‹ Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 4 sur 128 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

o-Liide sur et infaillible, toujours sage, même dans ses écarts ; nous l'avons consultée, le scalpel à la main, avec une persévérance que rien n'a pu rebuter. Les sujets de toutes espèces ne nous ont point manqué, du reste ^ et nous avons largement mis à profit les immenses ressources dont notre position de cbef des travaux anatomiques à l'Ecole impériale vétérinaire nous a permis de disposer.

Il ne nous suffisait point d'être vrai , c'est-à-dire de décrire iidèlement les organes de l'économie animale. La vérité veut encore être présentée du haut d'un point de vue philosophique qui domine les détails. Il faut à un livre, à un livre d'anatomie surtout, une pensée saillante, qui donne à ce livre sa raison d'être , son originalité, et le mette au-dessus d'un aride catalogue, en formant un tout des mille objets divers dont il traite. Qu'on nous permette d'exposer en quelques mots celle qui a présidé à la rédaction de notre travail.

Parmi les êtres ou les objets qui composent le monde naturel, les animaux se distinguent par la diversité du volume et des formes extérieures. Cette diversité se répéterait-elle dans leur structure interne? Quand l'ordre et la simplicité régnent partout ailleurs au sein de la nature, y aurait-il hà désordre et complication? Compterait-on autant d'organisations diflérentes que d'espèces particulières ? Poser ces questions et les résoudre dans le sens affîrmatif, ce serait faire injure à la sagesse du Créateur. Aussi les premiers naturalistes, guidés par leur instinct plutôt que par leurs connaissances, admirent-ils une certaine uniformité dans la composition des animaux.

C'était une bonne inspiration, qui menaça de s'effacer à l'époque où la science anatomique, répandue et cultivée de toutes parts avec le plus louable empressement , découvrait chaque jour les secrets de l'organisation de nouvelles espèces. Sans guide dans la recherche des analogies, frappés des différences apparentes qu'ils rencontraient à chaque instant sous leur scalpel, les anatomistes de cette époque négligèrent la comparaison des divers animaux. En présence d'une nouvelle forme d'organes, ils croient à l'existence d'un nouvel instrument, et créent un nom nouveau pour le désigner. Alors on fait de l'anatomie humaine, de l'anatomie du cheval, du bœuf, etc. : les riionographies se multiplient ; plus de vues d'ensemble, plus de lien pour rassembler ces matériaux disparates; la confusion commence , le chaos va venir; et le principe des analogies esta la veille d'être englouti sous les ruines de la science.

Heureusement, deux hommes apparaissent, deux génies, deux gloires

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de la France: G, Ciivicr et ElieimeGeonVoy Saint-IIilairc, — deux noms à jamais illuslres, (jue nous aimons à réunir, à leur grand élonnemenl peut-èlre, comme l'expression d'un seul el même symbole.

Le premier, après d'immenses recherches, ose comparer entre elles les innombrables espèces du règne animal ; il saisit leurs caractères généraux, c'est-à-dire les analogies (piiles rapprochent; il pèse ces analogies et les met en regard des différences ; il en étabht de plusieurs sortes et de plusieurs degrés, et il peut ainsi former des groupes naturels, subdir visés eux-mêmes en plusieurs catégories, où les individus se trouvent rassemblés d'après leurs analogies et leurs affinités. Alors le chaos se débrouille, la lumière se fait, le champ de la science s'éclaire ; Vanatomie comparée est créée de toutes pièces, et la structure du règne animal est ramenée aux lois d'uniformité qui brillent dans toutes les autres parties de la création.

Geoffroy Saint-Hilaire suit Cuvier sur le même terrain. Plus exclusif que lui , il néglige entièrement les caractères différentiels pour se laisser dominer par la considération des ressemblances. Il poursuit surtout lu découverte d'une règle fixe propre à guider dans la recherche de ces ressemblances ; tâche difficile, et dangereux écueil contre lequel était venue échouer la sagacité de son illustre émule ! Pour être plus sûr de lui, pour mieux embrasser son sujet, il restreint le champ de ses observations ; c'est surtout la classe des vertébrés qu'il consulte pour deviner l'énigme dont il cherche le mot. Il le trouve enfin, et nous le fait connaître dans des pages mémorables, pages abstraites, où la pensée est souvent obscure et voilée, mais qui n'en resteront pas moins des hymnes magnifiques chantés en l'honneur de Dieu. La forme, dit-il, et les fonctions des organes n'offrent aucune stabihté, leurs rapports seuls sont invariables; eux seuls ne peuvent donner d'indications trompeuses dans la comparaison des instruments de la vie. Il fonde ainsi son grand principe des connexions ; il en étabUt solidement la valeur; il le fortifie par des principes accessoires; il le montre à la jeune génération qui le suit comme une boussole, comme un phare secourable, sous la protection duquel elle pourra marcher à la conquête des analogies avec confiance et sécurité. Alors le sentiment philosophique est décidément introduit dans les recherches sur l'organisation , et l'anatomie devient une véritable science. Admirateur enthousiaste de ces deux grands maîtres, nous nous laisons gloire d'appartenir à leur école : c'est assez dire que la pensée saillante (le noire œuvre a été iii'^piréc par leurs travaux. Ainsi , en compa-

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laiil les organes des espèces assez nombreuses dont nous avons à nous occuper, en décrivant leurs caractères diiïerentieis même , nous avons toujours pris à tâche de démontrer leurs analogies.

