Traité d'agriculture, adapté au climat du Bas-Canada
JLi ES efforts que vous faites depuis plusieurs années pour l'amélioration de l'agriculture, dans le pays, m'est un garant que vous accueillerez favorablement ce faible essai, pour coopérer autant qu'il est en moi, à l'objet que vous avez en vue. On sent depuis long- temps le besoin d'un ouvrage qui puisse améliorer cette essentielle branche de l'industrie qui est restée, à bien dire, dans l'état où elle a été introduite il y a deux siècles. Le défaut d'éducation est l'unique cause qui jusqu'à ce moment, a retardé dans le pays, la connaissance des améliorations et des expériences que l'on a faites, depuis quelque temps, dans différentes parties du monde 5 mais comme cet obstacle va dans peu dispaïaître, par l'introduction générale des premiers éléments de l'éducation, savoir la lecture, le temps est venu où un pareil ouvrage peut être apprécié et donner l'essor aux écrivains et aux cultivateurs.
Le traité que je propose ne sera point fondé sur des théories douteuses et dispendieuses ; mais sur des expériences adoptées généralement.
En sorte que je prie les habitants de n'être point épouvantés de mon entreprise, d'autant que je ne
prétends pas changer leur culture, mais simplement l'améliorer.
Je diviserai ce traité en deux parties, la petite et la grande culture.
La petite, ou le potager devrait être, suivant moi, enseigné aux élèves dans les éboles élémentaires de paroisses, et la grande, dans les collèges ou séminaires de comtés. A cette fin il devrait être annexé à chaque école de paroisses un terrein de deux à quatre arpents, et aux collèges ou séminaires de comtés une terre de soixante à quatrevingt-dix-arpents, que les instituteurs feraient cultiver aussi par les élèves, aux heures prescrites et d'après la manière ci-après indiquée. Par ce moyen on parviendrait dans peu à introduire dans le pays une culture uniforme, judicieuse et lucrative.
Je commencerai par la petite culture ou le potager, dont je m'occupe depuis près de vingt ans, avec succès, dans le faubourg St. Louis de Québec, à l'Asile Champêtre, ma demeure actuelle.