PL. XXX
d’une bonne santé, et il n’existait dans sa famille aucune affection héréditaire. Huit mois avant son entrée à la Maison de santé, il fût pris de symptômes qu’il crut d’abord être ce qu’il appelait un rhume de cerveau. Mais la persistance de ce prétendu coryza et la trop abondante sécrétion purulente qui l’accompagnait finirent par inspirer des inquiétudes au malade. Peu à peu la gorge devint le siège de douleurs assez vives et d’une grande gêne dans la déglutition. La partie postérieure et supérieure du pharynx, le voile du palais, et plus particulièrement la base de la luette se tuméfièrent,- Cette tuméfaction fût assez promptement suivie d’un travail ulcératifqui détruisit la luette et une grande partie du pilier postérieur gauche. Pendant ce temps, le malade éprouva à l’oreille gauche des tintements, de la douleur, puis une surdité qui ne disparut que beaucoup plus tard.
Mais là ne s’arrêtèrent pas les ravages d’une maladie dont le principe était resté si longtemps inactif et dont il a été impossible de trouver dans les habitudes de M. B*** et dans les circonstances dans lesquelles il a été placé, aucune cause d’exci tation, aucune cause adjuvante saisissable, qui ait pu l’éveiller et le mettre en action.
Le malade soumis à un traitement par les sudorifiques et les pilules de sublimé, avait à peine vu les accidents que nous venons d’énumérer s’amender, que déjà des douleurs ostéocopes se faisaient sentir presque simultanément à la clavicule gauche et à l’os malaire droit. Ces douleurs à rémission diurne s’exaspérant de 10 à 11 heures du soir, pour s’affaiblir peu à peu à partir de
3 ou 4 heures du malin, ne tardèrent pas à être suivies du gonflement des os qu elles avaient pour siège.
Alors se manifeslèrent des symptômes du côté du larynx : une petite toux d’abord sèche, et plus tard accompagnée d’une légère expectoration muqueuse , puis purulente. I-a voix s’altéra, perdit son timbre et s’éteignit enfin presque complètement. La respiration devintpénible, l’inspiration sibilante; laquantité des crachats augmenta de jour en jour : ils étaient de plus en plus purulents , grisâtres, souvent striés de sang, extrêmement fétides et portant avec eux l’odeur de la carie. Dans l’acte de la déglutition, les mouvements du larynx étaient douloureux, et la douleur était accrue par la pression exercée par le bol alimentaire et par le toucher extérieur. Le passage des boissons était souvent assez difficile, et provoquait fréquemment des accès de toux.
Du reste, à l’extérieur, la région laryngée ne présentait rien de remarquable.
Quoiqu’il en soit, le malade maigrit, les fonctions digestives s’altérèrent, l’appétit devint irrégulier , il y avait le plus souvent de la diarrhée , et il s’établit une fièvre continue, avec exacerbation vers le soir, et sueurs nocturnes.
Depuis quelques mois aussi, le malade avait souffert de coliques, qui, par les descriptions qu’il en donnait, semblaient devoir se rapporter aux coliques dites hépatiques , et symptomatiques de calculs biliaires. Du reste, il avait eu à plusieurs reprises des ictères dont il portait encore des traces lors de son entrée à la Maison de santé.
Examiné avec le plus grand soin, et après avoir constaté les symptômes dont il vient d’être question, on put s’assurer que les organes renfermés dans le thorax étaient à l’état normal; que l’abdomen ne présentait rien de particulier, que la région hépatique n’était pas douloureuse et que le foie était dans ses limites ordinaires.
L’os nialaire droit était d’un tiers plus volumineux que le gauche. La clavicule gauche semblait avoir subi une usure vers sa partie moyenne: il y avait là une dépression rugueuse qu’on sentait à travers les téguments ; les douleurs ostéocopes avaient disparu.
Le malade était tellement affaibli, miné par la fièvre, par Tabondance des crachats purulents, la diarrhée, les sueurs colliquatives, qu’on ne pouvait plus guère compter sur un traitement, qui, sans doute, eût pu réussir, s’il avait été appliqué à temps, et approprié à la période des accidents syphilitiques tertiaires.
Cependant l’iodure de potassium, fût encore tenté, uni aux boissons pectorales et aux gargarismes iodés ; mais bien que les indications accessoires fussent remplies avec soin , que la suppuration du larynx parut un moment diminuée, la vie déjà était trop compromise et le malade succomba, le 14 Janvier, 1840.
NÉCROPSIE,