‹ Traité complet théorique et practique du chauffage et de la ventilation des habitationsChapitre 32 sur 64 · VII. — JARDINS D HIVER, SERRES FROIDES ET CHAUDES · texte numérisé non relu

VII. — JARDINS D HIVER, SERRES FROIDES ET CHAUDES

Les végétaux, de même que les animaux, ne peuvent vivre que dans un certain milieu où la température ne s'abaissera pas de beaucoup au-dessous de zéro. À certaines plantes, une température plus élevée sera même indispensable; de là il résulte une classification pour ainsi dire thermométrique, qui divise les locaux affectés aux plantes en trois catégories :

1° Jardins d'hiver ou serres froides; 2° Serres tetnpérées; 3° Serres chaudes.

lo Jardins d'hiver ou serres froides.

Ce genre de serre est celui qu'on retrouve le plus fréquemment auprès de l'habitation. En effet, il ne réclame point de chauffage à haute température, car les jardins d'hiver ne renferment que des arbustes verts (camélias, rhododendrons, azalées et conifères) qui sont satisfaits, si le thermomètre ne s'abaisse pas au-dessous de S"" ou 3"".

On chauffe les jardins d'hiver ou serres froides avec quelques bouches

BOSC. jo

i4D TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE U VENTILATION.

de calorifères, et dans les plus grands froids on couvre les surfaces vitrées avec des paillassons. On allume une cheminée ou un poêle en fonte dans l'intérieur de la serre, si elle a de grandes proportions, ou Ton peut se contenter d'apporter quelques braseros renfermant des charbons bien allumés.

2o Serres tempérées.

Dans les serres tempérées on peut déjà cultiver des cactées, des mimosées^ des {)lantcs bulbeuses et certaines fougères. Ces végétaux peuvent vivre, prospérer et fleurir dans Tatmosphère de ces sortes de serres; mais il ne faut pas oublier les lavages, les bassinages et les arrosements fréquents, car plus la température est élevée dans une serre, plus on doit donner de Thumidité.

Dans les serres de cette catégorie il faut déjà plus de chaleur; la température ne doit pas s'abaisser au-dessous de -{- W k-^ 1:2'*; car les plantes qu'elles renferment pourraient périr si une température au-dessous persistait un assez long temps. On peut employer pour le chauffage de celles-ci des calorifères à air chaud ou mieux des thermo-siphons (appareils à eau chaude); enfin le chauffage à la vapeur, si la serre est près d'une habitation, d'un hôtel ou d'une usine qui possèdent un générateur à vapeur.

30 Serres chaudes.

Dans les serres chaudes la température doit être la plus constante possible,, car on est obligé de créer des climats artificiels aux plantes qui les peuplent, on est obligé également d^iiitervertir les saisons. On devra tenir les plantes qui vivent dans ces enceintes closes à 16** et IS"*.

Nous ajouterons que les serres chaudes doivent être basses, en contre-bas même de quelques marches du sol environnant. En effet, plus il faut de chaleur plus le local doit être bas.

Le jardin d'hiver ou serre froide peut avoir 10 et 12 mètres d'élévation, la serre tempérée 4 à 5 mètres, la serre chaude 2'",50 à 3 mètres au plus. Dans des serres chaudes bien établies, on peut élever des ananas, des fougères^ mousses, des orchidées, en un mot toute cette belle et brillante végétation des tropiques.

Aujourd'hui l'horticulture a été poussée à un si haut degré d'avancement que c'est un art véritable. Que d'horticulteurs modestes, que de grands savants qui seraient arrivés à de belles positions et à la gloire, s'ils avaient consacré la moitié du temps qu'ils passent dans leur serre à étudier ou l'art, ou l'admi-

DU CHAUFFAGE DES DEVERSES PARTfES DE L'HABITATION. lil

oistration, ou )a poliltqiic ! Hais, chercheurs modestes, ils sont plus utiles à l'humanilé en étudiant les lois de la nature.

On ne peut chauiïer les serres chaudes qu'avec l'aide des thermo-siphons ou de la vapeur; on doit en outre tenir Irës-humide l'atmosphère de celtes-ci c'est une des conditions sans laquelle les végétaux ne peuvent prospérer.

