Paupières
I. Les paupières sont des voiles membraneux, placés au-devant du globe de l'œil, qu'ils recouvrent plus ou moins complètement, suivant qu'ils sont rapprochés ou écartés.
Les paupières sont au nombre de deux : l'une supérieure, l'autre inférieure. Un grand nombre d'animaux possèdent une troisième paupière, rudimentaire chez l'homme, et qui se meut de dedans en dehors : on l'appelle membrane clignotante. Fixées au pourtour de la base de l'orbite et unies entre elles par les extrémités correspondantes de leur bord libre, les paupières se continuent par leur lame superficielle, la supérieure, avec la peau du front, l'inférieure, avec celle de la joue. Lus pau- Les dimensions des paupières sont assez considérables pour fermer complévén'^r ^^^^ l'orbite, et pour intercepter entièrement le passage des rayons
vrir le globe lumincux. La hauteur de la paupière supérieure est beaucoup plus considérable de lœii. que celle de la paupière inférieure. La différence va en augmentant à mesure que les paupières se rapprochent.
La paupière supérieure est limitée par le sourcil et par l'arcade orbitaire, qui lui répond exactement ; la limite de la paupière inférieure, moins nette, est marquée par un sillon qui la sépare de la joue, et qui est situé un peu au-dessous du rebord orbitaire inférieur. Le bord libre des paupières est concave quand l'œil est ouvert, rectiligne quand il est fermé. Leur longueur moyenne est d'environ 4 centimètres; mais elle varie considérablement suivant les sujets. 11 s'ensuit que l'espace elliptique dans lequel les paupières écartées laissent le globe de l'œil ;\ découvert, varie dans le même sens; c'est ce qui a motivé les expressions de grands yeux, de petits yeux, qui ne se rapportent nullement aux dimensions réelles, mais seulement aux dimensions apparentes du globe de l'œil. Les bords hbres des paupières ont 2 millimètres d'épaisseur; ils sont coupés carrément, ''libres ne' ^" ^^^^^^ dépens de la face postérieure de la paupière, de manière à
s'oni pas^ intercepter, dans leur rapprochement, un espace ou canal triangulaire, qui serait taillés en Complété en arrière par la surface du globe de l'œil, canal qu'on supposait s'ciseau. largjj. dehors en dedans, pour conduire les larmes vers les points lacrymaux . Rapprochés, ils interceptent une fente étroite, qui peut tout aussi bien servir de conducteur aux larmes, pendant le sommeil, que le prétendu canal triangulaire dont on a pnrlé.
On distingue dans chaque paupière deux portions, séparées par un sillon ; l'une, voisine du bord libre et répondant au globe de l'œil, sur lequel elle est moulée, esl soutenue par un tissu rigide, cartilage tarse, qui l'empêche de changer de forme : c'est la portion oculaire ou tarsiemie de la paupière ; l'autre, qui correspond h l'orbite, est molle, membraneuse et se plisse avec une grande facilité : c'est la portion «rS" ^''f'^r"'' °" "^<^"ibrancusc de la paupière. Cette dernière n'est nullement adaptée a la forme de l'œil ; elle est concave, en avant, de haut en bas, et même transversalcmenl, à la paupière supérieure ; quand celle-ci se soulève, la portion orbitaire forme un ph, au-dessous duquel va se cacher la portion tarsienne. Ce pli, quis'enace quand la paupière s'abaisse au devant de l'œil, ou quand la contraction frontale soiilè\e le sourcil, devient permanent dans la vieillesse, et constitue
Portion oculaire.
OUGANES DE LA VISION
un des éléments de la physionomie X cet âge de la vie. Le sillon de séparation entre la portion tarsienne et la portion orbitaire est peu marqué à la paupière inférieure, du moins dans le jeune âge. Ces bords oflrent à leur lèvre antérieure une triple ou quadruple rangée de
(Fig. 406) {*).
poils durs et roides, arqués, plus nombreux et plus longs à la paupière supérieure qu'à la paupière inférieure, plus longs à la partie moyenne de chaque paupière qu'aux extrémités : ce sont les dis. Leur direction est remarquable : à la paupière supérieure, ils sont d'abord dirigés en bas, puis ils se recourbent en haut, en décrivant un arc de cercle à concavité supérieure; le contraire a lieu pour la paupière inférieure. Il suit de M que les cils de l'une et l'autre paupière s'opposent leur convexité, et que, dans l'occlusion de l'œil, ils se touchent sans pouvoir s'entre-croiser. jamais. Lorsque les cils se dévient et se renversent en dedans, il en résulte de très-graves inconvénients; lorsqu'ils manquent, les bords libres des paupières sont le siège d'une inflammation chronique.
