‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 58 sur 124 · IND1G · texte numérisé non relu

IND1G

obtient le suc avec de beau et qu’on mette la liqueur à 1 air, il se forme un précipité bleu verdâtre , qui ne passe point au bleu pur par le contact de l’air et les lavages. Il paraît qu alors la matière colorante jaune , que Doebereiner regarde comme un acide, se combine avec la matière bleue. Si on laisse fermenter la liqueur et qu’on ajoute de la chaux, la matière colorante jaune se sépare , et on obtient de 1 indigo bleu.

La matière qui produit l’indigo est uniquement renfermée dans les pellicules des feuilles (î), et en plus grande quantité au commencement de la maturité (quand la plante fleurit); plus tard l’indigo est plus beau, mais en moindre quantité : après on en obtient moins encore, et de mauvaise qualité. Cette plante teint en bleu burine et le lait des vaches qui s en sont nourries.

Les feuilles sont employées en partie sèches , fraîches ou en gâteaux (2) , pour teindre en bleu (comme le pastel); mais ordinairement on sépare la matière colorante bleue , qui est connue sous le nom d’indigo.

Teinture avec les Jeuilles. On laisse les feuilles fermenter dans une liqueur alcaline jusqu’à ce qu il se forme une écume couleur de cuivre; on plonge alors l’étoffe dans la liqueur, on l’y laisse quelque temps, et on l’expose à l’air. Au commencement l’étoffe est jaunâtre; elle passe successivement, par le contact de l’air, au vert et a h bleu. On lave et on replonge dans le bain; on expose à l’air, et on répète cette opération jusqu’à ce que la teinte soit suffisant

(1) Quelques auteurs prétendent qu’elles sont en forme de poussière sous les feuilles, et par conséquent qu’il ne faut pas les récolter après une pluie, et qu’il faut se garder de les laver.

(2) C’est ce qui se pratique dans quelques parties des Indes orientales , à Madagascar, au Sénégal, etc.

ment foncée (1). La couleur résiste aux alcalis, à la plupart des acides et à la lumière , et plus que la teinture faite avec la matière colorante séparée.

Préparation de l'indigo . Dans la préparation de l’indigo on extrait les parties solubles des feuilles : i°en les laissant fermenter avec de l’eau pure ; 2° avec de l’eau et un peu de chaux ou de lessive; 5° en les dissolvant avec de l’eau chaude, La liqueur tient en dissolution la matière de l’indigo, mais sans couleur, la matière colorante jaune, du mucilage, et quelques sels. On sépare la matière incolore en agitant la liqueur; alors elle absorbe l’oxigène, et se transforme en indigo insoluble dans l’eau, qui se précipite. Lorsque la liqueur a été préparée par le premier ou le troisième procédé, on sépare la matière jaune par un peu d’eau de chaux ou de potasse; lorsqu’elle l’a été par le second, la matière jaune est déjà séparée, et le battement à l’air suffit pour obtenir l’indigo. Le précipité qui se forme est l’indigo , qui contient encore un peu de matière jaune, des substances étrangères , beaucoup de chaux, et un peu d’indigo incolore, quand l’agitation à l’air n’a pas été suffisamment prolongée. Dans

(r) D’après Mungo- Parte, te procède employé dans l’intérieur de l’Afrique est le suivant: on remplit un vase jusqu’au quart avec des feuilles d’indigo, on les arrose avec de la lessive de cendres ( on préfère celle des cendres du mimosa nitta et pulvurenta ), de manière que le vase soit à moitié plein : la matière est abandonnée pendant i jour ; on. agite plusieurs fois, on remplit de lessive, et on agite encore. La liqueur fermente, il se forme une écume cuivreuse; alors on y plonge l’étoffe mouillée , on la sort après i heures , et on l’expose au soleil jusqu’à ce qu’elle n’égoutte plus; on lave à l’eau froide. Quand l’étoffe a été tordue on la porte dans le bain; pendant 4 jours on répète 4 fois cette opération ; l’étoffe a alors atteint la plus belle couleur bleue. Les nègres qui pratiquent la teinture ont ordinairement 12 à i4 cuves d’indigo, de manière qu’il y en a toujours une de prête. Quand le procédé manque (ce qui arrive rarement), ils disent qqe l’indigo est mort, et ils rejettent la enve.

Tom. I.

ce cas sa couleur est plus rougeâtre; si il contient beaucoup de matière jaune la couleur est plus verdâtre. Dans ces deux cas l’indigo est plus soluble par les matières désoxigénantes que celui qui est parfaitement bleu.

Propriétés des indigos. Les propriétés des indigos dépendent de la manière dont ils ont été préparés , et de leur composition. Celui qui paraît dans le commerce est d’une couleur qui varie du bleu foncé au bleu -violet et au bleu verdâtre. Par le frottement il prend une couleur rouge avec l’éclat métallique; il est quelquefois plus loger, quelquefois plus lourd que l’eau. L’indigo pur obtenu par sublimation est en aiguilles (i) brillantes, rouge ioncé, avec éclat métallique , qui donnent une poudre bleue plus pesante que 1 eau et moins que l’acide sulfurique. Il est sans goût et sans odeur.

Composition . La composition des indigos du commerce est très-variable. D’après M. Chevreul , l’indigo guatimala contient sur 100 parties : 1 2 parties solubles dans 1 eau , qui sont formées de mucilage , de matière amère , d’indigo vert résineux , et d’indigo incolore combiné avec l’ammoniaque ; 5 o parties solubles dans l’alcool, savoir : indigo vert résineux , substance rouge résineuse ; 6 parties de carbonate de chaux; 2 d’oxide de fer, et 2 d’alumine; il restait 48 parties d’indigo pur. Par la calcination on obtenait 5 pour 1 00 de cendres qui étaient formées de silice.

(i")La préparation de l’indigo et de l’indigo pastel, ainsi que leur histoire, se trouve dans le 2e volume ; la composition des differentes espèces y est plus détaillée. L’indigo guatimala contient en outre de l’indigo pur, de l’indigo sans couleur, un indigo vert résineux, du mucilage, une matière amère, une substance résineuse rouge, de ta chaux, de l’oxide de fer, de l’alumine et de la silice.

Bergmann a trouvé dans 100 parties d’indigo :

Matière glutineuse solubie dans l’eau 12

Matière résineuse soluble dans l’alcool 6

Matière terreuse soluble dans l’acide acétique. . 22 Oxide de fer ( 1 ) ... j 5

Matière colorante presque pure 47

L’indigo a été analysé par plusieurs chimistes. Le tableau suivant est le résultat de leurs recherches; nous n’avons

point rapporté l’analyse de Thomson , qui paraît inexacte.

Sublimé — Cristallisé.- — Précipité. — Sublimé

d’aprcs Crum, d’après Ure. D’après Royer et Dumas (2).

Carbone 78,22. -71,87. 78,26. 7^,81 . 71,71.

Osigème 12,60. 14, 25. 10,48. 7,88. 12,18.

Azote 11,26. 10,00. i3,8r. i3,g8. 1 3,45.

Hydrogène 2,92. 4,38. 2,5o. 3,33. 2,66.

],ooo. 1,000. 1,000. 1,000. î,000.

Action de la chaleur. Lorsqu’on chauffe l’indigo pur il se sublime sans se décomposer; ses vapeurs sont rouges , et se condensent contre les corps froids en aiguilles ou en lames. Lhndigo ordinaire donne des vapeurs d’une odeur de caramel; il brûle à une plus forte chaleur avec une flamme claire : il laisse d’autant plus de cendres qu’il renferme plus de matières terreuses.

Permanence de la couleur. Cette matière colorante, exposée en couche mince h l’action, du soleil, se détruit comme toutes les autres matières colorantes végétales; mais elle est

(1) Bcrthollet a trouve i/iodc fer dans quelques espèces d’indigo ; quelques-uns contiennent aussi de la magnésie, d’autres un acide libre.

(2) L’indigo précipité était obtenu de la cuve de fer oxiduié. L’indigo sublimé était d’abord lavé avec de l’eau, ensuite avec de l’alcool et de l’acide muriatique.

difficilement détraite dans l’état où elle se trouve sur les tissus , à moins qu’elle n’ait été dénaturée par les acides.

Action de l'eau . L’eau ne dissout pas l’indigo; cependant elle dissout beaucoup de matières extractives que renferme celui du commerce. Ces matières étrangères nuisent souvent à la beauté de la couleur. Alors il est avantageux de purifier l’indigo en le faisant bouillir avec de l’eau. Si on l’humecte avec de l’eau et qu’on le laisse dans un lieu chaud , les matières étrangères éprouvent une fermentation , une partie de l’indigo se désoxigène , se décolore , et devient soluble.

Action de V alcool. L’alcool chaud dissout un peu d’indigo, et prend une belle nuance bleue; mais par le refroidissement presque tout l’indigo qui avait été dissous se précipite. Lorsqu’on traite l’indigo ordinaire par l’alcool , il se dissout d’abord des matières jaunes , ensuite des matières rouges , et enfin des matières brunes.

Action de ï éther et des huiles. L’indigo est insoluble dans l’éther, les huiles et les graisses. 11 paraît cependant, d’après quelques observations , que l’indigo pur se dissout à froid dans l’huile d’olive , et avec la chaleur dans les huiles de pétrole et de naphte; il se combine aussi avec le mercure , et forme un amalgame. D’après Yalter Crum, l’essence de térébenthine bouillante dissout l'indigo sublimé et se teint en bleu ; mais l’indigo se précipite par le refroidissement : les huiles grasses le dissolvent également à une température supérieure a ioo°. En chauffant davantage, une plus grande quantité d’indigo se dissout , mais il se décompose , et sa couleur passe au rouge écarlate; plus tard la couleur devient plus foncée , et finit par être orange. Le premier devient vert par le refroidissement; l’orange ne change pas.

Action des alcalis. Les dissolutions aqueuses alcalines n’agissent point sur l’indigo ; les dissolutions caustiques décomposent en partie l’indigo, et prennent une teinte jau-

nâtrc (1). Si on enlève de l’oxigène do l’indigo par des matières fermentescibles , il devient très - soluble dans les dissolutions alcalines. C est sur ce phénomène cpie repose la dissolution de l’indigo dans la cuve des teinturiers. L’indigo qui a été ainsi désoxigéné redevient bleu et insoluble par l’air.

Action des acides . Les acides étendus n’ont point d’action sur l’indigo , excepté l’acide nitrique , qui le décompose en le rendant jaune , et ensuite brun de rouille. L’acide nitrique concentré, mêlé avec i/3 d’indigo, s’échauffe jusqu’à l’enflammation. L’acide muriatique décompose peu d’indigo, mais à l’ébullition il se teint en jaune. Les acides acétique , citrique, tartrique, phosphorique , fluorique, et acide sulfurique étendu, etc., n’attaquent point l’indigo; seulement ils dissolvent les parties terreuses de l’indigo ordinaire. Un mélange très-étendu d’acide sulfurique, muriatique et nitrique , dissout lentement l’indigo et le change en une matière d’un beau jaune, qui paraît être solide , mais qui ne se fixe point sur le lin et le coton.

