DANS UN EXCÈS DU PRÉCIPITANT
Parmi les alcaloïdes appartenant à ce groupe nous ne considère rons que la
Horphlae (C»*H»»AzO«=J\îo).
1. La morphine (accompagnée de la codéine, la thébaïiie, la papavérine, la narcotine, la narcéine, de l'acide méconique et de la méconine) se trouve dans l'opium, suc laiteux concrète des capsules
vertes du pavot {papaver somniferum). Cristallisée (Mo-h2Aq) elle se présente sous forme de prismes à 6 pans, incolores, brillants, ou de poudre cristalline, blanche (quand elle est obtenue par précipitation). Elle a une saveur amère, se dissout difficilement dans l'eau froide, un peu plus facilement dans l'eau bouillante. L'alcool froid en dissout environ 1/90, et quand il est bouillant de 1/30 à 1/20 de son poids. Ces dissolutions, ainsi que celle faite dans l'eau chaude, ont une réaction nettement aloaline. La morphine, surtout à l'état cristallisé, est presque inso}|||)le dans l'éther; elle se dissout dans l'alcool amylique, surtout ^ chaud ; elle est insoluble dans la benzine (Rodgers)^ très-difficilement soluble dans le chloroforme {Pettenkofer). A une chaleur modérée la morphine cristallisée perd ses deux équivalents d*eau. En chauffant davantage et avec certaines précautions, elle peut se sublimer sans décomposition ^
2. La morphine neutralise complètement les acides et forme avec eux des SELS généralement cristallisables, facilement solubles dans l'eau
* Voir dans le Zeiigchrift f. anaXyt. Chem,^ III, 43, [Helwig) la manière la plus convenable pour conduire cette opération, et les caractères microscopiques du su-
446 APPENDICE. ^ ALCALOÏDES [gS5
et l'alcool, insoIuUesdans l'éther et l'aloool araytique èi ayant uae saveur amère rqx>u$sante.
3. La POTASSE et I'aiixonia^ui précipitent des dissolutions des aels de
morphine (le plus souvent au bout d'un certain temps) Mo+^Aq sous forme de poudre cristalline blanche. L'agitation du liquide et le frottement contre les parois du vase ïavorisenl la précipitation. Le précipité se dissout très-facilement dans un excès de potasse» plus difficilement dans l'ammoniaque; il est également dissous parie chlorhydrate d'ammoniaque et le carbonate d'ammoniaque, mais avec difficulté par ce dernier. En ajoutant une solution de morphine dans une lessive de potasse ou de soude avec de l'éther, peu de • morphine seulement passe dans l'éther, mais tout est enlevé si l'on fait usage d'alcool amyiique chaud.
4. Le CARBONATE DE POTASSE et le CARBONATE DE SOUDE donneul le même précipité que la potasse et l'ammoniaque. Il est insoluble dans un excès du précipitant. D'après cela, si dans une dissolution de morphine dans de la potasse caustique en ajoute un bioarbonale alcalin fixe, ou si l'on y fait passer un courant d'acide carbonique, il se dépose, après une ébullition préalable, Mo+2Âq en poudre cristalline. En examinant celle-ci avec précaution, surtout à la loupe, on reconnaît qu'elle est formée de petits cristaux aciculaires; et avec uu grossissement de iOO fois on reconnaît des prismes rhomfaiques.
5. Le BICARBONATE DE SOUDE OU ds POTASSE précipite des dissolutions des sels de morphine neutres, au bout de très-peu de temps, de la morphine hydratée en poudre cristalline. Le précipité est insoluble dans un excès du précipitant. Les dissolutions acidulées ne sont pas précipitées à froid.
6. Si Ton met de la morphîue ou une de ses combinaisons à l'état solide ou en dissolution concentrée dans de Tacide azotique fort, on obtient un liquide rouge jaune. L'addition du protochlorure d'étain ne donne pas de coloration violette (différence avec la brucine).Les dissolutions étendues ne changent pas de couleur à froid après l'addition de l'acide : par la chaleur elles prennent une teinte jaune.
blimé. Consulter atissi les dessins pWognphiqnes des préparations microscopiqoes dam l^wn^e krtitttlé : ie Mitr^eepe en twic&hffie, par le D* Êthvig. Hrf ence, 1^64. — Je TCppeilonu fm, pmr la réunite de «ei âttétenaitM espénenoei, H est nécessaire que les alcaloïdes soient parraitement purs et exempts de toute matière organique étrangère. — Gonsuker Dragenéorff^ Manuel de toVKV^ie, traduction nUUr, Paris, 1875, hi-8 avec figures.