La lèvre postérieure du bord libre de la paupière, ou plutôt l'angle de réunion de ce bord avec la face postérieure de la paupière présente une série assez réguhère de trous, au nombre de 30 A 40 pour la paupière supérieure, de 20 à 30 pour la paupière inférieure, et à travers lesquels la pression fait suinter une matière sébacée, sous la forme de petits vers, qui viennent des glandes de Meibomius.
A la réunion des cinq sixièmes externes avec le sixième interne, le bord libre
(*) Section rerticalu nuléro-postiSrieure de l'orbite et des oryiiues (|u'il contient, les |)au|)icrcs étant close*. — -y. sinus maxillaire. — o, nerf opli(|ue. — Oo, nuiscle urliieulairc des |iau|)iéro.s. — Lp, relcveiir de la paupière. — U», H/, muscles ciroils supérieur et inférieur. — Oi, muscle ubliijue inférieur.
des cils.
Série des orificss des glandes do Itloiboniius.
Tubercules et points lacrymaux.
Commissures des paupières.
Structure (les paupières.
Cartilages tarses
594 SPLANCIJNOLOGIIÎ.
de chaque paupiùre pi-ésenfe un tubercule Irès-remarquable, tubercule la/rymal, lequel est percé d'un Uou visible à l'œil nu : c'est le point lucrymal, orifice du
conduit lacrymal cor-
(Fie. 407) ('). , , ,
^ ^ respondant. La por-
tion du bord libre de la paupière qui est en dedans du tubercule lacrymal , est plus mince, arrondie, et garnie seulement de poils extrêmement fins; elle est en rapport avec la caroncule lacrymale.
Du reste, la paupière supérieure a une hauteur double de celle de l'inlérieure : en sorte que, dans son abaissement, elle descend au-dessous du niveau du diamètre transverse de l'œil.
On appelle angles de l'œil, ou mieux commissures des paupières, les angles que forment, par leur réunion, les extrémités correspondantes des bords libres des paupières. L'angle externe, commissure externe ou temporale, connu aussi sous le nom de petit angle (canthus minor) est aigu et appliqué sur le globe oculaire ; il ne répond pas cà l'extrémité externe du diamètre transverse de la base de l'orbite, mais se trouve à 5 ou 7 millimètres en dedans : d'où la nécessité d'inciser la commissure externe pour faciliter l'extirpation du globe de l'œil.
L'angle interne, commissure interne ou nasale, improprement nommé grand angle de l'œil {canthus major), répond au niveau du bord postérieur de l'apophyse montante de l'os maxillaire supérieur, à 4 ou 5 millimètres en dedans du globe oculaire. 11 est situé dans un plan un peu inférieur à celui de l'angle externe.
II. Structure des paupières. Une charpente cartilagineuse, formée par les cartilages tarses, une membrane fibreuse, une couche musculeuse, deux téguments, l'un muqueux et l'autre cutané, des follicules, des vaisseaux, des nerfs, et du tissu cellulaire : telles sont les parties qui entrent dans la structure des paupières.
a. Cartilages tarses. Semblables, pour leurs usages, à ces cylindres de bois que l'on place au bas des tableaux pour les empêcher de se plisser, les cartilages tarse., au nombre de deux, un pour chaque paupière, sont des lames cartilagineuses, qui occupent le bord libre des paupières et le voisinage de ce bord. Le cartilage tarse supérieur, beaucoup plus considérable, est semi-lunaire et mesure \ centimètre de hauteur à sa partie moyenne. Le cartilage tarse inférieur représente une petite bandelette, dont la largeur uniforme est de 4 millimètres ; l'un et l'autre n occupent pas toute k longueur de la paupière. Leur face antérieure, convexe, iitJTnT T's "^"«'^l^ orbiculaire, dont elle est séparée par un
tissu cellulaire très-hlche. Leur face postérieur., concave, répond d la conjonc-
caroncule lacrymale. - I^ sn!;'.!";;;;;,'.! " '"P""^'"- "■f'^""'^"'-- -
ORGANES DE LA VISION
live, qui lui adhère intimemcut. C'est entre la conjonctive et le cartilage, ou plutôt dans l'épaisseur même du cartilage, que sont logés les follicules de Meibomius. Le bord adhérent des cartilages tarses est mince, et donne attache à la membrane fibreuse, des paupières et à l'aponévrose orbitaire ; en outre, le bord adhérent du cartilage tarse supérieur, qui est convexe, reçoit l'insertion du tendon de l'élévateur de la paupière supérieure. Le bord libre de ces cartilages est leur partie la plus épaisse; c'est lui qui détermine l'épaisseur du bord libre des paupières.
