CHAPITRE III
Utilité et Béecsslté dn chauffage artificiel. — De tOUS les animaux qui
vivent sur la surface du globe, Thomme est le seul qui, en venant au monde, n'apporte pas une fourrure pour le protéger contre les variations de température.
11 est donc obligé de se vêtir, afin de maintenir son corps dans une atmosphère de 37 à 38 degrés centigrades, qui lui sont indispensables pour vivre en bonne santé.
Dans notre pays, la température varie entre — 18° et + 38**; or noire corps tend toujours à se mettre en équilibre avec le milieu qui Tentoure, de sorte que lorsqu'il fait très-froid nous sommes obligés, pour maintenir notre chaleur corporelle à 37 ou 38 degrés, d'y suppléer par divers moyens.
Au dehors, on peut combattre le froid par un excellent moyen, par l'exercice; dans l'intérieur de nos habitations, au contraire, le plus ou moins de vêtements ne peut nous garantir suffisamment du froid, et pour maintenir l'équilibre entre notre corps et le milieu dans lequel il se trouve, il faut employer le chauffage artificiel, c'est-à-dire élever la température ambiante.
Seulemenl, il est très-difficile de déterminer le degré le plus convenable pour notre santé, car ce degré peut varier avec chaque individu, suivant son élat de santé, suivant ses habitudes et suivant aussi la nature de ses occupations. Mais si on ne peut établir une échelle des températures applicable à chaque constitution ou à chaque corps d'état, on peut fixer des températures moyennes qu'on a reconnu bonnes et qui sont :
12 à 14"" pour les ateliers;
15 et 17° pour les bureaux et appartements ;
17 à 18° pour les lieux publics, tels que magasins, amphithéâtres, salles de spectacles, etc. ; Enfin, 18 à 20° pour certaines salles d'hôpitaux.
La différence qui existe entre ces tcmpéralures et celle de notre corps est la somme de chaleur que nous pouvons perdre et fournir à Tair ambiant.
Si sous certains climats froids et humides on ne chauffait pas nos habitations, le froid et Thumidilé nous causeraient des inflammations aiguës ou chroniques des voies respiratoires, des rhumatismes et autres maladies plus ou moins dangereuses.
Les observations qui procèdent peuvent donc servir à démontrer que dans tous les temps et chez tous les peuples, les hommes ont reconnu Tulilité sinon rimportance du chauffage, et la nécessité d'employer des appareils spéciaux pour cet usage.
Histoire du ciianffagr. — Nous avons reclierché mais en vain des Iraces du chauffage dans les travaux des archéologues qui se sont occupés de Thomme dans les temps préhistoriques. Nous sommes donc obligé de conclure pour le moment que nous ne savons rien, absolument rien sur la manière dont se chauffaient les populations lacustres.
Nous ne nous sommes pas occupé le premier de celle question, puisque, dès 1756, Pierre Hébrard, dans sa Caminologie (1), page xv de sa dissertation sur les cheminées, nous dit : « Quant aux peuples qui faisaient leur demeure dans des antres ou des cavernes, il n'y a nulle difficulté à concevoir comment ils pouvaient y faire du feu en toute sûreté, sans être incommodés par la fumée, qui sortait pav Tenlrée et par les autres ouvertures faites par la nature ; ainsi ils pouvaient fort bien se passer des cheminées. Ceci ne doit point paraître un paradoxe. On sait combien de différents peuples ont non-seulement habité des cavernes, mais encore en ont fait des demeures commodes et même agréables, principalement dans une partie de TÂsie, sur les bords de la mer Rouge et du golfe Persique; dans les montagnes d'Arménie, dans les îles Baléares et dans Tile de Malle. »
On pourrait objecter au père Hébrard que dans presque tous les pays qu'il cite, le climat était si doux et môme si chaud, que les habitants n'avaient pas besoin de foyer et qu'ils pouvaient faire la cuisine en plein air, d'autant que ces tribus ne faisaient que chasser et guerroyer.
