CHA.PITRE II
duît par là à admettre que les corps sont composés d'atomes qui possèdent chacun une polarité électrique telle, que chaque pôle n'a pas la même intensité d'action. C'est de cette polarité que dépendent , selon lui , les phénomènes chimiques, et dont l'inégale intensité est la cause de la différence de force avec laquelle s'exercent les affinités. Suivant cette manière de concevoir les phénomènes chimiques, les corps sont électro-positifs ou éleclro-négatifs, selon que l'un ou l^autre pôle est prédominant. jSous verrons pUis loin qu'il ne peut pas en être ainsi.
M. Berzelius fait observer que le degré de polarité doit dépendre beaucoup de la température, qui. accroît son intensité et dont les modifications lui font sjubir des changements. Ainsi, un grand nombre de corps, qui paraissent n'avoir qu'une très-faible polarité h la température ordinaire de l'atmosphère, en acquièrent une très-forte au degré de la chaleur rouge, comme le charbon en est un exemple. Cette propriété n'est pas générale, car il y a des corps qui la perdent à une température élevée. Une combinaison ne peut s'effectuer qu'autant que les particules polarisées d'un des corps ou des deux corps se meuvent avec assez de facilité pour qu'elles tournent leurs pôles opposés; ce qui exige qu'un des corps au moins soit à l'état liquide ou fluide. Cette condition,* comme on sait, est indispensable pour que la combinaison ait lieu.
087. M. Berzelius ne dit que peu de mots sur la force de cohésion , de cette force qui retient en contact les molécules similaires des corps; c'est là, il faut l'avouer, la pierre d'achoppement des théories électrochimiques qui ont été imaginées jusqu'à ce jour. Il avance cependant comme une chose probable, que les atomes des corps, conservant après leur combinaison un certain degré de polarité, cherchent à se rejoindre par leurs pôles opposés; il compare la cohésion à ce qui se passe quand le plateau de l'électrophore électrisé po- III. H
Sya VU£S THÉORIQUES DE M. AMPÈRE.
seule manière de répondre à l'objection précédente; c'est d'admetlre qu'il n'existe qu'un seul fluide. Si Ton prend efFectivemeut pour unité l'électricité de la terre à sa surface, on pourrait avoir des molécules électrisées audessus ou au-dessous de cette électricité : il résulterait de là qu'une molécule à moitié électrisée pourrait être positive, par rapport à celle qui le serait au quart, etc. ; mais cette manière de voir ne peut être admise dans l'état actuel de la science. M. Dumas a signalé une autre difficulté, qu'il a résolue d'une manière satisfaisante : le chlore et l'oxigèiie , comme on sait , sont négatifs par rapport au calcium; de plus, relativement à ce corps, l'oxigèùe doit être plus négatif que le chlore, et cependant on sait que le chlore chasse Toxigène de l'oxide de calcium : les affinités n'en rendent pas raison non plus; suivant lui, on peut remonter à Ta cause de ces effets, en prenant en considération le nombre des molécules, ou les quantités absolues d'électricité qu'elles renferment. Voici l'exemple qu'il cite:
(c I moléculfe de chlore est positive à l'égard de « 2,27,3^ molécules d'oxigène;
a 2 molécules de chlore sont négatives à l'égard « d'une molécule d'oxigène.
« En effet, dans l'oxide du chlore, l'acide chlorique « et l'acide perchlorique, chaque molécule de chlore est « combinée respectivement avec 2, 27, 3~ molécules « d'oxigène, et dans la décomposition de l'oxide de cal- « cium par le chlore, chaque molécule d'oxigène est « remplacée par deux molécules de chlore. Par consé- « quent, si Ton représente par 2 l'électricité négative « de l'oxigène, et par 3 celle du chlore, on aura en t( présence , <lans les oxides de chlore, 3 contre 4? 5 et « «7 ; le chlore sera donc positif. »
Mais cette explication ne peut suffire; car le chlore ne chasse pas toujours l'oxigène, même quand deux molécules doivent en remplacer une seule, comme on le voit dans l'action du chlore sur l'alumine, la silice, etc.