DE LA JAMBE
La région de la jambe, analogue à celle de l’avanl-bras, est celle partie du membre inférieur qui est comprise entre le genou et le coude-pied, c’est-à-dire, entre deux pians horizontaux qui passeraient, l’un immédiatement au-dessous de la tubérosité antérieure du tibia , l’autre au niveau de la base des malléoles. Toutefois la jambe n’est pas ainsi comprise dans le vulgaire: elle se terminerait, en avant, à l’angle inférieur de la rotule d’une part, au pli cutané qui corres-
ANATQMIE DES RÉGIONS.
pond à l’articulation tibio-tarsienne de l’autre ; elle serait bornée en arrière par la racine du mollet et la partie supérieure du talon. Il suffît de signaler cette différence pour que l’on évite toute confusion.
La région jambière a la forme d'un cône dont la base serait en haut et le sommet en bas. Dans une bonne conformation, la grosseur doit êire moitié moindre vers la limite inférieure que vers la limite supérieure, en sorte qu’une amputation dans la première partie donne une surface moitié moindre que dans la seconde. Sa direction est verticale, pendant la station debout , les deux jambes étant parallèles et rapprochées l’une de l’autre. On y distingue trois faces et trois bords.
La face interne, à peu près plane, de forme rectangulaire, regarde en avant et en dedans. Elle correspond à la face interne du tibia qui en est la base, et que l’on peut sentir avec les doigts dans toute la longueur de la jambe.
La face externe est généralement convexe ; mais chez les individus fortement musclés, elle présente quelquefois à sa partie supérieure deux plans, dont l’interne est plus étendu et correspond au muscle jambier antérieur , dont l’externe est du au muscle long péronier latéral (Gerdy). Le chirurgien pourrait utiliser cette donnée exceptionnelle, dans le cas où il serait appelé à pratiquer la ligature de l’artère tibiale antérieure à la partie supérieure de la jambe , en faisant l’incision sur la dépression linéaire qui les sépare.
La face postérieure présente dans sa moitié supérieure une saillie plus ou moins grande, selon le développement des muscles ; c’est celle du mollet. Elle est due aux musclés jumeaux, au-dessous desquels se dessinent le méplat du soléaire et l’aponévrose d’abord, puis le tendon de tous ces muscles, le tendon d’Achille, qui se rend, un peu obliquement en bas et en dedans, sur le calcanéum. A droite et à gauche du plan que forme ce tendon esi le commencement de deux
DU MEMBRE ABDOMINAL
gouttières que nous retrouverons dans la région du coude- I pied, les gouttières malléolaires.
Des trois bords, l’interne est mousse , et présente, dans la moitié supérieure de la région, le relief des muscles jumeaux et soléaire sur le bord interne du tibia , dans la moitié inférieure , le bord de cet os ; l’externe, moins large, est formé de haut en bas par le relief du bord externe des muscles jumeau et soléaire, par celui du soléaire seul, enfin par le péroné, qu’arrondissent les muscles péroniers en glissant sur la face postérieure de cet os. Le bord antérieur correspond à la crête du tibia, qui est infléchie sur elle-même en S italique, et qui s’élargit en bas immédiatement au-dessus de la région du coude-pied. La courbure de l’os devient trèsapparente chez les individus très-maigres. M. Gerdy rapporte l’erreur d’un praticien de village qui l’avait prise pour une inflexion rachitique (1).
A. Couche cutanée. La peau de la région jambière est recouverte de poils. Elle est assez épaisse, et moins mobile en avant qu’en arrière.
B. Tissu cellulaire sous-cutané. Il est comparable au tissu cellulaire sous-cutané de l’avant-bras , et se décompose en couches adipeuse et lamelleuse. La première, plus ou moins chargée de graisse selon l’embonpoint général, est épaisse dans la partie supérieure du mollet, et concourt, chez les femmes, à en augmenter le degré de saillie ; au niveau de la naissance du tendon d’Achille et du sixième inférieur du péroné, qui n’est point recouvert par des muscles, elle est beaucoup moins épaisse que partout ailleurs. La seconde, ou fascia superficialis , parfaitement distincte, hormis sur la face interne du tibia et la portion sous-cutané du péroné, renferme les veines saphènes, des vais-
(1) Anatomie des formes, p. 274.
seaux, lymphatiques et des nerfs. La veine saphène interne moule le long de la partie interne de la région, en arrière du bord correspondant du tibia; l’externe s’élève de bas en haut, obliquement d’abord, vers la ligne médiane, puisse place entre les bords contigus des muscles jumeaux, où elle est reçue dans un dédoublement de l’aponévrose d’enveloppe. Le nerf saphène péronier accompagne cette dernière ; le nerf saphène interne côtoie la première. Sur la partie externe de la région descend le nerf cutané péronier. Les vaisseaux lymphatiques se groupent sur le trajet de ces veines; ils sont beaucoup plus nombreux en dedans qu’en dehors.