Les espérances que Geoffroy Saint-Hilaire fondait sur l'avenir de l'anatomie philosophique ne se sont pas entièrement réahsées. Les naturalistes ont, il est vrai, toujours cultivé celte science admiraWe; M. Lecoq en a conservé les traditions, à l'école vétérinaire de Lyon, dans son enseignement si simple, si clair et si élevé; à Toulouse, un habile et savant professeur, M. Lavocat, en arbore hardiment le drapeau. Mais partout ailleurs, dans les écoles de médecine surtout , l'anatomie n'est-elle pas restée essentiellementmonographique et purement chirurgicale? Aussi beaucoup de médecins et de vétérinaires, ne voyant dans cette science que le côté pratique, pleins de défiance, du reste, à l'égard des théories spéculatives, pourront ne nous savoir aucun gré de nos efforts pour ramener l'anatomie des animaux dans les voies philosophiques. A ceux-là nous n'avons rien à dire : s'ils ne voient pas combien la science grandit et devient facile avec de semblables éléments; s'ils ne comprennent pas tout ce qu'il y a de noble et d'utile dans ces vues généralisatrices ; s'ils ne sentent point les sentiments élevés qui bouillonnent dans l'àme en présence de la simplicité des lois de la nature , c'est que leur pensée n'est pas à l'unisson de la nôtre, e( nous nous garderons bien d'engager avec eux une discussion stérile.

Tel est notre plan : l'avons-nous exécuté d'une manière satisfaisante ? Nous ne nous sommes point fait illusion sur nos forces, et nous reconnaissons volontiers qu'il nous a manqué bien des ressources et bien des (|ualités[)our mener à bonne fm une pareille entreprise. Aussi espérons-nous être jugé avec indulgence. Si nous sommes parvenu à faciliter aux élèves des écoles vétérinaires l'étude si importante de l'anatomie; si notre livre devient entre les mains des praticiens un guide chirurgical utile, si enfin les médecins et les naturalistes trouvent (pi'il peut les aider dans leurs recherches sur Tanatoniie comparée, notre but sera atteint et nous aurons reçu la plus douce récompense à laquelle un écrivain de bonne foi puisse prétendre !

Avant de terminer, le sentiment de la justice et de la reconnaissance ramènera encore sous notre plume le nom de l'honorable M. Lecoq : l'idée de ce livre a été conçue à ses leçons, et c'est à ses leçons que nous avons [)uisé la majeure partie de nos matériaux. yVussi est-ce pour ^alisfaii'c au vcru h; plus inii)éiicux de noire conscience cl de noli'e co'ur

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(jue nous lui avons olleil la dédicace de ce preiniei' essai. Pouvail-il èlre mieux placé que sous son patronage?

Nous avons voulu joindre à son nom celui de M. H. Bouley, ce maître éminent et dévoué , aux conseils duquel nous devons tant, et qui a montré pour nous la plus vive sollicitude dans des circonstances que nous n'oublierons jamais. Qu'il daigne accepter cet hommage comme l'expression de notre sincère reconnaissance.

J'ai trouvé dans l'obligeance et les lumières de M. Uodet un secours très efficace; il me permettra de lui en témoigner toute ma gratitude.

J'ai souvent mis à une rude épreuve la complaisance des élèves qui m'entourent; elle ne m'a jamais fait défaut, et je me plais à les en remercier sincèrement. Mais je citerai particulièrement 31. Violet, dont le zèle intelligent m'a épargné bien des labeurs dans la tâche difficile que je m'étais imposée.

Pour faciliter autant que possible l'intelligence du texte, j'ai fait représenter, d'après nature, les principaux traits de l'organisation des animaux. J'ai été heureux de rencontrer pour ce travail un artiste distingué de notre ville, M. F. Gabillot ; il s'en est acquitté avec le plus grand bonheur, comme on pourra s'en convaincre. 31. P. Lackerbaûer mérite également les plus grands éloges pour l'habileté avec laquelle il a transporté nos ligures sur le bois.

J'adresserai enfin mes derniers remercîments à 31. J.-B. Baillière, Tediteur de ce livre, (jui n'a épargné aucun soin et (jui n'a reculé devant aucun sacrifice pour en faire une belle œuvre typographique.

A. Chauveal.

Lyon, ôU eeiiLeiuljie l8o4.

TABLE DES FIGURES lOTERCALÉES DANS LE TEXTE.

Kig. 1. Squelette ilii chien 3

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