Les cartilages tarses, de même que les ménisques intra-articulaires, sont formés de faisceaux eutre-croisés de tissu conjondif, entre lesquels se rencontrent un petit nombre de cellules de cartilage [fig. 409).
b. Couche cutanée. Remarquable par son excessive ténuité et par sa demi-transparence; les cils en sont une dépendance. On trouve, au voisinage du bord libre, de petites papilles coniques, ensevelies dans la couche muqueuse de l'épiderme, idont la couche cornée n'est point soulevée par elles.
Des glandes sucloripares ordinaires, des follicules pileux peu développés, donnant
Couche cutanée des paupières.
(Fig. 408) (•).
(naissance à des poils follets et auxquels sont parfois annexées de petites glandes pi- 'leuses, se rencontrent dans la peau des paupières.
c. Couche celluleuse. Extrêmement mince, remarquable par l'absence du tissu adipeux dans toute sa portion oculaire : c'est le tissu cellulaire séreux par excellence. Aussi les infiltrations séreuses des paupières sont-elles très-fréquentes.
(*) Section aiitéro-postérieurc delà portion inférieure de la paupière supérieure. — I, épiderinc. — 2, derme. — 3, tissu sous-cutané. — 4, muscle palpébral. — 4', 4", faisceaux de ce muscle allant à la surface muqueuse.— 5, tissu coujonolif lâche entre la couche muscuieuse et le cartilage tarse. — (i. cartilapc «ar»e. - 7, conjonctive palpéhriile. — s, cil». ~ 1), (çluude pileuse des cils. — 10, plande di- Meibomius.
Couche celluleuse.
SPLANCHNOLOGIE.
Couche musculeuse.
Couclie fibreuse.
Ligament de la commissure externe des paupières.
On trouve trois couches fibreuses bien distinctes dans las paupières.
Conjonctive
néllciion de la conjonctive.
d. Couche musculeuse. Ello est formée par la portion palpébrale ou ciliaire del 'orbiculaire (voy. 1. 1, p. 612), qui contraste par sa p<11eur avec la portion orbitaire du mûmc muscle, de couleur rouge. Indépendamment de cette coucbe musculeuse, les paupières ont un muscle extrinsèque, l'élévateur de la paupière supérieure; mais ce muscle ne concourt à la formation de la paupière que par son aponévrose, qui s'insère au bord supérieur du cartilage tarse. Le droit supérieur envoie également à la paupière supérieure, et le droit inférieur à la paupière inférieure, une petite expansion aponévrotique.
e. Couche fibreuse . Une membrane fibreuse, à laquelle on a donné le nom de ligament large, naît du pourtour de l'arcade orbitaire et vient s'insérer aux bords correspondants des cartilages tarses. Cette membrane, très-forte et très-résistante au .niveau dè la moitié externe de la base de l'orbite, diminue d'épaisseur au niveau de la moitié interne de cette base, surtout en dedans de la paupière supérieure, où elle dégénère en tissu cellulaire.
On peut appeler ligament palpébral externe des paupières un raphé fibreux horizontalement étendu de cet angle à la base de l'orbite. Ce raphé, qui se bifurque au niveau de l'angle externe, pour aller s'insérer à l'extrémité externe de l'un et de l'autre cartilage tarse, représente assez bien, en dehors, le tendon du muscle orbiculaire, qui se bifurque également, pour aller se rendre à l'extrémité interne des mômes c^artilages.
Si l'on divîse ce raphé, on voit qu'il existe au-dessous de lui des trousseaux fibreux extrêmement résistants, qui naissent de la paroi externe de l'orbite, et qui viennent s'épanouir dans l'épaisseur de la paupière supérieure (1 ).