Les filaments et les lamelles denses du tissu cellulaire sous-cutané , qui fixent la face profonde de la peau au périoste de la face interne du tibia , sont comparables, pour leur disposition, à ceux qui sont situés entre le cuir chevelu et l’aponévrose épicranienne. Des contusions y produisent quelquefois des bosses sanguines, comme dans la région occipito-frontale.
C. Aponévrose d’enveloppe. Cette enveloppe fibreuse se confond avec le périoste de la face antérieure du tibia, ou, pour être plus exact, s’insère sur les bords antérieur et interne de cet os. Elle est mince en arrière, sur le mollet et le tendon d’Achille, et formée de fibres transversales; en avant, elle est épaisse, opaque surtout à la partie supérieure, où l’on remarque des faisceaux fibreux qui s’entre-croisent dans divers sens. Elle donne, à ce niveau, des points d’insertion à des fibres du jambier antérieur : l’adhésion est telle que, si l’on voulait séparer le muscle de l’aponévrose, on couperait nécessairement les fibres charnues. Pour faire une bonne préparation du jambier antérieur, il faut séparer vers le bas de la région une portion de cette aponévrose et la tirer brusquement vers le genou, de manière ù l’arracher ; une couche fibreuse mince reste sur le muscle, qui n’a plus l’aspect déchiqueté que lui donnerait une dissection avec le
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bistouri. Sur le côté externe, l’aponévrose jambière est encore assez forte ; elle s’insère en bas sur la partie du bord antérieur du péroné, qui se dévie en dehors ; une certaine étendue de cet os est en rapport avec le tissu cellulaire souscutané, comme la face interne du tibia. Les muscles antérieurs de la jambe, qui se dirigent en avant sur le dos du pied, et les muscles péroniers qui se portent en arrière derrière le péroné, décrivent un angle à sommet supérieur, dont le fond a de 5 à 6 centimètres d étendue et qui correspond à celle portion du péroné.
L’aponévrose jambière se continue, en haut, avec celle de la région du genou ; elle reçoit, en dedans, des renforcements des tendons de la patte-d’oie ; en dehors, elle prend des insertions sur la tubérosité externe du tibia , la tête du péroné, et reçoit une expansion du biceps. Les ligaments annulaires du coude-pied lui font suite en bas. Elle présente quelques trous par où passent des vaisseaux et des nerfs : le plus remarquable est situé près du bord externe de la jambe, à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs, et donne passage au nerf musculo-cutané péronier. Elle se dédouble sur la ligne médiane, au niveau du mollet, pour former à la veine saphène externe un canal qui sépare ce vaisseau du nerf saphène externe. De sa face interne partent diverses lames dont les unes offrent par leurs deux faces des points d’insertion à des muscles sans aller s’implanter sur les os , dont les autres réunissent à cet usage celui de cloisonner l’intérieur de la région par leur insertion au squelette. Les premières sont l’aponévrose inlermusculaire qui sépare le long du court péronier latéral , et celle qui est placée entre les muscles jambier antérieur et extenseur commun des orteils. Le bord externe de celle-ci apparaît sous l’aspect d’une ligne d’un blanc opaque sur l’aponévrose d’enveloppe , et indique le niveau où doit être faite l’incision de celte membrane dans la ligature de l’artère tibiale antérieure à la par-
lie supérieure de la jambe. Celle lame libreuse se prolonge en dedans de l’exienseur propre du gros orleil el se perd vers la parlie moyenne de la jambe. Les secondes , placées sur le côlé externe de la région , soin au nombre de deux : l’une s’insère sur le bord antérieur du péroné, l’autre sur le bord externe. Les «fuselés de la partie externe de la jambe se trouvent ainsi séparés de ceux de la parlie antérieure et postérieure ; de là trois grandes cavités qui sont toutes ostéo-fibreuses. Comme dans la région de l’avanL-bras , nous allons étudier les parties molles qui y sont contenues, 1° en avant, 2° en arrière, 3° en dehors du squelette, c’est-à-dire, dans les trois gaines que comprend la gaine générale; 4° le squelette , composé de deux os entre lesquels est tendue l’aponévrose inter-osseuse, sera examiné en dernier lieu.
