TOURNESOL
Histoire . Cette couleur paraît avoir été d’abord préparée en Hollande, et ne l’est maintenant presque que dans ce pays (1). Autrefois on croyait qu’on la fabriquait avec le tournesol’ en drapeaux, que l’on prépare depuis des siècles au village des Galîargues, près de Montpellier. Cependant il paraît que dans le commencement on fabriquait le tournesol avec des lichens de teinturiers que l’on tirait des Canaries, et que maintenant on le prépare avec le lichen tarlareus que l’on fait venir de Norvège; on prétend qu’il donne une moins belle couleur.
Le tournesol est formé de la matière colorante de plusieurs lichens bleuis par les alcalis; sa préparation diffère
(1) On n'en a point encore fabriqué en Angleterre.
de celle de borseille, du persio et du cudbear. Il se trouve
dans le commerce en petits cubes friables.
Composition. Le tournesol est composé d’une matière bleue, d’une matière mucilagineuse , de carbonate de chaux, d'alumine, de silice, d'oxide de fer, de sous-carbonate , sulfate et muriate de potasse.
Préparation. Le lichen est nettoyé, moulu et tamisé, puis humecté avec de burine (i) pour exciter la fermentation (2).
Plus lard on ajoute de la forte lessive d'urine , de la chaux, des cendres de saule, de la soude , et on continue d’ajouter de la lessive faible jusqu'à ce que la matière devienne liquide; au bout de quelques mois elle prend une couleur bleue. Si le mélange s'échauffe trop, on le divise.
Quand le mélange est arrivé au point convenable, on le sèche à moitié, quand il n’est pas déjà suffisamment sec (dans l’hiver dans des étuves, en été à l’air). On le broie dans des moulins , on sèche de nouveau à moitié en
(1) L’urine reste 5, ou un plus grand nombre de mois, avant d’être employée.
(2) D’après d’autres indications , la matière moulue est mêlée avec moitié de tartre brut, ce qui est invraisemblable , parce que le tartre empêche le développement de la couleur bleue , et dans cette quantité arrêterait la fermentation. D’après une autre indication , ou n’ajoute point détartré, mais des cendres gravele'es, cela est plus probable" les fabriques , qui procèdent ainsi n’ajoutent que plus tard de la lessive , qui peut être à la tin renforcée avec de l’urine. Ferber dit qu’on met le lichen en fermentation avec de l’urine, de l’eau de chaux, de la chaux éteinte et de la potasse, qu’on laisse durer la fermentation quelques semaines, jusqu’à ce que le mélange soit bleu 5 alors on passe à travers une toile de crin, et on met en formes.
BLEU NOUVEAU ET BLEU A LAVER. a69
consistance d’une pâte épaisse (d’après Nemnich , plusieurs fabricans ajoutent alors de la craie pour en augmenter le poids) , que l’on forme en petits cubes , qui sont ensuite complètement desséchés. Ordinairement cette fabrication se fait en été.
D’après une autre indication, on prend en Hollande, sur 4 parties de lichen lartareus 9 de lichen argenlata , ou de lichen calcarius , 3 parties de potasse , de la chaux vive , de Furine pourrie , de la craie ou du plâtre.
Le lichen est dégagé du sable et des matières étrangères* moulu , tamisé , mêlé avec la potasse également pulvérisée * et le mélange est mis en pâte avec de Furine pourrie. II faut toujours avoir de Furine en approvisionnement pour maintenir la même consistance dans la pâte.
Elle fermente, se gonfle, et Fodeur puante se tramforme à la fin en une odeur assez agréable qui se rapproche de celle de la violette.
On abandonne la pâte pendant 4o jours. Dans les premiers 8 jours, elle devient d’un rouge sale, plus tard d’un rouge plus foncé, et après 20 à 25 jours d’un rouge pourpre,* alors il est temps d’y ajouter la chaux. On la fait effleurir, on la tamise, 011 la délaie dans le mélange, seule on avec de Furine , de manière h ce que la pâte soit encore molle. Il faut alors encore i5 à 20 jours de fermentation. On reconnaît que la fermentation a été assez prolongée, quand la pâte devient bleue et qu’elle a une odeur marquée de violette; on la mélange alors avec autant de craie ou de plâtre fin moulu qu’il est nécessaire pour former une masse solide (on préfère le plâtre, parce qu’il facilite le séchage , et qu’il donne de la solidité aux pains) que Fon met en formes , et que l’on fait sécher à Fombre.
27o COULEURS BLEUES.
Sortes . On connaît 709 sortes de tournesol.
Le tournesol préparé avec le bon orseille coule, d apres Nemnych, 4o à 80 florins le 100; celai de bon lichen de Norvège (variolaria orcina ) 20 à 5o. Il y a aussi ou tournesol rouge, ainsi que de l’artificiel fait avec un suc de myrtille et de la chaux.
Le bon tournesol est d’une belle couleur de vioiette , friable , léger, peu hygrométrique , se délite facilement dans l’eau , et se dissout avec peu de résidu par 1 ébullition. A la quantité de résidu , on peut facilement reconnaître combien on a mêlé de plâtre et de craie.
Usages. Le tournesol était autrefois très-employé dans les teintureries, pour bleuir le linge, pour les couleurs a application; mais depuis que l’on a beaucoup d autres couleurs meilleures et à meilleur marché, il n est presque plus employé pour ces usages. Maintenant il est très-eni ployé pour teindre les papiers, les vins , les sucreries, les liqueurs, les vinaigres. Cependant il donne toujours un goût particulier. U est de très-peu de prix pour les cou» leurs d’application.
A Vienne , de 181 2 à 181 G , il en fut introduit 12,704 livres, et il en fut exporté 2,207 livres.
Description de la machine à mouler. Ferber rapporte îa description suivante de la machine qu'il a vu employer dans une fabrique près d’Amsterdam. Elle consiste en deux parties en acier ou en cuivre jaune, qui s emboîtent, et qui, séparées , forment un carré long, dont le côté le plus long a 5 pouces, et le côté le plus court 4 pouces; une des parties est divisée par des cloisons en carres de la grandeur des pains de tournesol. L’autre est une planche sur laquelle sont fixés des carrés de tôle sur des tkes de fer; elles entrent exactement dans les creux de la
BLEU NGUVÉAÜ ET BLEU À LAVER. *7i
première partie; pour former les pains, on presse îa pâte dans la forme, pour c|u elle remplisse les carrés vides, on enleve des deux cotes la pâte en excès avec une spatule de bois , on la tient sur une planche, et on presse l’autre partie , de manière que les plaques de tôle entrent dans les carrés et fassent sortir les pains de tournesol