‹ Traité d'anatomie chirurgicale, ou Anatomie des régions, considérée dans ses rapports avec la chirurgie; ouvrage oneé de quatorze planchesChapitre 26 sur 76 · La Peau · texte numérisé non relu

La Peau

Remarquable par sa finesse, son peu d épaisseur et son extensibilité , la peau de la verge mérite un examen particulier. D’abord assez épaisse, couverte de poils et renfermant de nombreux follicules sébacés , vers la racine de l’organe et sur sa face supérieure, elle s’amincit et devient glabre, quelques lignes plus en avant; en arrière et sur sa face inférieure, les poils sont en moins grand nombre , mais les follicules sont trèsgros, proéminent à sa surface, et conservent ces caractères jusqu’auprès du gland. La matière sécrétée par ces organes se concrète avec la plus grande facilité ; aussi, s’accumule-t-elle très-souvent dans les petits cryptes, de manière à former les granulations plus ou moins nombreuses qu’on remarque assez fréquemment sous le corps et la racine de la verge; granulations qui acquièrent quelquefois un volume assez considérable pour constituer de véritables tannes, qu’on vide aisément en les pressant avec les doigts, de leur point adhérent vers la surface libre. Les tégumens sont aussi plus colorés dans ce sens que dans le premier; ils glissent si facilement sur les couches sous-jacentes, et leur mobilité est telle à cet égard, que de la racine On peut les porter près du gland , et réciproquement; d’où il suit que, dans l’amputation du pénis, on a deux choses à craindre, ou bien de laisser plus de peau qu’il n’en faut pour fournir aux frais de la cicatrice , ou bien d’en enlever trop pour qu’il soit possible de l’empêcher de s’éloigner de la plaie. Dans le premier cas , elle se roule sur ellemême, les bords de la division s’arrondissent , et la cicatrisation devient très-difficile; dans le second, elle se retire plus ou moins vers le pubis, et laisse le moignon à découvert. Ce dernier accident est surtout à craindre, lorsque la maladie,

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qui nécessite l’opération , est une tumeur d’un certain volume; alors, en effet, la production pathologique ayant repoussé la verge en arrière et entraîné les tégumens en avant, pour s’en envelopper, il en résulte qu’ après l’opération, cette membrane paraît se rétracter considérablement. En conséquence, s’il importe, quand on fait l’ablation de cet organe,, de ne pas trop retirer la peau vers sa racine, il faut se garder plus soigneusement encore de la tirer trop en avant.

En se repliant pour former le prépuce, la peau revêt insensiblement les caractères des membranes muqueuses; sa couleur est légèrement rosée , et devient le siège d’une sécrétion abondante dans la rainure circulaire qui sépare la couronne du gland du corps même de la verge; il est bon de noter, à cette occasion , que la matière de cette sécrétion devient quelquefois assez âcre chez les personnes peu soigneuses, pour enflammer, excorier les parties, et produire un écoulement connu sous le nom de fausse gonorrhée; écoulement qu’on a, plus d’une fois, traité comme syphilitique pendant des mois, et qui disparaît, en général, au bout de quelques jours, sous l’influence de simples lotions émollientes ou dessiccatives, suivant les cas. En se terminant audessous du gland, cette rainure présente un repli appelé frein de la verge , qui se rapproche plus ou moins du méat urinaire, et qui peut être plus ou moins long. S’il est trop court , ou s’il se prolonge trop en avant , il tend à renverser le gland sur la face inférieure de l’organe, et s’oppose à la copulation, ou la rend douloureuse. S’il est trop long J l’extrémité de la verge se relève trop , et l’éjaculation ne se fait pas vers le col utérin. Dans le premier ca&, on fait la section de ce repli; dans le second, il n’y a rien à faire.

Le prépuce, pris en totalité, est une portion de canal ouvert en avant, et terminé postérieurement par un cul-de-sac.