1° La gaîne antérieure est limitée par la parlie antérieure de l’aponévrose jambière en avant, par le ligament inler-osseux en arrière, par la face externe du tibia en dedans, par la partie de la face interne du péroné, qui est antérieure au ligament inler-osseux , en dehors. Les abcès qui sont dans sou intérieur sont bridés par ces parois et s’étendent facilement de haut en bas ou de bas eu haut. Les parties contenues apparaissent dans i’ordre suivant :
Le jambier antérieur est en contact avec la face externe du tibia, creusé en gouttière pour recevoir ce muscle; il présente un corps charnu prismatique et triangulaire, qui cesse en avant sur le tendon terminal dès le tiers inférieur de la région , el dont une certaine quantité de libres ne cessent en arrière qu’au moment où ce tendon , qui s’est dévié en dedans, passe sous le ligament annulaire antérieur du coudepied.
L’exienseur commun des orteils occupe avec le muscle précédent toute la largeur de la gaine, dans le tiers supé rieur de la jambe. Il est, à ce niveau, séparé du jambier antérieur par une lame aponévrotique que nous avons déjà
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indiquée, cl en arrière de laquelle se trouvent, immédiatement appliqués sur le ligament inter-osseux , 1 artère , les veines tibiales antérieures et le nerf du même nom. Dès le tiers moyen, le tendon terminal se dégage sur son bord antérieur et descend en dehors du muscle extenseur propre du gros orteil.
L’cxteuseur'propre du gros orteil ne monte pas dans le tiers supérieur de la jambe. Son bord antérieur, d’abord caché entre le jambier antérieur et l’extenseur commun, apparaît un peu au-dessus du milieu de la région; le tendon terminal , libre en avant, est accompagné par des fibres charnues jusqu’au ligament dorsal du coude-pied.
Les interstices musculaires sont occupés par du tissu cellulaire généralement très-lâche; mais c’est surtout, prèsdela région du coude-pied, où il est comme séreux. On remarque de la graisse entre la moitié inférieure du tibia et la partie correspondante du jambier antérieur. Le décollement des muscles soit avec la pince, soit avec le manche d’un scalpel ou avec une sonde cannelée , est très-facile.
L’artère tibiale antérieure est immédiatement placée sur le ligament inter-osseux dans les deux tiers supérieurs de son trajet; dans le tiers inférieur, elle s’accole au tibia, dont la face interne est devenue antérieure. Ce rapport explique comment la fracture de cet os peut se compliquer d’une blessure artérielle ; de toutes Jes fractures, c’est celle, en effet, où cet accident est le plus fréquent. La direction de ce vaisseau est celle d’une ligne qui , parlant du tubercule du jambier antérieur, irait se rendre au milieu de l’espace inlermalléolaire ; c’est dans ce sens que l’on doit faire l’incision de la peau pour en pratiquer la ligature. Placée dans le tiers supérieur de la jambe, entre le jambier antérieur et l’extenseur commun, elle est, dans les deux tiers inférieurs, entre le premier de ces muscles et l’extenseur propre du gros orteil ; il faut donc , après la section de la peau, du tissu cellulaire
sous-cutané et de l’aponévrose d’enveloppe, chercher l’artère dans l’interstice correspondant. Or, cet interstice est le premier que Ton trouve à partir du bord antérieur du tibia ; on doit faire glisser la peau vers la face interne de la jambe, et se guider sur la crête de cet os. Lisfranc conseillait de faire d’abord de bas en haut une incision oblique, qui, parlant de ce bord , s’en éloignerait supérieurement de trois à quatre centimètres, puis une section transversale de l’aponévrose, pour voir les deux interstices et choisir l’interne. Sans doute ce procédé offre plus de sûreté pour tomber sur l’intervalle désiré, mais il a l’inconvénient, à cause de la profondeur du vaisseau , de gêner les manœuvres ultérieures.
Deux veines sont situées à droite et à gauche de Tarière tibiale, et s’envoienL des rameaux anastomotiques. Le nerf tibial antérieur, situé en dehors de l’artère à la partie supérieure de la jambe, est en avant au milieu , et en dedans à la partie inférieure.
2° La gaîne postérieure est subdivisée en deux cavités par une lame , aponévrolique dans les deux tiers inférieurs de la région, celluleuse dans le tiers supérieur, et qui est tendue du bord interne du tibia au bord externe du péroné. Dans la cavité superficielle sont les muscles jumeaux , plantaire grêle et soléaire; dans la profonde, sont le poplité, le jambier postérieur, le fléchisseur propre du pouce, le fléchisseur commun , et les vaisseaux et nerfs tibiaux postérieurs.