Action de T acide sulfurique. L’acide sulfurique anhydre dissout l’indigo avec un dégagement de chaleur, et la couleur passe au jaune (2). Quand l’indigo est pur il ne se développe point d’acide sulfureux, et l’indigo n’est pas oxigéné; mais il est entièrement changé dans sa nature. Si on ajoute de l’eau à la dissolution, elle se teint aussitôt en bleu; elle devient également bleue par l’exposition à l’air. La dissolution s’effectue d’autant plus facilement que l’acide sulfurique renferme moins d’eau. Si 011 conduit de la vapeur

(1) Struve a observe qu’en arrosant de l’indigo avec une lessive de potasse caustique la liqueur se teignait en jaune , et plus tard en beau rouge.

(2) D’après Valter Crum , la chaleur provient de la combinaison de l’eau de l’indigo avec l’acide.

d’acide sulfurique de Nordhauzen sur des morceaux d’indigo commun, il se forme, d’après Doebereiner, une belle liqueur rouge de pourpre , qui se prend en une masse dure rougecramoisi , qui se dissout dans l’eau , la colore en bleu , et laisse séparer un peu de charbon (1).

Si on dissout de l’indigo dans de l’acide sulfurique , en ajoutant de l’eau , on obtient un liquide d’une belle couleur bleu foncé, qui est employée sous le nom de dissolution d’indigo.

Si on sature l’acide de la dissolution par de la potasse , ou si on y ajoute du sel ammoniaque, du sel marin , du sulfate de soude , de l’alun ou de l’alcool , la dissolution reste bleue , mais laisse précipiter une poudre bleue qu on a regardée comme de l’indigo altérépar l’acide sulfurique, et que l’on désignait sous le nom de carmin bleu , d’indigo précipité; mais, d’après Yalter Crurn, il est formé d’indigo altéré avec du sulfate. Il désigne sous le nom de cœrUlin l’indigo altéré par l’acide sulfurique, et le regarde comme de l’indigo pur combiné chimiquement avec de 1 eau (2).

Ccerulin. Le cærulin est soluble dans l’eau, mais pas dans des dissolutions de sulfate (5). Le cærulin qui contient du sulfate de potasse est, dans l’état humide , d’un bleu foncé profond , presque noir ; séché , il a un reflet rouge de cuivre vif. Il attire l’humidité , se dissout dans i4o parties

(t) D’après Bucholz , la dissolution d’indigo donne d’autant plus dans le rouge que l’acide sulfurique renferme plus d’acide sulfureux.

(2) D’après le même chimiste le cærulin est forme d’indigo et de

4 atomes d’eau ou

Carbone 57,18.

A zote. .t*. ..*•••*• 8 , j q •

Gxigène 29,32.

Hydrogène • L71-

(3) Cette propriété remarquable paraît avoir été connue depuis longtemps.

d’eau froide, et très -facilement dans l’eau chaude; mêlé avec 1 ,000,000 de fois son poids d eau 11 la teint faiblement, La dissolution saturée est précipitée par l’eau de puits et tous les autres liquides, excepté l’eau distillée , ainsi que par les sels de potasse, de soude, de chaux, de barite, strontiane, plomb et mercure; mais elle 11e l’est pas par les sels ammoniacaux , magnésiens , de zinc, de cuivre , ialun, le sulfate de fer, la gélatine , le tartre, etc. Le muriate d’étain change sa couleur en jaune; les corps oxigénans le reproduisent. A cause de sa combinaison avec différons sels il ne se volatilise point, et se décompose difficilement par la chaleur.

Les acides, l’eau de chaux et les dissolutions de potasse dissolvent facilement l’in digo précipité de 1 acide sulfurique; mais la dissolution, qui est d abord bleue , passe par les acides organiques et par les alcalis au vert , et se décoloré plus tard entièrement par une décomposition de 1 indigo. La dissolution de l’indigo dans l’acide sulfurique est également décolorée par des corps désoxigenans (1) , sans que la couleur puisse être reproduite quand 1 action a dure long-temps. L’acide nitrique, le manganèse, l’ammoniaque, la décolorent également; le chlore la rend jaune-brun.

L’indigo dissous dans l’acide sulfurique, ainsi que le cærulin , se fixent également sur les étoffés , et les teignent en bleu clair et foncé vif (bleu de Saxe); mais la couleur est peu solide. La lumière la rend insensiblement verte, et finit par la détruire entièrement. Les alcalis la changent en vert jaunâtre , et le savon ainsi que l’eau bouillante 1 enlèvent (2). Le mordant d’étain change la nuance en vert, et ensuite

(1) Par exemple , par l’acide hydrosulfurique , 1 ox idole d étain , le protosulfate de fer, l’acide tartrique , le vinaigre, le sucre, la garance, le pastel, le fer, le zinc , l’acide sulfureux.

(2) Souvent les rinçages réitérés 1 enlèvent sorte lin.

36o • INDIGO.

en jaune brillant : cette dernière nuance persiste après le séchage. Si on plonge l’étoffe dans un bain alcalin de manière à saturer l’acide, la nuance repasse au bleu.

Phœnizin . Si on dégage l’indigo de ses impuretés en le faisant bouillir avec de l’acide sulfurique étendu de 5 parties d eau , et qu’on agite ensuite une partie de l’indigo ainsi purifiée avec 6 à 7 parties d’acide sulfurique concentré dans un flacon fermé , jusqu’à ce qu’il ait pris une couleur vert de bouteille, et qu’ensuite après avoir étendu la liqueur d une grande quantité d’eau distillée, on la jette sur un fdtre , la liqueur passe d’abord incolore , et ensuite bleue , et après quelque temps l’indigo qui a été altéré passe entièrement par le fdtre. En ajoutant à la dissolution bleue un peu de muriate de potasse , il se forme un précipité pourpre, que Crum , a cause de la propriété de devenir rouge par les sels , désigné sous le nom de phœmzen. Après la dessiccation il est o un noir brunâtre , et donne un précipité rougepourpre par tous les sels en se combinant avec eux ; il paraît tenir le milieu entre l’indigo et le ccerulin (1).

Si on ajoute a la dissolution d’indigo dans l’acide sulfurique ( 2 parties) esprit-de-vin 3 parties, l’indigo se dissout. Si on ajoute de leau, il est précipité sans être altéré. Il reste long-temps dans cette dissolution sans être changé en phœnizin. Aussi le phœnizin n’est pas changé en cærulin quandla dissolution dans 1 acide sulfurique est accompagnée d’alcool.

Désoxigènation de ï indigo. Plusieurs corps qui ont une grande affinité pour l’oxigène enlèvent celui de l’indigo ; il

(0 D’après Crum , il contient indigo et 2 atomes d’eau, ou

Carbone

Azote

Oxiecne

Eau

INDIGO. 36i

passe alors successivement au vert et ensuite au jaune , et devient soluble dans l’eau ; mais si l’action est suffisamment prolongée , il est entièrement détruit. Dans cet état de dissolution, l’indigo désoxigéné reprend l’oxigène à l’air, recouvre son état primitif et sa couleur bleue. Dans cet état il est très -employé en teinture, parce que c’est le seul moyen connu de dissoudre l’indigo sans nuire à la solidité de sa couleur , comme cela arrive par sa dissolution dans l’acide sulfurique.

Les corps qui.désoxigènent l’indigo, sont le protoxide et le deutoxide de fer (sulfate de fer, chaux ou potasse, cuve froide), le sulfure d’arsenic et potasse, le sulfure d’antimoine et potasse (i), l’acide hydrosulfurique, la plupart des substances végétales susceptibles de fermenter, par exemple, le son , la garance , la gaude , le pastel , le sucre, l’urine pourrie , l’eau de mer en putréfaction. Du reste, il y a une grande différence sous le rapport de la solubilité entre les différentes espèces d’indigo , qui provient du degré de leur oxigénation. L’indigo très-oxidé (très-bleu) se dissout difficilement; il faut plus long-temps pour qu’il soit désoxigéné; celui qui est peu oxidé se dissout au contraire beaucoup plus facilement; celui qui est bleu verdâtre est suffisamment désoxigéné par le sucre brut pour être soluble.

D’après Bancroff , le muriate d’étain , et d’après Dingler le sulfate de protoxide et de deutoxide d’étain , rendent l’indigo d’abord vert, ensuite ‘jaune et soluble; mais probablement ces sels se combinent avec lui, car jusqu’ici il a été impossible de le ramener au bleu. Ce serait cependant

(i) Par le sulfure d’antimoine on n’obtient pas sur les étoffés un bleu pur, parce qu’une partie de l’oxide d’antimoine se combine en même temps. Mais en passant l’étoffe dans un bain d’acide sulfurique faible, la couleur, qui était d’un bleu-verdâtre sale , prend une belle nuance vert d’olive. La couleur est solide à l’air, mais pas au lavage.

une chose d’une grande importance dans les imprimeries d’indiennes, puisque l’on aurait alors une couleur d’indigo facile à employer.

Observations sur V indigo par M. Liebig . ( Ann. de chimie

et de physique. )

M. Liebig s’est d’abord procuré la combinaison de l’indigo décoloré avec la chaux ( cuve d’Inde ). Le vase où l’opération se faisait avait été préalablement rempli de gaz hydrogène. La dissolution amenée par un siphon plein de ce gaz , dans l’acide muriatique étendu et contenant du sullale d’ammoniaque , il se forma un précipité blanc , qui bleuissait à l’air; mais recueilli sur un filtre sans le contact de l’air, et lavé avec de l’eau bouillie avec du sulfate d’ammoniaque on le dessécha à ioo° dans un vase clos traversé par un courant d’hydrogène.

Celte substance blanche, que l’auteur nomme indigogène, est soluble dans les alcalis sans les neutraliser; elle est encore soluble dans l’alcool , mais non dans l’eau et les acides; l’acide nitrique la bleuit à l’instant, et la dissout peu à peu. De l’indigogène sec ayant été dissous dans l’ammoniaque caustique, puis placé sous une cloche où l’on fit passer de l’oxigène, la solution alcaline précipita des flocons bleus qui, séchés, pesaient 11 1/2 pour 100 de plus que Findigogène employé. Ce qui prouve bien que l’indigogène blanc se combine avec i’oxigène pour former l’indigo , ce qui 11’avait point été vérifié par une expérience directe.

Piecoerches sur l’indigo, par M. Berzelius. [Annal, der

Phys, and Chemie; 1827, n° 5, p. io5, et n° 6, p. 217.)