Comme on le voit par ce qui précède les chauffages des serres, à quelque catégorie qu'elles apparlieaneat, se ressemblent beaucoup. Ce n'est que le plus ou moins de chaleur à leur distribuer qui établit une diiTérence entre elles; aussi allons-nous parler du chauffage général des serres.

■m chaBOace B«aéral dca aerrea. — C'cst vers le milieu du XVII" siècle que la culture Torcée et les serres ont été introduites en Europe. Avant cette époque les Jardiniers, pour activer la végétation, n'employaient dans leur culture que les couches chaudes obtenues par le fumier en fermentation.

Mais vers la fin du xvii° siècle les serres se sont répandues dans les pays du Nord; et c'est depuis qu'un a étudié les différents moyens de les chaulTer.

Fil, n<. — Premier modo do (luul&g* dci Mrm. — n, fo]«ri b. cendrier; I, nuliulion

de 11 fumée; *, ctaunlm de le ihileur.

Le premier mode de chauffage employé a été l'hypocauste des Romains. Noire figure 171 montre en effet le chauffage par le sol. En ase trouvait le foyer; b, le cendrier; c, la canalisation des produits de la combustion passant sous la serre et sous la banquette, enfm la fumée se dissipait par ta cheminée ; d servait de chambre pour conserver la chaleur, si le feu, par négligence ou toute autre cause, venait à s'éteindre (1).

(t) On peut vmr la dcmipiion Jci poêles et ruun emplojés pour le chauffage det serrei

1 là TRAITÉ COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE U VENTIUTfON.

Un peu plus tard, au lieu de faire passer la fumée sous terre, on la fait circuler sur les murs des serres dans des tuyaux en terre cuite formant de nombreuses sinuosités.

En 1816 ou 1818, de Chabannes applique au chauffage des serres des poêles qui possédaient des tuyaux fort longs, dans lesquels passaient les produits de la combustion avant de sortir par le conduit de fumée.

On a aussi employé Teau chaude, canalisée d* abord à découvert ensuite dans des tuyaux fermés; nous sommes arrivés aloi*s au thermo-siphon, qui est le seul appareil de chauffage vraiment indispensable pour le chauffage des serres. En Angleterre on a employé pendant fort longtemps un système qui n'est pas encore complètement abandonné, nous voulons parler du Tank systemy qui consiste à faire circuler Teau dans des canalisations ouvertes formées par des tuyaux séparés en deux dans leur longueur, ce qui donne une très-grande humidité dans la serre, aussi le Tank syslem n'est-il employé que dans les serres à orchidées. Aujourd'hui, même en France, pour les mêmes serres chauffées à Teau chaude à basse pression, on interrompt do distance en distance les tuyaux de circulation.

Fig. m. — Appareil d'évaporalion pour sorres.

cl on intercale entre ceux-ci un appareil d'évaporalion représenté par noire figure 17:2. En France, dès 1815, on a fait au Jardin des plantes des expériences pour chauffer au moyen de l'eau chaude des serres, ainsi que le constate Bosc dans V Encyclopédie méthodique à l'article Serre; mais cet auteur nous apprend que ce système a été abandonné parce qu'il ne donne pas xme chaleur suffisante (i). Ce n'est guère que vers 1832 que des appareils à eau chaude sont adoptés pour les serres et potager de Versailles.

Étudions maintenant les meilleurs appareils en usage pour le chauffage des serres.

dans le Traité des serres et orangerieSy par le Berryais, 1 vol. in-S», 1788; et dans l'ouvrage anglais Collection of varions forms of stoves^ by W. Robertson, London» i vol. in-io, 1708. (1) Bosc nous apprend aussi, page 403, Encyclopédie méthodique, volume de physique, à propos du chaufTage à la vapeur, que « depuis longtemps les Suédois avaient imaginé de chauffer leurs serres chaudes -avec de la vapeur d'eau; ils pratiquaient plusieurs conduits faiblement inclinés sous le sol des serres. Ces conduits communiquaient d'une part à une grande chaudière remplie d'eau et parfaitement fermée d'ailleurs; l'eau vaporisée se répandait dans les tuyaux, et après y avoir i^arcouru un long espace, ce qui restait de vapeur qui ne s'était pas condensé s'échappait par un conduit qui communiquait à l'extérieur. Neil Snodgrass appliqua en 1798, à la filature de coton de Darnoch, le procédé pratiqué depuis longtemps par les Suédois. »

Iir CnArFFAGt DtS diverses PAItTlES DE LIIAIIiTAnOS.

