‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleursChapitre 13 sur 115 · JAUNE DE NAPLES · texte numérisé non relu

JAUNE DE NAPLES

Terre de Naples ( Giallino ou Gialolino ).

Histoire. Le jaune de Naples a été pris dans le commencement pour un produit volcanique ; cependant on s’aperçut bientôt que c’était un produit artificiel , et Pott reconnut qu’il était préparé par l’action de la chaleur. Il paraît avoir été découvert à Naples. En 1760 il y était préparé par un fabricant âgé qui seul en possédait le

(1) Dans îe commencement on n’ajoute que le quart de la dissolution de sel marin, et on verse le reste peu à peu.

(2) Il se forme un muriate de plomb , et la soude reste en dissolution dans la liqueur.

(3) Cette dissolution peut être utilise'e : en l’exposant à l’air, elle en attire l’acide carbonique, et il se forme du sous - carbonate de soude.

secret; plus tard, en 1772, Fourgeroux de Bande^y fit des recherches à ce sujet, et publia un procédé; peu forés l’abbé Passeri en donna un autre. D après Nemnicls , en 1809 on nen préparait plus à Naples, du moins personne ne put lui donner de renseignemens sur cette fabrication ( r). Son usage a beaucoup diminué depuis la decouverte du jaune minéral.

? Propnétêst II est sous la forme d’une poudre jaune , ou d’une matière terreuse d’une couleur jaune matte et profonde; c’est une combinaison d’oxide d’antimoine et de plomb. La préparation en est simple; elle repose sur la fusion des mélanges suivans, que l’on peut exécuter comme celui du jaune minéral :

i0.3 Parties de cendres de plomb, i d’oxide d’antimoine ( fusion à une température peu élevée);

2° 2 de minium , 5 d’antimoine, 1 oxide de zinc gris.

3 24 parties de plomb , 16 antimoine rouge , 1 tartre 1 sel marin (2). ’

4° 16 i/3 de plomb ,162/3 d’antimoine, 2 2/3 tartre 1 sel marin. ’

5° i3 r/3 de plomb , 10 i/3 antimoine, 1 tartre.

6 10 2/3 de plomb , 5 2/3 antimoine, 1 tartre.

7° 6 plomb, 4 antimoine, 1 tartre.

S 5 1/2 de plomb , 2 d’antimoine, tartre.

Pour les 6 derniers mélanges le plomb et l’antimoine

doivent etre calcinés avant, et fondus ensuite avec les autres substances.

i vif;emniChS’ rvage “ ItaH'’ W -73. On le fabriquait alors (2) Cette préparation est de l’abbé Passeri.

JAUNE DE CHROME

90 12 blanc de plomb, 5 antimoniale dépotasse (î),

1 partie d’alun , et une de sel ammoniac (2) ;

io° 5 de litharge , 2 d’antimoniate de potasse , 1 sel ammoniac.

Avivage . D’après Bonllay Marillac , on avive le jaune de Naples en le faisant bouillir long-temps dans de 1 acide muriatique très - étendu. Cet acide agit en dissolvant Foxide de plomb en excès et 1 alumine.

Usages . En peinture à l’huile, le jaune de Naples donne des couleurs plus douces et plus solides que 1 oïpiment , l’ocre jaune et le jaune de plomb; il est aussi fréquemment employé comme couleur d émail. Les peintres le lavent plusieurs fois avec de l’eau chaude avant de l’employer, parce qu’il contient des matières alcalines; par cette raison il provoque l’oxidation du 1er.

JAUNE DE CHROME

Le jaune de chrome n’existe que depuis peu d’années dans le commerce, il est employé dans la peinture à l’huile , et comme couleur d’émail. ïl est uniquement formé de chromate de plomb (5).

(1) L’antimoniate de potasse s’obtient en mêlant l’antimoine avec j/3 de salpêtre et projetant le mélange peu à peu dans un creuset ronge, et lessivant le résidu. 11 est connu sous le nom d’antimoine

diaphorétique.