a. Les jumeaux se présentent immédiatement au-dessous de l’aponévrose d’enveloppe. Le tendon qui leur sert d’origine s’étale sur leur face postérieure en une membrane fibreuse qui, chez les personnes dont le système musculaire est bien développé, se traduit sur la face postérieure de la jambe par un méplat. Le nerf saphène péronier descend sur la ligne médiane, entre leurs bords contigus, et séparé de la veine saphène par le feuillet profond du dédoublement aponévrolique qui
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reçoit ce vaisseau. Le jumeau interne descend; plus bas que l’externe, et forme en grande partie la saillie du mollet. Le plantaire grêle esi situé en avant du jumeau externe ; son tendon, long et grêle, descend obliquement vers le bord interne du tendon d’Achille, auquel il finit par s’accoler, et s’insère sur le calcanéum ; il se perd quelquefois dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané. Le coup de fouet, c’està-dire la douleur vive que l’on a ressentie parfois dans un faux pas, a été attribué à une rupture de ce muscle. Une solution de continuité des fibres charnues des jumeaux peut aussi donner lieu au même phénomène.
Le soléaire, aplati d’avant en arrière, présente sa face postérieure au devant des jumeaux et du plantaire grêle, dont elle est toutefois séparée par une couche mince de tissu cellulo-graisseux. Son bord supérieur, oblique de haut en bas et de dehors en dedans, recouvre légèrement le poplité ; son bord interne s’insère au-dessous de ce muscle sur le bord interne du tibia , et un peu sur la face postérieure jusque vers la partie moyenne de la région ; son bord externe s’insère sur le bord externe et sur les deux tiers supérieurs de la face postérieure du péroné. Une aponévrose, étendue de ce dernier os au tibia , règne sur la partie interne de la face profonde ou antérieure du muscle, et forme sur le bord supérieur une arcade fibreuse tendue d’un os à l’autre. C’est au-dessous de celle espèce de pont que s’engagent le nerf sciatique poplité interne, la veine et l’artère poplitées. Je comprends difficilement comment une compression pourrait être exercée par l’arcade fibreuse sur l’artère, et devenir ainsi la cause d’anévrysmes; le nerf et la veine les séparent, en effet, l’une de l’autre. Le nerf, étant immédiatement en rapport avec la corde fibreuse , devrait ressentir le premier les effets d’une compression; d’ailleurs, la contraction des fibres charnues détermine un élargissement dans ce passage, plutôt qu’un rétrécissement. L’aponé-
vrose qui descend sur la face antérieure du soléaire sert de point de ralliement pour arriver sur l’artère tibiale postérieure, dans l’opération de la ligature de ce vaisseau : après avoir écarté le bord interne du jumeau et coupé peu à peu les fibres charnues du soléaire près de son insertion tibiale, de manière à ménager la lame fibreuse dont il s’agit, ori doit y faire une ouverture avec le bistouri, glisser au-dessous la sonde cannelée, l’inciser avec soin, et le paquet des vaisseaux ne sera plus recouvert que par une toile celluloadipeuse.
b. La couche des muscles profonds présente a, dans la moitié supérieure de la jambe, une dépression angulaire dont le sommet, formé par la juxtaposition des bords des fléchisseurs, est dirigé en bas et atteint la partie moyenne de la région; dont la base est en haut, et se continue avec la cavité poplitée; dont les bords sont formés, l’interne par le fléchisseur commun des orteils qui recouvre à ce niveau la face postérieure du tibia, l’externe par le fléchisseur propre du gros orteil; dont le fond enfin, qui correspond au muscle jambier postérieur, est parcouru par les vaisseaux et les nerfs qui occupent la profondeur du mollet. Le nerf sciatique poplité interne gagne le sommet de cet angle ; l’artère poplitée, qui se divise, au-dessous de l’arcade, en tibiale antérieure et tronc libio-péronier, est continuée par ce dernier vaisseau , qui affecte les mêmes rapports dans tout son trajet, c’est-à-dire jusqu’à sa bifurcation en tibiale postérieure et artère péronière. Celle-ci se porte obliquement en bas, en dehors du nerf, pour glisser au-dessous du bord du fléchisseur propre du gros orteil et s’accoler à la partie de la face interne du péroné, qui est postérieure au ligament inter-osseux ; celle-là , moins oblique, se place en dedans du nerf tibial postérieur et descend le long du bord interne du fléchisseur commun. Les artères tibiale postérieure et péronière sont accompagnées par deux veines : un
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seul ironc veineux tibio-péronier accompagne le tronc artériel ; il est situé entre ce dernier et le'nerf tibial postérieur.
