STRYCHNINE
sel de strychnine, il se forme de suite dans les liqueurs concentrées, au bout de quelque temps dans les liqueurs étendues, un précipité qui, tu au microscope, consiste en aiguilles aplaties, tronquées ou bien terminées en pointes et peu solubles dans un excès du précipitant.
7. Le BiCHLORURE DE MERCTJRE dounc uu précipité blanc, qui se change au bout de quelque temps en aiguilles groupées en étoiles, Irèsreconnaissables à la loupe. En chauffant le liquide, tout se dissout, et par le refroidissement on obtient le composé double en grosses aiguilles.
8. Si Ton met quelques gouttes d\ciDE sulfurique pdr concentré dans une petite capsule en porcelaine, puis un peu de strychnine, il y a dissolution sans coloration. Si Ton ajoute maintenant une petite quantité d*un corps oxydant (chromale de potasse, permanganate de potasse, prussiate rouge de potasse, peroxyde de plomb, peroxyde de manganèse), surtout à Télat soKde (car, si les liqueurs sont étendues, cela nuit à la réaction), il se produit bientôt une magnifique coloration violet bleu, qui au bout de quelque temps passe à la teinte rouge vin, puis au jaune rougeâtre. Avec le chromate de potasse et le permanganate la réaction se produit aussitôt ; en inclinant la petite capsule, on voit couler des fragments du sel ajouté, des stries violettes, et en tournant la capsule sur elle-même, tout le liquide se colore bientôt. Le phénomène ne se produit pas aussi vite avec le prusciate rouge, et c'est avec les peroxydes qu'il apparaît le moins promptement. Plus la coloration apparaît vite, plus vite aussi se produisent les changements de teinte. Je préfère employer le chromate de potasse recommandé par Otto ou aussi le permanganate de potasse que Guy donne comme le plus sensible réactif. Avec le chromate de potasse, Jourdan a nettement reconnUjôôiôïïô^^ gramme. J. Erdmann donne la préférence au peroxyde de manganèse en morceaux gros comme une lentille. Les chlorures métalliques, une trop grande quantité d'azotate ou d'une substance organique quelconque, contrarient ou empêchent complètement la réaction. Il faudra donc avoir la précaution, avant de faire cet essai, de séparer autant que possible la strychnine détentes les autres substances. — Si à la dissolution devenue rouge (par le manganèse) on ajoute 4 à 6 fois son volume d*eau en évitant une élévation de température, puis de lammoniaque jusqu'à rendre presque neutre, la liqueur devient d'un rouge pourpre violet magnifique ; en ajoutant plus d'ammoniaque, elle passe au vert jaunâtre, puis au jaune (J. Erdmann). Toutefois j 'aireconnu par mes propres expériences que cette réaction ne se produit qu'avec des quantités relativement un peu considérables, bien que
458 APPENDICE. - ÂLGALOlDES. [§239
cependant encore très-petites en elles-mêmes. — La présence de la morphine contraricou empêche cette réaction de la strychnine (Reese, Zeilschr.f. analyt. Chem., 1,^99.— Horsley, ZeiUchr.f. analyt. Chem.y 505'). Pour produire la réaction de la strychnine en présence de la morphine, on ajoute à la dissolution aqueuse concentrée des sels du ferricyanure de potassium [Neubauer) ou du chromate neutre de potasse (Horsley)^ on sépare par filtriilion le précipité formé par le ferricyauhydrate ou le chromate de strychnine (les combinaisons correspondantes de morphine restent en dissolution) e t on met en contact avec Tacide sulfurique concentré un essai de Tun ou de Tautre précipité après lavoir lavé et séché. La couleur violet bleu apparaît aussitôt. — On n'oubliera pas que ces précipités de strychnine ne sont pas insolubles dans Teau, mais y sont trèsdiificilement solubles'. Enfin on se rappellera que la curarinese comporte comme la strychnine avec l'acide sulfurique et le chromate de potasse. Toutefois les deux derniers alcaloïdes se distinguent déjà l'un de l'autre parce que la curarine seule colore l'acide sulfurique en rouge et les colorations qu'elle donne avec l'acide sulfurique et le chromate de potasse sont bien plus stables [Dragendor/f],
9. L'eau de chlobe concentrée produit un précipité blanc, solnble dans l'ammoniaque en un liquide incolore.
10. Dans I'acide azotique concentré la strychnine ou un de ses sels se dissout en un liquide incolore, qui devient jaune quand on le chauffe.
il. L'acide tanniqce donne a^ec les sels de strychnine un précipité dense, blanc, insoluble dans l'acide chlorhydrique.
b. Bracine (G*«H*«Az«0'»=Br).
