PI. XXXI
Le malade prit 18 grains de sublimé sous celte forme, et tous les accidents ayant disparu, il se crut guéri.
Un an plus tard, il lui survint quelques groupes de boutons croûteux, à base dure, sur une épaule, sur le bas des reins, sur le côté externe d’une cuisse. Dans plusieurs endroits, au-dessous des croûtes, il y avait des ulcérations assez profondes et étendues. On fit un nouveau traitement parles sudorifiques et les frictions mercurielles. Cette fois, le traitement dura quatre mois et tout guérit. Le malade se crut de nouveau en parfaite santé, lorsqu’il y a un an, il commença à éprouver des douleurs sourdes dans les deux tibias, surtout le soir, peu de temps après s’être couché. Ce n’était d’abord que des impatiences dans les jambes, que le malade cherchait à placer dans les endroits les moins chauds du lit ; mais peu à peu ce furent de véritables douleurs de plus en plus vives, qui commençaient à sévir vers 10 ou 11 heures du soir, pour ne s’éteindre que vers trois ou quatre heures du matin, ces douleurs, accrues par la moindre pression, furent bientôt suiviesde gonflements circonscrits sur la face antérieure et interne des deux tibias. En même temps le ma-
lade s’aperçut de nodosités sous la peau du côté externe de la cuisse gauche, des deux avant-bras et du scrotum.
Ces tumeurs, déjà de la grosseur d’une petite noisette, étaient indolentes ; la peau qui les recouvrait, et à laquelle elles adhéraient, n’avait pas changé de couleur, et elles étaient mobiles dans le tissu cellulaire placé au-dessous. Cependant elles prirent graduellement du volume, et en grandissant elles perdirent peu à peu leur mobilité; la région quelles occupaient devint rouge, chaude, il y eut de la douleur; plus tard elles se ramollirent, devinrent fluctuantes ; la peau qui les couvrait s’amincit, se perfora. Sur quelquesunes, il y eut une seule ouverture; sur d’autres, il s’en forma plusieurs qui laissèrent échapper un pus ichoreux, mal lié. A ces ouvertures succédèrent de larges et profondes ulcérations.
Quand le malade fut soumis à mon observation, je fis dessiner celui de ces tubercules qui avait pour siège le scrotum. Il était volumineux, à base profonde, englobant le cordon testiculaire, jusqu’à la naissance de l’épididyme. La peau qui le couvrait et lui adhérait, était d’un rouge violacé, offrant une ouverture à son sommet qui condui¬
sait dans un foyer profond, duquel s’échappait une suppuration de mauvaise nature et chargée de détritus organiques.
Le testicule et l’épididyme étaient à l’état normal.
Rien de particulier n’existait du côté des poumons, du système lymphatique ou de la prostate.
Le malade fut soumis à l’usage d'une tisanne amère et de l’iodure de potassium (3 grammes par jour, en trois doses).—Les ulcérations furent pansées avec de la solution iodée.
Les tumeurs qui n’avaient pas encore suppuré furent couvertes d’un emplâtre de vigo cum mercurio, qu’on appliqua également sur les exostoses des tibias.
Dès le quatrième jour du traitement, les douleurs osseuses avaient cessé. Les ulcérations se modifièrent bientôt, et ceux des tubercules qui n’avaient pas suppuré commencèrent à diminuer.
Au bout de cinq semaines, tout avait disparu , sauf les tumeurs des tibias qui n’avaient perdu que la moitié de leur volume.
Le malade dut continuer son traitement encore deux mois.
ALBUGINITE (SARGOCËLE SYPHILITIQUE PLASTIQUE). TUMEUR GOMMEUSE DES BOURSES (TUBERCULE DU TISSU CELLULAIRE). ACCIDENTS TERTIAIRES.
OBSERVATION
M. L"‘, âgé de 54 ans, est entré à l’hôpital du Midi (salle 3, n“ 31), le 28 octobre 1845.
Cet homme, d’une constitution forte, avait toujours joui d’une bonne santé.
A l’âge de 24 ans, il contracta une blennorrhagie et un chancre. Il entra pour ces deux affections concomitantes â l’hôpital du Midi, où il fut traité par Cullerier l’oncle, qui lui fit prendre 120 doses de liqueur de Van-Swieten, ce qui ne l’empêcha pas de continuer encore pendant quelques temps son traitement chez lui.