p. Dans la moitié inferieure, on voit : en dehors, la partie inférieure du corps du fléchisseur propre du gros orteil, dont le tendon se prolonge sur le bord interne du muscle; en dedans, le fléchisseur commun, qu’accompagnent en dehors des fibres charnues et qui, oblique en bas et en dehors, recouvre le muscle jambier postérieur, lui-même un peu oblique vers la malléole interne. C’est dans l’interstice cellulaire du fléchisseur propre et du fléchisseur commun, immédiatement en avant de l’aponévrose transversale , et au milieu d’un tissu cellulo-graisseux assez lâche, que cheminent les vaisseaux et nerfs tibiaux postérieurs, le nerf continuant son trajet en dehors dés vaisseaux. Le jambier postérieur , plus profond que les muscles précédents , remplit une excavation que limitent le tibia en dedans, le péroné en dehors, le ligament inter-osseux en avant. Semi-penniforme, il se dirige obliquement vers la malléole interne; son tendon terminal glisse en avant et en dedans de celui du fléchisseur commun. L’artère péronière chemine profondément dans l’interstice, cellulaire qui sépare les insertions péronières de celles du fléchisseur propre du gros orteil. Il faut donc couper ce dernier muscle en rasant le péroné, pour pratiquer la ligature de ce vaisseau dans la moitié inférieure de la jambe.
3° La gaine externe de la jambe est limitée par les cloisons inlermusculaires en avant cl en arrière, par l’aponévrose d’enveloppe en dehors, par la face externe du péroné en dedans. Sa forme est conoïde ; la partie la plus large est du côté de la régionjdu genou. Elle renferme les muscles péroniers long et colin, le nerf sciatique poplité externe immédiatement appliqué sur le col du péroné, et qu’il faudrait ménager dans la résection de l'extrémité supérieure de cet os, enfin les divisions terminales de ce tronc lier-
veux. Le nerf rmisculo-cutané descend immédiatement en arrière de la cloison antérieure, et devient sous-cutané vers le quart inférieur de la jambe. Les corps charnusdesmuscles, par leur épaisseur, abritent jusqu’à un certain point les trois quarts supérieurs du péroné de l’action des violences extérieures, et rendent par leur présence son exploration difficile. Les tendons se dévient en arrière, et abandonnent leur rapport avec l’extenseur commun des orteils, qui se détourne en avant. Il résulte de la divergence de ces muscles une dépression angulaire qu’il ne faudrait pas confondre, après une contusion, avec la dépression qui accompagne les fractures, cl que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de coup de hache de Dnpuytren.
h° Squelette. 11 se compose de deux os, le tibia et le péroné. Le premier est le plus volumineux , et supporte tout le poids du corps. Situé à la partie interne du membre, il présente l’aspect d’un prisme triangulaire. Sa face interne et son bord antérieur sont immédiatement en rapport avec le tissu cellulaire sous-cutané; de là la possibilité de les explorer , d’extraire des esquilles , des séquestres , de constater le moindre déplacement dans les fractures ; de là aussi la déchirure assez fréquente de la peau, produite par l’extrémité inférieure du fragment supérieur. Dans les amputations de la jambe au lieu d’élection, c’est-à-dire à deux ou trois travers de doigt au-dessous de la tubérosité antérieure du tibia , le bord antérieur fait une saillie anguleuse sous le tégument ; la moindre compression exercée longtemps par les pièces du pansement peut en amener l’ulcération , en sorte que lajooinie de l’os mise à nu finit [par être frappée de nécrose. Béclard conseillait d’abattre cet angle par un trait de scie oblique, mais il n’en restait pas moins une saillie sur la face interne de l’os j c’est pourquoi Sanson faisait heureusement la section sur cette face.
A partir de la réunion du tiers inférieur avec les deux
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tiers supérieurs, l’épaisseur du tibia va augmentant de volume ; aussi le siège le plus fréquent des fractures est-il à ce niveau. Le trait de la solution de continuité est oblique en bas, en dedans et en avant; il résulte de cette direction que l’extrémité inférieure du fragment supérieur est aiguë. Le déplacement est la règle ; il est dû à la direction de la fracture, au poids du pied qui entraîne en arrière le fragment inférieur, à la contraction tonique du muscle triceps qui tend à porter la jambe dans l’extension sur la cuisse. Les moyens qui ont été employés pour réduire les fragments et maintenir la réduction sont assez nombreux; le meilleur consiste à placer en arrière du membre une gouttière matelassée et munie, sous le jarret, d’un coussin qui porte l’extrémité supérieure du fragment supérieur en avant, tandis que l’extrémité inférieure bascule en arrière. Le genou est, bien entendu, dans une légère flexion. La substance compacte du corps du tibia forme à la cavité médul- I laire des parois épaisses; elle est fréquemment le siège de | nécroses, d’exostoses syphilitiques. L’inflammation de la moelle a , dans quelques cas, produit des abcès dans l’intérieur de l’os : deux fois M. Macfarlane , J de Glascow , a I appliqué une couronne de trépan pour donner une issue au pus. Enfin des hydalides , plus fréquentes néanmoins dans l’extrémité supérieure , ont été observées dans le corps du tibia. Elles amincissent et usent, en se développant , la substance compacte, qui à la longue peut être ployée, et dont les lames offrent quelquefois sous la pression un craquement analogue au bruit que ferait entendre un parchemin froissé entre les doigts. Un canal qui débute par une gouttière longue de A à 18 millimètres et que l’on voit sur la I face postérieure de l’os , règne dans l’épaisseur de la substance compacte. Sa longueur varie de 27 à 80 millimètres. Il loge l’artère nourricière , qui se divise en deux branches, l’une destinée aux condyles, l’autre au corps du tibia. Si ce
vaisseau ne donne pas de sang dans l’amputation au lieu d’élection , c’est que la scie , suivant la remarque de M. Lenoir, en déchire les parois , qui se recourbent en dedans et en obturent la lumière. Dans le cas contraire, on pourrait ouvrir le conduit , lier celle artère ou la tordre ; si elle était ossifiée, une boulette de cire introduite dans le canal arrêterait facilement l’hémorragie.