1. La brucine (qui se trouve avec la strychnine dans les strycbnos,
voir page 455) cristallisée (Br+8Aq) forme tantôt des prismes rhombiques droits, transparents, tantôt des aiguilles groupées en étoiles, tantôt une poudre blanche composée de petites lamelles cristalli-
* Voir P. Thomas (Zeitschr, /*. analyt. Chem., I, 157).
^ Rodgers préfère séparer d'abord la strychine de la morphine avec la benzine, dans laquelle la strychnine se dissout seule. Thomas ajoute à lasolulion des acétates de la potasse caustique jusqu'à ce que la liqueur soit alcaline, puis il agite avec da chloroibrme. La morphine reste dans la dissolution alcaline, tandis que la strychnine se dissout dans le chloroforme.
g 239] BRUaNE. 45»
nés. Elle se dissout difficilement dans l'eau froide, un peu plus facilement dans Teau chaude, facilement dans Talcool absolu ou aqueux, dans l'alcool amylique, surtout à chaud; elle est à peine dissoute par Téther. Sa saveur est très-amère. En la chauffant elle fond en perdant son eau : en prenant des précautions on peut la sublimer sans altération (voir la remarque au g tSS, 1).
2. Les acides neutralisent complètement la brucine. Ses sels sont facilement solubles dans Teau, cristallisent généralement et ont une saveur très-amère.
3. La POTASSE et le carbonate de soude précipitent la brucine de ses sels, à Fétat de précipité blanc, insoluble dans un excès du précipitant. Ce précipité, examiné au microscope aussitôt après sa formation, paraît formé de petits grains. En continuant à Tobserver, on voit ces granulations (par suite de leur combinaison avec Teau) se réunir subitement en aiguilles, et celles-ci se grouper toutes concentriquement. Ce changement du précipité peut même se remarquer à Toeil nu.
4. L* AMMONIAQUE précipite les sels de brucine en blanc. Le précipité, qui tout d'abord ressemble à des gouttelettes d'huile, se change peu à, peu en petites aiguilles (en se combinant à l'eau). Immédiatement après sa formation, le précipité disparaît avec une grande facilité dans un excès d'ammoniaque. Toutefois au bout de peu de temps (plus tard, quand la liqueur est étendue) la brucine, unie à son eau de cristaltisation, cristallise au milieu de cette dissolution en petites aiguilles groupées concentriquement et que l'ammoniaque ajoutée de nouveau ne peut plus dissoudre.
5. Le BICARBONATE DE SOUDE, ajouté à une dissolution neutre d'un sel de brucine, produit au bout d'un lemps assez court un dépôt de brucine unie à son eau de cristallisation, sous forme d'aiguilles soyeuses, groupées concentriquement, insolubles dans un excès du précipitant, mais solubles dans l'acide carbonique libre (voy. Strychnine). Les sels acides de brucine ne sont pas précipités. Après un temps assez long, à mesure que l'acide carbonique se dégage, la combinaison indiquée plus haut se dépose en cristaux réguliers, proportionnellement volumineux.
6. Si l'on met de la brucine ou une de ses combinaisons avec de I'acide AZOTIQUE CONCENTRÉ, OU obticut uuc dissolutiou colorée fortement en rouge foncé au premier moment, puis en rouge jaune et qui devient jaune par la chaleur. Quand le liquide a été chauffé à ce point, qu'il soit concentré ou qu'on Tétende d'eau, si l'on ajoute du
protoctilorure d'étain ou du sulfhydrate d'ammoniaque, la couleur jaune faible devient violette et très-intense.