Dans le prophète Ezéchiel (2), les cuisines du temple nous sont représentées comme des cours découvertes de quarante coudées de longueur sur trente de largeur, autour desquelles étaient des foyers... D'autres sont dépeintes sous des portiques; cl culinœ fabricalœ ermU sublerporlicos (3).
Quoique les anciens n'eussent pas à l'origine de cheminées, il ne s'ensuit
(!) Caminologie, ou Traité des cheminées, sans nom d'aulcur, 1 vol. in-12 do 1«7 pages, 21 pi , Dijon, Dcsvcnlcs, 1753.
(2) Livre d'Ézécliicl, cap. xi.vi, v. 21 et 22. (3j Ihid., cap. XLVi, v. 23.
pas quHs ne se chaufTaienl pas; nous avons au contraire des traces nombreuses, dans les livres anciens qui nous restent, de leurs divers modes de chauffage. On retrouve chez eux. comme chez nous l'usage des braseros; le foculus des Romains, Yarula des Hébreux, durent être pendant longtemps chez ces peuples le seul appareil de chauffage. C'était un petit foyer portatif muni d'anses. Les Grecs employaient aussi le même appareil, ou du moins un appareil analogue. On pourrait le supposer d'après ce passage du Misopogon (œuvre de l'empereur Julien) dans lequel Julien raconte qu'étant à Luièce, pendant un hiver de froid excessif, il ne voulut pas laisser chauffer son appartement avec les fourneaux généralement en usage dans le pays ; il se fit apporter dans sa chambre des charbons allumés, mais il ressentit bientôt un assoupissement si violent, qu'il fallut recourir à l'intervention d'un médecin pour l'en tirer.
Il est bien évident que ce commencement d'asphyxie n'a pu provenir que du dégagement de l'oxyde de carbone des charbons du braserOj dont la combustion était trop peu avancée.
Plutarque, dans la vie d'Alexandre, raconte que ce roi, dînant un hiver chez un de ses amis et se trouvant près d'un brasier avec fort peu de feu, Alexandre aurait dit : Apportez du bois et de l'encens; du bois pour brûler dans le foyer ou de l'encens pour brûler sur le brasier. Voilà donc une trace de foyer à côté du brasero.
Le brasero et le foculus ne furent pas les seuls appareils de chauffage des Romains. Pour les bains, ils avaient imaginé un mode spécial de chauffage dont l'usage s'était répandu pour chauffer les appartements dliiver. Ce mode se nommait hypocamtutn.
Dans la Gaule, où l'hiver faisait ressentir souvent ses rigueurs, toutes les maisons de ville et de campagne avaient des hypocaustes, et même celles de beaucoup de pays plus méridionaux n'en étaient pas dépourvues, puisqu'on en voit beaucoup à Pompéi, dans des ruines qui n'appartiennent pas à des constructions balnéaires.
L'hypocausle consistait en un espace vide, mais très- peu élevé, ménagé sous l'aire ou le pavement des salles. Celui-ci était supporté et isolé du sol par de nombreux piliers équidistants entre lesquels circulaient la flamme et la fumée. Ces piliers étaient presque toujours construits en briques et de forme carrée. Cependant il en existait aux thermes de Titus, par exemple, qui étaient en pierre, de forme cylindrique, et qui ressemblaient à de petites colonnes.