Le péroné est appliqué par ses deux extrémités sur le tibia et porte à faux dans toute l’étendue de sou corps. Nous avons vu , dans l’étude de la région du genou, qu’il n’atteignait pas le fémur ; nous ferons remarquer, à l’occasion du coude-pied , qu’il descend sur le côté externe de l’astragale.
On conçoit que, n’étant placé ni en contact avec l’extrémité inférieure du premier de ces deux os, ni au-dessus du second, cet os ne saurait transmettre au pied le poids du corps : c’est pourquoi il est des fractures de jambe dans lesquelles il ne se rompt que consécutivement à la fracture du tibia alors qu’il supporte à lui seul le poids du corps ; la solution de continuité se fait, dans ce cas, vers l’extrémité supérieure. Comme son articulation avec le eondyle externe , est lâche, le fragment supérieur jouit d’une certaine mobilité et peut être porté plus ou moins vers l’espace interosseux. C’est d’ailleurs ce qui arrive après les amputations de la jambe. Une substance osseuse de formation nouvelle j soude quelquefois alors l’une à l’autre les extrémités des deux os. Le péroné jouit d’un certain degré de flexibilité; il , échappe ainsi à la fracture quand la puissance qui agit sur lui de dehors en dedans n’a pas une force supérieure. Il est plutôt destiné à des insertions qu’à servir de moyen de support ; aussi est-il entouré par des muscles. Il est difficile de le saisir entre les doigts pour lui imprimer des mouvements. ( Quand on a des raisons dp supposer une fracture dans un point de son étendue, il est bon de recourir à une manœuvre indiquée par M. Larrey, cl qui consiste à comprimer traits-
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versalement la jambe loin du siège présumé de la lésion : si la fracture existe , le fragment qui recevra l’impulsion sera nécessairement porté vers le tibia , et une douleur se fera immédiatement sentir, ou qui plus est, le chirurgien percevra peut-être une crépitation. Formé de substance compacte à l’extérieur, et muni à son centre d’un canal médullaire, le corps du péroné est quelquefois, mais beaucoup moins fréquemment que le tibia, le siège de nécroses. Pour éviter qu’il fasse une saillie à la surface du moignon des amputés, M. Roux conseille de le couper plus haut que le tibia.
L’espace interosseux est occupé par une membrane fibreuse, improprement désignée sous le nom de ligament. Le tibia s’avance perpendiculairement sur le plan de cette aponévrose de toute la largeur de sa face interne, tandis que le péroné ne la déborde que d’une faible étendue. Cette disposition fait que, pendant l’opération de la ligature de l’artère tibiale antérieure, on doit glisser la sonde cannelée sous le vaisseau obliquement de bas en haut et du dernier de ces os vers le premier. En arrière , c’est le péroné qui offre une face perpendiculaire au plan de la membrane , tandis que celle du tibia, oblique dans les quatre cinquièmes inférieurs, ne présente celte direction que dans le cinquième supérieur. Terminé en angle à ses deux extrémités, l’espace interosseux est plus large en haut qu’en bas. Il est nécesi saire, dans l’amputation de la jambe, de contourner sépai rément les deux os avec le couteau , avant de placer la scie sur eux, parce que, dans le temps de l’opération où l’on coupe les muscles jusqu’au squelette , le tranchant de l’insi trumenl est éloigné par les bords osseux des parties molles qui sont cachées dans les angles. L’étroitesse de l’espace • exige l’emploi du bistouri dans les amputations qu’on pratique sur les limites de la région.