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circulaire; avant la puberté, il est étroit et très-long; son ouverture alors est quelquefois si petite, quelle permet à peine la sortie des urines ; d’où il suit que le prépuce finit , chez certains enfans, par se transformer en une petite poche, dans laquelle ce fluide s’accumule avant de s’échapper au dehors, et que la précipitation de plusieurs sels pouvant s’y faire, on conçoit par-là la formation des calculs qu’on y a vus souvent. Dans l’âge adulte, cette ouverture conserve quelquefois l’étroitesse de l’enfance; et, dans ce cas, elle peut aussi gêner l’émission des urines, mais surtout rendre difficile l’acte vénérien, en ne permettant pas de découvrir le gland. Comme elle s’oppose, d’un autre côté, à ce qu’on puisse nétoyer l’intérieur de ce sac membraneux, la matière sébacée, plus âcre et sécrétée en grande quantité, détermine souvent alors l’écoulement dont nous parlions tout à l’heure. Il peut arriver encore que cette ouverture, qui se laisse traverser avec quelque difficulté par le gland pendant le relâchement , s’y refuse complètement pendant l’érection, et que la chose soit également impossible , s’il survient des chancres ou une inflammation à la surface interne de cette petite poche. Ici , c’est un phymosis accidentel; là, c’est un phymosis congénial, qu’on fait disparaître chez l’enfant et chez l’adulte , en fendant avec un bistouri , mieux qu’avec des ciseaux, la paroi supérieure de cette enveloppe. Mais , en pratiquant cette petite opération , il importe que la peau ne soit pas tirée en avant, au moment où la pointe de l’instrument, portée d’une manière quelconque, entre le prépuce et le gland jusqu’au fond de la cavité, traverse les tissus de dedans en dehors, pour terminer la section d’arrière en avant. Sans cette précaution, en effet, les tégumens proprement dits pourraient se trouver divisés beaucoup au-delà de la couronne du gland.

On peut aussi faire disparaître cette infirmité en prati-

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quant la circoncision , c’est-à-dire, en enlevant le prolongement du prépuce qui dépasse l’extrémité du pénis ; mais, cette manière de faire a deux inconvéniens particuliers : ainsi, dans le cas où l’on coupe assez de peau pour mettre le gland à découvert, cet organe reste à nu pour toujours, et quelques accidens peuvent en être la suite; si on n’enlève, au contraire, que la portion qui paraît inutile, en se cicatrisant, la division circulaire se durcit, et l’ouverture est souvent plus étroite après la guérison qu’avant l’opération.

Le prépuce, au reste, est susceptible d’un allongement considérable, et, dans les tumeurs cancéreuses dont il est quelquefois le siège, il se passe un phénomène qui mérite d’être remarqué , à cause des erreurs grossières auxquelles il a donné lieu. Dans les cas, en effet, où, lors d’un gonflement, d’une désorganisation quelconque, la longueur absolue du prépuce augmente, la peau du corps de la verge est entraînée par les tumeurs , en même teins que le pénis est véritablement repoussé en arrière; alors, si l’amputation devient nécessaire, il peut arriver qu’on s’imagine avoir fait l’ablation du gland, quand on n’a vraiment enlevé que la double couche cutanée qui l’enveloppe; et c’est ainsi que s’expliquent ces prétendues reproductions de la verge, que quelques chirurgiens des siècles passés nous vantaient comme des faits merveilleux.

L’étroitesse de son ouverture est encore capable de produire un autre genre d’accident; par exemple, il est possible qu’à l’aide de quelques efforts, on parvienne à découvrir le gland , et à porter l’anneau cutané derrière sa couronne , où le volume de la verge est moins gros; mais, alors, il est impossible de le ramener en avant, et l’étranglement qui en résulte peut déterminer promptement la gangrène, ou donner lieu simplement à des phénomènes phlegmasiques d’une intensité variable, On conçoit que, dans des circonstances semblables, il

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faudrait promptement mettre en usage les réfrigérans,la compression et tous les moyens capables de diminuer le volume du gland, afin de le repousser en arrière du prépuce, pendant qu’on tire avec force sur celui-ci. Mais, si l’inflammation s’est déjà manifestée, et que la constriction soit portée trèsloin, on ne peut conjurer les dangers qu’en incisant, sur plusieurs points, la bride qui produit l’étranglement, en ayant soin toutefois, autant que possible, de ménager les corps caverneux. Gomme cet accident, appelé paraphymosis , tient particulièrement à ce que la verge se gonfle considérablement pendant l’érection , qui est excitée par cette espèce de resserrement, il s’ensuit qu’il doit être très-rare chez l’enfant, où on le voit cependant quelquefois. Au reste, la peau du pénis, et principalement du prépuce, est tellement mince, que , dans les infiltrations, elle devient tout-à-fait transparente.