g^Sg IIORPiJINË. ' 4iT
7. Si Ton ajoute à de ht inorphiae au à uœ de ses combiiiaîsons 4 à 6 gouttes d'AciDE soLFtmiQOx Gonceairé et pur, et si Ton chaufife environ un quart d'heure. au bain-marie, il y a dissolution^ sans coloration : si après le refroidissement on ajoute de 8 à 20 gouttes
d ACIDE SULFURIQUE CONTENANT DE L*A€IDE AZOTIQUE *, puis 2 à 3 gOUtteS
d'eau, il se produit une coloration rouge violet [on favorise la réaction en chauffant légèrement), et enfin si Ton met 4 à 6 petits morceaux gros comme des lentilles de peroxyde de manganèse, exempt de poussière, ou un grain de chromate de potasse {Olto), le liquide se Golote en brun aeajou intense. Ënfia si dans un tube à essai que Ton r^'oidit on étend ce liquide de 4 parties d'eau et <|u'oa neutralise presque avec de l'ammoniaque, le to«it se colore en jaune sale, puis4{n rouge brun par un excès ^'ammoniaque^ mais il ne se dépose aucun précipite app^-ent (/. Erdmann). — Suivante. Hussemann^^ la coloration violette du sulfate de morphine par l'acide azotique ne se ppod«it<]tte brsque la moi^hine a subi une modification. Elle se pnêduit de suite si l'on chauffe au delà de iOO la dissolution dans Taoîde sulfurique ooncentré (mais il ne faut ^s d^Kjrsser 150''). Si aiprès le refroidissêineiit on laisse tomber une goutte d'acide azotique dans la Itqtieiir, il se produit une magnifique couleur violet imcé^ qui persisie quelques minutes sur les èords, tandis qu*au Geaine el<le presd bientôt uae teinte rouge de sang iocioé, qui pâlit peQ à peu maïs très-lenteixieatv LliypocUorite de soude agit comme Tacifile azotique. — £n«hattffîint la morphine avec l'acide suJfurique dM delà de IdO^, il se pnoduil une oqloratkMi passagère violet rouge clair et enfin une teinte d'un vert sale. Si, après le refroidissanent d'une pareille dissolution de morphine surchauffée et déoolorëe, on la met en contact avec l'acide azotique, il n'y a plus de coloration violette, mais aussitôt il se développe une couleur rouge.
8. Si dans une dissolution d' acide holybdique dans l'acide sulfuriqde coNCfiMTiiÉ (5 milligrammes de molyl)date de soude dans i G.C. d'acide sulfurique concentré), placée dans une petite capsule en porcelaine ou un verre de montre, on met de la morphine ou un sel de morphine à l'état sec, et si l'on mélange avec une petite baguette en verre, il se produit aussitôt une magnifique couleur violet rouge, qui cependant passe bieatât au brusi verdâti^e saie. Par l'action prolongée de Tair, le liquide se colore à partir des bords en bleu foncé intense, et celte teinte per^ste pendant plusieurs heures (Frœcfe').
*'V<HCi cemmetit <m prépare cet acWô : à 100 C. C. d'eào oti ajoute 6 gonttes d*actde azotique de demttl i;25 (A on Terae i^ gouttes de ce itié!ange dans '20 gr. d*acide sulfurique concentré pur.
*Zeitschr, f, analyt, Chem., UI, 150.
^Zeitschr. f. analyt, Chem,, V, 214.
448 APPENDICE. — ÂLGALOlDES [g 253
Si à la liqueur devenue bleue on ajoute de l'eau, la couleur disparaît : on a un liquide brun sale, un peu trouble, qui donne par filtration une solution brune (différence avec la salicine).
9. Le PERCHLORURE DE FER NEUTRE colore les dissolutions neutres concentrées en beau bleu foncé. Un acide libre fait disparaître la couleur. Si les dissolutions contiennent des matières extractives .mimaies ou végétales, ou un acétate, la coloration est moins pure et moins nette.
