‹ Traité d'agriculture à l'usage des écoles et des praticiens [microforme]Chapitre 3 sur 39 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

Qu'est-ce que l’agriculture ?

L'agriculture est l’art de cultiver la terre.

Quel est le but de l’agriculture ?

C’est de procurer, en aussi grande quantité que pos-

Lsible et de la manière la plus économique, les plantes

et les substances alimentaires nécessaires à l’homme et aux animaux domestiques,

Quel rang l'agriculture occupe-t-elle dans les arts ?

Elle occupe le premier rang, À raison du caractère de

son institution, de son antiquité, de son utilité et de la nature de ses pratiques.

Qu'avez-vous à dire de son institution ?

| Elle est l’œuvre directe du Seigneur, puisque l’Ecrijure Sainte nous apprend que “ l’agriculture a été instituée par le Très-Haut.” De tous les arts, c’est le

leul qui ait une origine aussi sainte et relevant aussi irectement de la Divinité.

6 TRAITÉ D'AGRICOULTURE

Qu'avez-vous à dire de son antiquité ?

L'agriculture est le plus ancien de tous les arts; elle remonte à l’origine même du monde, ainsi que nous l’apprennent ces autres paroles de l’kcriture Sainte : ‘“ Dieu plaça l’homme dans le paradis terrestre afin qu’il le cultivât et le gardât.”

Qu'ave:-vous à dire de son utilité ?

L'agriculture est lé plus utile de tous les arts : c’est elle qui procure à l’homme la nourriture, le vêtement ainsi que la plupart des matières premières que l’industrie transforme pour notre bien-être. Sans l’agriculture, la terre ne produirait pas assez pour suffire aux besoins du genre humain et les hommes civilisés seraient obligés de se nourrir et de se vêtir comme les Sauvages,

Qu’avez-vous à dire de la nature des pratiques de l’agriculture ?

Les pratiques de l’agriculture constituent le travail le plus noble et le seul qui ait été directement imposé | par Dieu à l’homme en le chassant du paradis terrestre. Puis le spectacle continuel des œuvres du Créateur, de l’action de la Providence, entretient le sentiment religieux chez le cultivateur, élève son âme vers Dieu et le porte à la pratique de la vertu, la plus précieuse de toutes les noblesses. Ayant toujours ouvert sous les yeux le grand livre de la nature où se révèlent la puissance et la bonté du C‘“éateur, il trouve dans ce livre sublime des enseignements qui mettent son cœur au-dessus de tout ce qui est de nature à dégrader l’humanité.

L'agriculture constitue-t-elle une carrière libre et indépendante ?

Oui, plus que toutes les autres occupations industri-

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elles auxquelles l’homme est obligé de se livrer pour gagner sa vie. Le cultivateur est plus indépendant que l’ouvrier des villes, car il n’est pas soumis aux règles sévères des at2liers ; il est plus tranquille sur l’avenir, car il n’est guère exposé à manquer du nécessaire. Si Dieu bénit ses travaux, si ses récoltes réussissent bien, il trou”e dans son travail tout ce qu’il lui faut pour vivre, en sorte qu’à proprement dire, le cultivateur ne dépend que de Dieu et de ses propres bras,

L'agriculture est-elle une profession capable de procurer le bonheur ?

Oui et peut-être plus que toutes les autres professions industrielles ou libérales. Outre qu’elle satisfait avec abondance à leurs besoins, elle porte ceux qui la pratiquent à une heureuse simplicité. Elle détourne l’ennui par la variété de ses travaux ; elle amortit les passions par les fatigues corporelles qui, contractées dans le travail en plein air, assurent au cultivateur la jouissance d’une santé robuste, le plus précieux de tous les biens temporels.

L'agriculture est-elle une profession en honneur ?

Oui, elle l’a été dans tous les temps passés et elle l’est encore de nos jours; elle a été ainsi reconnue par les écrivains les plus célèbres et aujourd’hui encore elle compte parmi ses adeptes le plus grand nombre des nobles en Angleterre ainsi que dans les autres pays, où

: la principale occupation des grands seigneurs est l’ex-

ploitation de leurs domaines.

Que faut-il pour bien réussir en agriculture ?

La science et la pratique.

La pratique seule ne suffit-elle pas pour atteindre le but de l'agriculture ?

Sans doute qu'avec la pratique, on peut faire une assez bonne culture; mais il est impossible d’atteindre le but de l’agriculture, qui est de produire le plus possible et de la manière la plus économique. Avec la pratique seule, c’est-à-dire la répétition de ce que l’on a vu faire à ses ancêtres, on peut devenir un bon manœuvrier agricole, mais jamais un véritable agriculteur.

À quoi sert la science en agriculture ?

À faire connaître les causes aui influent sur les résultats de la pratique agricole, à perfectionner ses méthodes, à détruire les vices qui s'y sont introduits et à donner au cultivateur la raison de toutes ses opérations, en le faisant bénéficier de l'expérience des meiileurs praticiens. En agriculture, comme en toute autre chose, pour réussir il faut pouvoir se rendre compte de ce que l’on fait, et ce serait concevoir une bien frusze idée de l’art agricole que de vouloir le limiter à un certain

nombre de pratiques irréfléchies, fruit de la routine et

transmis®s de père en fils sans discernement.

La science, ou la théorie seule, suffirait-elle à faire un bon agriculteur ?

Non, car on ne fait généralement bien que les choses que l’on a pratiquées. D'ailleurs, on acquiert dans la pratique un esprit de prudence qui ne supplée pas à la gcience, mais qui corrige ce que la science pourrait avoir de trop absolu.

Ÿ at-il opposition entre la pratique et la science ?

Non, puisque la pratique n’est que l’application de la

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science, comme la science n’est que la mise en système des choses observées dans la pratique.

Quel est le plus grand ennemi de l'amélioration de la pratique agricole ?

C’est la routine, qui ne porte à faire que ce que l’on a vu faire, sans même songer à faire mieux ; qui repousse aveuglement tous les changements utiles et oppose à la science les préjugés les plus opiniâtres.

Qu’est l’agriculture mour un homme sans aucune science de cet art ?

Pour un homme sans aucune science de cet art, l’agriculture n’est qu’un métier pénible et peu lucratif; pour le cultivateur instruit et expérimenté, c’est le pre-

mier des a:ts, un des plus agréables et des plus avantageux.

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