Ce mémoire, extrait du 5e volume du Traité de Chimie de M. Berzelius , renferme quelques faits déjà connus, à la

vérité , mais augmente de beaucoup nos connaissances sur ce sujet. M. Berzelios reconnaît dans l’indigo quatre principes bien distincts; il est persuadé que ce corps en contient encore plusieurs autres, mais en petite quantité. Ces quatre principes sont : i° une substance particulière qui a une grande analogie avec le gluten, 2° une substance brune, 5° une substance rouge , et 4° une substance bleue. L’auteur nomme ces trois dernières , selon leurs couleurs respectives, brun , rouge et bleu cT indigo*

I. Substance glulineuse de V indigo. On l’obtient en faisant digérer de l’indigo réduit en poudre fine avec un acide, tel que le sulfurique , l’hydrochlorique ou l’acétique , qui dissolvent en même temps quelques sels de chaux et de magnésie contenus dans l’indigo. La partie non dissoute est soumise à plusieurs ébullitions dans l’çau , et la matière glutineuse ne commence à bien se dissoudre que lorsque le liquide ne jouit plus d’une trop grande acidité. Si l’on a eu recours à l’acide sulfurique, il faut, pour obtenir ce gluten à l’état de pureté, saturer la dissolution acide avec du carbonate de chaux , la filtrer, et évaporer jusqu’à siccité : la substance glutineuse étant ensuite extraite au moyen de l’alcool, on l’obtient, après l’évaporation de ce dernier, sous forme d’un vernis jaune ou jaune brunâtre et transparent. Elle est bien soluble dans beau; elle a une saveur d’osmazûme; chauffée, elle entre en fusion, bride avec flamme, et dépose peu à peu des cendres blanches. Distillée, elle fournit une huile empyreumatique et une eau fortement ammoniacale. Sa solution aqueuse est précipitée par les mêmes réactifs que le gluten; cependant le chloride de mercure ne donne pas de précipité si la dissolution est acide , et le tannin ne précipite non plus que partiellement dans ce cas. Par contre, l’hydrocyanate de potasse et de fer ne fournil de précipité qu’avec l’addition d’un acide. Ce corps

s’unit facilement aux acides et aux alcalis; il se distingue du véritable gluten par sa solubilité dans l’eau et son défaut de viscosité ; il se distingue de l’albumine par sa solubilité dans l’alcool , et parce qu’il ne se coagule pas par l’ébullition. Les acides n’enlèvent pas toute la matière glutineuse de l’indigo; il en reste toujours une partie qui i>e se dissout qu’en traitant ce dernier par la potasse caustique.

II. Brun d'indigo . Ce principe constitue une plus grande partie de l’indigo que le précédent. Il se trouve combiné tantôt avec de la chaux et tantôt avec un acide végétal. On l’obtient en versant sur l’indigo , préalablement traité par les acides , de la potasse concentrée , et en chauffant peu à peu. Le mélange noircit à l’instant même; la masse se boursoufle à mesure que l’alcali dissout le brun d’indigo. La dissolution est ensuite traitée par un excès d’acide sulfurique, et le brun d’indigo est obtenu sur le fdtre. La couleur noire provient du bleu d’indigo qui s’y trouve mêlé : on l’en sépare en dissolvant le résidu , après l’avoir lavé dans du carbonate d’ammoniaque , et en évaporant jusqu’à siccité , puis en reprenant le résidu avec une petite quantité d’eau, et filtrant : de cette manière le bleu d’indigo reste sur le filtre avec une partie de la matière brune. Il est presque impossible d’obtenir ce principe à l’état de pureté; sa saveur est presque nulle ; il n’est ni acide ni alcalin ; chauffé il se boursoufle, répand une odeur empyreumatique , brûle avec flamme , et laisse un charbon poreux. Le brun d’indigo a une grande affinité pour les acides , avec lesquels il forme des combinaisons très -peu solubles dans l’eau : il s’unit avec une égale tendance aux alcalis , mais pour donner lieu à des combinaisons solubles dans l’eau. Il sature si bien une partie des alcalis , que la réaction sur le papier de tournesol disparaît. La propriété de ne pas être précipité par le tannin, par le chloride de mercure et par

l’hydrocyanate de potasse et de fer, distingue le brun d’indigo de l’albumine et du gluten , et en fait un corps particulier»

Il paraît que le vert d'indigo de M. Chevreul n’était autre chose que ce corps qui, mêlé avec de l’alcali et de l’indigo, prend une couleur verte.

III. Rouge d indigo. On 1 obtient en faisant bouillir dans de l’alcool l’indigo déjà traité par un acide ou un alcali. Ce principe s’y dissout très -difficilement, surtout lorsque l’alcool est froid; c’est pourquoi il faut répéter l’ébullition avec de nouvelles quantités d’alcool , si l’on veut entièrement priver l’indigo de son principe rouge. L’alcool rougit à mesure qu’il le dissout; vers la fin de l’opération il devient même d’un bleu clair, preuve qu’il contient alors de l’indigo en dissolution. Les solutions alcooliques de rouge d’indigo étant concentrées par l’évaporation , on obtient un liquide rouge foncé mêlé avec une substance brune noirâtre et pulvérulente qui se dépose. Le liquide filtré et évaporé donne pour résidu un extrait salin , qui se dissout dans l’eau, et qui est un mélange de brun et de rouge d’indigo avec de l’alcali. En précipitant ce mélange au moyen d’un acide , et en ajoutant un léger excès de ce dernier, on peut éliminer le brun d’indigo , dont une partie reste en dissolution , et dont l’autre s’enlève par le lavage. Le rouge d’indigo qui reste après cette évaporation donne avec l’alcool une belle teinture rouge, qui, évaporée , laisse le principe en question sous forme d’un vernis brun noirâtre et brillant. Insoluble dans l’eau, dans les acides étendus et dans les alcalis, il est légèrement soluble dans l’alcool et l’éther. L’acide sulfurique concentré le dissout en lui communiquant une couleur jaune foncée; la solution de chlore le rend jaune et mollasse; l’acide nitrique le dissout avec une belle couleur pourpre qui jaunit bientôt. Cette dissolution étendue

3 fi6 INDIGO.

d’eau laisse précipiter du rouge d’indigo, non altéré, suivant toutes les apparences. Chauffé rapidement, il se fond et brûle avec une flamme épaisse. Distillé à l’abri de l’air, il se volatilise et donne un sublimé sous forme de petites aiguilles blanches , brillantes , diaphanes, insolubles dans l’eau, dépourvues de saveur et d’odeur, n’étant ni acides ni alcalines , et se dissolvant lentement dans l’alcool et l’éther; l’acide nitrique en forme une dissolution rouge , qui se comporte tout-à-fait de la même manière que la dissolution de rouge d’indigo avant sa décomposition. Cet acide est un réactif très - sensible pour ce corps, et la couleur rouge qu’il lui communique en dévoile les moindres traces.

IY. Bleu d'indigo . Le principe colorant propre de l’indigo reste après la séparation du rouge d’indigo par l’alcool» ( V oy. rouge d’indigo. ) Mais alors il n’est pas encore pur, et pour l’obtenir tel on le réduit en une poudre très-fine, et on le mêle avec le double de son poids de chaux vive , qu’on a eu soin de convertir en hydrate peu avant le mélange. La masse est déposée dans un vase de la contenance de i5o fois le poids d’eau de l’indigo; ce vase est rempli d’eau bouillante, et le tout est agité; on y ajoute ensuite deux tiers du poids de la chaux , de sulfate de fer oxidulé réduit en poudre ou dissous dans un peu d’eau chaude; on bouche le vase et on l’agite de nouveau. Le tout est alors abandonné pendant plusieurs heures dans un endroit chaud; peu à peu la masse verdit; l’oxiduîe de fer qui a été précipité par l’hydrate de chaux devient oxide aux dépens du bleu d’indigo , et celui-ci , privé en partie de son oxigène , forme avec la chaux une combinaison soluble dans l’eau. Au lieu de chaux hydratée , on peut aussi se servir dans ce cas de potasse ou de soude. Le liquide étant devenu clair , on soutire , à l’aide d’un siphon , toute la partie limpide : on verse une nouvelle quantité d’eau chaude sur le résidu ,

et on décante de nouveau après ïa clarification. Dès que ces dissolutions sont exposées au contact de l’air, elles déposent à l’instant du bleu d’indigo , qui s’est formé par l'absorption de 1 oxigene atmosphérique , et qui entraîne avec lui la base salifiable par laquelle il avait été tenu en dissolution. Pour prévenir cette altération il suffit d’ajouter à la dissolution de l’acide hydrochlorique , non pas en excès : cet acide retient la base sans empêcher la précipitation du bleu d’indigo. Ce dernier est agité avec de l’eau jusqu’à ce qu’il soit devenu entièrement bleu , puis il est soumis au lavage pour que les restes d’acide libre et l’hydrochlorate de chaux soient enlevés , et enfin il est déposé sur le filtre, À mesure qu’il se dessèche sa couleur tire davantage sur le pourpre; la réduction en poudre par le frottement lui rend sa couleur bleue franche. Il est sans odeur et sans saveur; il n’a point de propriétés acides ni alcalines. Chauffé à l’air libre sur une lame de platine il donne une belle fumée pourpre , et lorsqu’on élève rapidement la température il se fond, bout, bride avec une flamme claire et beaucoup de fumée, et laisse un charbon qui se consume lentement. La fumée pourpre est du bleu d’indigo à l’état de gaz, qui , lorsqu’on distille ce corps dans le vide pneumatique , se prend en aiguilles cristallines dans le bec de la cornue; mais en même temps une quantité assez considérable de bleu d’indigo est décomposée; les cristaux sont d’une structure lamellaire et d’une belle couleur pourpre. Le bleu d’indigo , qui contient de l’azote , a la propriété singulière de pouvoir subsister à l’état gazeux. Ce corps est insoluble dans l’eau; il donne une teinte bleue à l’alcool bouillant; mais celui-ci se décolore ordinairement au bout de quelque temps , après avoir déposé des traces de bleu d’indigo. Il est insoluble dans l’éther, les acides faibles et les alcalis. Le chlore le détruit instantanément et lui donne une cou-

leur de rouille. L’iode n’a pas d’action sur lui en procédant par la voie humide; chauffé avec lui à l’état sec, il le décompose. Tous les corps qui ont une grande affinité pour V o xi gène , et qui , unis à un alcali , sont mis en rapport avec le bleu d'indigo , s’ oxident aux dépiens de ce dernier , qui se décolore et forme avec V alcali une combinaison soluble dans l’eau . L’acide sulfurique concentré dissout ce principe de telle manière que l’eau est colorée en bleu par cette dissolution. L’acide nitrique le décompose très -facilement , et donne ainsi les produits remarquables déjà connus sous le nom d 'acide d'indigo et (Y amer d’indigo.

Y. De l'indigo réduit. On réduit l’indigo en le soumettant à l’action des sulfites, des phosphites, du phosphore, des sulfures de potasse, de chaux et d’antimoine, de plusieurs sulfates , principalement des sulfo-arsénites , des sels oxidulés de zinc et de fer , de la limaille de zinc , de fer et d’étain , de l’amalgame de potassium , etc. ; on le réduit encore avec des substances organiques qui sont dans un état de fermentation; mais cette réduction ne se fait jamais qu’à la faveur d’un alcali ou d’une terre alcaline libre : il n’y a qu’un seul cas où elle se fasse avec un dissolvant acide , c’est quand on mêle de l’acide sulfurique concentré avec le triple ou le quadruple de son volume d’alcool , et qu’on laisse digérer le bleu d’indigo dans ce mélange, le vase étant couvert. Dans ce cas la réduction a lieu par une formation d’éther. L’on peut procéder à la réduction avec de l’indigo non purifié ; mais alors il se dissout du rouge d’indigo. Après avoir obtenu une dissolution claire de bleu d’indigo réduit, on la passe, à l’aide d’un siphon, dans un flacon bien séché, en ayant soin d’empêcher autant que possible un contact prolongé de l’air atmosphérique; on remplit le vase de manière que la couche supérieure, devenue bleue, puisse s’écouler, on y verse ensuite quelques

gouttes d’acide sulfurique ou acétique concentré et privé d’air, et le flacon est hermétiquement fermé. L’acide détermine un précipité abondant, blanchâtre , floconneux, dans lequel on remarque des écailles cristallines , qui deviennent surtout bien apparentes à la lumière ou par les secousses qu’on communique au vase. Ge précipité n’est autre chose que l’indigo réduit. Lorsqu’après 12 ou 24 heures il ne se précipite plus rien, et que le liquide est devenu clair, 011 décante, et on porte le précipité sur un filtre, où on le traite par l’eau froide privée d’air, jusqu’à ce que toutes les traces d’acide libre soient enlevées. Pendant ce lavage l’indigo réduit se ternit et prend une teinte grise verdâtre, surtout à la surface de la masse : celle-ci, comprimée entre deux feuilles de papier, est desséchée dans le vide au-dessus de l’acide sulfurique ; par la dessiccation elle redevient blanche ou blanche grisâtre. L’indigo réduit n’a point de saveur ni d’odeur; il est sans action sur le papier de tournesol; insoluble dans l’eau, il forme avec l’alcool et l’éther des solutions jaunes , qui , exposées au contact de l’air atmosphérique, reproduisent du bleu d’indigo. C’est sur cette solubilité dans l’alcool que repose la possibilité de réduire l’indigo au moyen d’un mélange d’acide sulfurique et d’alcool, La solution élhérée est moins sensible à l’influence de î’oxigène; elle commence d’abord à verdir, puis elle tire au pourpre , et ce n’est que lorsqu’une grande partie de l’éther s’est volatilisée qu’elle dépose du hleu d’indigo. L’indigo réduit, mêlé avec de l’eau aérée, prend à l’instant une couleur bleue sans que la présence d’un acide empêche cet effet. A l’état sec il s’oxide assez lentement, et ne devient parfaitement bleu qu’au bout de quelques jours. Quand on le soumet à une température qu on a soin d elever peu à peu, il arrive un moment où toute la masse change subitement de couleur et devient pourpre, en subissant ce qu on Tom. I. 2 4

