CHAP. YI. DE L’OPHTHALMIE
neuf ans , qui servait à l’armée de l’empereur en qualité de capitaine. Il fut commandé pour monter la garde à la cour , dans le mois de janvier , pendant qu’il était affligé d’une violente gonorrhée. Malheureusement la journée était excessivement froide, et il fut forcé , par devoir, de rester long- temps exposé à l’air pendant le jour et le soir. Vers le minuit, il commença à sentir aux deux yeux à la fois des douleurs des plus vives , qui augmentèrent en très-peu de temps , au point qu’il ne put plus supporter la lumière en aucune façon. Le lendemain , cet accident fut accompagné d’un écoulement de matière puriforme par les deux yeux. A l’inspection, l’albuginée parut très-enflammée et fort enflée. On lui envoya un médecin , malheureusement très-ignorant , qui lui ordonna des remèdes généraux, comme saignées , purgatifs , etc. , avec une fomentation de ciguë. Le troisième jour, en examinant les choses de plus près , on trouva la cornée entièrement opaque et un hypopyon formé ; il ne paraissait aucune ulcération. On continua l’usage de la ciguë , et , comme on s’imagine aisément , sans aucun effet. Dix à douze jours après, l'inflammation commença à se calmer, et l’écoulement des yeux fut tari ; maïs la cornée ne recouvra pas sa transparence : au contraire , elle était extrêmement épaissie , et le malade demeura entièrement aveugle pour la vie. Je vis clairement dans ce malade les artères de la cornée transparente , venant de l’albuginée , enflammées , et aussi remplies de sang rouge que si elles eussent été injectées comme une préparation anatomique; et elles
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étaient encore dans cet état la cinquième semaine de la maladie , quand je vis le malade pour la dernière fois.
Dans aucune de ces ophthalmies , les praticiens qui furent consultés n’avaient essayé ni l’incision de la cornée , ni aucun moyen pour rétablir l’écoulement de l’urètre. Ce sont cependant les deux principaux moyens dont j’attendrais quelque soulagement réel dans une pareille ophthalmie , sans renoncer à l’usage interne du mercure , spécialement d’oxi-muriate de mercure, et sans négliger les évacuations locales et générales par les saignées , les purgatifs , les sangsues et les vésicatoires , dont on entretiendrait la suppuration. L’incision dans la cornée pour évacuer la matière extravasée devait être faite au commencement de cette maladie.
Les symptômes inflammatoires dissipés, il reste, après ces ophthalmies , dans cette portion de la conjonctive qui couvre la cornée, une opacité qu’on nomme improprement pterygium ou pannus. Outre l’opacité de cette lame extérieure de la cornée, la cornée elle-même devient souvent opaque. Il n’y a point dans ce cas d’excroissance à extirper; mais les efforts du praticien doivent tendre, comme l’a très-judicieusement observé le professeur Richter, de Goettingue, à rétablir la pellucidité ou la transparence perdue. Cette maladie , appelée proprement leucoma , est due à des humeurs stagnantes et épaissies, qu’on doit chercher à dissiper, si la maladie est récente, non par des remèdes internes, mais bien par des topiques, comme
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le sous-muriate de mercure, le borax , l’alcali volatil. Si la maladie est invétérée, ces remèdes ne produiront guère d’effet; et l’opération chirurgicale elle-même sera inutile , si la cornée est également opaque. Si la conjonctive qui couvre la cornée, et qui en forme la la lame extérieure , est seule affectée , après avoir employé sans succès les remèdes ci-dessus , on doit certainement tenter l’excision. Pour cela , il faut faire une incision circulaire autour du limbe ou bord de la cornée , que la conjonctive se trouve dans un état de tension ou dans un état dé relâchement. Cette incision sera suivie , au bout de quelques jours , de 1 ^ exfoliation de la conjonctive. Si le malade peut distinguer la lumière avant l’opération, il y a une plus grande espérance pour le succès.
Je viens à l’examen de la seconde espèce d’ophthalmie syphilitique dont j’ai parlé plus haut. C’est une inflammation chronique des yeux , surtout des paupières, accompagnée très-souvent de petits ulcères des glandes sébacées , avec Un suintement d’une matière épaisse et jaunâtre , décrite par les auteurs sous le nom de Psorophthcilmie. J’ai rencontré, dans le cours de ma pratique, beaucoup de ces ophthalmies. Au commencement , ne connaissant pas leur source , j’étais très -affligé de voir que j’employais les meilleurs remèdes anti-ophthalmiques sans succès : cependant , au lieu d’attribuer ce mauvais succès à l’inefficacité des remèdes, comme la plupart des médecins et des chirurgiens sont accoutumés de faire quand ils ne réussissent pas , je préférai de l’attribuer plutôt à mon
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ignorance sur la vraie nature de la maladie. J’ai eu bientôt l’occasion de voir que je ne m’étais pas trompé.