Pour les peliles serres, nous avons vu qu'un employait Jes clicmiiiêes ou des poules. Noire figure 173 moiilre un foyer bien appropriii pour les sprres qui nous occupent. Ce foyer comprend, en A, un appel ifair froid; on B, le passage de l'air chaud; ce dernier se sature d'iiuinidilé en passant sur le réservoir K, auquel on donne plus ou moin I u f I «iporation suivant les plantes cultivées dans la terre et suivant le [ lu u m s d'humidité du climat sous lequel on se Irouïfl. L*air pour la b l on utre par le cendrier F et se dirige vers le conduit de la fumée II; ni b e 1 1 f yer proprement dit.

Pour les mêmes serres on ul I u d [ eles possédanl nu réservoir d'eau,

iiJ../.i; -' '

oiiiluil dBk ritmtei H, TJKniiir.

Pour de plus grandes serres, pour des serres moyennes, on emploie des calorifères dans le genre de celui représenté par noire figure 17-t.

On y voit, en A, l'appel de l'air froid qui s'échauffe au coulact des tuyaux de fumée; en R, le passage île l'air cliand qui s'immidific, en passant par le ri'servoir d'eau R, avant de sortir par les bourbes ou conduits de la chaleur C. Ceuxci soiil plus ou moius nombreux suivant ta force du calorifère, et leur départ est situé autour de la chambre de chaleur S. En U passe l'air pour la combustion; en F se irouve lo cendrier; en G, le foyer; en 11, le conduit de fumée.

Tlicrnao->ipboa * bB«M prc*«l«n. — Nous avons VU que le chauffage par l'eau â haute pression avait été abandonné jiar suite des inconvénients et des dangers que ce système présenLiit. Nous trouvons qu'un a fortement exagéré les désagréments de ce mode de chauffage qui, bien rouslruit, n'est pas plus dangereux que celui qui utilise l'eau h basse pression mal iustallé. Au contraire, tout

Ul TRAITE COMPLET DU CHAUFFAGE ET DE LA VENTIUTIO:*.

compte Tail, l'eau à haute pression oiïre moins de désagréments. Ce dernier mode .de chaufTage permet l'emploi de petits tuyaux faciles h dissimuler dans les corniches et dans les plinthes des locaux à chaufTer. MM. Gallibour et Ch. Gandillot ont même rendu un grand service en perfectionnant le système de Perkins que nous avons décrit précédemment (1). Le système de ces coustracteurs consiste en un tuyau en fer ior^é et soudé à chaud, dont le diamètre extérieur n'a que O^fi^l tandis que celui de l'intérieur ne mesure que 0'*,015, ce qui donne 0°',006 de force aux parois du tuyau. Celui-ci, roulé en spirale ou en serpentin, est disposé dans un fourneau en briques; il sert donc de générateur de la vapeur. Or, comme il offre une très-grande surface de chauiïe, l'eau s'y échauffe trèsrapidement avec un minimum de dépense en combustible.

La branche supérieure du serpentin s'élève jusqu'au plan de chauiTe, et l'eau, après avoir parcouru le local à chaulTer, rentre au fourneau par la branche inférieure. L'appareil eomplélemenl rempli d'eau est fermé hermétiquement, .et comme celle-ci en s'échaulTant se dilate, l'appareil est pourvu à son sommet d'un vase d'expansion fermé qui reçoit l'excédant du volume de l'eau. Notre figure 175, fait parfaitement comprendre avec sa légende le mécanisme de ce

système, qui peut être appliqué au chauffage des appartements; dans ce cas, on place le fourneau soit dans la cuisine, soit au sous-sol. Ce qu'il faut soigner dans la construction des calorifères à eau chaude à haute

(1) La (iriion militaire de la rue du Chprch^Miili, A Paris, eat chaufTi-e par l'appareil Galliboar, qui funclienne dans c.-t élaliUtscmcnt depuis 1851 ; un folouel du génie, ijui s'occupe beaucoup de la question Ju chauflage, nous a fait un grand éloge de cet appareil.