Une bouche précédant un petit couloir servait à l'introduction du combustible dans cette sorte de four; elle servait aussi à l'alimentation du feu. La flamme du foyer circulait entre les piliers et échauffait le pavement de la salle. La fumée s'échappait par une série de conduits en terre cuite qui tapissaient les parois de la chambre située au-dessus de l'hypocausle, et y portaient ainsi une douce
24 TnAITÉ COMMET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTILATION,
clialeur. Aucune communication n'existnit et ne devait exister entre la chambre et riiypocauste. Une bouche tout à Tait semblable à celle d'un four pour la forme, la ilimension et le genre de construction, s'ouvrait toujours k l'extérieur du bMimenl, dans un petit réduit comparable à un fournil, ou dans une courbasse qu'on nommait firopnigeum{rcpinnc/iâiv)\ c'esl dans cette cour que se tenaient les fomarii ou forttaeatores, c'est-à-dire les esclaves chargés du service de riijpocauslc,
Nous donnons, figures t et 2, le plan cl rélévalion d'un hypocauste découvert k Paris, - l'ii d' Il lodv ■■ *'''"'* l'ancienne rue Constantine, près de ■ Pnri* (iinriL-iiim nu- de Con.uniînt). Nolrc-Dame. Nous avous donné cet exemple,
''"'■ parce qu'il est inédit et tout â fait caractéris-
tique- La bouche et les parois intérieures de l'hypocaustc, et en général toutes les parties qui pouvaient avoir h subir l'action du feu, étaient construites en briques comme les piliers, et hourdées comme eux en terre à four.
Le sol de l'Iiypocauste était formé d'une couche de terre à four étendue sur
une fondation en béton ou d'enrochement et pavé de briques ou tuiles plaies retournées. Sur ce pavement s'élevaient les piliers hauts d'environ 0'',50 centimètres et composés de briques carrées de O^jlS de cAté, briques dont la formi>, les dimensions, le degré de cuisson et même la nature de la pâle étaient toutes spéciales pour ce genre de construction, et qu'on ne voit employées dansaucun autre.
La forme des tuyaux pour la fumée était carrée, leur longueur variable, et quelques-uns avaient leurs c6tés percés de Ifous ronds ou rectangulaires destinés à remplir l'office de véritables bouches de chaleur pour le chauffage de la
UISTORIQIJE DU CHAtFFACE. 23
cliambre. Il est superflu d'ajouler que ces orifices élaienl bouchés dans les tuyaux de fumée.
Nous donnons, figure 3, l'un des vestiges les plus curieux du cliauiïage des anciens. C'est un dessin de l'époque trouvé dans un taconicum (1) découvert à Rome près de l'église Sainte-Cécile. Ou y voit de nombreuit tuyaux dans les murs, el l'emploi de briques creuses brevetées de nos jours comme une invention nouvelle; ce qui prouve une fois de plus qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Avant les Romains, les Cbinois avaient employé un mode de ctiaufTage en tout semblable h l'hypocauste, mais qui n'avait qu'un seul conduit au lieu de plusieurs pour l'échappement de la fumée. Nous le donnons dans nos figures 4 et 5; ces deux figures sont tii-ées des Pbilosophkal and micellaneous papers (année 1187, appendix u" III, page -ifi). Nous traduisons littéralement l'article, et cela pour deux raisons. La première, parce qu'il indique que depuis longtemps les Chinois employaient la ventouse des cbeminées;la deuxième, parce que le système ingénieux des Cbinois, perfectionné par l'auteur de l'article, pourrait être appliqué avec de nouveaux perfeclionnemenls encore pour le chaulTage des serres, jardins d'hiver el bains publics. Voici la traduction de cet article '. < Dans le nord de la Chine, il existe un mode de chaulTer les rez-de-chaussée qui est ingénieux. Ces étages sont dallés avec tuiles ayant un pied carré et deux pouces d'épaisseur (mesures anglaises). Les angles de ces tuiles sont supportés par des briques placées debout qui mesurent un pied de long sur quatre pouces carrés, les tuiles elles-mêmes se joignent les unes aux autres par emboilement. Cette cavité qui existe au-dessous de la totalité de l'étage, a sur l'un des eûtes de la maison une prise d'air près du foyer, et de l'autre un conduit qui entraîne la fumée. Le combustible employé est amie chinoii. "
du charbon de terre, dont l'odeur ne se sent point dans la chambre à cause du fort tirage, et l'étage, et naturellement la chambre, est cliauiïé ; mais comme chaque pilier de ce sous-sol est noirci par la fumée el
Fif. i. - Co;iili
i chinibre thermale <lu catilariu
rr.fi'.v dci Grecs. Narlikil. Yl, i3, IG.