Un jeune homme , à Londres , vint me consulter sur une ophthalmie de cette espèce. Après avoir essayé sans effet les meilleurs remèdes internes et externes
que je connaissais , il me quitta. Je n’entendis plus parler de lui pendant deux mois, lorsqu’un jour il vint me consulter pour une blennorrhagie syphilitique. Il me raconta qu’il avait consulté, pendant son absence, plusieurs praticiens sur son ophthalmie, mais que toutes leurs ordonnances n’avaient pas produit un meilleur effet que les miennes; qu’ayant pris une blennorrhagie il y a huit jours, il avait commencé à sentir du soulagement dans ses yeux dès le troisième jour de l’écoulement, et que cette ophthalmie diminuant de jour en jour , il s’en trouvait , dans ce moment , entièrement guéri. En lui demandant s’il n’avait jamais eu de gonorrhée auparavant, il me dit qu’il en avait eu une quelque temps avant qu’il fût venu me consulter la première fois sur sa maladie des yeux; qu’il en avait souffert beaucoup et long temps , mais qu’à la fin l’écoulement avait disparu ; qu’il ne m’en avait pas parlé , parce qu’il n’avait pas cru qu’il y eût aucune connexion entre cette gonorrhée et son mal aux yeux, qui était survenu plusieurs semaines après.
Ce fait était une leçon trop frappante pour moi , pour le jamais oublier. En conséquence , je n’ai jamais manqué depuis , quand il s’est présenté un cas d’ophthalmie semblable , de demandeur si le malade
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n’avait pas eu précédemment une blennorrhagie ou gonorrhée virulente , comme on l’appelle communément, et si cette blennorrhagie avait été traitée et guérie comme il faut. Dans tous ces cas, surtout lorsque les malades me disaient avoir essayé plusieurs remèdes internes et externes pour les ophthahnies suspectes , je. n’hésite pas de conseiller l’application des bougies pendant une couple d’heures par jour, comme le moyen le plus sur et le plus expéditif de guérir la psorophthalmie ; et j’ai eu la satisfaction de les voir guérir pour la plupart , même sans aucune autre application externe. Je trouve un cas parfaitement semblable, rapporté dans un petit traité de l’ophthalmie du docteur Lange , qui mérite une place ici. Un boucher vint à l’hôpital de Bude ( capitale de Hongrie ) pour consulter sur une violente inflammation des deux yeux: le professeur Plenck , en examinant le malade,
trouva que cette ophthalmie provenait d’une blennorrhagie récente qui avait été mal traitée et supprimée ; et il proposa l’inoculation de la blennorrhagie, afin de rétablir l’écoulement par l’urètre. Le malade entendant ce dont il était question , répondit que s’il ne s’agissait que de cela , il trouverait bientôt son remède; B s’en alla, et , huit jours après, il revint, parfaitement guéri de son ophthalmie , demander conseil pour une gonorrhée qu’il avait gagnée , disait-il, de la même personne qui lui avait donné l’autre.
J ai observé plusieurs autres ophthalmies et des ulcères aux paupières, aux narines et aux lèvres, occasionnés vraisemblablement par un défaut de propreté
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et d’attention , quand les malades portent les mains à leur visage après avoir touché les parties affectées d’une blennorrhagie ou d’ulcères syphilitiques. Un cas qui me fut communiqué par un praticien de ma connaissance confirme ce soupçon. Un homme, accoutumé à laver ses yeux avec son urine , suivit un jour son usage après un coït impur , sans songer aux suites qu’il pouvait avoir : la conséquence de cette inattention fut une ophthalmie des plus terribles.
De la cophose ou de la surdité produite par la suppression de la blennorrhagie syphilitique.
Je n’ai rencontré dans ma pratique qu’un seul cas dans lequel une surdité complète ait eu lieu après une blennorrhagie syphilitique , qui fut supprimée le treizième jour par l’usage interne de la térébenthine. Le malade était un homme de vingt-six ans, robuste; il n’avait aucun chancre aux parties génitales , et n’avait jamais eu le moindre symptôme syphilitique : c’était la première fois de sa vie, m’assura-t-il, qu’il était infecté. Un traitement mercuriel fit disparaître cette surdité.
Quelques auteurs disent avoir observé une inflammation avec écoulement d’une matière puriforme des oreilles , produite par la suppression d’une blennorrhagie* syphilitique. Je n’hésiterais pas à recommander , dans les cas opiniâtres de l’affection de cet organe, le même remède que pour les ophthalmies produites parla même cause; je veux dire l’application des bougies pour reproduire un écoulement de l’urètre.
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