Indépendamment de la membrane fibreuse propre, les paupières présentent deux autres couches fibreuses dans leur épaisseur, savoir, pour la paupière supérieure : i " une deuxième couche, formée par l'aponévrose de terminaison du muscle élévateur de la paupière supérieure, à laquelle vient se joindre une expansion très-ténue du muscle droit supérieur ; 2° une troisième couche, formée par la portion palpébrale de l'aponévrose orbito-oculaire. Les cartilages tarses sont sur le même plan que la première couche fibreuse. La paupière inférieure présente, indépendamment de sa membrane fibreuse propre, 1° une expansion du droit inférieur, et 2° la portion palpébrale inférieure de l'aponévrose orbito-oculaire.
f. Couche muqueuse ou conjonctive palpébrale. La face postérieure des paupières est revêtue par une membrane, qui recouvre aussi l'hémisphère antérieur du globe de l'œil. Cette membrane s'appelle conjonctive, adnata, parce qu'elle unit les paupières au globe de l'œil. Pour en faciliter la description, on peut supposer qu'elle part du bord libre de la paupière supérieure, où elle se continue avec la peau, recouvre toute l'épaisseur de ce bord, puis la face postérieure du cartilage tarse, auquel elle adhère intimement, et continue son trajet ascendant, derrière la couche aponévrotique de la paupière, jusque sous l'arcade orbitaire. Là, elle se réfléchit sur la partie antérieure du globe oculaire, en formant un cul-de-sac entre cet organe et la paupière supérieure, revêt toute la partie antérieure de l'œil, et se réfléchit une seconde fois sur la face postérieure de la paupière inférieure, en formant un cul-de-sac analogue au cul-de-sac supé-
(0 Ce trousseau fibreux a été parfaitement décrit par Tenon, sous le tilre de hf/ament angulaire externe des paupières. On sent distinctement, dit-il, ce liçamcnt clieï homme vivant, en appuyant un peu fortement le bout du doigt entre le bord de l'orbite et angle externe des paupières. Tenon a dgalem&nt mieux décrit qu'on ne l'avait fait les ligaments de l'angle interne des paupières. {Mémoires sur Pannt., I80fi, t . I, p. 205 )
ORGANES DE LA. VISION
>rieur. Devenue ascendante, la conjonctive tapisse la face postérieure de la paupière inférieure, revêt le cartilage tarse et se continue avec la peau.
On peut donc distinguer dans la conjonctive deux portions, la conjonctive palipébfrale et la conjonctive oculaire.
En dedans du globe de l'œil, la conjonctive forncie un petit repli semi-lunaire, à concavité dirigée en dehors, et qu'on peut regarder comme le vestige de la itroisième paupière des animaux : on l'appelle improprement membrane cli- ^otante. C'est une simple duplicature de la conjonctive, destinée à faciliter les tmouvements de latéralité du globe oculaire, et qui s'efface en grande partie quand l'œil se dirige en dehors. Les deux feuillets qui la constituent, ne sont séparés que par un peu de tissu conjonctif. En dehors, la conjonctive s'enfonce profondément entre les paupières et le globe de l'œil, pour former un cul-de-sac trèstremarquable. Au niveau des tubercules lacrymaux, elle pénètre dans les points du même nom, pour aller tapisser les voies lacrymales et se continuer par leur intermédiaire avec la pituitaire.
La conjonctive représenterait un sac sans ouverture, comme les séreuses, si les (paupières étaient réunies. Comme les séreuses, elle est destinée à revêtir deux surfaces qui glissent l'une sur l'autre, et, en effet, sa ténuité, sa transparence, les ladhérences filamenteuses qu'on observe quelquefois entre les surfaces contiguës, l'avaient fait rayer du nombre des muqueuses, pour la classer parmi les séreuses. Mais sa continuité avec la peau, sa structure, les glandes qui occupent son épaisseur ou sa face profonde, doivent la faire maintenir parmi les membranes tlégumentaires internes ou membranes muqueuses.
