MARRONNIER D’INDE
L’écorce renferme du tannin , ainsi que les feuilles et le Lois (1). En Allemagne on a quelquefois employé Fécorce pour teindre en jaune-brun solide. Avec sulfate de fer on obtient un joli noir; avec sulfate de cuivre, noir-brun; avec dissolution d’étain , jaune-nankin , etc. On peut faire l’extrait de l’écorce avec de la lessive. La liqueur évaporée donne une couleur de suc brune, qui rendue plus foncée avec un peu de sulfate de fer, et mêlée avec de la gomme, peut être employée comme la sepia.
L’écorce donne avec sulfate de fer une couleur d’olive verdâtre; propriété que M. Braconnot attribue à l’acide phosphorique qui est combiné avec une matière colorante jaune. Le même phénomène est présenté par l’écorce du cerisier et du kina. ( Annales de chimie , t. lxx, p. 290. ) Les bogues vertes du fruit donnent une décoction brun clair que la dissolution de gélatine précipite abondamment quand ils sont frais , et peu quand ils ont été desséchés par la chaleur. Elle contient de l’acide libre. La flanelle y prend sans mordant un brun-castor, et cette couleur, par l’ébullition avec différentes substances , éprouve les changemens suivons ; avec sulfate de fer exempt de cuivre , elle devient vert d’olive foncé (la soie plus clair et plus gris ); avec sulfate de cuivre, brun foncé ( la soie brun de terre d’ombre clair) ; acétate d’alumine, jaune-gris ; arséniate de potasse, faible brun-rouge; avec alun, gris jaunâtre donnant dans le rouge; murîate d’étain, couleur de bronze ( la soie vif jaune d’ocre); avec acétate de plomb , brun-rouge clair (la soie plus clair et plus vif); nitrate de zinc, vif jaune -rouge; sulfate de manganèse, rougeâtre; sulfate de zinc, brun (Geitner). La décoction des bogues vertes donne avec sulfate de
(1) Smith, en i8i5, a fixe l’attention sur Futilité de cette e'corce. D’après lui, elle contient plus de tannin que celle dn bouleau, du saule et du noisetier.
42o MARUBE COMMUN,
fer un précipité vert, qui devient plus tard noir; avec le chlore un précipité vert-jaune; au pôle négatif de la pile galvanique, un précipité jaunâtre (Grotthusz).
Les feuilles donnent, d’après mes essais, une décoction d’un beau jaune, que les alcalis rendent d’un jaune rougeâtre, et que les acides rendent plus claire; le sulfate de fer la rend d’un noir brunâtre, le sel d’étain jaune-blanc; la laine alunée y prend une teinte jaune , la laine traitée par le sel d’étain , orange vif. La couleur est plus belle lorsque l’arbre végète sur un terrain sablonneux. Gomme ces feuilles peuvent être obtenues à bon marché , elles seraient d’un emploi avantageux.
MARUBE COMMUN. ( Marubium vulg . ) Europe.
Ce végétal est employé en place de houblon pour la fabrication de la bière. Il contient du tannin. La plante en fleur teint en jaune (Dembourney ).
MARUBE AQUATIQUE. Patte de loup. {Ly copus eu ropœus.) Europe, dans les lieux humides.
Le suc de la plante teint le lin en noir : la couleur supporte le lavage. On obtient une teinte plus foncée de la plante sèche avec addition du sulfate de fer. Hill assurait que les draps noirs de France avaient de l’avantage sur les autres , parce qu’on employait cette plante pour les teindre : ce qui n’est point exact.
On prétend que les Bohémiens employaient cette plante pour rembrunir la couleur du visage des enfans qu’ils volaient. Elle teint la peau des mains d’une manière très-durable.
On a aussi recommandé cette plante pour tanner. D’après Bruchmann , avec sel de fer on peut obtenir un joli noir.
MAUVE. ( Malva sylvestris . ) Europe.
{Malva alcea.) Idem .
( Malva rotundifolia . ) Idem.
MÉLAMPYRE. 4,t
Les fleurs perdent par la dessiccation à l’ombre 0,90; leur couleur violette devient bleue , donnant un peu dans le violet. L’alcool prend d’abord une teinte violette, qu’il perd ensuite , et conserve une teinte rouge faible. Si on teint du papier avec cette liqueur il prend une teinte fauve , et devient vert dans les liqueurs alcalines. En laissant évaporer la dissolution alcoolique il se sépare une matière grasse. La liqueur et ie papier teints avec la mauve, forment de trèsbons réactifs pour les alcalis,* 200,000 parties d’eau contenant une partie d’alcali colorent en peu de temps ce papier en bleu (Payen et Chevalier).
MELAMPYRE. Blé noir , Rougerolle. ( Mélampyrum arvense .) Europe, dans les champs.
( Mélampyrum pratense. ) Europe , dans les prés.