7. Si Ton met un peu de brucine dans 4 ^à 6 gouttes d acide sulfdri- QUE cosccKTRÉ pur, elle se dissout en un liquide faiblement coloré en rouge rose et qui devient jaune plus tard. Si Ton ajoute ensuite 8 à 20 gouttes d'acide sulfurique contenant un peu d'ACiDE azotique*, il se produit une couleur rouge, qui plus tard passe au jaune. Le peroxyde de manganèse ajouté donne une coloration rouge passagère, devenant jaune gomme-gutte. Si Ton étend alors avec 4 parties d'eau en ayant soin de bien refroidir et qu'on verse de I'ammoniaque jusqu'à neutralité presque complète ou même jusqu'à réaction alcaline, la dissolution devient jaune d'or (J. Erdmann).
X. Dans une dissolution d'un sel de brucine, si l'on verse de I'eau DE CHLORE, cllc dcvicnt d'un beau rouge pâle ; la couleur passe au brun jaune par l'addition d'ammoniaque.
9. Le suLFOCTANDRE DE POTASSIUM produit dc suite dans les dissolutions concentrées, au bout de quelque temps dans les dissolutions
. étendues et surtout si l'on frotte les parois du vase, un précipité grenu cristallin. Vu au microscope, il est composé de grains cristallins polyédriques irrégulièrement rangés les uns à côté des autres.
10. Le BiCHLORURE DE MERCURE dounc également un précipité blanc, grenu, qui, vu au microscope, parait formé de petits grains ronds cristallins.
i i . L'acide tannique dans les dissolutions des sels de brucine forme un précipité dense, blanc sale, soluble dans l'acide acétique, insoluble dans l'acide chlorhydrique.
c. Véracrine (C«*H«Az«Oi«=:Ve).
i. La vératrine se trouve dans différents vératrums, surtout dans les graines du vératrum sabadilla (la cévadille) avec de l'acide vératrique et dans les racines du vératrum album (ellébore blanc) (dans ce dernier avec de la jarvine). Elle se présente en petits prismes incolores, qui prennent à l'air l'aspect de la porcelaine : fréquemment aussi c'est une poudre blanche , d'une saveur pénétrante et brûlante, mais pas amère : elle est très-vénéneuse. Sa
*■ Voir la préparation, page 447, remarque.
§240] \ëUATRINE. 461
poussière en pénétrant dans le uez^ même en très-petite quantité, fait fortement éternuer. Elle est insoluble dans l'eau, facilement soluble dans lalcool, plus difficilement dans Féther. A 115'' elle fond comme de la cire et par le refroidissement elle se prend en une masse transparente. Chauffée avec certaines précautions, elle peut se sublimer sans altération (voir la remarque au g t39| i).
2. Les acides neutralisent complètement la vératrine. Ses sels sont cristal lisables pour la plupart, beaucoup prennent Taspect gommeux quand on les dessèche. Us sont solubles dans Teau et ont une saveur forte et brûlante.
5. La POTASSE, rAMHONIAQUE et IcS CARBONATES ALCALINS NEUTRES forment
dans les dissolutions des sels de vératrine un précipité floconneux, blanc, qui, vu au microscope au moment de sa formation, n*esl pas cristallin. Mais au bout de quelques minutes il change de structure, et, si onTexamine alors, on voit, au lieu de la masse coagulée qu il semblait former, çà et là de petits groupes de prismes cristallins courts. Le précipité n'est pas soluble dans un excès de potasse ou de carbonate de potasse. L'ammoniaque le dissout un peu à froid, mais en chauffant la portion dissoute se dépose de nouveau.
4. Avec LE CARBONATE DE POTASSE etccluidc soDDE, Ics sels de vératrine se comportent comme ceux de strychnine et de bruciue. Toutefois par 1 ebuUition la vératrine se sépare facilement, même des dissolutiens étendues.
T). Si l'on met de la vératrine en contact avec de l'AcroE azotique concentré, elle prend l'aspect de petites masses résineuses qui se dissolvent lentement. Si elle est pure, la dissolution est incolore.