V aisseaux et nerfs. Les artères sont contenues dans les cavités ostéo-fibreuses antérieure et postérieure ; l’externe h 6.
ne renferme que des rameaux anastomotiques. Les plaies du bord externe de la jambe ne sauraient donc donner lieu à une hémorragie sérieuse. D’autant plus profonds qu’on les examine plus près du genou, ces vaisseaux sont : la tibiale antérieure, et le tronc tibio-péronier qui, après un trajet d’environ 27 millimètres, se divise en tibiale postérieure et péronière. Vers la partie inférieure de la région, les instruments vulnérants les atteignent plus facilement; la tibiale postérieure est plus particulièrement exposée à des solutions de continuité par instrument tranchant chez les bûcherons, les charpentiers, qui tournent la jambe gauche en dehors et portent la droite en avant pendant qu’avec la hache ou l’herminette ils travaillent des pièces de bois placées sur le sol : si l’instrument porte à faux et glisse, il tend à tomber sur le membre du côté gauche dans la gouttière située entre le tibia et le tendon d’Achille (1). Dans la partie supérieure de leur trajet, ils sont dans l’espace interosseux , à une certaine distance des os ; mais dès le quart inférieur de sa longueur, la tibiale antérieure est en contact avec la face externe du tibia ; dès ses deux tiers inférieurs , la péronière est appliquée sur la face interne du péroné ; dès son quart inférieur, la tibiale postérieure se rapproche de la face postérieure du tibia, dont elle est séparée toutefois parles tendons terminaux des muscles jambier postérieur et fléchisseur commun des orteils. C’est pourquoi les blessures artérielles qui compliquent les fractures de jambe ont presque toujours lieu dans le quart inférieur de celle région ; c’est encore pour cela qu’il est facile de reconnaître à ce niveau la blessure de la tibiale antérieure de celles de la tibiale postérieure et de la péronière, parce que l’instrument vulnérant qui les aurait produites, qu’il ail été porté d’avant en arrière, ou d’arrière en avant, aurait été arrêté soit par le
(1) J Roux. Union médicale, année 1849 , p. 13i).
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libia, soit par le péroné, et n’aurait pu les blesser simultanément. Mais il n’en est pas de même dans la partie supéi rieure de la jambe : la pointe d’une épée pourrait atteindre la tibiale postérieure au travers du ligament interosseux et du muscle jambier postérieur , en traversant les parties molles d’avant en arrière, et, réciproquement, la tibiale antérieure pourrait être atteinte, dans une plaie qui serait produite d’arrière en avant. Aussi les chirurgiens ont-ils recours dans ces cas à la ligature de l’artère fémorale, depuis que Dupuytren a appliqué cette opération aux blessures artérielles compliquant des fractures. En 1 849 , j’ai pu cependant reconnaître quelle était l’artère atteinte, chez un jeune soldat qui était blessé à la parue interne et postérieure de la jambe, en explorant successivement les pulsations de la pédieuse et de la tibiale postérieure derrière la malléole interne. Les battements avaient disparu dans cette dernière, et existaient dans toute leur plénitude sur la première. Malgré l’épaisseur des parties molles, je procédai à une ligature régulière, c’est-à-dire que, une incision longue de onze centimètres, qui passait sur l’ouverture cutanée, ayant été pratiquée à deux centimètres du bord interne du libia, je repoussai en arrière le bord interne du jumeau interne, puis je coupai le muscle soléaire jusque sur l’aponévrose d’insertion qui existe sur sa face profonde ou antérieure; celleci fut incisée sur la sonde cannelée. Au fond de la plaie il fut aisé de reconnaître un trou d’où jaillissait le sang au moment où l’aide suspendait la compression sur l’artère fémorale ; c’était l’ouverture de l’artère tibiale postérieure. Deux fils furent placés l’un au-dessus, l’autre au-dessous : il n’y eut pas d’hémorragie ; les ligatures tombèrent le sixième jour, et le blessé fut complètement guéri au bout de trois semaines.
L’artère tibiale antérieure donne : près du genou , la récurrente tibiale antérieure, dont nous connaissons les anas-
tomoses avec les arliciiîaires inférieures ; près du coudepied , les artères malléolaires interne et externe , sur lesquelles nous devrons revenir ailleurs. La tibiale postérieure fournit des artères aux muscles superficiels et profonds, quelquefois l’artère nourricière du tibia, et constamment, au bas de la région, une branche transversale qui s’anastomose avec une branche correspondante de la péronière. Celle-ci émet encore des rameaux musculaires et se termine à la partie inférieure du ligament interosseux en deux branches, ; l’une antérieure, l’autre postérieure. Celle-là traverse le ligament et s’anastomose avec la malléolaire externe, et presque toujours par un rameau très-grêle, avec la tibiale antérieure; celle-ci descend dans la région du coude-pied.