Aucun accident ne se manifesta, soit pendant, soit après le traitement. L*** se maria huit ans plus tard. Sa femme n’a jamais été malade. Il a eu deux enfants. Le premier est mort à l’âge de deux ans, à la suite d’une maladie qui semble devoir se rapporter à une dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques (carreau ) ; l’autre a eu des engorgements des ganglions cervicaux, et un gonflement chronique d’un genou ; ces deux enfants étaient entachés de scrofules ; mais, à aucune époque, soit près de la naissance, soit plus tard, ils n’ont eu d’accidents qu’on ait pu rapporter à la syphilis secondaire.
Depuis sa première maladie, le sujet de cette observation n’avait plus contracté de nouveaux accidents primitifs, et avait toujours joui d’une apparente bonne santé, lorsqu’il y a trois ans, il s’aperçut d’un noyau dur, profondément placé dans les bourses. Le malade n’avait reçu aucun coup, ne pouvait reconnaître aucune cause récente ; le hasard seul lui avait fait découvrir cette tumeur qui jusque-là ne Lavait pas fait souffrir. Peu h peu, le testicule lui-même se tuméfia, dur¬
cit et acquit, dans l’espace de six mois, un volume presque égal h celui du poing. La tumeur resta indolente et stationnaire pendant près de dix-huit mois, sans qu’on lui opposât aucun traitement. Cependant, après avoir pris plus tard un peu plus de volume, elle devint douloureuse etinégale dansun point. La peau qui la recouvrait, était plusrouge.plus chaudeetadhérente.Cette partie se ramollit ; il s’y forma un abcès qui s’ouvrit spontanément. Il y avait alors deux ans du début de la maladie. L’ouverture de l’abcès ne tarda pas à s’ulcérer ; et c’est parce que l’ulcération continuait à faire des progrès que le malade se décida â venir réclamer nos soins.
Lorsqu’il fut soumis à notre observation, l’ulcération, qui occupait le tiers antérieur du scrotum, était irrégulièrement arrondie , profonde ; elle avait mis la face antérieure du testicule àdecouvert,et pénétrait, en dedans, entre lui et la cloison des dartos ; sa surface était de couleur jaune grisâtre, formée par une couche adhérente, en quelque sorte diphthéritique, traversée dans plusieurs points par des bourgeons charnus, exubérants, comme fongueux, et donnant à l’ulcération un aspect carcinomateux. Au-dessous de cette ulcération, on sentait le testicule formant une tumeur homogène et dure, dans laquelle on ne pouvait distinguer l’épididyme du corps de l’organe. Le canal déférent était à l’état normal. Il n’existait pas de douleurs lancinantes ni d’engorgements voisins. La suppuration s’était évidemment faite en dehors du testicule, dans le tissu cellulaire du scrotum, qui avait été le siège de tubercules tertiaires , qui se terminent ordinairement ainsi
pour donner lieu à des ulcérations profondes, plus ou moins étendues; tandis que lesarcocèle plastique ne suppure jamais.
Le malade fut soumis à l’usage de l'iodure de potassium, à la dose de 3 grammes par jour; il prit de la tisane amère et quatre portions d’aliments. L’ulcération fut pansée avec de la charpie imbibée d’une solution d’iode (4 grammes de teinture d’iode pour 100 grammes d’eau distillée.)
Dès la première semaine, l’ulcération était délergée, couverte de bourgeons charnus de bonne nature ; ses bords s’étaient rapprochés, elle était beaucoup moins profonde ; le testicule avait beaucoup diminué et paraissait moins dur. Quinze
jours plus tard on porta la dose journalière de l’iodure à 4 grammes ; mais comme il survint un peu d’embarras gastrique, un léger mouvement fébrile et de Vherpes labialis, on dut suspendre la médication, qui fut reprise après quelques jours, dès que ces légers accidents eurent cessé. L’ulcération était cicatrisée à la fin du mois de novembre. Le traitement fut continué jusqu’au 16 décembre. A cette époque, le malade quitta l’hôpital. Son testicule alors avait peut-être perdu un tiers de son volume, il était adhérent au scrotum, mais il avait repris en grande partie sa rénitence normale, et on pouvait le distinguer de l’épididyme.