Vi TRAITÉ COMPLET Df CBilTFiCE ET DE LA VENTILiTIOS.
la suie, celle-ci empêche l'application tlircclc de l'air chaiiil aux tuiles, el on comprenij que la combustion de la fumée, qui est obligée de passer sur les charbons cndammcs, fait que ce système est très-avantageux et donne plus de chaleur et par la Hamme et par la fumée. L'étage étant tenu isolé par ce sous-sol a besoin de moins de combustible pour être échaulTc. *
Ensuite l'auteur propose une amélioralion, il demande avec raison (ce qui augmente fortement le tirage, qui sans cela laisse à désirer) que le conduit de ).i fumée soit fermé dcvpnt la grille, de iaçon à n'avoir qu'une plaque tle fer entre le feu et le conduit de la fumée alin d'augmenter le tirage Puis il donne la description des figures : (lig. 4) a est le cnnduil de h cheminée , b, la grille sur laquelle est placé le combnslible, c, une des ouvertures par hquclle la fumée descend, allirce dans le conduit d de la ligure 5, armic I.i, elle suit tous l(>s
circuits désignés par les flèches, et arrive enfin aux ouvertures e, e; de là elle sVchappe par le conduit a (lig. -t). g, g, dans les deux ligures, csl la plaquede fer qui est placée prés du feu. Par suite de sa position, cette plaque est cbaulTée; elle rarélie l'air dans cette partie du conduit, et cause l'ascension rapide de la fumée.
Sans la modification apportée par P'ranklinjnous comprenons difTicIlement que la fumée passe par les conduits souterrains sans que le feu donne beaucoup de fumée dans la pièce, avant que le tirage s'accomplisse; car il est bien enlenda
que la grille b (fig. 4) ne communique avec le conduit a qu*après avoir passé par les conduits souterrains, car chez les Chinois la partie g est construite en brique comme le montre en plan la figure 5.
Après cette digression revenons au chauffage antique.
Les Romains avaient un autre genre de chauffage sur lequel nous n'avons pas de renseignements bien précis; c'était Vhéliocaminus (du grec vjyio?, soleil, et xapvo? fourneau).
Ce mol héliocaminus se trouve dans deux textes latins, mais malheureusement sans explication. Le premierauleur de Tun de ces textes c'est Pline le Jeune (i) : « In capite xysli deinceps cryptoportictis horti diœlœ esty amores mei, re vera amores; ipse posui. In hac héliocaminus quidem alla xystum, alia more utroqtie soîem cubiculum aulemvalvis cryptoporlicum feneslra prospicU . w
Le deuxième texte est d'Ulpien (2) : « Quod si arbore a te compacta helioca- HiNiNo meo solem adimeret eo quod umbram facit in loco ûeliocamim ; id contra servilutem tibi facere non licet ».
Rich (3), qui dans son Dictionnaire des antiquités grecques et romaines renvoie aux deux textes que nous venons de citer, dit que Y héliocaminus était une chambre exposée au Midi, suffisamment chauffée par la chaleur naturelle du soleil et qui, en conséquence, n'avait pas besoin d'un chauffage artificiel.
D'après le dire de cet auteur, Vhéliocaminus ne serait donc qu'une sorte de serre tempérée de nos jours.
Abordons maintenant la question de la cheminée. Les anciens Font-ils connue? Les avis des archéologues sont fort partagés sur cette question ; cependant, après une étude sérieuse et des recherches minutieuses, attentives, nous sommes arrivé à nous faire une conviction que le lecteur partagera, nous l'espérons du moins. Caminus vient du grec Y.iiwjo; (nous l'avons déjà vu) qui signifie fourneau à fondre les métaux; Dezobry, dans son Dictionnaire des lettres et des beaux-arlSy prétend que le mot caminus signifie non une cheminée, mais un fourneau à fondre les métaux, ou un brasier, un foyer peu élevé que les Romains plaçaient au milieu d'une chambre pour la chauffer.
