‹ Traité complet du magnétismeChapitre 96 sur 192 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DES ÉLECTRICITÉS DISSIIHULÉES.

§ V^. Du condensateur.

1 37 . Lorsque deux disques A et B (fig. Sa), séparés par m plateau de matière isolante, de gomme laque ou de ferre, possèdent Tun et l'autre une quantité égale d'éectricité contraire, le plateau intermédiaire s'oppose à leur recomposition ; mais il n'empêche pas qu'elles n'exercent Tune sur l'autre une action par influence, doQt nous avons déjà étudié les effets , et qui masque leur action propre sur les corps environnants : on dit alors que les deux électricités sont dissimulées. Au lieu d'uft plateau de verre , on ^eut employer une couche dW, comme l'a fait ^pinus. Ayant pris pour plateaux deux grandes plaques circulaires de bois, revêtues de feuilles d'étain, il les électrisa chacune différemment, les l'approcha , et remarqua que leurs actions étaient dissimulées. Toutes les fois que l'action attractive des deux Buides est suffisante pour vaincre la résistance que lui appose le corps isolant, celui-ci est percé en un ou plusieurs points par l'effet de la décharge. Si l'on établit "JiFectement la communication entre les deux disaues ^vecun arc métallique, la recomposition des deux élec- ^cilés s'opère inimédiatement. Telles sont les propriétés (cnéràles des électricités dissimulées.

Supposons maintenant que les deux disques A et B, [^i sont séparés par un disque de matière isolante , ^ient parfaitement homogènes, et qu'on leur communi» !Ue la même, quanti té d'électricité contraire ; supposons^

ai 8 BU CONDENSATEUR.

en outre, que le disque iiitermédiaire soit partout de lai même épaisseur, et que l'appareil soit isolé, rexpérience prouve qu'il n'existe aucun point sur chaque disque où la tension soit tout-à-fait nulle. On explique ainsi ce fait: le disque intermédiaire ayant une certaine épaisseur, les deux électricités, qui sont égales en quantités, ne peuvent être dissimulées complètement qu'au contact; lorsqu'elles se trouvent à une. certaine distance l'une de l'autre, il faut que l'une soit plus forte que l'autre pour compenser la distance; cela exige qu'il reste une petite quantité d'électricité libre sur l'une des surfaces : en la lui enlevant, c'est l'autre disque qui manifeste l'excès d'électricité libre. Ces décharges successives peuvent être rendues sensibles au moyen de deux pendules formés de petites balles de sureau, suspendues à deux fils de lin écru, et en communication chacun avec l'un des disques. Ces deux pendules, à l'instant où ils touchent les faces des disques, sont repoussés ; mais dès l'instant que l'on touche Tun d'eux, le pendule correspondant retombe, et celui de l'autre se relève, comme si celui-ci eût pris une charge nouvelle. Cet effet doit être attribué uniquement à la portion de fluide qui est devenue libre par la perte que l'autre a éprouvée quand on a touché le plateau. La propriété dont jouit l'électricité dissimulée a été mise à profit par ^pinus, pour accumuler de l'électricité sur une surface ; en raison de cela, l'appareil a reçu le poiki de condensateur.

i38. Les deux disques étant électrisés différemment et isolés, si l'on touche alternativement les deux surfaces avec un plan d'épreuve et que Ton porte ensuite dans h balance de Coulomb pour déterminer la tension de Télectricité enlevée, on trouve qu'il existe sur chacune dVlles des quantités d'électricités libres, de nature contraire, qui tendent de plus en plus à devenir égales. En ayant égard aux lois de l'absorption de l'électricité par l'air, on rend compte de ce phénomène^ par le calcul ; mais on peut, au moyen d'une expérience très-simple , montrer cette égalité. Soient BA (fig. 53) une lame de verre vertical^

QHAPiTHB YI. aig

recouverte sur chaque face d'une lame d'ëtain, et ah, dU d«UK petits pendules en communication avec les lames ; l'une des faces est mise en communication avec k sol, l'autre avec une machine électrique qui fonctionne, et l'appareil est abandonné ensuite à lui-même. Aussitôt après, sur la première, le pendule qui était au repos s'ér lèvegraduellem.isnt, tandis que sur l'autre il s'abaisse peu à peu. Ils arrivent bientôt à un écart qui est sensiblement le même, et tous deux descendent ensuite très-lentement, de la même quantité. Ces effets sont faciles à expliquer» iSg. Quand l'un des disques est seul électrisé, et que l'autre est à Fétat nature) et communique avec le sol^ il se produit des effets que nous pouvons expliquer en nous reportant au principe exposé dans le chapitre iv.