37o INDIGO.

peut véritablement nommer une oxidation; le moindre frottement lui communique alors un éclat métallique, et quand on élève la température encore un peu plus , il se dégage une vapeur pourpre de bleu d’indigo. Lorsque ce corps est chauffé dans le vide , il se décompose; il y a formation d’un peu d’eau, une portion de bleu d’indigo est sublimée , et il reste du charbon en abondance. Les acides étendus ne paraissent pas avoir d’action sur l’indigo réduit; l’acide sulfurique concentré le dissout sur-le-champ en lui communiquant une couleur pourpre très-foncée; l’acide nitrique le précipite d’abord en blanc , mais un petit excès d’acide colore le précipité en bleu , et une plus grande addition détruit de nouveau cette dernière nuance. Il a une grande tendance à s’unir aux bases salifiables; mais ces combinaisons sont de suite ramenées au bleu par le contact de l’air. La chaux donne lieu à deux sortes de combinaisons avec l’indigo réduit, l’une neutre , soluble dans l’eau, et l’autre avec excès de chaux et insoluble. La magnésie forme aussi une combinaison soluble. L’alumine donne un précipité blanc, ainsi que les sels oxidulés de fer, de zinc et de plomb ; les sels de cobalt et de manganèse précipitent en vert; le nitrate d’argent farine d’abord une combinaison brune transparente , mais plus tard prend une couleur noire inaltérable à l’air. Les sels de cuivre , comme on le sait , rétablissent a l’instant la couleur bleue de l’indigo. En général, toutes ces combinaisons sont beaucoup plus sensibles à l’action de l’air que ne l’est l’indigo réduit non combiné.

M. Berzelius , après avoir rapporté les opinions de MM. Giobert , Doebereiner et Ghevreul sur les phénomènes qui se passent dans la réduction de l’indigo , émet la sienne propre , suivant laquelle l’indigo réduit contiendrait le même radical que l’indigo bleu , mais avec une moindre quantité d’oxigène.

INDIGO. 37ï.

VI. Bleu et indigo soluble . Lorsqu’on soumet une substance végétale à Faction de l’acide sulfurique concentré , une plus ou moins grande partie de ce dernier se décompose, comme on sait , et se transforme en acide hyposulfurique , qui se combine avec une partie de la substance organique de telle manière que , quand on le sature avec une base , le corps organique n’est point abandonné , mais reste combiné avec le sel , dont les caractères diffèrent essentiellement du sel qui est à l’état de pureté. C’est aussi ce qui arrive en soumettant l’indigo à Faction de l’acide sulfurique concentré : plusieurs corps chimiques intéressans sont formés par cette dermere circonstance. La dissolution d’une partie de bleu d indigo dans 6 parties d acide sulfurique fumant colore en bleu 5oo,ooo fois autant d eau. Cette dissolution consiste, i° dans une combinaison de bleu d indigo soluble avec de l’acide sulfurique ( acide cccvulco-sulj'unque ) ; 2° dans une combinaison du meme principe avec l’acide hyposulfurique ( acide ccevuleo - hyposulf urique ) ; 5° dans une combinaison d’acide sulfurique avec du bleu d’indigo modifié d’une manière particulière, et que Fauteur nomme pourpre d’indigo.

La meilleure manière d’obtenir isolés ces différens composés, consiste à étendre la dissolution qui les contient avec 3o à 5o fois son volume d’eau , et à filtrer. Ce qui reste sur le filtre est du pourpre d’indigo; le liquide qui a passé est digéré à une chaleur modérée avec de la laine bien purifi.ee, à laquelle s’attachent peu à peu les deux acides , en lui communiquant une couleur bleue foncee : cette laine , ainsi colorée , est lavée à l’eau , jusqu à ce qu elle soit privée de toute acidité, puis exprimée et digérée dans de l’eau rendue alcaline avec un peu de sous-carbonate d ammoniaque. Les acides abandonnent le tissu laineux , s’unissent à 1 ammoniaque , et le liquide prend une belle couleur bleue foncee.

Ce liquide est évaporé jusqu’à siccité à une température de 6o°, et traité avec de l’alcool, qui dissout le cœruleohyposulfale d' ammoniaque sans agir sur le cœruleo - sulfate de la même base. L’acide cœruleo -sulfurique s’obtient en dissolvant ce dernier sel dans l’eau et en le précipitant avec l’acétate de plomb; le précipité est décomposé par un courant d’hydrogène sulfuré, et on obtient alors un liquide jaunâtre formé d’acide sulfurique combiné avec de l’indigo réduit : ce liquide devient bleu pendant la fdtration ; éva poré à une chaleur de 5o° tout au plus , il dépose une masse solide d’un bleu noirâtre, qui constitue l’acide cæruleo-sulfurique. Cette masse attire l’humidité de l’air, et se dissout dans l’eau en lui donnant une belle couleur bleue; elle est aussi soluble dans l’alcool; elle a une odeur particulière agréable , et une saveur acide astringente. L’acide cæruîeohyposulfurique s’obtient en mêlant sa dissolution ammoniacale avec l’acétate de plomb , les deux sels étant dissous dans l’alcool; le précipité est soumis à l’action de l’hydrogène sulfuré , et l’opération est terminée de la même manière que pour l’acide précédent. La masse formée par l’acide cæruleo-hyposulfurique devient parfaitement sèche aux bords, mais elle reste humide au centre; du reste, ses propriétés physiques ressemblent à celles de l’autre acide.

Les combinaisons de ces deux acides avec l’indigo soluble portent généralement le nom de sulfate d! indigo ; mais l’auteur a cru devoir leur donner les noms ci-dessus désignés , parce que l’indigo ne joue pas le rôle de base dans ses combinaisons, que d’autres bases ne peuvent point l’isoler, et qu’il reste toujours combiné avec l’acide comme s’il constituait avec ce dernier un acide tout particulier.

VIL Cœruleo -sulfates et hyposulfates. Ces sels forment une série de combinaisons distinctes ; la meilleure manière de les obtenir purs consiste à saturer simplement les acides

avec la base voulue. Ils ne doivent point être considérés comme sels doubles ; la partie colorante ne sature point d’acide; elle est à peu près dans ses combinaisons salines comme l’eau de cristallisation dans beaucoup d’autres sels : une preuve qu’il en est ainsi , c’est que quand on décompose le cæruleo-sulfate. rie barite en le faisant bouillir avec de l’acide nitrique concentré , qu’on étend ensuite et qu’on filtre la dissolution, cette dernière n’est point précipitée par fhydrochlorate de barite , ce qui arriverait nécessairement si le sel était un combiné de sulfate de barite et de sulfate d’indigo. Le principe colorant bleu se réduit mieux dans les sels que dans les acides ; il se réduit plus facilement encore lorsqu’on ajoute un excès de base à la combinaison saline. En se séparant de cette dernière il constitue , ainsi réduit, un corps électro-négatif à l’égard de la base qui est en excès. Toutes les substances capables de réduire le bleu insoluble, réduisent aussi le bleu soluble au moyen d’un excès de base. En mêlant la dissolution d’un cæruleo-sel avec une solution de sulfure de potasse ou de chaux , il se précipite à l’instant du soufre , et une portion de sulfure est transformée en sulfate aux dépens du principe bleu. Quand on abandonne au contact de l’air un mélange de cæruleosel et de chlorure d’étain , il se précipite peu à peu une poudre blanche, qui est de l’oxide d’étain avec de l’indigo réduit et un peu altéré , puisqu’il ne fait quefverdir à l’air. La couleur de ces dissolutions réduites offre différentes nuances : si le liquide est acide, la couleur est d’un jaune pâle; elle est d’un jaune pur lorsque la dissolution est neutre , et d’un jaune fauve lorsqu’il y a un excédant de base. Les dissolutions de fer et de cuivre rétablissent de suite la couleur bleue, et le sel métallique passe à l’état de sel oxidule. Les cæruleo-sels ont une saveur d’indigo; leurs propriétés diffèrent selon les acides , quoiqu elles aient en

général beaucoup de points de ressemblance. Les cæruleosulfates à base alcaline sont en grande partie précipités de leurs dissolutions par le sulfate simple ou même par d’autres sels, et ils sont peu solubles ou bien insolubles dans l’alcool de o,84* Les cæruîeo - hyposulfates des mêmes bases ne sont précipités que d’une manière peu appréciable par le sel simple ou par d’autres sels , et sont solubles dans l’alcool de 0,84. Les premiers, s’ils sont à base terreuse ou alcaline fixe , ne sont point fusibles; ils supportent un grand degré de chaleur sans que leur principe bleu se décompose; ils donnent de l’eau , de l’ammoniaque tant libre qu’à l’état de carbonate et de cyanure, des traces d’huile volatile, et enfin de l’acide carbonique, et ils laissent pour résidu leur base à l’état de sulfure. Le cæruleo-sulfate d’ammoniaque se fond et se boursoufle comme du borax. Les cæruleohyposulfates , exposés à une douce chaleur , dégagent du gaz acide sulfureux sans que le principe colorant soit altéré: à une température plus élevée ce dernier passe au vert ; il se sublime du sulfite d’ammoniaque , et la base reste à l’état de sulfure. Ces deux genres de sels, évaporés jusqu’à siccité , se présentent sous forme de masses non cristallines , qui possèdent un éclat métallique supérieur à celui du bleu d’indigo insoluble.

M. Berzelius a préparé et examiné les cæruleo-sulfates de potasse, de soude, d’ammoniaque, de barite , de chaux, de magnésie , d’alumine et de plomb , ainsi que les cæruleohyposulfates des mêmes bases.