Par sa surface extérieure, la conjonctive adhère, d'une part, à la face postérieure les paupières, d'autre part, à la face antérieure du globe oculaire. Les adhérences ;ont très-intimes dans toute la portion palpébrale de la conjonctive, qui est fixée l'une manière invariable aux autres parties de la paupière. Elles ont lieu, dans la 'égion orbitaire des paupières, par l'intermédiaire d'une couche très-mince de issu conjonctif serré, dans la région tarsienne, sans l'interposition d'une couche ntermédiaire, de sorte que, sur une coupe, l'aspect seul des tissus établit la limite entre le cartilage tarse et la muqueuse qui le recouvre {fig. 408). Au niveau iu cul-de-sac conjonctival et surtout dans la portion qui répond à la sclérotique, les adhérences de la conjonctive sont extrêmement lâches et permettent des déplacements faciles et étendus de cette membrane ; elles sont produites par des (raciîus de tissu conjonctif, mélangés de nombreuses fibres élastiques et de quelques cellules adipeuses. Au pourtour de la cornée, les adhérences redeviennent intimes, ou plutôt la couche fondamentale de la conjonctive, de même que la sclérotique, ne continue avec le tissu propre de la cornée, tandis que son épithélium seul se prolonge au-devant de cette dernière.
La surface interne ou libre de la conjonctive, incessamment humectée par les produits de sécrétion des glandes conjonctivales et par les larmes, présente, au premier abord, un aspect lisse analogue à celui des séreuses. En y regardant de près, cependant, on reconnaît qu'au niveau des cartilages tarses, cette surface «8l inégale, comme chagrinée, ce qui dépend de nombreuses dépressions dans lesquelles on a voulu voir autant de glandes en tube. Dans la portion orbitaire des paupières, la surface de la conjonctive est irrégulière, mamelonnée, et présente de nombreuses papilles qui soulèvent l'épilhélium, surtout vers le fond desculs- •de-sac.
Deux couches superposées constiluent la conjonclivc : une couclie fondamcn-
Membrano clignotante.
La conjonctive n'est point une séreuse.
Face externe.
Face interne.
Strucliire.
SPLANCIINOLOGIli.
Cborion.
taie, ou chorion muqiieux, qui se continue avec le derme au niveau du bord libre des paupi(>res, et une couche épithéliale, qui se continue avec l'épidernie.
Le chonon mucjueuxde la conjonctive, dont l'épaisseur est d'environ 0""",2, se compose d'une couche serrée de tissu conjonctif réticulé, dans les mailles duquel sont déposées une multitude de cellules analogues aux corpuscules lymphatiques {cellules lymphoîdes). A sa surface, ce tissu, que Henle désigne sous le nom de subsiance glandulaire conylobée, est limité par une couche très-mince de substance homogène, qui supporte l'épithélium.
La portion tarsienne de ce chorion est dépourvue de papilles proprement dites, si ce n'est vers le bord adhérent des cartilages, où l'on trouve parfois quelques petites saillies papillaires, enfouies complètement dans l'épithélium et ne faisant aucun relief à la surface de la muqueuse. Dans le reste de la conjonctive palpébrale, on trouve de véritables papilles, en forme de verrue ou de champignon, soulevant l'épithélium et présentant en moyenne 0"'"',2 de hauteur. Ces papilles sont surtout développées au voisinage du cul-de-sac conjonctival. A la surface du globe oculaire, la conjonctive est lisse et dépourvue de papilles, tpithélium. L'épithélium de la conjonctive présente des caractères différents suivant les points où on l'observe. L'épiderme de la peau se prolonge, en s'amincissant, sur le bord Ubre des paupières jusqu'à la lèvre postérieure de ce bord ; là il se continue avec un épithélium pavimenteux stratifié, qui occupe toute la portion tarsienne des paupières. Cet épithélium, dont l'épaisseur est de 0°"»,07o (Henle), est composé de trois à cinq couches de cellules, aplaties à la surface, sphériques dans la profondeur ; au delà du bord adhérent des cartilages tarses, il est remplacé par un épithélium cylindiique stratifié, qui mesure jusqu'à O^^jOS d'épaisseur Au niveau de la conjonctive bulbaire, enfm, on retrouve un épithélium pavimenteux deU'»"',06 d'épaisseur, et qui s'amincit de plus en plus à mesure que l'on approche de la cornée, sur laquelle il se continue et représente toute la conjonctive cornéenne.