2°. La Couche sous-cutanée.

Ce n’est évidemment qu’un prolongement du fascia super - Jicialis , ou, si Ion veut, de la couche élastique du pénil ; elle est souple, molle, extrêmement extensible, divisible en un grand nombre de lames, ne renfermant jamais de graisse, si ce n’est près de la symphyse des pubis, et n’adhérant que d’une manière très -lâche aux couches entre lesquelles elle se trouve placée. C’est à ces caractères remarquables de la couche sous-cutanée, que la peau doit la plupart des siens 7 et surtout cette grande mobilité que nous lui avons reconnue. Elle se prolonge dans le repli cutané qui forme le prépuce; mais là, tous les élémens sont presque confondus, et de telle sorte, que l’inflammation peut y produire des foyers purulens qui resteront long-tems circonscrits; tandis que, dans les autres points , les liquides morbides fusent avec la plus grande facilité d’un endroit dans l’autre , et que , pour

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éviter le décollement de la peau, il convient d’ouvrir de bonne heure les abcès de la verge. Cette couche renferme les vaisseaux et nerfs principaux , et son épaisseur diminue graduellement à mesure qu’elle se rapproche de l’extrémité libre de l’organe. Mais cependant, étant aussi molle là que partout ailleurs, il en résulte que les infiltrations déjà si faciles au corps de la verge, s’y font encore plus rapidement; il y a même ceci de remarquable, c’est que cette couche, étant renfermée entre deux lames cutanées qui ne sont soutenues par aucun corps solide, reçoit plus aisément les fluides , allonge considérablement le prépuce, et rétrécit plus ou moins son ouverture. Le phymosis inflammatoire est souvent produit par le même mécanisme.

3°. La Membrane fibreuse.

C’est elle qui constitue, pour ainsi dire, le squelette de la verge; du moins, elle en détermine les formes, le volume et la solidité. Elle forme un canal cylindroïde, double en arrière, et simple en avant, c’est-à-dire, qu’en admettant un canal primitif unique , on voit qu’il est divisé en deux, dans ses trois quarts postérieurs , par une cloison fibreuse placée de champ, et qui disparaît insensiblement dans le quart antérieur. Cette membrane est elle-même composée de fibres fortes, trèsdenses, et diversement entre-croisées près du pubis; elle est épaisse d’une ligne environ; ensuite, elle s’amincit graduellement jusqu’au gland, où elle n’est plus qu’une simple lame fibr o- celluleuse , assez serrée , cependant , pour empêcher toute communication directe entre cet organe et le corps caverneux. Sa face inférieure est creusée d’une gouttière qui renferme le canal de l’urètre ; en sorte que ce canal n’est véritablement uni au corps du pénis que par un tissu cellulaire filamenteux, qui permet d’isoler complètement ces deux

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organes ; une seconde gouttière existe sur la face dorsale de ce canal, et toutes les deux correspondent à la cloison médiane. Sa face interne fournit un très-grand nombre de filamens fibreux qui s’entre-croisent dans le canal, de manière à former un réseau assez semblable à celui qu’on remarque dans le canal des os longs; réseau qui sert de soutien à l’épanouissement des veines et des artères , pour former le tissu spongieux, érectile, connu sous le nom de caverneux.

De toutes ces particularités de structure, il résulte que le gonflement de la verge est invinciblement borné par la résistance de son canal fibreux; que les cicatrices, à la suite de plaies qui auraient compris ce canal, changent en général plus ou moins la direction de l’organe ; que, pendant l’érection forcée, comme cela arrive dans le priapisme ou dans la gonorrhée intense (chaude-pisse cordée), si l’on cherche à courber brusquement le pénis, il se casse , comme on l’a dit vulgairement, plutôt que de fléchir, parce que la tunique en question se déchire, et l’on conçut que ces déchirures peuvent être suivies d’hémorragie par l’urètre, si ce dernier canal se trouve compris dans la solution de continuité. C’est de cette manière que s’explique naturellement le soulagement qu’éprouvent les malades après cet accident; mais, il peut en résulter aussi une tumeur fongueuse anévrysmatique ou variqueuse, impossible à guérir, et l’érection peut devenir, de cette manière, douloureuse ou très-difficile.