01 CH.VI'FF.KIE ne DIVERSES PARTIES IlE L'HABITATION. 113

pression, c'esl le raccord iteslimux, car c'est par là que les Tuiles se déclarent le plus souvenl.

Nos ligures 176 et 17" represcnlenl un raccord des plus solides; les deux ex- In^initi^s des luyanx sont lar.iudéesel réunies prun t^croutar-iudt^ à droite dans un liout, el à gauche dans l'autre. En serrnnt cet écrou, comme les tiiyau\ ne peuvent tourner, ils se rap-*-)rhenl, el comme l'un dem est laill'' en biseau et l'autre plat, ils se pénètrent il Torment un joint lrt^s-.ijustè.

Batterie* GarMey. BNtlerl« * «apear. SImiim BalMM'7. — Ia compagnie anglaise de chauiïajiie rabriijue aussi un appareil Irés-répandu en Angleterre pour le chaufTage en général (1 1, mais plus spécialement pour celui des grandes serres. Nous voudrions voir plus généralisé en France eel appareil (fig. 178), <iui se préle & tous les modes de rhauiïagc. En elTel, il sert comme récipient de la vapeur pour chauffer l'air par rayonnement; plongé enliéremcnl dans l'eau

froide el Iraversé par de la vapeur, il échauffe l'eau; plongé dans l'eau chaude et traversé par une prise d'air froid, il rend celui-ci à la température de l'eau chaude; enfin, recevant de l'air chaud, i) clinnire par rayonnement comme un poêle; mais pour ce dernier mode de chauffage on comprend i|ne pour élever la température d'une masse de fonle aussi considérable, il faut que le counnl

(Il Lps Chnmbrr; Jii jinrirmciit 1 mode de rliaufr>igc n'a iU; nitopii.- qi

lie TPAITÉ COMPLET Dt CHAUFFAGE ET DE U VEXTIUTJON.

qui traverse l'appareil soit d'une puissance calorifique très-considérable, anssi ce mode n'est employé que dans certaines usines qui fournissent de la fumée ou de la vapeur k des températures très-elevées.

On établit quatre ou cinq appareils à cAlé les uns des autres dans une chambre de chaleur, et de là, à l'aide de quelques bôucbes de chaleur, on peut chauffer un local de peu d'étendue.

Pour le chauffage des serres on établit des batteries baignant dans un récipient d'eau froide. Ces batteries sont Ira- Tersées par de la vapeur qui chaulTe l'eau des Ihermo-sipbons, ou bien une batterie' plonge dans l'eau chaude et rend l'air qui traverse celte batterie à une température de 38° à 40 et 45°.

Enfin on emploie pour le chauffage des serres des thermo-siphons à basse pression; nous donnons, figure 179, un appareil fort simple, qui se compose d'une chaudière et d'un serpentin; c'est un ancien modèle, mais qui peut encore élre fort utile pour le chauffage des serres.

L'air entre par l'ouverture J, s'échauffe au contact du serpentin et sort par le haut de la gaine h.

Avant de terminer ce que nous avons à dire sur le chauffage des serres, nous ajouterons que les thermo-siphons peuvent être chauffés au gaz d'éclairage, mais ce combustible revient fort cher. Cependant quelques particuliers, pour n'avoir pas à emmagasiner du combustible et surtout pour éviter aux plantes les inconvénients qu'entraînent avec elles la fumée et la poussière du charbon; quelques particuliers, disons-nous, ont employé le gaz, mais pour de petites serres; pour de grandes, au contraire, nous n'en connaissons qu'une chauffée par un thermo-siphon par le pz d'éclairage : elle fait partie du fleuriste de la ville de Paris.

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