PANAIS
PANAIS. ( Paslinica saliva . ) Europe , dans les prés ; ailleurs, plante potagère.
La plante en fleur teint en jaune ( Dembourney ). La décoction de la semence teint en faible jaune, et devient brunâtre par les sels de fer.
PARAGUATAN. Arbre qui croît dans la Guianne espagnole; peu connu.
L’écorce et le bois, mais principalement l’écorce, contiennent une matière colorante rouge qui résiste aux acides, comme celle de la garance et du bois rouge , mais moins que celle de la cochenille. Les acides rendent la décoction plus rouge ; l’alun la précipite en beau rouge, l’infusion de galle en rouge-rose faible. La couleur se fixe sur soie , laine et coton, et résiste passablement au savon. Fernandez a le premier fixé l’attention sur cette écorce; il en a été introduit en Espagne et en Angleterre : cependant on paraît en avoir abandonné l’usage. BanerofF a obtenu avec cette écorce seulement une couleur pâle et fugace.
PARI SET TE, Raisin de renard. ( Paris quadrifclia. . ) Nord Europe, dans les lieux ombragés, humides.
Les feuilles ramassées avant la floraison teignent le lin aluné en beau jaune.
Les fruits verts donnent une couleur verte.
PASSERAGE. ( Lepidium latifolium, ) Sud Europe, lieux humides.
Il teint en jaune.
PASTEL. ( Isatis tinctoria. ) Europe , dans les terrains argileux; aux bords de la mer et cultivé.
( Isatis lasitanica . ) Europe, cultivé.
Histoire. Les Romains et les Grecs connaissaient le pastel et l’employaient à la teinture, ainsi que plusieurs nations du nord de l’Europe. Les anciens Grecs l’appelaient isatis , les Gaulois et les Germains l’appelaient glastum. Pline dit
dans le xxne chapitre , § 2 : « Une certaine herbe qui res-* semble au plantago est appelée en gaulois glastum; les femmes et les filles de la Grande-Bretagne s’en servent pour se teindre tout le corps lorsqu’elles assistent nues à certaines cérémonies religieuses; elles ont alors la couleur des Ethiopiens. d A la renaissance des arts , après la chute de l’empire romain, il était généralement employé pour teindre en bleu, et était cultivé dans plusieurs provinces. Le haut Languedoc (environs de Toulouse et de Mirepoix) produisait alors annuellement plus de 40,000,000 livres de pastel ( 1 ) , et cette province perdit beaucoup depuis le commencement du seizième siècle , par la diminution de la culture du pastel. La Provence et la Normandie en livraient également beaucoup dans le commerce.
Dans l’Allemagne le pastel était principalement cultivé en Thuringe. Dans le treizième siècle sa culture était générale dans les environs d’Erfurt. La consommation du pastel était alors très-considérable , parce que l’on connaissait peu d’autres matières colorantes bleues. Maintenant il est cultivé dans le Bannat et en Bohême , et on prétend qu’il surpasse celui de Thuringe; mais il ne suffit pas à la consommation de l’Autriche.
La culture du pastel diminua beaucoup quand on connut l’indigo, et tous les efforts pour la maintenir furent inutiles, parce qu’il était plus simple et plus sûr de teindre avec une matière colorante isolée qu’avec des feuilles qui , à la vérité , contiennent la même matière colorante, mais qui y est mêlée avec beaucoup d’autres. Maintenant le pastel est employé en même temps que l’indigo , et rarement pour préparer l’indigo de pastel. Voyez le 2e volume.
(1) 200,000 balles de pastel étaient consommées à Bordeaux. Quand François Ier était prisonnier en Espagne, un riche fabricant de pastel , Beruni , se rendit caution pour lui.
Les feuilles du pastel contiennent de l’indigo ; il y est dans le même état que dans la plante indigofera, mais en plus petite quantité , et mêlé avec plus de matières étrangères. Par cette raison elles ne teignent pas aussi foncé, et ne donnent pas une couleur aussi brillante que l’indigo; mais cette couleur est plus solide.
