‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleurs (volume 2)Chapitre 95 sur 124 · ROUCOU · texte numérisé non relu

ROUCOU

après la fermentation , et par suite on met en pâte. La dernière méthode a été suivie dans la fabrication de celui qui se trouve dans le commerce. La fermentation n'ajoute rien à la qualité de la couleur, il parait même qu’elle est nuisible; mais elle facilite la séparation de la pulpe, et augmente peut-

être ainsi que le sechage la solidité de la couleur. On procède ainsi :

On prend les fruits mûrs (i ) , on les met dans une cuve, on les écrase un peu , on les arrose avec de l’eau , et on les laisse des semaines et même des mois entiers ; il se produit une fermentation à la suite de laquelle il se développe d’abord une odeur désagréable , et plus tard une odeur de violette.

Alors on presse la masse , on laisse reposer la liqueur, et on verse 1 eau (2); on fait bouillir la pâte qui est au fond en remuant constamment jusqu’à ce qu’elle soit en bouillie épaisse , que l’on place ensuite par couches de 6 à 8 pouces d’épaisseur dans des caisses , et que l’on fait sécher à l’ombre (3). Il est assez sec quand on peut en porter à la fois un fragment de i5 livres, on l’enveloppe alors dans des feuilles de l’arbre (4) , et il est porté au marché : on l’expédie en Europe dans des tonneaux (5).

Le résidu de la presse est mis en tas, et couvert de feuilles.

(1) Aussitôt qu’ils sont mûrs, les enveloppes s’ouvrent.

(2) Cette eau est employée pour mettre sur de nouvelles semences, parce qu’elle accélère la fermentation.

(3) Si on séchait au soleil le roucou deviendrait noir.

(4) On se frotte les mains avec de l’huile. L’odeur du roucou provoque des maux de tête.

(5J Chaque tonneau contient ordinairement de 3£o à 36o livres de roucou. Les feuilles avec lesquelles il est enveloppé pèsent de 20 à 24 livres. Ce qui précède n’est relatif qu’au roucou d’Amérique. Celui des Indes paraît dans le commerce dans des paniers.

To&r. I.

ji

4S2 roucou.

afin qu’il fermente de nouveau; on le pile, et on l’arrose avec de l’eau ; on lave après quelque temps , et on répète ce traitement jusqu’à ce qu’on ait extrait toute la matière colorante.

Leblond proposait de substituer à ce procède long et pénible le suivant , qui consiste à enlever la chair de la graine par le lavage, à précipiter la couleur par du vinaigre, et à l’épaissir par le bouillage. Le roucou ainsi obtenu est bien préférable à celui qui parait dans le commerce. Il se dissout mieux et donne une plus belle couleur (i). Il serait peut-être mieux de dissoudre la matière colorante dans une dissolution alcaline et de la précipiter par un acide.

Le bon roucou est d’un rouge élevé , ayant l’odeur de la violette. Dans l’intérieur la teinte est plus vive, il est onctueux et non terreux. Comme il est ordinairement humide dans le commerce , il perd peu à peu beaucoup de son poids (dans le voyage en Europe, i5 à 20 p. 0/0. )

John a trouvé dans la pulpe qui environne la semence, qui avait la grosseur d’un petit pois et n’avait pas encore fermenté, 28 parties de matières colorantes et résineuses ; 26,5 de gluten végétal , 20 de ligneux , 20 de matière colorante extractive, 4 formées de matières voisines du gluten végétai et de l’extractif, un atome de matière épicée et acide.

L’eau ne dissout pas complètement le roucou (2). La décoction est trouble , rouge jaunâtre , d’une odeur iorte et d’un goût désagréable. La dissolution reste long temps sans fermenter ou sans se moisir. Les alcalis y forment un pré-

(1) Baticroff a aussi observe que la pulpe fraîche donne au coton sans potasse une couleur plus rouge et plus solide que celle cpie l’on obtient par le procédé' ordinaire.

(2) Vitalis dit que le véritable se dissout facilement dans l’eau bouillante, et que celui qui est frelaté ne se dissout pas entièrement.

ROUCOÜ. 483

cipité blanc et lui donnent une couleur orange claire ; les acides la rendent plus rouge.

L’alcool dissout la plus grande partie des matières colorantes avec une couleur rouge foncée.

Les liquides alcalins dissolvent facilement la matière colorante : la dissolution est jaune d’orange. Les acides y produisent un précipité orange qui est soluble dans un excès d alcali. La liqueur devient jaune pâle. L’alun y forme un précipité orange, ainsi que le sulfate de fer; le sulfate de cuivre y forme un précipité jaune-brun , le sel d’étain un précipité jaune -citron.

Le roucou , comme matière colorante résineuse, est trèspropre pour colorer les vernis , les huiles , le beurre, le fromage(i). On l’emploie également pour les couleurs à l’eau et à l’huile , mais ces couleurs sont peu solides.

La couleur se fixe sans mordant sur la laine , la soie, le lin et le coton , mais la couleur est si peu solide à l’air et à la lumière que l’on ne devrait pas l’employer; cependant elle résiste assez long-temps à l’action du savon et des acides. Elle résiste plus long-temps à l’action du chlore que le rouge de garance. Maintenant le roucou est principalement employé pour teindre la soie. Le procédé est très-simple. On fait une décoction de roucou (2) avec de la potasse ou de la soude , et on teint l’étolfe dedans. Si on veut avoir une teinte rougeâtre, on passe à la fin dans un bain acide (alun ou tartre , ou vinaigre ) qui rend en même temps la couleur

(1) Pour ces deux derniers objets il est souvent employé en Angleterre. Dans le Gloucestershire, 011 prend 1 once de roucou sur 100 livres de fromage.

(2) Quelques teinturiers le délaient d’abord dans de la lessive, mais il paraît que cette operation altère l’éclat et la solidité de la couleur. Guiblich conseille de dissoudre sans ébullition le roucou dans une lessive alcaline. Quelques teinturiers emploient aussi de l’urine pourrie.'

Page 1