Les veines superficielles de la jambe forment un réseau très-riche sur les faces interne et postérieure. Elles se rendent dans deux troncs, les veines saphènes interne et ex- ' terne, qui ne font que traverser la région. Leur position entre l’aponévrose et la peau , dans l’épaisseur de la couche Iamelleuse du tissu cellulaire sous-cutané, fait que, n’étant pas soutenues, elles se laissent facilement dilater par le sang qu’elles conduisent contre la pesanteur. Aussi la jambe estelle le siège de prédilection des varices. Quelquefois consi- ; dérables, elles soulèvent sous forme de tumeurs noirâtres et bosselées la peau qu’elles amincissent et qui à la longue finit par s’ulcérer. Quand il en existe sur la face interne du tibia, leur contact avec l’os détermine parfois au niveau de leurs bords une sécrétion de lymphe qui s’ossifie et qui forme une ’ gouttière où la veine se trouve logée. Les varices paraissent alors s’être creusé un sillon sur le tibia. Les veines profondes, au nombre de deux pour chacune des artères, excepté pour le tronc tibio-péronier qui n’en a qu’une, accompagnent rigoureusement ces vaisseaux.
Les lymphatiques superficiels sont très-nombreux. Ils se j concentrent sur la partie anléro-interne de la jambe ; il en
DU MEMBRE ABDOMINAL
est qui accompagnent la saphène externe en dehors et qui , placés dans la moitié inférieure de la jambe, au sein du tissu cellulaire lamelleux , s’engagent dans la moitié supérieure entre les deux feuillets de dédoublement de l’aponévrose d’enveloppe, qui reçoivent la veine comme dans un canal. C’est à cause de celle disposition que Mascagni les rattai chait aux lymphatiques profonds. Ceux qui méritent réellement celle dénomination suivent le trajet des vaisseaux sanguins tibiaux antérieurs et postérieurs et des péroniers; ils vont se rendre dans les ganglions poplités. Les lymphatiques, qui suivent au nombre de deux l’artère tibiale antérieure, se rendent, vers le tiers supérieur de la jambe, dans un ganglion tibial antérieur dont les efférents traversent le ligament interosseux.
Quant aux nerfs , distingués comme les vaisseaux en superliciels et profonds, ils émanent presque en totalité des nerfs sciatiques. L’interne, ou nerf tibial postérieur, donne les nerfs qui animent les muscles poplité, jambier postérieur et long fléchisseur propre du gros orteil, et de petits filets qui suivent l’artère tibiale postérieure, et traversent en définitive l’aponévrose d’enveloppe pour se rendre à la peau. L’interne émet la branche cutanée péronière, le nerf saphène péronier, deux branches récurrentes qui vont dans la partie supérieure du musclé jambier antérieur, et la branche musculo-cutanée. Le nerf saphène interne qui descend le long de la veine de ce nom est une émanation du tronc crural.
Développement et vaxiètés. La jambe ne présente rien de remarquable dans son développement : le corps des os apparaît par un seul point d’ossification, et la soudure aux épiphyses n’a lieu qu’après le développement complet. C’est la seconde dans l’ordre d’apparition des sections qui composent le membre pelvien.
Les artères de la jambe ont un volume variable, et qui
paraît placer ces vaisseaux dans une solidarité complète. Ainsi , par exemple , l’artère tibiale antérieure qui est, dans l’état le plus fréquent, la moyenne pour le calibre, est petite ou môme n’existe pas ; Tarière péronière, devenue plus volumineuse, la supplée par ses branches et sa terminaison; ou bien, la péronière manquant ou étant très-petite, la tibiale postérieure a un plus grand volume et la supplée; c’est parfois enfin la réciproque qui a lien. Nous savons que la tibiale antérieure naît, dans quelques cas exceptionnels, à diverses hauteurs sur Tarière poplitée. On Ta vue se terminer par la récurrente tibiale intérieure , sur la partie moyenne de la jambe, par des branches musculaires, ou bien plus fréquemment dans la région du coude-pied. Comme l’antérieure, la tibiale postérieure s’est détachée quelquefois de la poplitée ; dans ce cas, la péronière venait du prolongement de ce tronc ou de la tibiale antérieure. Enfin, elle se termine quelquefois à la partie inférieure de la jambe et la péronière la supplée en se bifurquant dans la région du coude-pied en plantaire interne et plantaire externe. On conçoit la réserve que commande la possibilité de toutes ces variétés dans les cas difficiles de diagnostic, où Ton chercherait à déterminer, par l’exploration des pulsations de la pédieuse et de la tibiale postérieure derrière la malléole interne, quelle', est l’artère blessée au fond d’une plaie de la partie supérieure de la jambe.