H. Avec r ACIDE suLFURiQUE CONCENTRÉ cUc sc chaugc aussi en grumeaux résinoïdes. Ceux-ci cependant se dissolvent facilement en un liquide jaune faible, dont la couleur de plus en plus jaune foncé, passe par le jaune rouge et devient enfin rouge de sang intense. Cette coloration se conserve 2 ou 5 heures et disparaît peu à peu. L'addition d'acide sulfurique nilreux ou de peroxyde de manganèse ne produit aucun changement appréciable de couleur. Si après on étend d'eau, et si l'on neutralise presqufe complètement avec de l'ammoniaque, la dissolution devient jaune et donne, avec un excès d'ammoniaque, un précipité brun clair verdàtre (J. Erdmann).
7. Si l'on dissout la vératrine dans l'acide chlorhydrique concentré, on obtient un liquide incolore qui, soumis à une ébuUition pro-
longée, prend peu à peu une couleur d*abord rougeâtre , puis ensuite rouge intense, et qui ne disparaît pas par le repos. La réaction est très-sensible et réussit aussi bien avec la vératrine pure quavec la vératrine ordinaire du commerce (Trapp).
S. Le suLFOCTANURE DE POTASSIUM ne forme un précipité gélatineux floconneux que dans les dissolutions concentrées des sels de vératrine.
^. Si l'on ajoute de Teau de chlore à une solution d*un sel de vératrine, celle-ci se colore en jaune, la nuance devient brunâtre et moins intense par addition d'ammoniaque. Si les liqueurs sont concentrées, Teau de chlore produit un précipité blanc.
d. Atropine (C»H*>AzO*).
i . L'atropine, qui se rencontre dans toutes les parties de la belladone (atropa belladona) et de la pomme épineuse (datura stramonium), forme de petits prismes et des aiguilles incolores, brillants; quand elle est pure, elle est sans odeur, fortement amère, elle fond à 90® et se volatilise vers 140° en se décomposant en partie ; chauffée entre deux verres de montre, elle se sublime sans se carboniser. Le sublimé est mou et huileux.
L'atropine se dissout dans environ 500 p. d'eau froide, 60 parties d'eau bouillante ; elle est très-soluble dans l'esprit-de-vin et la solution alcoolique saturée est précipitée par une addition de très-peu d'eau. Elle se dissout très-facilement dans l'alcool amylique et dans le chloroforme ; il faut environ 40 p. d'éther.
2. L'atropine se combine avec les acides pour former des sels, qui en partie, surtout quand ils sont acides, ne cristallisent pas ou cristallisent très-diffîcilement.
Les sels se dissolvent facilement dans l'eau, dans l'esprit-de-vin, presque pas dans Téther. La solution aqueuse des sels d'atropine devient foncée par une ébuUition prolongée.
3. L'atropine et.ses sels sont des poisons narcotiques. Introduits dans l'œil, ils dilatent la pupille pour un temps assez long. (Toutefois l'hyoscyamine produit le même effet : il se manifeste un peu plus tard, mais dure plus longtemps).
4. La LESSIVE de potasse et les carbonates simples des alcalis fixes précipitent dans les dissolutions aqueuses concentrées une partie
g 242] ATROPINE. 463
de l'atropine. Le précipité, d abord pulvérulent, ne se dissout pas mieux dans un excès du précipitant que dans Teau. Il devient cristallin à la longue quand on labandonne. L'aumomaque précipite également et un excès redissout le précipité. En contact avec les alcalis fixes ou avec Teau de baryte, Tatropine se décompose, lentement à froid, rapidement à chaud, en formant de l'acide atropique et de la tropine.