Supposons que l'on ait donné à la face  un excès d'&r lectricité positive; cette électricité décomposera l'éjecr tricité naturelle de Ç, attirera son électricité négative et reppussei*a la positive dans le sol, laquelle agira aussi de la même manière sur l'électricité qui l'avoisine, et ainsi de suite; il en résultera donc de l'électricité négative dissimulée en c c, qui sera toujours moindre en quantité que l'électricité positive du disque A. Il suit de là que, lorsqu'on enlèvera la chaîne a a', la face A, dans les pre-^ iniers instants, donnera, comme nous l'avons vu précédeminent,de l'électricité au plan d'épreuve; mais l'air ne tardant pas à lui enlever cet excès d'électricité , ce sera ensuite au tour de la face B à avoir un excès d'électricité . libre, et successivement, jusqu'à ce que l'état électrique des deux faces soit sensiblement le m^me. En faisant Oûmmuniquer l'une d'elles avec une source d'électri^ cité, on peut accumuler sur l'autre une certaine quantité d'électricité dont la tension est un pjîu moindre que œlla de l'autre : c'est en raison de cette propriété qu'on a donné à cet appareil le nom de condensateur. Le condensateur est Ordinairement composé de deux disques de métal , séparés par un disque isolant.

Quan/Ï la disque isolant est en verre , il &ut , à cau^e de %3n épiiisseuiv donner à l'un des plateaux un exeès

aStO DU CONDENSATEUR.

assez fort d'électricité, pour que l'autre puisse se charger. On se sert peu de ce condensateur, à cause de l'humidité dont se recouvre le verre, qui devient alors conducteur.

Le condensateur à taffetas gommé est employé quand il s'agit de recueillir de l'électricité dont la tension n'est ^ pas très - énergique ; il est formé de deux pièces , d'ua plateau en bois recouvert de taffetas gommé , et d'un plateau métallique qui est muni d'un manche isolant, . sur lequel on le pose. Ce dernier communique, au moyen d'une chaîne métallique^ avec la source d'où émane l'électricité, laquelle agit par influence sur l'électricité naturelle du bois qui communique avec la terre. En enlevant le disque, on le trouve chargé d'une électricité assez intense, de même nature que celle de la source. Le taffetas gommé étant beaucoup plus mince, rend plus Êicile le jeu des forces électriques par influence.

En génréral , l'effet est d'autant plus marqué que le corps isolant intermédiaire est plus mince; c'est d'après ce principe que Yolta a conçu l'idée d'un condensateur propre à recueillir de très-faibles quantités d'électricité. L'appareil qu'il a construit à cet effet se compose d'un ëlectroscope à lames d'or, et de deux plateaux métalliques bien dressés autour, et recouverts sur leur surface de contact de plusieurs couches de vernis à la gomme laque. Le plateau inférieur est vissé sur l'électroscope, et le plateau supérieur est muni d'un manche isolant de verre. Les couches de vernis remplacent le plateau de verre et le taffetas gommé ; mais comme ces couches sont excessivement minces^ et que les plateaux métalliques joignent aussi bien que possible, il en résulte que leur force condensante est considérable. Le plateau inférieur est appelé collecteur, parce qu'il sert à rassembler l'électricité. Il faut avoir l'attention d'enlever le plateau supérieur perpendiculairement et sans produire de frottement. Souvent aussi, une petite quantité d'électricité pénètre dans les couches de vernis, et ne s'en dégagent que difficilement : on place alors entre les deux disques une feuille très-mince d'étain , soit pour l'enlever , soit pour

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