VIH, Vert d indigo. Le principe colorant auquel l’auteur donne ce nom se prépare de la manière suivante : on dissout un cæruleo-hyposulfate dans de l’alcool , et on ajoute à la dissolution bleue de petites quantités d’hydrate de chaux jusqu’à ce qu’elle devienne verte , puis elle est fdtrée. Le précipité vert est lavé à l’alcool , et décomposé avec de

l’acide oxalique. Le liquide filtré de nouveau et évaporé laisse un résidu vert et solide , qui est facilement soluble dans l’eau , et non réductible par les sulfates de chaux et de fer; cette solution aqueuse est colorée en jaune par l’eau de chaux , précipitée en vert par l’acétate de plomb , mais elle est insensible à l’action du chloride de mercure et du tannin.

IX. Ja une cC indigo. C’est le dernier produit de l’action destructive des alcalis. On l’obtient en dissolvant dans l'eau de chaux du cæruleo-hyposulfate de chaux, et en évaporant la dissolution jusqu’à ce qu’elle soit devenue jaune. Le liquide est ensuite traité par un léger excès d’acide oxalique , et abandonné à l’évaporation après avoir été filtré. Le résidu jaune est traité par l’alcool, qui en retire le principe en question avec un peu d’hyposulfate de chaux. Le jaune d’indigo est soluble dans l’eau et dans l’alcool , il n’a point de propriété acide ni alcaline , il est précipité par les sels basiques , et a une grande tendance à se combiner avec les sels de chaux. Chauffé il se boursoufle, répand une odeur animale , et donne un charbon qui se consume lentement et laisse un peu de gypse.

X. Pourpre d’indigo . C’est une variété du bleu d’indigo soluble, qui se forme toutes les fois qu’on traite le bleu insoluble par l’acide sulfurique concentré , et que plusieurs heures après on étend la dissolution avec 4° f°is SOiî volume d’eau. Ce corps paraît être constitué seulement par un état intermédiaire du bleu soluble qui passe au bleu insoluble; il disparaît le plus souvent quand l’influence de l’acide est trop prolongée , ou qu’elle est secondée par la chaleur.

Le pourpre d’indigo a été décrit en premier lieu par Crum , qui l’avait appelé phcmicin.

Description d'un colorimètre , et du moyen de reconnaître les indigos , par M. Houton-Labillardière. ( Annales de l Industrie française et étrangère , mars 1828. )

Les matières tinctoriales varient tellement de qualité par la plus ou moins grande quantité du principe colorant qu’elles contiennent , qu’il est très-difficile pour quelquesunes, telles que les indigos, les garances , etc. , dont il existe de nombreuses variétés, d’apprécier exactement leur valeur par la simple inspection et les moyens ordinairement employés pour chacune d’elles; les qualités apparentes sont si variées, et les moyens pour les reconnaître si imparfaits, que depuis iong-temps on sent le besoin de moyens plus précis pour apprécier leurs qualités , et l’on a proposé à cet effet de les essayer en décolorant des dissolutions de ces matières par le chlore, et établissant une comparaison entre leur qualité et la quantité de chlore employée pour en décolorer des poids égaux. Le chlore est loin de remplir le but , par la difficulté de l’avoir toujours dans le même état de concentration , et de saisir avec précision le point décoloration, qui varie par la rapidité avec laquelle on verse le chlore , et les nuances que prennent les liqueurs par la décomposition du principe colorant. Une autre raison qui à elle seule ferait rejeter ce moyen , est que presque toutes les matières colorantes végétales sont accompagnées, dans leur dissolution, de quelques autres principes sur lesquels le chlore a de l’action, et qui occasionent l’emploi d’une plus ou moins grande quantité de chlore pour détruire la même quantité de matière colorante existant dans ces sortes de dissolutions.

J’ai pensé qu’un moyen simple et précis de reconnaître la valeur réelle de ces matières serait d’une importance

majeure , et dans cette intention je me suis livré à des recherches dont les résultats me paraissent déjà assez précis pour les publier, et dans lesquelles j’ai suivi la marche naturelle qu’on doit prendre pour apprécier la qualité de ces matières à la teinture , puisque c’est en comparant l’intensité de couleurs qu’elles fournissent , en les dissolvant comparativement , intensité de couleurs qu’elles reproduisent dans le même rapport sur les objets teints avec ces ma « tières. Quoique la chose soit assez simple par elle-même , elle ne laisse pas d’exiger de nombreuses recherches , que je n’ai encore pu terminer complètement pour toutes les matières tinctoriales, et pour mettre les essais par mon instrument, auquel j’ai donné le nom de colommètre , à l’abri des erreurs qui pourraient résulter du mélange de matières colorantes étrangères avec celles que l’on essaie en mesurant l’intensité de couleur que ces mélanges arbi traires peuvent fournir. Cependant, par quelques contreépreuves à l’aide du colorimètre et de quelques réactifs , j’ai lieu d’espérer parvenir à reconnaître non-seulement la qualité de ces matières, mais encore leur mélange avec des matières colorantes étrangères. Des expériences sur la garance m’autorisent à penser que ce que j’avance pourra se réaliser en continuant mes recherches sur cet objet.

Description du colorimètre .

Cet instrument se compose de deux tubes de verre bien cylindriques, de 14 à i5 millimètres de diamètre, et de 33 centimètres de longueur environ , bouchés à une extrémité, égaux en diamètre et en épaisseur de verre (1) , divi-

(1) On se procure facilement deux tubes de diamètres égaux, en coupant à la lampe un tube de longueur convenable, et bouchant les deux extrémités qui se touchaient ; vers ces parties le diamètre des tubes et

sés dans les cinq sixièmes de leur longueur, à partir de l’extrémité bouchée , en deux parties égales en capacité , et la seconde portant une échelle ascendante divisée en 100 parties. Ges deux tubes se placent dans une petite boîte de bois (1) par deux ouvertures pratiquées l’une à côté de 1 autie a la partie supérieure et près des extrémités : sur le côté se trouvent deux ouvertures carrées du diamètre des tubes , pratiquées en regard de leur partie inférieure , et à l’autre extrémité un trou par lequel on peut voir la partie inférieure des tubes en plaçant la boite entre son œil et la lumière, et juger très-facilement, par cette disposition, la difïeience ou 1 identité de nuance des deux liqueurs colorées introduites dans ces tubes.

Principe sur lequel repose le colorimètre.

L appréciation de la quantité relative des matières tinctoriales est fondée sur ce que deux dissolutions , faites com-

parativement avec des quantités égales de la même matière coîoiante dans des quantités égalés d’acide (2) , paraissent dans les tubes colorimétriques de la même nuance, et que

1 épaisseur du verre sont sensiblement égaux, et cela suffît,

c’est dans ces parties que se fait l’appréciation de l’identdé des des liqueurs colorées.

puisque

nuances

(1) La boîte de bois dans laquelle on place les tubes, peut avoir i4 pouces de longueur, 5 pouces de hauteur, et 3 pouces de largeur, et ne laisse pénétrer la lumière que par les ouvertures pratiquées aux extrémités; et pour la rendre plus convenable, il est bon de la noircir intérieurement ou d’y coller du papier noir, et de donner une épaisseur

e 1 pouce 1/2 a la partie supérieure où se trouvent les trous par lesquels on introduit les tubes , pour éviter qu’il ne pénètre de lumière par ces ouvertures.

(2) Toutes les matières colorantes ne se dissolvent pas dans l’eau; il est necessaire , selon leurs propriétés , d’employer les agens chimiques

convenables pour les dissoudre, tels que les acides, les alcalis, l’alcool , etc .

les dissolutions faites avec des proportions différentes présentent des nuances dont l’intensité est proportionnelle aux quantités de matières colorantes employées ; ce qu’il est possible d’apprécier en introduisant dans les tubes colorimétriques 100 parties ou jusqu’au zéro de l’échelle de chaque dissolution, et en ajoutant de l’eau à la plus intense, jusqu’à ce qu’elle se confonde par la nuance avec la plus faible ; le volume de la liqueur affaiblie indiqué par la graduation des tubes se trouve dans le même rapport avec le volume de l’autre que les quantités de matières colorantes employées; l’intensité de couleur d’une liqueur affaiblie par l’eau étant proportionnelle aux volumes* des liqueurs avant et après l’addition de l’eau , et les matières tinctoriales variables en qualité , traitées convenablement et comparativement , fournissent des liqueurs dont les nuances ont des intensités proportionnelles à la qualité du principe colorant qu’elles renferment.

Manière de se servir du colorimetre.

Après avoir traité ou dissous comparativement dans l’eau, ou tout autre liquide convenable, des quantités égales de matières tinctoriales , on introduit de ces dissolutions dans les tubes colorimétriques jusqu’au zéro de l’échelle supérieure; on les place (1) ensuite dans la boîte par les deux ouvertures pratiquées à cet effet , et , après avoir comparé leur nuance, si on trouve une différence, on ajoute de l’eau à la plus foncée , et l’on agite ensuite le tube (2) après

(1) Il faut bien essuyer les tubes avant de les introduire danslaboîle, , et les tenir par la partie supérieure , pour éviter que les mains y déposent de l’humidité, qui ternirait le tube et augmenterait l’intensité delà couleur dans les parties qui en seraient couvertes.

(2) Pour éviter la mousse qui se formerait en agitant rapidement le tube pour mélanger l’eau avec la liqueur colorée , il faut l’incliner lentement et à plusieurs reprises.

38u INDIGO.

avoir bouché l’extrémité avec le doigt; si après cette addition d eau on remarque encore une différence , on continue d’en ajouter jusqu’à ce que les tubes paraissent de la même nuance. On lit ensuite sur le tube dans lequel on a ajouté de l’eau le nombre de parties' de liquide qu’il contient; ce nombre comparé au volume de la liqueur contenue dans 1 autre tube ( qui est égal à 100) , indique le rapport entre le pouvoir colorant ou la qualité relative des deux matières tinctoriales; et si , par exemple, il faut ajouter à la liqueur la plus intense 20 parties d’eau pour l’amener à la même nuance que l autre , le rapport au volume des liqueurs contenues dans lès deux tubes sera comme 1 25 : 100; et la qualité relative des matières colorantes sera représentée par le même rapport , puisque la quotité de ces matières est proportionnelle à leur pouvoir colorant.

Les matières tinctoriales donnant des dissolutions diversement colorées, il est utile, pour bien apprécier l’identité de nuance avec cet instrument, de choisir une lumière convenable pour chaque couleur (les unes en exigent une intense , les autres une faible , ou par réflexion sur un corps blanc ) , et de se placer de manière à ce qu’elle arrive régulièrement sur l’extrémité delà boite vers laquelle se trouvent les tubes (1). Pour les liqueurs bleues, il faut se placer à une fenêtre en dehors , et regarder les tubes au travers de la boite, en la tenant sous un angle de 45° ,en se tournant du cote opposé au soleil (2). L’appréciation se fait ainsi

(1) Si la lumière arrivait obliquement sur l’extrémité de la boîte, le tube, oppose se trouvant plus éclairé, paraîtrait moins intense que l’autre, et avant de conclure il faut vérifier l’identité en changeant les tubes de’ place , pour éviter les erreurs que la lumière pourrait occasioner.

v(Vj °n Pent apprécier l’identité de nuance des liqueurs bleues aussi bien quand le ciel est couvert que lorsque le soleil paraît; dans ce der-

mCr ***** est hon » s?ii 7 a des nuages isolés , de l’arranger de manière ce que extrémité de la boite soit dirigée vers une partie du ciel qui présenté de 1 uniformité.