(2) Le tout étant bien broyé , bien mélangé , est chauffé d’abord faiblement pendant plusieurs heures , ensuite 3 heures au rouge. Avec plus d’antimoine et de sel ammoniac le produit est plus rouge ; cette préparation est de Fongerotix. (D’après d’autres données il prenait 12 de blanc de plomb , 2 d’antimoine ordinaire , 1/2 d alun fondu,

1 de sel ammoniac).

(3) 11 faut encore observer que la mine de chrome de Sibérie co tient, d’après M, Haugier, 53 de chrome, 34 de fer> 11 ^ alumine

On l'obtient en précipitant une dissolution dechromate de potasse par une dissolution de nitrate ou d’acétate de plomb. On peut l’obtenir dans toutes les nuances comprises entre le jaune clair et l’aurore foncé , suivant qu’on prend des sels avec excès d’acide , ou avec excès de base, et que les dissolutions sont chaudes ou froides. Mais il ne faut pas oublier que les dissolutions doivent être étendues de beaucoup d’eau avant leur mélange; le précipité est alors plus fin , il n’entraîne point de sels non décomposés , et on lave plus facilement.

Le chromate de potasse s’obtient en traitant la mine de chrome de France ou d’Amérique, qui est formée d’oxide de chrome, d’oxide de fer, de silice, d’alumine et de magnésie , avec un poids égal de nitre , pendant 1/2 heure à la chaleur rouge. La matière refroidie est jaune, poreuse; elle contient beaucoup de chromate de potasse , et une certaine quantité de silicate de potasse et d’alumine. On lessive cette matière , on rapproche la liqueur, et on sature l’excès d’alcali par l’acide nitrique; on filtre pour séparer la silice et l’alumine , qu’on fait concentrer, et le chromate de potasse cristallise par le refroidissement. Les dissolutions neutres fournissent des cristaux d’un jaune-orange de chromate acide; les eauxmères, qui deviennent fortement alcalines, laissent précipiter des cristaux jaunes qui sont alcalins; ils contiennent 0,32 d’eau. Lorsque le chromate de potasse doit être em-

1 de silice j les mines de chrome du departement du Var paraissent e'puise'es ; la mine de chrome que l’on consomme en France vient principalement maintenant, du nord de l’Amérique , où on pre'pare déjà en grand le chromate de potasse.

(1) A l’article vert de chrome nous reviendrons sur la préparation de ce sel.

JAUNE DE CHROME. 73

ployé à la préparation du chroma te de plomb , il n’est point nécessaire de le faire cristalliser, on peut employer la dissolution aussitôt qu’elle a été rendue neutre par l’acide nitrique, et filtrée.

On trouve deux espèces de chromate de potasse dans le commerce. La première est un sous-sel d’un jaune pâle, qui peut se combiner avec différens sels; il est souvent uni avec 1/10 de son poids de sulfate de potasse; quand il contient de l’alumine il est en cristaux plus petits. La deuxième espèce est en gros cristaux d’un rouge-orange. La dernière espèce est préférée dans les arts.

On peut obtenir de plusieurs manières un sous-cb.romate de plomb rouge , renfermant 2 fois plus de base que le chromate neutre, i° en faisant bouillir du carbonate de plomb avec un excès de chromate de potasse en dissolution; 20 en faisant bouillir du chromate de plomb ordinaire avec de la potasse. La seconde méthode donne en grand un meilleur produit que la première.

Le sous-ehromate de plomb broyé à l’huile donne une très-belle couleur qui a beaucoup de corps; mêlé avec de la céruse, le sous-chromate de plomb 11e perd rien de sa couleur, comme cela a lieu avec le vermillon. Il peut entrer en mélange avec d’autres couleurs , et même dans cet état il ne paraît pas s’altérer à la longue. (John Badams , Annals of phylosophy, 1825. )

Dans le commerce le chromate de plomb se trouve pur, et mêlé avec de l’alumine , du sulfate de bariie , de la silice , etc.

Si on mêle du chromate de potasse avec du phosphate de soude et des os calcinés, par la chaleur rouge 011 obtient une couleur jaune , que Boullay Marillac recoin-

Page 1