Rich, dans son dictionnaire, nous dit à l'art. 4 de caminus : « Il reste encore un point douteux ; caminus signifie-t-il quelquefois une cheminée, dans le sens que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire au conduit destiné à emporter la fumée en passant par les différents étages d'une maison, et à la répandre au dehors du toit? Les passages qu'on pourrait citer pour l'affirmative ne sont pas du tout concluants, et l'absence de toute construction qui ressemble à une
(1) Pline, 1, Ep. 17, 20, L. il.
(2) Ulpien, Dig. 8, 2, 17.
(3) Rich, Dictionnaire des anliquilés yrecques et romaines, 1 vol. in-12, Paris, Firmin-Didot frères, fils et C'«.
cheininiJe au sommet d'un édifice, dans les nombreux points de vue représentés par les artistes de Pompéi, celle de toute trace positive d'une pareille invention dans les lii'ilimenls publics et particuliers de cette ville, prouve avec assez d'évideni.-e que si les anciens connaissaient la cheminée, ils ne s'en sont que rarement servi. Dans la plupart des maisons, ta fumée s'écliappait probablement par \me simple ouverture sur le loil, par les fenêtres el par les portes. »
Cette dernière supposition que la fumée s'échappait probablement par les portes el les fenêtres répugne au bon sens, car un pareil milieu n'«st pas tenable pour l'homme; ensuite, comment admettre que dans les belles ctilte, dans les maisons luxueuses et dans les palais, les architectes grecs et romains qiû ont fait preuve de tani de capacité, de recherches et de goût, ne se soient pas occupés d'empêcher la fumée de ternir les peintures el les dorures de la maison, ainsi qiir' le riche mobilier que la plupart d'entre elles renfermaient. C'eût été une lacune regrettable, et les archilectes anciens ne l'ont certainement pas commise.
l'n peu plus loin, dans l'article précité, Rich, en parlant des divers fourneaux découverls à Baies et à Pérouse, à Civita-Vccchia, finit par dire : ( Si lus édifices datis lesquels ces poêles étaient construits n'avaient qu'un étage, on ne se servait pas de tuyaux; mais si, comme cela est trés-probnble, il y avait des apparlemeuls au-dessus, il semble presque certain qu'un petit tuyau ou tube avait été placé sur rorilîce de la coupole, de la même façon que celui qu'on voit dans le four d'un boulanger à Pompéi-, on n'en peut déterminer la hauteur primitive, parce qu'il n'en reste qu'une partie du rez-dc-cbaussée ». Donc, cet auteur (init par conclure que : il semble presque certain qu'vn petit tuyau ou tube avait été placé sur l'orifice de la coupole, de la même façon que celui qu'on voit dans le foitr du boulanger de Pompéi. Nous prenons acte de cet aveu, qui admet l'existence probable de la souche de cheminée; nous avons vu dans l'iiypocausle des conduits de fumée, et puisque le four du boulanger de Pompéi nous montre le manteau de ta cheminée, nous pouvons bien conclure que, malgré toutes les discussions des archéologues, les anciens connaissaient et possédaient des cheminées presque semblables aux nôtres.
Nous donnons, dans noire ligure 6, ce fameux four du Kig. 11. - Finir -ii t..ii. boiilaugcr de Pompéi d'après une pliologra|)hie. On y voit lui.i-r j iii|ci. l'ouverture du four, le cendrier, un moulin, enlinle con-
duit de la fumée en forme d'entonnoir ou de hotte. Ce cjnduil Iraversail ou ne traversait pas d'aulre pièce, peu importe; mais il est bien certain que la fumée sortait quelque part, nous voulons mémo dans le /iima-
UISTOniQt^E DU CHAUFFAGE. i'f
rium (1). Il n'en esl pas moins vrai (jue c'était le même genre de clicmintie que le ii&tre, et même plus pcrrectiopnc, puisque les conslruclcurs romains utilisaient la fumée comme nous le disons dans notre note. Il demeure donc parfaitement établi d'après ce qui précède que les anciens ont employé un foyer surmonté quelquefois d'une holle et toujours d'un conduit ou tuyau pour la fumée. Ensuite, que si ces tuyaux n'aboutissaient pas toujours directement sur ]<'s toils à des souches de cheminées, ils y aboutissaient indirectement en passant par le fumarium.