5. Le CARBONATE d'ammoniaque et les BICARBONATES ALCALINS ne précipitent pas les sels d'alropine.
6. Le CHLORURE d'or forme dans les dissolutions aqueuses des sels une combinaison de chlorhydrate d'atropine et de chlorure d'or sous forme d'un précipité jaune, qui devient lentement cristallin,
7. L'acide tannique donne un précipité blanc, caillebotté, soluble dans l'ammoniaque.
8. Si l'on chauffe l'atropine dans l'acide sulfurique concentré jusqu'à ce qu'il se forme une coloration brune faible et si l'on fait tomber quelques gouttes d'eau dans le verre de montre, il se développe une odeur agréable, qui rappelle celle des Heurs du prunier sauvage ou peut-être plutôt celle du caille lait jaune (galium verum). En chauffant davantage elle se manifeste toujours.
9. En faisant passer un courant de gtanogbnb dans une dissolution alcoolique suffisamment concentrée d'atropine, le liquide se colore en brun rouge (Hinterberger) .
10. L'acide picrique ne précipite pas les dissolutions des sels purs d'atropine. Celles q\ii, acidulées avec de l'acide sulfurique étendu, sont précipitées par l'acide picrique, renferment outre l'atropine un autre alcaloïde non encore étudié (Hager).
récapitulation et remarques .
La strychnine peut se séparer de la brucine, de la vératrine et de l'atropmeau moyen de l'alcool absolu, dans lequel elle est insoluble, tandis que ce liquide dissout les trois autres. La strychnine se reconnaît le mieux par la réaction de l'acide sulfurique et des agents d'oxydation cités plus haut ^, de même aussi par l'observation microscopique de sa forme
*■ L'aniline est le seul corps qui, outre la curarine, dans ces circonstances, se comporte à peu près d'une manière analogue. Cependant A^ Guy fait remarquer que l'ani*
464 APPErtDICE. — ALCALOÏDES. [§i45
cristalline, lorsqu'elle a été précipitée par les alcalis, ou enfin par la forme des précipités produits par le sulfocyauure de potassium ou le bichlorure de mercure. On séparera la brucineet lavératriiie de ]*atropine en agitant avec de Tessence de pétrole la dissolution rendue alca liiie (Dragendorff), Ce liquide dissout la brucine et la vératrine et ne prend pas Tatropine. En agitant avec de Téther le liquide aqueux séparé de Tessence de pétrole, on aura une dissolution éthérée d'atropine. — La brucine et la vératrine ne peuvent pas bien se séparer Tune de l'autre, mais on peut les reconnaître l'une en présence de l'autre. A cet effet on choisira pour la brucine les réactions avec l'acide azotique et le protochlorure d'étain, ou le sulfliydrate d'ammoniaque, ou aussi l'observation microscopique de la forme cristalline du précipité produit par l'ammoniaque dans les dissolutions des sels de brucine. — Pour distinguer la vératrine de la brucine et de tous les autres alcaloïdes dont nous avons parlé, il suffit d'observer la manière dont elle se comporte quand on la chauffe légèrement, car le phénomène qu'elle présente est caractéristique ; on "pourra examiner sa formequand elle est précipitée par les alcalis. Pour la reconnaître en présence de la brucine, on se servira de la réaction de l'acide sulfurique concentré ou de celle de l'acide chlorhydrique.
CARACTERES ET REACTIONS PROPRES A QUELQUES CORPS KOK AZOTES QUI SE RAPPROCHENT DES ALCALOÏDES.
Bien que la salicine, la digitaline et le picrotoxine n'appartiennent pas à la classe des alcaloïdes, nous croyons cependant devoir terminer ce chapitre en faisant connaître leurs caractères chimiques.
a. Salicine (G*«H'»0**).
1. La salicine, qui se trouve dans l'écorce et les feuilles de la plupart des saules et des peupliers , se présente en aiguilles et en lamelles blanches, à éclat soyeux^ ou bien, quand ces aiguilles ou lamelles sont fines ou petites, en poudre ayant le brillant de la soie. Sa saveur est amère. Elle est facilement soluble dans l'eaiz et dans l'alcool, mais ne l'est pas du tout dans Téther.
2. La salicine n'est précipitée par aucun réactif, de telle façon qu'on puisse la retrouver sans altération dans le précipité.
liae traitée par 1*acide sulfurique et les agents d'oxydation prend une couleur d'abord ^is pâle, devenant peu à peu plus foncée, puis d'un bleu magnifique, qui persiste assez longtemps et passe enfin au noir.
