‹ Traité complet des propriétés, de la préparation et de l'emploi des matières tinctoriales et des couleursChapitre 37 sur 115 · LAQUE DE GARANCE · texte numérisé non relu

LAQUE DE GARANCE

Marggraf fut le premier qui lit une laque rouge avec la garance. Il indiqua pour cela la préparation suivante : on chauffe dans une chaudière de cuivre 16 à 20 mesures d’eau jusqu’à l’ébullition , on y met 2 livres de la plus line garance et autant d’alun de Rome, on fait bouillir 1/4 d’heure , on fdtre la décoction, on y ajoute de la potasse en dissolution (ï livre 1/2) jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipite ; on lave et on seche. L intensité de la couleur dépend de la quantité d’alun.

On obtient de belle laque de garance en lavant la garance à l’eau froide jusqu’à ce qu’elle ne la colore plus ; arrosant alors la garance avec une dissolution d’alun , et abandonnant le mélange quelques jours. On peut aussi employer une chaleur très-douce. La liqueur teinte en rouge est séparée par le filtre , et on précipite la laque en ajoutant lentement une dissolution de sous-carbonate de soude. Le précipité qui se forme le premier est le plus beau , et doit être séparé.

{,) Quelques fabricans ajoutent au vinaigre i/io du poids de l’eau.

i5 4 COULEURS ROUGES.]

Une addition de sel d’étain à la dissolution de garance devrait être utile. On pourrait aussi employer une décoction ordinaire de garance dont on précipiterait la matière rouge-brun par de l’acétate de plomb , et ensuite la matière rouge-rose par l’alun. (Voyez le premier volume.)

Englefield a donné le procédé suivant : on bat de la garance renfermée dans un sac (2 onces) avec de l’eau fraîche j usqu’à ce qu’elle ne se colore plus (1). On chauffe l’eau colorée jusqu’au bouillon, on la verse dans un vase, on ajoute en remuant une dissolution d’alun dans l’eau bouillante (1 once dans une pinte) (2), on y verse une dissolution de potasse (1/2 once); on lave le précipité à l’eau bouillante jusqu’à ce qu’elle ne se teigne plus en jaune , et 011 fait sécher. On obtient en laque le quart de la garance.

20 Dingler prescrivait de pétrir avec 8 livres d’eau 6 livres de la plus fine garance, d’ajouter 16 livres d’eau à 48° Réaumur , et 1/4 de livre de pâte acide (levain) délayé dans 1 livre 5/4 d’eau froide, et de laisser fermenter pendant 24 heures dans un lieu assez chaud. On lave complètement le résidu à l’eau froide ; on traite

(1) Par le repos il se déposé sans alun et sans potasse une matière rouge.

(à) 10 livres d’eau sont nécessaires. On peut prendre chaque fois une pinte. Si on prend de l’eau bouillante on obtient des couleurs plus foncées mais qui ne sont pas aussi pures. La racine perd a/3 par le lavage à froid, devient sans odeur, et faible jaune nankin. Mais par le lavage à chaud elle devient fortement rouge, probablement parce qu’une partie de la matière colorante est fixée par la chaleur. Si on laisse la racine tremper quelques jours dans l’eau , la matière colorante se dissout plus facilement, mais la couleur est plus pâle. La garance de Sinyrne donne des couleurs plus riches que celle de Hollande, mais pas autant Les racines fraîches donnent de plus belles couleurs que celles qui sont sèches,

LAQUE DE GARANCE. i55

la matière colorante par une dissolution chaude d’alun , et on précipite par la potasse , ou , encore mieux , on extrait avec de la potasse chargée d’alumine , et on précipite avec l’acide muriatique ou le vinaigre.

5° On fait bouillir 1 partie de garance avec i e à i5 parties d’eau, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que deux parties; on filtre , on ajoute de l’alun , de l’alumine , on filtre après quelque temps , et on lave le précipité.

On obtient la plus belle laque de garance en fixant d’abord la matière colorante sur de la laine et la séparant ensuite comme la laque.

La laque de garance paraît dans le commerce avec dil> férentes nuances; les plus recherchées sont les rouges fens cés et les rouges roses, moins les rouges bruns. On 1 emploie dans la peinture à l’huile et à l’eau. Avec l’huile ces laques donnent des nuances plus profondes.

Extrait du rapport de MM . Chevreul et Thénard à V académie royale des sciences .

On connaît à Paris o laques de garance de qualités supérieures , et qui peuvent recevoir l’épithète de laque carminée. Ce sont les laques de Bourgeois , de dossard et de Mérimée. Les procédés suivis par MM. Bourgeois et Cossard sont secrets et coûteux, autant qu il est possinîe d en juger par le prix des produits , puisque fonce se vend i5 fr. Le procédé de M. Mérimée est connu grâce à la générosité de son auteur; mais les nombreux lavages qu’il exige en rendent l’exécution fort longue , et sous ce rapport, ainsi que sous celui de la quantité de couleur perdue dans le lavage , il ne laisse pas d être dispendieux.

MM. Collin et Robiquet se sont proposé de rendre ce procédé plus avantageux dans son exécution; et, pour cela, voici ce qu’ils prescrivent de faire.

On délaie un kilogramme de garance dans 4 litres d’eau; après une macération de 10 minutes , on soumet le tout à une pression ménagée; le marc éprouve deux fois ce traitement , après quoi il a une belle couleur rosée. Alors on le délaie dans 5 à 6 parties d’eau avec 1/2 partie d’alun concassé; 011 fait chauffer au bain-marie pendant 2 ou 5 heures , on ajoute, et on coule sur une toile serrée.

La liqueur doit être filtrée au papier, puis précipitée par une dissolution de sous-carbonate de soude. Si l’on fractionne en 3 parties la quantité de sel nécessaire pour précipiter l’alun employé, et que l’on précipite successivement la liqueur avec ces 3 parties , on obtient 3 laques dont la beauté va en décroissant de la première à la dernière. Les précipités doivent être lavés jusqu’à ce que les eaux du lavage soient sans couleur.

Quelques heures suffisent pour exécuter toutes ces manipulations : tandis que les lavages prescrits par M. Mérimée exigent plusieurs mois» En outre on trouve dans les lavages de la garance la matière gélatineuse qui est susceptible de donner elle-même une fort belle laque. Conséquemment, dans le nouveau procédé il y a une grande économie de temps et de main d’œuvre, car l’on ne perd pas la matière colorante qui est entraînée par les lavages.

Pour fixer les idées sur les laques de MM. Collin et Robiquet , il suffit de dire qu’ils peuvent les livrer au commerce, à 20 francs la livre; et, d’après le compte qu’ils nous ont remis des frais de préparation , on est porté à croire que ce prix sera susceptible de baisser plutôt que de monter.

Page 1