INDIGO. 38i

pour cette couleur avec assez d’exactitude pour ne pas commettre une erreur de plus de deux centièmes ; ce dont il est facile de se convaincre avec une liqueur colorée en bleu, dont une partie est affaiblie avec une quantité connue d’eau, et établissant, comme je viens de l’exposer, l’identité de nuance entre ces deux liqueurs (1); il est même indispensable de répéter deux ou trois fois cet essai avant de se livrer à ce genre d’épreuve , afin de bien saisir l’identité de nuance des deux liqueurs , sur laquelle repose ce moyen métrique.

Procédé pour essayer les indigos .

On prend un échantillon moyen de chaque espèce d indigo (2) que l’on veut essayer, on le réduit en poudre et on le passe entièrement au tamis fin (5); après en avoir pesé

(O Cela se fait très-facilement en introduisant de la même liqueur dans les tubes jusqu’au zéro de l’échelle, et ajoutant dans un des tubes une quantité quelconque d’eau.

(2) Les caisses d’indigo contenant des morceaux de nuances differentes et de la poussière , il est utile de détacher les fragmens de plusieurs mor-

1 ceaux , et de prendre de la poussière à peu près dans le même rapport 1 que cela se trouve. Des caisses d’indigo étant toujours conservées à la , cave, ou dans des lieux humides , l’indigo poreux contient souvent une grande quantité d’humidité qui se perd surtout dans l’été , si on n’a pas la précaution d’opérer de suite sur l’échantillon , ou de le conserver i dans un vase bien bouché avant de l’essayer.

(3) Les indigos, même ceux qui offrent une belle nuance, contiennent j souvent du sable qui reste sur le tamis ; par cette raison il est bon , pour | obtenir un échantillon moyen d’indigo, de pulvériser convenablement S toute la partie , de la passer entièrement au tamis , et de bien mélanger : ensuite la poudre qui en résulte. On se sert à cet effet, d’un pilon de ] porcelaine ou de verre , et d’un tamis de soie de o a q pouces de diaj mètre.

On emploie des matras de .j, onces, desseches en les chauffant et y i soufflant de l’air, pour éviter que l’humidite qu ils pourraient contenir c ne retienne de l’indigo le long du col.

38a INDIGO.

un gramme, que l’on introduit dans un petit matras sec y on y verse 20 grammes d’acide sulfurique de Saxe (1) , et quelques fragmens de verre (2) pour faciliter par l’agitation le mélange et la dissolution de l’indigo; ensuite on chauffe au bain marie de 4° & 5o° pendant une heure , en agitant (5) de temps en temps; le matras étant refroidi , on verse la dissolution d’indigo dans un grand verre d’eau, en remuant constamment avec un tube de verre; puis on verse cette liqueur dans un bocal (4) de la capacité de 5 litres; on passe ensuite de l’eau à plusieurs reprises dans le matras, dans le verre et sur le tube, jusqu’à ce qu’il n’y reste plus d’indigo ; toutes ces eaux de lavage sont introduites dans le bocal (5) , que l’on remplit ensuite d’eau pour compléter les 5 litres de liqueur que le gramme d’eau doit

(1) La quantité d’acide peut paraître un peu trop forte pour dissoudre une aussi petite quantité' d’indigo - mais il est plus convenable d’en employer 20 fois le poids de l’indigo , puisque la dissolution s’en fait beaucoup mieux et plus exactement qu’avec une quantité moindre, et que les résultats sont les mêmes pour l’intensité de couleur qu’avec de plus petites quantités, ce dont je me suis assuré par des expériences comparatives , ainsi que pour la température que j’indique.

On trouve dans le commerce un acide sulfurique deSaxe, qui donne des dissolutions violettes avec tous les indigos ; il est préférable de choisir celui qui dissout l’indigo en bleu.

(2) 11 suffit que les fragmens de verre aient la grosseur d’un pois.

(3) 11 est convenable d’agiter les matras en leur donnant un mouvement circulaire horizontal, et les tenant verticalement , pour que la matière reste toujours dans la moitié inférieure de la capacité des matras.

(4) A la place d’un bocal ordinaire, il est plus commode de se servir d’une carafe de 3 litres, au coi de laquelle on fait un trait pour indiquer la capacité. La mousse qui se forme en versant les liqueurs dans les vases de cette forme, se rassemble mieux et plus promptement à la partie supérieure.

(5) Pour éviter de répandre des liqueurs en les versant , on se sert d’un grand entonnoir, et on frotte avec du suif le bord du verre.

fournir. On agite Lien le vase pour opérer le mélange, ensuite on verse de cette liqueur dans un autre vase (d’un litre par exemple ) pour la laisser déposer pendant quelques heures (1); le reste devenant inutile, on le jette pour recommencer la même chose sur les’autres essais, qui doivent se faire en même temps et absolument de la même manière. Les liqueurs étant bien reposées, on compare leur nuance avec le colorimètre (2) , comme je l’ai exposé précédemment; la qualité relative de chaque échantillon s’exprime par le nombre de parties que chaque liqueur donne comparativement , après les avoir amenées à la même nuance dans les tubes colorimétriques , et si on opère sur un nombre de plus de deux , on compare les autres essais

(1) Une des choses les plus importantes pour l’exactitude des essais est de n opérer que sur des liqueurs bien claires , les corps en suspension augmentant leur intensité- on parvient à les avoir ainsi en les laissant reposer du jour au lendemain - mais ce temps, souvent trop long, peut etre abrégé en filtrant les liqueurs sur du verre pilé , disposé convenablement dans un entonnoir de verre, ou en se servant de filtres de papier égaux et en filtrant toute la liqueur ou une assez grande quantité, égalé pour chaque essai. Ce moyen d’observer des liqueurs claires a l’inconvénient, par la matière qui compose le filtre, de retenir un peu d indigo • ce dont on acquiert facilement la preuve en filtrant une liqueur et comparant les portions qui passent les premières avec celles qui filtrent les dernières. Néanmoins, lorsque la matière des filtres est saturee de couleur , ce qui passe ensuite a sensiblement la même intensité. Les indigos de bonne qualité donnent des liqueurs assez limpides ; mais ceux qui sont inférieurs contiennent souvent beaucoup de sable et de matières terreuses , et quelques-unes des substances végétales qui se cbarbonnent par l’acide sulfurique en laissant un dépôt brun que l’on serait porté à regarder comme de l’indigo non dissous si la preuve du contraire n’avait pas lieu.

(2) Autant que possible, il est bonde mettre les liqueurs déposerdans des vases plus hauts que larges , de prendre la liqueur avec une pipette ou un tube effilé, pour ne pas la troubler, et de laveries tubes avec les dissolutions sur lesquelles on doit opérer.

avec un de ceux qui ont servi dans la première comparaison, dont la qualité relative est déjà connue (1).

Propriétés tinctoriales . Pour teindre avec l’indigo , il faut le dissoudre. On ne connaît jusqu’ici que deux moyens d’effectuer cette dissolution ; i° en le desoxigénant , alors il est soluble dans l’eau et les liqueurs alcalines; 2° en le dissolvant dans l’acide sulfurique. Le premier procédé est désigné sous le nom de teinture à la cuve , le second sous le nom de teinture de Saxe. Par ces deux procédés l’indigo se fixe sans mordant sur les étoffes , principalement avec la laine , moins avec la soie , encore moins sur le coton et le lin. La couleur est solide sur laine, mais pas autant que si on avait teint directement avec les feuilles de la plante.

Pour le travail de la cuve on choisit principalement les indigos d’un bleu violet et de couleur de cuivre, parce qu’ils sont moins oxigénés , et pour le bleu de Saxe on préfère celui qui est fortement oxidé.

Teinture à la cuve. On peutemployer plusieurs corps pour désoxigéner l’indigo , comme on l’a vu précédemment. Les

(i) La comparaison des indigos de basse qualité avec d’autres de trèsbonne exige souvent , pour arriver à l’identité de nuance, plus d’eau que ne peut en contenir le tube jusqu’à l’extrémité de la graduation - dans ce cas, on en met jusqu’au centième degré. On retire de la liqueur encore trop intense, et on n’en laisse dans le tube que jusqu’au zéro de l’échelle, comme si on commençait 5 on continue d’ajouter de l’eau jusqu’à égalité de nuance, et on double le nombre de parties que l’on trouve en second lieu 5 mais il est préférable de ne former, pour les essais de ces indigos, d’ailleurs faciles à reconnaître, qu’un litre ou deux de liqueur, à la place de trois, comme je l’indique, et de tenir compte du volume de dissolution que l’on forme , par rapport à celle qui sert de comparaison.

J’ai cherché si quelques substances pouvaient augmenter l’intensite delà couleur de l’indigo- je n’en ai trouvé aucune qui produisît cet effet, et qui pût apporter, dans les circonstances ordinaires, de l’incertitude dans l’appréciation de la qualité relative des indigos par ce moyen métrique.

teinturiers désignent sous le nom de cuve d’indigo celle qui est préparée avec les substances convenables pour dissoudre cette matière. Les principales cuves employées jusqu’ici sont celles de son ou pastel , la cuve à sucre , la cuve à urine, la cuve à oxide de fer, la cuve à oxide d’étain, et la cuve à sulfure d’arsenic.

Cave de son . ( Cuve de pastel. ) On y laisse fermenter une décoction de différentes plantes (pastel(i) garance , gaude, son (2), ) après y avoir ajouté de l’indigo pulvérisé. Les substances qui fermentent enlèvent de l’oxigène à l’indigo , et il se forme de l’acide acétique qui reste dans la liqueur. On ajoute ensuite de la chaux ou de la potasse qui sature l’acide développé et facilite la dissolution de l’indigo désoxigéné (3). Lorsque la dissolution est faite, ce qu’on reconnaît à la couleur bleu grisâtre delà liqueur, on y porte les étoffes

„(i) Le pastel est employé et comme matière fermentescible, et comme Gorps teignant par l’indigo qu’il contient; on peut ainsi s’en passer.

(2) Le son est une des substances les plus importantes; il fermente et rend la liqueur glutineuse , maintient par cela l’indigo en suspension, et augmente l’étendue de son contact avec la liqueur. Il sert aussi à dégraisser la laine.

(3) Si on prend trop peu de chaux la cuve se corrompt, ce qu’on reconnaît quand la liqueur devient rouge Non jaune fauve, la pâte qui est au fond se lève , et la fleur bleue disparaît; en remuant il se produit une écume blanche qui disparaît bientôt , et il se dégage une odeur putride. Une étoffe y prend une couleur d’un blanc rougeâtre, et une étoffe bleue y perd sa couleur. Dans le commencement on peut prévenir cet accident en ajoutant de la chaux (du son et de la garance). Peut-être une addition de sel marin serait encore utile. Si on prend trop de chaux, l’excès dissout certaines parties des plantes , et charbonne l’indigo. La liqueur devient noire, elle a une odeur douce, fade , et teint en gris de cendres l’étoffe qu’on y plonge. On peut ramener la cuve en excitant une nouvelle fermentation par l’addition d’une certaine quantité de son et de garance, ou même en saturant une partie de la chaux par du vinaigre. On reconnaît cet état de la cuve a la couleur brunâtre, à une forte fleur, à des bulles d’eau qui crèvent

Tom. I. * 2 5

à teindre , elles attirent l’indigo dissous , se teignent en vert foncé , et à Fair elles deviennent parfaitement Lieues.