Les deux artères dorsales de la verge sont renfermées dans la couche sous-cutanée, et montent de derrière en devant dans la rainure médiane; quelquefois, elles s’anastomosent et se confondent l’une avec l’autre, dès la rainure du pénis, de manière à n’en former qu’une. Jusqu’au prépuce, leur calibre est assez considérable pour .que des chirurgiens aient conseillé

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de faire l’incision en bas ou sur le côté, dans le phymosis, afin d’éviter l’hémorragie à laquelle ces artères pourraient donner lieu; mais, ces craintes n’étant pas fondées, et les points indiqués pour la section étant moins convenables, on a continué d’agir en haut et sur la ligne médiane* Après l’amputation , elles se retirent quelquefois très - loin en arrière, et cela pour deux causes différentes : d’abord, parce que, logées dans une couche très-souple et très-mobile , leur rétraction n’est aucunement gênée; ensuite, parce que, la coque albuginée du corps caverneux ne permettant pas au moignon de se raccourcir pour suivre les enveloppes celluleuses et cutanées , les artères paraissent se retirer davantage.

Les deux artères caverneuses qui se trouvent dans le tissu spongieux en dehors , et légèrement en bas près de la membrane fibreuse, ne se rétractent pas du tout, au contraire, après cette opération, attendu que le réseau de l’élément érectile empêche le mouvement rétrograde. Par conséquent, après l’ablation de la verge , on a quatre artères à lier , deux superficielles et deux profondes; il peut y avoir, en outre, quelques rameaux de ces branches principales. Toutes ces artères sont données par la honteuse interne* et l’on peut y ajouter des rameaux venant de l’artère de la cloison et des honteuses externes.

5o. Les Veines.

Le système veineux est ici très-riche ; il forme presqu’à lui seul tout le tissu caverneux; et, de plus, nous avons sous la peau des veines très-grosses; celles-ci sont interposées dans les l^mes de la couche sous - cutanée ; elles se gonflent assez souvent , de manière à faire souffrir pendant les approches conjugales et à s’excorier même ; aussi , n’est-il pas rare d’en voir résulter une sorte d’hémorragie. La plus volumineuse accompagne les artères dorsales , et va

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se dégager dans les veines vésicales, en passant sous l’arcade des pubis : d’où il suit qu’on pratique sur elle la phlébotomie avec avantage, dans les maladies aigués de la vessie, de son col et de l’intérieur du bassin. On a conseillé de la mettre en usage également pour les affections inflammatoires de la verge elle-même, et nous croyons que c’est avec raison; mais, elle offre quelques difficultés, attendu qu’il n’est pas aisé de faire une compression convenable en arrière, à moins de supposer le malade en érection ; en sorte que , pour réussir, il faudrait la presser avec le pouce près des pubis, pendant qu’on en ferait l’ouverture avec la lancette. Au reste , il ne serait pas impossible d’atteindre en même tems l’artère correspondante ainsi que le nerf. Cette saignée n’est presque pas usitée , et c’est à tort probablement.

Quelques veinules des parties latérales et inférieures vont aussi se rendre, par les honteuses externes, dans la grande saphène; mais elles ne présentent rien de particulier.

6°. Les Lymphatiques.

Les uns accompagnent les artères et les veines caverneuses , et vont se rendre dans les ganglions pelviens ; les autres rampent dans la couche superficielle, sont plus gros sur la face dorsale ou sur les côtés de l’organe, et se jettent dans les ganglions de l’aine , que viennent aussi traverser les vaisseaux lymphatiques du gland, et la plupart de ceux du canal de l’urètre : ce qui fait que les chancres, ou autres maladies du gland et du prépuce, produisent si souvent des bubons dans la région inguinale, et que ces bubons peuvent être ellicacement traités par les frictions mercurielles pratiquées sur le pénis ; tandis que les altérations profondes du corps caverneux, sans lésion des couches extérieures, reten= tissent plus particulièrement dans le bassin.

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