D’après Dobereiner , l’indigo est combiné dans le pastel avec un acide jaune (acide isatique, acide de pastel) , et les alcalis facilitent sa séparation , en se combinant avec l’acide.
Composition. M. Chevreul a trouvé dans les feuilles de pastel : ligneux , matière verte , cire , indigo , matière végéto-animale , matière colorante rouge , matière colorante jaune , acide végétal cris tallisable , suc mucilagineux , gomme , matière animale , matière ayant l’odeur de l’osmazome qui paraît contenir du soufre, citrate de chaux, sulfate de chaux, sulfate de potasse, phosphate de magnésie , fer , manganèse , acétate d’ammoniaque , acétate et muriate de potasse. Le professeur Fuchs a trouvé dans des feuilles de pastel de Munich, du phosphate de chaux en grande quantité.
Les jeunes feuilles donnent de l’indigo bleu clair , les vieilles de l’indigo bleu foncé , les feuilles mûres un indigo noirâtre; il se sépare plus facilement des dernières. Giobert trouvait que l’indigo des jeunes feuilles était entièrement soluble , parce qu’il n’était pas encore oxigéné , et que dans celles qui commencent à devenir violettes il était déjà en partie insoluble.
Le suc pressé des feuilles fraîches est vert; par la filtration il laisse un résidu vert composé de fécule verte : il est alors jaune-fauve , redevient vert a 1 air, et se recouvre d’une pellicule couleur de cuivre qui est de 1 indigo.
Les grandes feuilles sont plus riches en couleur que les
Tom. I.
petites ; il en est de même de celles qui sont couvertes de poussière.
Le baron de Ruhrdorff a observé sur les faces supérieures et inférieures des feuilles, un grand nombre de petites vésicules d’un bleu-noir, d’ou il concluait que la matière colorante se trouvait seulement à l’extérieur. (Lne semblable observation a été faite sur la plante indigofera.
La température a beaucoup d’influence sur la quantité de matière colorante contenue dans les feuilles de pastel. Dans les étés chauds ou dans les pays chauds elles en contiennent davantage. La seconde coupe donne du pastel en général moins riche en matière colorante que la première, mais de meilleure qualité quand le printemps est humide et froid , et les saisons suivantes chaudes et sèches.
Préparation du pastel. Les feuilles du pastel sont livrées au commerce après qu’elles ont fermenté. Le but de la fermentation est de détruire plusieurs matières étrangères, de rendre libre l’indigo , et de colorer une partie de celui qui ne l’est pas. La qualité du pastel varie suivant que la fermentation a été plus ou moins prolongée.
On procède de la manière suivante : aussitôt que les feuilles sont arrivées au degré de maturité convenable ( dans le bas elles sont jaunes, aux bords violettes; elles sont pendantes) (i) on les cueille, et on répète cette opération
(1) Quand elles doivent servir pour la préparation de l’indigo, on les récolté quelquefois avant quelles soient devenues violettes, parce que dans ce dernier état tout l’indigo n’est plus soluble. On prétend que celles qui sont devenues jaunes ne sont plus bonnes pour la cuve d’indigo. En Angleterre et dans quelques parties de l’Allemagne on les recueille quand elles commencent à se flétrir et à devenir pendantes, et quand leur couleur verte brunâtre se change en verlpéle. En ihuringe on les recueille quand elles deviennent flasques et qu elles donnent une odeur forte } en Toscane on presse une feuille entre deux linges et on juge de la maturité’ par la couleur qui s’est fixée sur le linge • dans l'État
quand elles ont repoussé, ce qui peut se faire, en Allemagne, toutes les 5 à 6 semaines, et enfin 5 à 4 fois; en Ilalie, de 8 a îo fois.
Dans quelques lieux on les lave , mais cette opération est préjudiciable.