Cette cuve est principalement employée pour teindre les étoffes de laine. Pour la teinture des soies on emploie une cuve sans pastel, composée avec son, garance et potasse, qui est plus sûre que la cuve au pastel , mais qui est plus chère.

Les teinturiers des Indes emploient une cuve analogue , mais plus simple. Ils broient avec de l’eau l’indigo aussi fin que possible , le versent dans un vase qui contient à peu près 64 livres d’eau , y ajoutent deux poignées d’une semence glutineuse astringente ( cassia tagera ), et on laisse la cuve légèrement couverte à une température de 80 à ioo°. Elle commence bientôt à montrer à sa surface la fleur bleue. Alors on jette dans le vase de ‘2 à 5 livres de soude , et après 3 jours on a une cuve prête à teindre. Quand elle est épuisée on ajoute de l’indigo.

Nous allons donner plus de détails sur la préparation de la cuve au pastel et de la cuve sans pastel.

(D’après Hermbstaedt ). La cuve doit avoir 8 pieds de profondeur , 6 pieds de largeur , et contenir 5oo seaux (6,000 quarts de Berlin) (1). On la remplit avec de l’eau de rivière jusqu’à 4 pouces du bord; on ajoute 200 livres de pastel, 12 liv. 1/2 de garance, et 12 liv. 1/2 de son de fro-

lentement , et à un toucher un peu rude. On la laisse alors déposer 7 à 8 heures sans la remuer, pour quelle ait le temps de se remettre par la fermentation. Si on voulait alors remuer toutes les 3 heures il se passerait plusieurs jours avant qu’elle fût en bon état. Si la fermentation s’arrête, ce qu’on reconnaît à l’absence des fleurs et à des bulles d’air d’une couleur grisâtre, il faut chauffer \ la fermentation se ranime.

(1) Cette cuve est entièrement en cuivre, ou en bois avec un fond en cuivre. Dans le dernier cas l’eau est chauffée dans une chaudière à côté. 11 serait plus avantageux de chauffer avec la vapeur. Alors la cuve pourrait être entièrement en bois.

ment; on agite , on couvre la cuve , on allume le feu , on chauffe jusqu à 7 5° de Réaumur, et on agite quelquefois; on ajoute alors 12 livres 1/2 d’indigo broyé très-fin , 6 livres 1/4 de potasse et 5 iiv. 1/8 de chaux; on agite , on recouvre la cuve avec des étoffés de laine , et on laisse reposer 3 heures en entretenant toujours la température à 75°; on agile encore après 3 heures , et pour la troisième fois après le même intervalle , au moins 10 minutes.

9 heures après l’introduction de l’indigo , ou après la troisième agitation, on y plonge un morceau de drap que l’on sort au bout d’une heure. Si la cuve est bonne il se teint à l’air en vert, et plus tard en bleu. On agite de nouveau , on répète l’essai de 3 en 3 heures, jusqu’à ce que le morceau de drap sorte vert -jaune et devienne bleu à l’air en quelques minutes.

Alors on délaie dans la cuve 12 livres et 1/2 de chaux éteinte , et au bout d’une heure on y plonge un morceau de laine d’essai : on le retire après une heure , il se verdit moins facilement qu’avant , et devient d’un bleu plus clair. Si la différence est trop considérable , on remue sans ajouter de la chaux , et on laisse reposer la cuve jusqu’à ce qu’on obtienne sur la laine d’essai un bleu plus foncé. Mais si par le premier essai on obtient une nuance aussi foncée qu’avant , on ajoute de nouveau 6 livres 1/4 de chaux, on remue, on laisse reposer 1 heure , et l’essai est répété. On met aussi successivement et d’heure en heure, pour la troisième et cinquième fois, des additions de 6 livres 1/4 de chaux. La couleur du bain passe alors du vert-olive foncé au vert clair; elle a sur sa surface des fleurs bleues et a une odeur moins forte qu’avant. Un drap chaud plongé dans la cuve pendant 1 heure en sort vert de gazon et devient bleu à l’air en quelques minutes. La cuve est alors disposée pour la teinture.

La laine en flocons se teint ordinairement après avoir été humectée dans des filets , on la travaille bien pendant 1/2 heure, et on la laisse refroidir à l’air; on la remet dans la cuve , et on répète cette opération trois fois (i).

Les draps sont travaillés a fond pendant 0 à 4 heures; on remue, on ajoute 6 liv. 1/4 de chaux, et on continue à teindre après un repos de 2 heures.

( D’après Yitalis. ) On chauffe au bouillon une chaudière renfermant 240 seaux d’eau (chaque seau pèse 24 livres ); on met cette eau dans la cuve en bois ou en cuivre; on y délaie i5o livres de pastel pulvérisé et 12 livres d’indigo très-divisé , 6 livres de garance , 4 livres de chaux éteinte et 1/4 de livre de son ; on couvre la cuve et on enveloppe le couvercle avec une couverture de laine; on laisse reposer pendant 1 2 heures , on remue de 5 en 5 heures en recouvrant chaque fois jusqu’à ce qu’on aperçoive à la surface des veines bleues.

Après on remue encore deux fois dans l’espace de 6 heures; on met 1 livre de chaux , on recouvre , et on remue après 5 heures sans ajouter de la chaux (2).

Pour que la cuve soit en bon état , il faut qu’elle soit jaune d’or, le marc doit être ni trop dur ni trop mou , et sa couleur verdâtre doit passer à l’air au brun. Les bulles d’air qui viennentà la surface doivent persister quelque temps avant d’éclater, l’odeur ne doit être ni trop piquante ni trop douce (5). Il faut qu’à la surface il se montre des veines et une légère écume bleue.

(1) Si la cuve est trouble au troisième plongeage , ou la remue , on ajoute 6 livres i/i de chaux, et après 1 heure 1/2 de repos on reprend la teinture.

(2) On ajoute seulement de la chaux ( 1 livre 1/2) quand la fermentation est si forte quelle fait monter le fond.

(3) Une odeur piquante ammoniacale annonce un excès de chaux, La chaux doit être employe'e avec pre'caution.

On agite alors toutes les 3 heures , jusqu’à ce qu’un morceau de drap plongé dans la cuve pendant 1/2 heure, 2 heures après l’agitation, y prenne une couleur d’un beau vert et devienne bleu à l’air. Alors 011 remue encore une fois la cuve, et on l’emploie après un repos de 5 heures.

Yitalis observe que les teinturiers font bouillir avec l’eau le son et la garance , mais que c’est une opération désavantageuse, parce qu’âpres l’ébullition le son et la garance n’agissent pas aussi efficacement. Le pastel qui n’a pas fermenté vaut mieux que celui qui a fermenté , parce que , par le premier, la fermentation dans la cuve est plus sûre. Une cuve préparée avec du pastel qui n’a pas fermenté peut servir aussi long-temps qu’on veut par des renouvellemens; mais une cuve qui a été préparée avec du pastel qui a déjà fermenté dure 1 an 1/2 au plus.

Autres préparations de la cuve au pastel. i° 45o livres d’eau, 12 livres pastel, 1 livre 1/2 sulfate de fer, 2 livres de chaux, 1 livre de potasse, 100 livres d’urine (Sudorius, page 12. )

20 100 livres de pastel , 8 livres indigo , 4 à 5 livres son, 4 livres garance, 3 livres potasse, 3 livres de chaux, 2200 à 2700 livres d’eau. (Le même, page 2 3. )

ù° 100 livres pastel , 5 livres indigo , 10 livres son, 4 liv. garance, 4 livres potasse. (Le même, page 2.5.)

4° 43o livres d’eau , 10 livres pastel , 3 liv. indigo, 3 liv. son, 2 livres garance, 5 livres potasse , 2 livres de chaux. (Le même, page 24.)

Cuve de son, sans pastel. Dans cette cuve, l’indigo donne seul la matière colorante. Elle devient pour cela plus chère que la première , mais elle est plus facile à conduire. On obtient une dissolution d’indigo plus concentrée parce que la force dissolvante de la potasse est plus grande que celle de la chaux; aussi cette cuve donne des couleurs plus saturées.

3go INDIGO.

On remplit une cuve de 5o à 60 seaux (de 24 livres) avec de l’eau,* on y ajoute 12 livres de potasse , 4 livres de garance, autant de son, et on chauffe jusqu’à 7D0Réaumur. Lorsque la liqueur est chaude 011 la met dans une cuve en cuivre qui contient de 80 à 100 seaux,* on y verse 10 à 12 livres d’indigo , on la remplit jusqu’à 6 doigts du hord avec de l’eau chaude, on remue 1/2 heure, on recouvre la cuve, et on chauffe de manière à entretenir la liqueur de 3o à 4o°. 12 heures après on remue de nouveau, et on répète cette opération toutes les 12 heures , jusqu’à ce que la liqueur soit d’un jaune verdâtre, et couverte d’une pellicule cuivrée , veinée de bleu ; ce qui arrive ordinairement après 48 heures. La cuve est alors propre à la teinture.

Quand on cesse de teindre , on remue la cuve , on la couvre et on l’entretient chaude. Quand la liqueur devient trop faible , on chauffe 3 livres de potasse , 1 livre de garance , 1 livre de son dans une chaudière avec 6 à 8 seaux d’eau, jusqu’à 70°. On verse cette liqueur dans la cuve et on agite. De temps en temps on ajoute quelques livres d’indigo pour remplacer celui qui s’est fixé sur les étoffes. Quand la cuve ne donne plus de nuances vives, on la jette et on en prépare une nouvelle.

Cuve à sucre. On mêle de la potasse avec une dissolution de sucre, ou démêlasse, ou une décoction de raisin sec, de prunes, de figues , de malt , etc. (1 ) , et on met dans le mélange l’indigo moulu fin. Il se dissout en peu de temps , et un morceau de drap qu’on y plonge devient vert, et bleu à

(c) D’après Foelker le sucre d’amidon est preTèrable ; il en recommande l’emploi avec la potasse pour remplacer le sulfure d’arsenic. D’après ses essais le sucre de canne , le sirop de betterave, et la gomme avec de la potasse ne dissolvait pas l’indigo , mais le sirop de malt et de prune le dissolvent ( Journal de commerce, 1817, page 475). Dingler recommandait le sucre candi.

INDIGO. 3gi

l’air. La dissolution épaissie avec du sucre peut servir a l’impression.

On peut aussi employer avec le sucre de l’oxidule d’étain. Dans plusieurs parties des Indes orientales et en Egypte, les teinturiers dissolvent l’indigo , et particulièrement celui qui est peu oxidé , avec du sucre brun. À Astrakan on fait bouillir l’indigo avec de la lessive de soude , de la chaux et du miel clarifié.

Cuve d’urine. On met de l’indigo broyé à l’eau avec de l’urine pourrie (à laquelle on ajoute un peu de garance ou d'autres substances susceptibles de fermenter ) ; on agite de temps en temps , et on abandonne le mélange à une température modérée. Aussitôt que l’indigo est désoxigéné il se dissout , ce qu’on reconnaît en essayant la teinture sur un morceau de drap : on y plonge alors les étoffes à teindre (laine, soie , coton , lin ) .

Cette cuve est encore fréquemment employée dans les campagnes , mais rarement par les teinturiers. Ces derniers ajoutent cependant souvent de l'urine à la cuve au pastel.

