malade eût vécu encore quelques mois, toutes les parties osseuses qui forment la voûte palatine eussent été détruites.

La tumeur du tibia droit paraît plus saillante que celle du tibia gauche ; après la dissection de la peau, on enlève le périoste qui est épaissi, blanc et plus difficile à séparer du tissu osseux que dans les points sains ; mais cet épaississement n’est pas considérable et n’existe pas dans une étendue plus large qu’une pièce de 50 centimes. On voit que l’épaississement du périoste se continue avec une altération analogue de l’aponévrose d’enveloppe des muscles de la région postérieure de la jambe. Il est difficile de séparer cette aponévrose des muscles, et en l’enlevant on découvre un tissu lardacé jaunâtre, qui n’est autre chose que la fibre musculaire qui a subi cette transformation; car on voit manifestement les fibres saines se continuer avec des fibres encore distinctes par leur direction au milieu de ce tissu jaune d’ocre lardacé qui occupe une partie des muscles et qui égale [lar son volume un œuf de pigeon.

Le tibia est scié au niveau de cette altération des muscles, le tissu osseux n’a pas subi de modification sensible, si ce n’est que le cylindre osseux a un peu plus d’épaisseur, le canal médulaire est un peu dilaté et la moelle qui y est contenue a subi une altération analogue à celle des muscles, au niveau du point où existait la tumeur; elle est ferme, jaune d’ocre comme les muscles décrits ci-dessus, elle n’en diffère que par l’absence de texture fibreuse.

L’exostose du côté opposé présente à son niveau un épaississement du périoste, qui va en diminuant du centre à la circonférence de l’exostose ; ce périoste est très adhérent, la dissection le sépare difficilement, et lorsqu’il est enlevé, on distingue sur le tissu osseux de la face antérieure du tibia, un cercle légèrement saillant dont la circonférence est formée par de petits tubercules osseux formant sur l’os un léger relief. On dirait que la surface du tibia dans ce point a été le siège d’un travail morbide analogue à celui qui a lieu sur la peau, quand des syphilides s’y dessinent en cercles, dont le centre est formé par de la peau saine. L’os scié au niveau de ces altérations présente une hypertrophie de son tissu ; ses cellules sont plus développées, le canal médullaire paraît un peu dilaté, la moelle y a subi cette transformation dure, jaunâtre, décrite plus haut.

Les masses glandulaires latérales du cou sont composées de glandes réunies et distinctes entre elles, qui ont chacune à peu près le volume d’une noix.

L’intérieur de ces glandes ne présente aucune altération, c’est un tissu blanc grisâtre, d’un aspect uniforme, ce n’est qu’une simple hypertrophie de tissu.

La plupart des glandes mésentriques sont hypertrophiées comme celles du cou, elles sont moins pâles ; on n’a pas trouvé d’ulcération dans les intestins.

Les poumons présentent à leur surface latérale et postérieure des taches violâtres, sous lesquelles sont des noyaux indurés qui, au premier aspect, ressemblent à ces petits noyaux de pneumonie qu’on rencontre chez ceux qui ont succombé à la résorption purulente. On ne trouve de pus dans aucun de ces noyaux qui, divisés, présentent un tissu rouge foncé, friable. Dans le poumon gauche , l’on trouve cinq petits foyers ou cavernes à

demi pleines et contenant une matière visqueuse blanchâtre et une matière pultacée grisâtre, qui paraît provenir des parois des foyers, qui sont molles, grisâtres. Le plus grand de ces foyers pour rait loger une petite noix. Ils sont situés près les uns des autres, dans la partie inférieure et près du bord externe du poumon.

Ces altérations pulmonaires laissent de l’incer¬

titude sur leur nature, et il serait difficile de dire si ces altérations sont syphilitiques, si ces foyers contenaient des tubercules syphilitiques tertiaires qui ont été ramollis et expulsés, ou si elles sont le résultat d’une résorption purulente.

Les autres organes ne présentaient aucune altération.

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