Les feuilles que Ton a cueillies sont séchées aussi vite que possible , sans quoi elles deviendraient noires ; mais avant qu’elles soient entièrement sèches on les moud (î). La pâte qui en résulte est placée sur une aire pavée inclinée , garnie de conduits pour diriger le suc dans un réservoir ; on la laisse en tas , et de temps en temps on la marche pour que le suc s’écoule et que la pâte devienne plus sèche. Elle fermente , se gonfle ; il se manifeste des fentes que 1 on ferme par la pression, et on humecte de temps en temps. ( lous les 2 à 5 jours on pétrit la masse avec les pieds.)
La fermentation est prolongée de 20 à 00 jours (2) dans
de l'Église on les recueille quand elles commencent à perdre leur couleur foncée • dans le Piémont quand les feuilles commencent à tombei dans le sud de la France quand il se forme une nuance "violette sui les Lords. Giobert, à Turin, a observé que dans les bonnes années la quantité de matière colorante augmente du onzième au seizième joui de leur pousse, qu’elle reste 4 à 5 jours constante, et diminue après. Cette observation s’est confirmée en Italie et dans le sud de la France, cie manière qu’on peut la regarder comme une loi partout où la végétalite du pastel est favorisée par le terrain , la chaleur, l’humidité ; et alors en 12 ou 16 jours le pastel a atteint la maturité convenable. Il est certain qu’après ce temps la préparation de l’indigo est plus facile que quand la plante a atteint une complète maturité. Il parait aussi que la feuille contient au moins autant de matière colorante, et que sa nuance est plus beile.
(1) Cette pulvérisation se fait ordinairement clans des moulins entre des pierres entaillées; le suc est recueilli pour humecter la pâte fermentante; cela se fait aussi avec la liqueur qui s ccoule pendant, la fermentation , mais dans peu d’endroits.
(2) Dans quelques parties de l’Allemagne on laisse la pâte 14 jours en
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les temps froids , et quand les feuilles ont été recueillies sèches on la prolonge plus long-temps (en Italie elle dure 4 mois). Cette masse passablement sèche est encore moulue une fois et mise en gâteaux de 1 à 3 livres , qui sont séchés complètement à l’air et emballés. Dans cet état le pastel peut déjà être vendu aux teinturiers; mais ordinairement on l’améliore par une seconde fermentation.
Pour cet objet on prend les pains, on les brise ou on les moud , et on humecte la poudre avec de l’eau ou même avec de la teinture de pastel ; on les met en tas , qui sont retournés d’abord après 8 jours , ensuite après 6 jours , 5 jours , 4 jours , et toujours après des intervalles décroissans , jusqu’à ce que la fermentation se ralentisse.
C’est la préparation la plus complète , mais qui est rarement entièrement exécutée.
En Thuringe, les habitans des campagnes font seulement des pelotes avec le pastel pulvérisé après l’avoir laissé un jour en repos , et abandonnent le restant de la préparation aux négocians des villes.
A Langensalze , les fabricans les mettent sur le sol au nombre de plusieurs milliers , les frappent avec des marteaux de bois , et ce qui n’est pas suffisamment divisé par ce travail est déchiré par les ouvriers; ils humectent ensuite le pastel avec de l’eau (pas avec de l’eau de chaux), le mettent en tas , et laissent fermenter : il faut de 4 h 6 semaines. On règle la fermentation en étalant, en humectant, et en mettant en tas, etc. La chaleur de l’air,
tas , on forme alors des boules de 2 livres, on les mets en tas sous des hangars aérés et on les laisse fermenter jusqu’à ce qu’elles tombent; on ëtale la matière et on la laisse entièrement sécher. Pendant la fermentation on les humecte de temps en temps avec de l’eau. La mise en boule et l’exposition à l’air ont pour objet de dessécher la surface et d’empëcher le pourrissage. En Italie, où la plante est elle-même plus sèche, on peut la faire fermenter en grands tas.
celle du pastel et l’odeur servent d’indicateur. À la fin on met le tout en un grand tas, où il reste en fermentation jusqu’au mois de mai. Ces masses de pastel sont alors visitées par des syndics et mises en tonneaux. La préparation dure 5 mois. .