( Mélampyrum nemorosum . ) Europe, dans les broussailles.
Les feuilles du premier , mûres et séchées , deviennent d’un bleu-noir, les tiges bleu de fer (1). Comme la couleur n’est pas perceptible dans les plantes fraîches, Cromstedt croyait pouvoir en obtenir de l’indigo. Les tiges mûres coupées , pressées et mises au soleil deviennent bleues; exprimées ensuite avec de l’eau elles donnent un suc bleu, qui par Pébullition devient vert. Les tiges abandonnées au soleil deviennent d’une teinte toujours plus foncée , enfin noires. L’acide sulfurique étendu ne détruit pas la couleur, mais l’acide nitrique la fait disparaître. Les alcalis la rendent rouge (2) ; la noix de galle la rend d’un beau vert élevé. Quand on traite les feuilles , comme pour une cuve d’indigo , on 11’obtient pas de pellicules bleues.
(1) Cette propriété' est commune aux 3 espèces.
(2) Cromstedt employait du sel de tartre (sous-carbonate de potasse ). Cette propriété est remarquable , car les alcalis agissent sur elle, comme les acides sur les autres matières colorantes bleues.
4„ MÉNIANTHE.
Les fleurs donnent une couleur semblable , niais moins intense.
La semence teint le pain de seigle, quand elle est cuite avec, en bleu noir , violet ou noir de charbon; mais peu le pain de froment. Cependant, d’après d’autres données, elle teint aussi le pain de froment.
Avec les deux autres espèces Dembourney teignait en
jaune brunâtre.
MÉNIANTHE. Trèfle d’eau. ( Menyanlhes trifoliata.) Nord Europe, terrains marécageux.
Le jus des feuilles bouillies et pressées donne du vert de vessie; il teint en jaune les étoffes préparées avec le
bismuth.
MENTHE. ( Manlha crispa. ) Europe.
( Manlha pulegium.) Europe, lieux humides.
L’une et l’autre sont quelquefois employées pour tanner.
MERCURIALE. ( Mercurialis pcrennis.) Europe , dans les lieux ombragés.
( Mercurialis annua.) Europe, dans les lieux cultivés.
Le jus qui s’écoule des plantes de la première espèce vient à l’air d’un beau bleu. Si on le presse sur du papier la couleur ne paraît que quelques heures après. Si on presse trop fort, la couleur devient plus verte; avec le temps elle devient rouge. Une dissolution d’ammoniaque facilite plus que l’eau l’extraction de la couleur.
La racine de la première espèce devient hleue à l’air, et donne une semblable couleur à l’eau; à l’eau chaude une couleur violette , qui n’est pas changée par l’alun , la potasse, l’acide nitrique, et l’acide sulfurique. Un excès des deux acides fait passer la couleur au cramoisi; mais l’acide nitrique le plus fort ne détruit pas entièrement la couleur : propriété que ne possède pas l’indigo. Il en est de même quand elle reste long-temps exposée à l’air. L’alcool ne dissout pas
MERISIER. 4a>
la matière colorante. Les fibres épaisses qui ne deviennent pas bleues à l’air donnent un rouge cramoisi : celte couleur est propre pour les encres. La décoction ne teint pas les étoffes alunées; la laine et la soie traitées par les sels d’étain prennent une faible nuance lilas (Fogler).
Avec la seconde variété Dembourney teignait en jaune; mais quoique les feuilles entassées devinssent bleues , il ne put jamais en obtenir de l’indigo.
MERISIER. ( Prunus avium. ) Eur. , sauvage et cultivé.
L’écorce exposée à l’air devient jaune, et ensuite brune. L’infusion est jaune rougeâtre , trouble, et d’un goût amer ; les alcalis la rendent rouge de sang et limpide ( parce qu’ils rendent plus solubles les parties résineuses); les acides la rendent pâle et plus trouble. Elle fermente rapidement; il se forme un précipité jaune , et la saveur amère disparaît. L’écorce du bois, et encore plus celle de la racine, teignent en jaune faible, et renferment plus de tannin ou d’acide gallique que l’écorce du coignier (Sieffert). Avec la décoction de l’écorce du cerisier à cerises aigres on prépare une laque bleue.
Le suc rouge des cerises est , d’après mes essais , de même nature que celui des autres fruits rouges. Les alcalis le rendent bleu. La matière colorante se trouve principalement dans îa peau des fruits , elle se fixe sur les étoffes, mais moins bien que celle de l’airelle, probablement parce que le suc contient beaucoup de mucilage. Par les alcalis et la fermentation le suc devient brun. Des peaux de cerises humectées avec une faible dissolution de potasse, et abandonnées quelque temps, teignaient la laine alunée en brun clair; la couleur était solide; par une exposition de huit semaines au soleil elle a été seulement un peu affaiblie.
Les feuilles donnent une couleur verte à l’alcool , mais la lumière solaire la détruit en 1/2 heure.