10. De Tacide iodique dans une dissolution de morphine ou d'un de ses sels donne un dépôt à*iode. Si les dissolutions sont aqueuses et concentrées, le précipité a un aspect brun kermès : si elles sont alcooliques ou étendues, le liquide prend une couleur brune ou brun jaune. Si avant ou après l'addition de l'acide iodique on ajoute au liquide de l'empois d'amidon, la sensibilité de la réaction est beaucoup augmentée, parce que la couleur bleue de l'iodure d'amidon qui se forme est plus facile à saisir dans un liquide étendu que la couleur brune de l'iode. La réaction réussit le mieux si l'on ajoute un peu d'empois d'amidon à la dissolution d'acide iodique et si Ton y projette ensuite le sel de morphine à l'état solide. — Il n'est pas nécessaire de dire qu'on pourrait enleyer Tiode dans la dissolution aqueuse au moyen du sulfure de carbonate et qu'on augmenterait encore par là la sensibilité de la réaction. — Comme d'autres substances azotées (le blanc d'œuf, la caséine, la fibrine, etc.) réduisent également Tacide iodique, cette élimination de l'iode n'a qu'une valeur purement relative ; mais si, après avoir ajouté l'acide iodique on verse de l'ammoniaque; le liquide devient incolore si l'iode a été mis en liberté par toute autre substance que la morphine, tandis que si la réaction est due à cet alcaloïde, la coloration devient bien plus intense {Lefort^),
il. L'acide tannique précipite en blanc les dissolutions aqueuses pas trop étendues des sels de morphine. Le précipité se dissout facilement dans les acides.
* M. Lefort recommonde d'opérer de la manière suiyante pour découvrir des trai'cs de morphine : on Irempe dans la dissolution à essayer des bandelettes de papier trèsblanc, non collé, on les sèche et on recommence l'opération plusieurs fois, de façon que le papier ait absorbé une quantité assez notable du liquide et renferme la morphine à rétat solide et dans un grand état de division. L'acide azotique, le perchlorure de fer, ainsi que l'acide iodique et l'ammoniaque, produbent alors ti*ès-neiie' ment et très-facilement toutes les réactions sur le papier ainsi préparé.
^234] NARCOTINE. 44»
DEUXIÈME GROUPE
ALCALOÏDES FIXES, PRÉCIPITÉS DE LEURS DISSOLUTIONSSALINES PAR LA POTASSE, SANS qu'une PROPORTION APPRÉCIABLE SE REDISSOLVE DANS UN EXCÈS DU PRÉCIPITANT, ET QUI SONT AUSSI PRÉCIPITÉS PAR LE BICARBONATE DE SOUDE
DE LEURS DISSOLUTIONS ACIDES, autant toutefois que celles-ci ne sont pas étendues au delà de 1 pour lOO : narcotine^ quinine, cinchonine.
a. Narcotine (C**H*5Azo**=:Na).
1. La narcotine se trouve dans Topium avec la morphine, etc.,
(page 445). Cristallisée, elle a pour composition Na+Aqet forme en général des prismes rhombiques droits, incolores, brillants : quand elle est précipitée par lés alcalis, c'est une poudre cristalline, blanche, légère. Elle est insoluble dans l'eau, -se dissout difficilement à froid, un peu plus facilement à chaud dans Talcool et dans réther. Elle se dissout très-bien dans le chloroforme, difficilement dans Talcool amylique, plus facilement dans la benzine. Solide, elle n*a pas de saveur : sa dissolution alcoolique ou éthérée est très-amère. Elle ne change pas les couleurs végétales. Elle fond vers 170° en perdant 1 équivalent deau.
2. La narcotine se di$sout facilement dans les acides, avec lesquels elle forme des sels. Ceux-ci ont toujours une réaction acide. Ceux à acides faibles sont décomposés par beaucoup d'eau et aussi par i'évaporation quand les acides sont volatils. La plupart sont incristallisables et solubles dans Teau, Talcool et Féther ; ils ont une saveur amère.
5. Les ALCALIS CAUSTIQUES, CARBONATES ct BICARBONATÉS, précipitent aus-
sitôt une poudre blanche Na+Aq des dissolutions des sels de narcotine : cette poudre, vue avec un grossissement de 100 fois, est formée d'une agrégation de petits cristaux en aiguilles. Le précipité est insoluble dans un excès du précipitant. — Si dans une dissolution d'un sel de narcotine on verse de l'ammoniaque, et qu'on y ajoute une quantité suffisante d'éther, on obtient deux couches liquides limpides, puisque l'alcaloïde se dissout dans l'éther. En laissant évaporer une goutte de la dissolution éthérée sur une lame de verre, et en examinant le résidu avec un grossissement de lOOfois^