§244] DIGITALINE. 465
3. Si l'on met de la salicine dans de I'acide sulfurique concentré, elle se colore en rouge de sang intense, en] s'agglomérant en forme de résine, sans se dissoudre. Au commencement Tacide sulfurique ne se colore pas.
4. Si dans une dissolution aqueuse de salicine on verse de Tacide chlor- HTDRiQDE et si Tou fait bouillir quelques instants, le liquide se trouble tout d*un coup, il se forme du sucre et il se dépose un précipité (salirétine) blan^, qui se rassemble en flocons. Si Ton fait bouillir le liquide précipité après y avoir ajouté une ou deux gouttes de chromate de potasse dissous, la salirétine se colore en rouge rose vif, en même temps qu*on sent Todeur agréable et caractéristique de Tacide salie jlique.
b. Digitaline (C«>H*«0'^?) .
1. La digitaline se trouve dans les feuilles, les graines et les capsules de la digitale pourprée. Elle est généralement blanche, amorphe, mais on peut aussi Tavoir cristallisée ^ Elle n'a pas d'odeur, a une saveur amère : elle est très-vénéneuse, sa poussière attaque les yeux et fait éternuer; — à 180* elle se colore sans fondre, au-dessus de 200* elle se décompose complètement.
2. La digitaline est neutre. Elle se dissout en toute proportion dans le chloroforme ; à la température ordinaire elle se dissout dans 12 parties d'alcool à 90*, plus facilement à la température de Tébullition, mais Talcool absolu en prend moins facilement ; l'éther exempt d'alcool n'en dissout que très-peu. L'eau, même à l'ébullition, dissout très-difficilement la digitaline pure (1 p. exige 1000 p. d'eau bouillante) ; la solution a une saveur amère.
3. Si l'on dissout la digitaline dans Tacide sulfurique concentré, ce qui donne d'abord une coloration verte, et si Ton remue la solution avec une baguette en veiTe trempée dans de I'eau bromée, on voit apparaître une teinte rougeâtre violacée {GrandeaUf J. Otto). La réaction faite comme Ta indiqué Otto est très-SQnsible et trèscaractéristique. (La delphine seule se comporte de la même façon, mais en agitant la dissolution acide avec de léther, celle-ci ne passe pas dans la solution éthcréa, comme le fait la digitaline.) [Otto.)
* Nativelle a indiqué brièvement un moyen de préparer la digitaline cristallisée [Journ. de pharm., IX, 255). La digitaline du commerce est très-souvent impure : c'est un mélange de plusieurs substances, et c'est pour cela que les chimistes ne sont pas d'accord sur les caractères, la solubilité, etc., de la digitaline.
FneSEKlDS, AN. QUAL. — 6' ÉDIT. 30
4(>C ÂPPE!<DIGE. — iLCALOlDES. [§245
4 . L'acide chlorhtdriqds donne avec la digitaline une dissolution jaune verdàtre, de laquelle Teau précipite un corps résinoïde. — L'acide
' AZOTIQUE la dissout avec dégagement de vapeurs rutilantes; — ^.I'a- > ciDE ACÉTIQUE la dissout sans se colorer.
5. En agitant une dissolution de digitaline, même acide, avec de Vé- THER, elle passe dans le liquide éthéré (/. Otto).
(>. Les dissolutions de digitaline ne sont pas précipitées par la solution d'ioDE, I'acide pigrique et les sels métauiques, mais elles le sont par I'acide tannique. Le précipité est un peu soluble dans l'eau bouillante.
7. En faisant bouillir la digitaline avec de I'acide sulfurique étekdu, on produit du sucre et de la digitalirétine (Kossmaniiy Wah). On reconnaît le premier à la réduction de la solution alcaline d'oxyde de cuivre, — la digitalirétine cristallise en grains brillants dans la dissolution alcoolique (Kossmann), Suivant Otto, en faisant bouillir une dissolution de digitaline dans l'acide sulfurique étendu, il se développe une odeur qui rappelle celle de l'infusion de digitale.