Dans le sud de la France (Languedoc), le pastel récolté est moulu fin entre des pierres; la pâte est mise en tas sur un soi incliné , afm que le suc s’écoule ; on bat et on pétrit tous les deux jours : pendant cette opération il s’écoule une liqueur noirâtre. Les crevasses qui se forment dans les tas sont bouchées à mesures qu’elles paraissent, et on arrose avec la liqueur qui s’écoule. Quand le pastel ne donne plus de suc, ce qui arrive après 20 à 00 jours , on le pétrit avec les pieds , on le met en pelotes et on fait sécher à l’ombre; i5à 20 jours sont nécessaires. Dans les beaux temps les pelotes sont noirâtres , et jaunes par les temps couverts ou humides ; cette différence de couleur ne paraît pas produire de différence dans la qualité. Le meilleur pastel est cependant d’un jaune verdâtre et d’une odeur agréable. En Italie, on suit le même procédé, avec cette différence que l’on laisse les feuilles quelque temps sécher à l’air avant le moulage, et on sèche les pelotes au soleil. En Toscane, on expose la pâte de 8 à 10 jours au soleil. Dans le département de i’Arno , on laisse la pâte moulue en un tas , auquel on ajoute la pâte nouvelle jusqu’à ce que l’on ait fait la récolte complète; on mêle le tout ensemble et on le met en forme. S’il se produit des vers il faut que la pâte soit moulue de nouveau. Les pelotes sèches sont raffinées , ce qui se fait ordinairement dans le mois de janvier. On les déchire sur un sol incliné, on les humecte avec de l’eau de rivière ou de fontaine , et on met le pastel en tas , où il fermente pendant deux jours; onlhuraecte de nouveau, et on le remet en tas; après 6 jours on le retourne, on en forme de nouveaux
tas, et on répète cette opération tous les 3 jours dans le premier mois , dans le second tous les 8 jours , dans le troisième tous les i4 jours, jusqu’à ce que le pastel ne soit ni humide ni chaud; alors on le met en pelotes.
A Gênes, on ne raffine point les pelotes de pastel.
Dans le département du Calvados et en Alsace , on entasse les feuilles pour les moudre , et on en fait des gâteaux aussitôt que leur dureté le permet.
Pendant la fermentation, principalement quand il ne s’écoule pas de liquide, il se dégage une odeur ammoniacale très-désagréable : c’est pour cette raison que la reine Elisabeth avait défendu la culture du pastel en Angleterre.
1600 toises carrées de terrain donnent en- deux coupes au moins hj,4oo livres de feuilles; par la fermentation il se perd les 4/3 ; il reste 5,88o livres de pastel en gâteaux. D’après M. Chaptal , i5o livres de feuilles donnent 5o livres de bon pastel ; la perte serait alors seulement des 2/5. Cependant la perte est toujours plus grande dans toutes les préparations de pastel en Allemagne et dans le Nord.
Propriétés. Le bon pastel est plus jaune ou plus jaune verdâtre que bleu , léger et faiblement humide ; il laisse sur le papier une teinte vert clair : en vieillissant il s’améliore par une légère fermentation. Du pastel de 4 ans teint deux fois plus que celui d’un an. M. Chevreul a trouvé dans ioo parties de pastel 54 parties solubles dans l’eau, 1 1 parties solubles dans l’alcool , 55 parties de libre ligneuse et de
sable. L’alcool bouillant avait dissous de la cire et de l’indigo.
Effet du pastel relativement à ï indigo. D’après Hellot , 4 livres d’indigo guatimala produisent le même effet que 210 livres de pastel d’Albi. A Quins en Piémont, les teinturiers admettent que 5oo livres de pastel donnent autant de couleur que 6 livres du meilleur indigo ; mais d après M. Chaptal celte proportion est exagérée.