L'usage des cheminées telles qiic nous venons de les décrire, ne s'est pa* perpétué jusqu'à nous sans interruption, puisque les cheminées avec jambages cl hottes ne se retrouvent que dans les constructions postérieures au xi° siècle.
Parmi les cheminées remarquables du xii" siècle, nous citerons celle de la cathédrale du Puy, celle du château de Vaux (Allier) et celle de la maison du Juif à Lincoln (Angleterre); au kiii* siècle, les cheminées les plus connues sont celles du chitteau de Clisson, près de Nantes, de l'abhayc Blanche, & Mortain; enfm, h partir du xiV siècle, les exemples de cheminées encore existantes sont tellement nombreux, que nous n'essaierons même pas d'en faire mention.
A part les cheminées, te moyen Age employait encore le brasero, porté sur des roues, qu'on promenait de pièce en pièce. Notre (Igure 7 représente un de ces ustensiles, qni sont encore en usage en Espagne et en Italie.
Il employait aussi le chauffe-doux et le bacin, ainsi que des appareils dans lesquels le charbon embrasé était remplacé par l'eau chaude.
C'était des vases de métal, fermés à vis, avec f i - u ■
des anses; on les plaçait sous les pieds pour les >« ""-jm ù;c.
tenir chaudement-, on nommait certains de ces
î'ppareils chriiiffoudris ou chaufferettes. Ils correspondaient à ce que nous nommons des houles ou bouilloltes.
U. Delaborde, dans sa notice sur les émaux, bijoux et objets divers exposés dans les galeries du Louvre, à propos de divers ustensiles qui figuraient dans les inventaires du duc d'Anjou en 1 3IJ0, cite ce passage : t A Guillaume Arode, orférre, demeurant à Paris, pour avoir rappareillé et mis à point le bacin et chaufferette d'argent >.
(Ij On Appelait fumarium, pièce ù riiniëe, une cliainbre situûe il.ins la partie iiipùrioure Jci niaisuns runiiiiiipi, et iluns I.ic|ueltc on ruunissail ta ruini'C Ji-* fuiiriinjux des ruisim-s cl det bains pour l'utilitur, avant !a >i)rlic et m rliasiimlioii dans Ici aîri, soit jioiir Biflier il<>s bii.) loit pour taire vieillir le vin plus proinplciiiciit, quoiiiam rina eelenua feluileteunl ((^llurudlr. be àe ruilica, hb. I, cap. vt). On peut voir aussi Martial, X, 3U, et Horace, od. III, B, II.
Nos ancêtres avaient aussi Vescaufaille ou pomme à chauffer les mainsy qui était aussi une boule de métal contenant de la braise ardente. Nous dirons à ce propos que dans un inventaire de Gabrielle d'Estrées en 1599, il est question d'une pomme d'agate garnie d'argent pour rafraîchir la main des malades; ce qui prouve que les petites dames de ce temps-là avaient leurs maisons bien montées et ne se privaient de rien.
L'escaufaille du moyen âge n'était que la réédition de la trulla des anciens;
c'était une sorte de vase en fer qui servait à transporter des matières ignées. Il existait dans l'antiquité des trulla en faïence, comme le prouve celle que nous donnons figure 8, qui a été découverte dans des fouilles à Rome.
Le nom de cet ustensile lui vient des trous ménagés dans ses flancs, et qui servaient à faire passer un courant d'air sur des charbons qu'il renfermait dans son intérieur.
Tels étaient les divers modes et appareils de chauffage employés avant nous. Aujourd'hui, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, nous sommes beaucoup plus riches en appareils de chauffage.
Fig. 8. — Trulla des anciens.