Cuve de fer oxidé. (Cuve froide. ) On arrose une partie d’indigo broyé fin avec 2 parties de sulfate de fer vert (1) et autant de chaux éteinte et délayée dans l’eau chaude (2) ; on remue le mélange de temps en temps (3). Une partie de

(1) Les sels de fer dans lesquels le fer est très-oxide', comme le nitrate, ne peuvent pas être employe's , parce que l’action repose uniquement sur la transformation du fer en peroxide. Le sulfate de fer doit etre exempt de cuivre , parce que le cuivre oxide le fer, ce qui diminuerait l’action de l’oxide de fer sur l’indigo. On emploie alors les sels de cuivre pour les re'servages , pour imprimer les parties des étoffés qui doivent rester blanches quand on teint des indiennes dans la cuve.

(2) L’eau froide n’est pas convenable parce qu’elle contient de l’air qui cède son oxigène au fer.

(3) Vitalis prescrit 20 seaux d’eau, 6 livres sulfate de fer, 4 a é> livres indigo, 3 livres de chaux éteinte , et 1 livre de potasse.

la chaux se combine avec l’acide sulfurique du sulfate de fer et forme du plâtre, le protoxide et le deutoxide de fer mis en liberté désoxigènent l’indigo, et passent à l’état de péroxide. L’excès de chaux facilite la dissolution de l’indigo, qui est ordinairement complète après 24 heures. On reconnaît, comme précédemment, que la dissolution est complète, à l’apparition des pellicules cuivrées et à la couleur de la dissolution qui est d’abord verte et ensuite d’un vert jaunâtre. On plonge alors dans la cuve les étoffes à teindre. Elles s’y teignent en jaune, mais la couleur passe à l’air, en peu de minutes , au bleu foncé (1).

Pour le lin et le coton, cette cuve est la plus en usage. On fait également usage , dans les impressions d’indiennes, de la lorce désoxigénante des oxides de fer , en imprimant les étoffes avec un mélange d’indigo et de sulfate de fer épaissi avec de l’amidon, de la gomme, etc. , et passant alternativement l’étoffe dans un bain d’eau de chaux et de sulfate de fer. La couleur ainsi obtenue porte en Angleterre le nom de bleu de Chine : en France et en Allemagne on la désigne sous le nom de bleu anglais.

Cuve d’oxidule d'étain. On fait bouillir de l’indigo broyé fin avec une lessive alcaline , à laquelle on ajoute de l’oxidule d’étain (2). L’indigo se dissout facilement. La dissolution est d’un jaune vert et teint en jaune les étoffes qu’on y plonge (soie et coton ). La couleur passe à l’air successi-

(1) Bancroff observe que pom1 2 obtenir un bleu foncé il fout augmenter la force dissolvante de la chaux en ajoutant de la potasse (moins du double de l’indigo). En Allemagne on teint en bleu très- foncé sans cette addition , en réitérant les passes à la cuve.

(2) Bancroff le préparait en arrosant de l’etain avec le double de son poids d’acide nitrique étendu d’un égal volume d’eau - il laissait agir l’acide plusieurs mois sur l’étain, soutirait la liqueur, lavait et faisait sécher l’oxide qui se.trouvait au fond du vase. Mais on peut aussi l’obtenir en le précipitant du muriate d’étain par la chaux ou la potasse.

vement au vert , au rouge de cuivre brillant , violet et bleu foncé. On obtient la plus belle nuance quand on dissout d’abord l’oxide d’étain dans la potasse, et ensuite l’indigo dans cette liqueur.

Bancroff a fixé le premier l’attention sur cette cuve. D’après Dingler, il faut, pour l’impression, que la dissolution soit mêlée avec beaucoup de chaux, parce que sans cela la gomme se coagule par la potasse.

Cuve de suif are d' arsenic , (</ orpiment). On chauffe 16 Iiv. d’indigo broyé ( plus ou moins, d’après la bonté de l’indigo) avec25 gallons d’eau , auxquels on ajoute 5o livres de potasse. Aussitôt que la liqueur bout on ajoute peu à peu 12 livres de chaux éteinte pour rendre l’alcali caustique , et plus tard on ajoute peu à peu 12 livres d’orpiment (1). On remue et on tient le mélange quelque temps au bouillon , jusqu’à ce que l’indigo soit complètement dissous; ce qu’on reconnaît à la couleur jaune de la liqueur en la mettant sur du verre. Quand la liqueur ne doit pas servir pour l’impression , on peut la préparer à froid en employant beaucoup plus d’eau. Dans la premier cas elle est épaissie avec de la gomme et bien préservée de l’air ; quand elle doit être employée pour la teinture , on l’emploie aussitôt que l’indigo est dissous.

Il est difficile d’obtenir avec cette dissolution, en impression , des teintes bien uniformes, parce qu’elle attire facilement l’oxigène de l’air , par lequel une partie de l’indigo

(1) Ces proportions sont celles cTHauszmann. Oocrcampf prend i/3 plus d’indigo. Pour le meilleur indigo guatimala on peut , d’après Bancroff, en prendre moins , savoir : parties égales de chaux , indigo et orpiment, et le double de potasse. D’après Tromsdorff, on prend 1 partie indigo, 1 de chaux, 1/2 d’orpiment, 1 de potasse, Bancroff a trouvé que l’indigo mis en contact avec 3 lois plus de chaux, de poiasse et d orpiment qu’on n’en emploie ordinairement, était complètement décomposé après quelque temps.

3g4 INDIGO.

repasse au bleu et ne se fixe plus (1). Elle donne une couleur solide aussi long-temps qu’elle a une couleur jaune ou au plus verdâtre; et quoique la liqueur claire agisse seule , il faut employer le fond avec , parce que ce dernier maintient l’indigo en dissolution.

Teinture à ï indigo dissous dans les acides . Nous avons déjà observé, précédemment, que l’indigo était soluble dans l’acide sulfurique, et que celui qui en était précipité était soluble dans plusieurs autres acides. Nous avons aussi indiqué les propriétés de l’indigo dissous et de celui qui avait été altéré par cette dissolution. On emploie ordinairement l’indigo en dissolution dans l’acide sulfurique, ou celui qui a été précipité de ce dernier en le dissolvant dans l’acide acétique (2). La couleur obtenue par le sulfate d’indigo est connue sous le nom de bleu de Saxe,* il a été découvert par Barth à Grossenhain en Saxe (1710). La dissolution dans l’acide acétique 11’a été employée que récemment dans les imprimeries. La couleur est encore moins solide que celle du bleu de Saxe.

Pour teindre avec l’indigo dans l’acide sulfurique , on traite d’abord le drap par l’alun et le tartre (4 à 5 parties d’alun et 1 de tartre ), et on le passe dans un bain à 6o° ou

(1) Dans quelques impressions de Manchester, on place la dissolution dans un réservoir ferme supérieurement, ouvert par le bas, et qui est fixe sur le cylindre , de manière qu’elle peut être appliquée sur l’étoffe sans avoir été mise en contact avec l’air.

(2) On ne prépare pas cette dissolution en précipitant l’indigo en dissolution dans l’acide sulfurique et en le dissolvant ensuite dans l’acide acétique. On verse dans une dissolution de sulfate d’indigo de l’acétate de plomb tant qu’il se produit un précipité. Le précipité est formé de sulfate de plomb, et l’indigo reste en dissolution dans l’acide acétique. On emploie cette dissolution principalement pour obtenir les nuances vert clair dans l’impression, parce que l’acide sulfurique noircit trop le jaune* L’acétate d’indigo ne prend pas sur les endroits blancs qui n’ont pas été couverts d’un mordant d’acétate d’alumine.

INDIGO. 3o5

prêt à bouillir, auquel on ajoute autant de dissolution qu’il en faut pour produire la nuance désirée (1); souvent on ajoute aussi à la dissolution d’indigo moitié ou i/5 de dissolution d’étain ; alors les draps n’ont pas besoin d’être alunés. Quelques teinturiers alunent au bouillon ( i5o livres de laine et 2 livres d’alun ) , sortent l’étoffe après l’opération , versent dans la liqueur chaude la dissolution d’indigo ( 1 oOD indigo et 4<>on d’acide), 2 livres de potasse, y passent l’étoffe et la travaillent au bouillon jusqu’à ce qu’elle ait pris la teinte convenable. La potasse sature une partie de l’acide du sulfate d’indigo et de l’alun. En général il est toujours utile d’ajouter de la potasse (cependant il ne faut pas en ajouter plus que la dissolution ne contient d’indigo), parce qu’il sature une partie de l’acide et empêche la précipitation de l’indigo.

On teint la soie par le même procédé , mais la température du bain ne doit pas excéder celle que la main peut facilement supporter.

Sipper dissolvait l’indigo dans l’acide sulfurique fumant , il ajoutait peu à peu de l’alumine fraîchement précipitée jusqu’à ce que l’acide soit complètement saturé. Il se formait des cristaux de sulfate d’alumine , contenant l’indigo , et il obtenait avec ce sel et le quercitron un beau vert solide. Bancroff a fait voir qu’on pouvait produire , sur laine et sur colon, en répétant suffisamment les opérations, le noir le plus foncé et le plus pur , résistant à l’acide citrique et aux alcalis. Il ajoutait à la dissolution du manganèse pour faciliter la dissolution de l’indigo, et ensuite beaucoup d’orpiment; il pensait que l’un ou l’autre de ces corps favorisait la coloration.

Teinture avec V indigo précipité. Comme l’acide sulfurique

(1) Pour des nuances très-foncées on ajoute peu à peu de nouvelles quantite's d’indigo.

3g6 JUSQUIAME.

a une action très-energique sur les matières colorantes jaunes , on a essayé d’employer l’indigo précipité de sa dissolution dans l’acide sulfurique par la chaux. Mais jusqu’ici on n’est pas parvenu à obtenir des nuances bien unies.

Teinture avec l indigo en poudre . Fabviez a aussi donné un procède pour teindre la laine brute en bleu solide avec 1 indigo. On saupoudre 48 parties de laine placées dans une chaudière avec i partie d’indigo pulvérisé fin, de manière que l’indigo forme la première et la dernière couche; on chauffe un peu et on arrose avec de la lessive de potasse à 2° de l’aréomètre; on presse doucement et on entretient une douce chaleur jusqu’au jour suivant. On presse de nouveau , on augmente la chaleur, et on continue cette opération pendant une semaine (i).

JUSQUIAME. Jusquiame ivoire. ( Hyoscyamiis niger . ) Europe , dans les haies.

La plante ecrasee donne un jus, qui bouilli pour faire évaporer les matières vénéneuses , donne une g lée blanche , brillante qui peut être employée en peinture comme couleur d argent. D’après Dembourney les feuilles teignent en olive sale la laine traitée d’abord par le bismuth.

KNOPPERN. ( Knoppern falonea. ) Les knoppern sont des excroissances aux calices de plusieurs chênes , qui sont produites par un insecte. Us sont comprimés , plats , irî égulierement pointus, presque épineux , tlurs; lorsqu’ils sont murs ils sont brunâtres. On les désigne aussi sous le nom de ékerdoppen, akerdoppen , falonia : sous le premier nom on comprend seulement le calice du chêne qui vient du sud de la France , de l’Espagne et du Levant , et qui diffère peu des knoppern par ses propriétés.

(r) Les parties animales et savonneuses cpie renferme lalaine agissent probablement en dësoxigenanf l’indigo. ° ,

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