Les glandes annexées a la conjonctive sont de divers ordres. Outre les petites glandes sébacées, a])-pe\ées glandes ciliairesj)VLr M. Sappey,etdont il a été question à l'occasion des follicules des cils, les glandes de IHeibomivs, logées dans l'épaisseur des cartilages tarses, et la caroncule lacrymale, on distingue :
1° Des glandes m tube, sortes de dépressions en cul-de-sac de la couche homogène du chorion muqueux, tapissées intérieurement d'un épithélium cylindrique très-régulier, dont les cellules tranchent nettement sur les cellules arrondies de l'épithélium superficiel. Ces glandes, qui sont très-nombreuses, occupent l'épaisseur du chorion muqueux ; elles sont dirigées obliquement par rapport à la surface de la conjonctive, et mesurent en moyenne 0'"'",4 en longueur (Jig. 409).
2» Des glandes en grappe, situées sous la muqueuse (glandes sous-conjonctivales, Sappey), et qu'on rencontre en assez grand nombre (jusqu'à 20) au niveau du cut-de-sac conjonctival supérieur ; il en existe moins à la paupière inférieure. Ce sont de petits grains glanduleux, de 0'-",t àO""",o de diamètre, de forme lenticulaire ou sphérique, composés d'un certain nombre de lobules parfaitement analogues à ceux des glandes lacrymales, et donnant naissance à un petit canal excréteur commun, qui s'ouvre dans le cul-de-sac conjonctival. On les a désignées aussi sous le nom de qlandules lacrymales accessoires.
3» La glande lacrymale palpébi-ale, séparée de laglande lacrvmale orbifaire par plusieurs trousseaux fibreux, occupe le côté externe de la paupière supérieure, et atteint le bord supérieur du cartilage tarse. Celte glande, très-dévcloppée chez
Glandes en tube.
f.landei en grappe.
Glande lacrymale palpébrale.
ORGANRS DE LA VISION
quelques sujets, est recouverte par une lame fibreuse assez épaisse et par la conjonctive, à travers laquelle ses granulations se manifestent lorsqu'on renverse et
(Fig. 4U9) (*).
qu'on tend fortement cette paupière. Du reste, cette glande est formée par des Lgrains juxtaposés, mais bien distincts, pourvus de conduits excréteurs, qui, d'après les recherches de M. Sappey, s'ouvrent en grande partie dans les canaux excréteurs provenant de la glande lacrymale orbitaire.
4" Les glandes de Meibomius sont des séries de follicules sébacés, situés sur la face postérieure des deux paupières, dans l'épaisseur des carlilages tarses. Elles représentent [fig. 408) desligries jaunâtres, verticales et parallèles, tantôt droites, tantôt ■curvilignes, qui ne font nullement relief à la face postérieure des paupières, et dont la hauteur est mesurée, en général, par celle des cartilages. Quelquefois cependant une de ces glandes, arrivée au voisinage du bord adhérent du cartilage tarse, se réfléchit sur elle-même, pour se terminer, après un certain trajet, entre les glandes voisines. Chacune de ces lignes, dont le nombre est de vingt-cinq à trente pour :;haqae paupière, est constituée par un canal rectihgne ou légèrement tortueux, Je 0'1'",I de diamèire environ, dans lequel viennent s'ouvrir, en affectant une disposition régulièrement alterne, un nombre considérable de petites branches, ter- Binées par un petit nombre de vésicules glandulaires. Tous ces canaux viennent îux-mèmes s'ouvrir très-réguhèrement près de la lèvre postérieure du bord libre les paupières, par une rangée d'orifices disposés suivant une seule ligne. Je n'ai ïamais vu deux rangées d'orifices, ainsi que Zinn dit l'avoir observé. Si, i\ l'aide l une pince, on comprime les paupières au niveau du cartilage tarse, on voit « échapper par ces orifices une espèce de cire, sous la forme de petits vers conournés un grand nombre de fois sur eux-mêmes. Du reste, on voit quelquefois les'
n Section à travers In portion larsienno de In conjonctive. - I, dnithéliiiin. - 2, L'Iamle iiii cœciini. - , mu<|iipiis(^. — 4, tis^u du narlllagc tnrse. ' ^ .
Ses conduits excréteurs.
Glandes de Meibomius.
(Chaque stSriedcs folliculcss'ouvre dans un canal torluenx
SPLANCHNOLOGIIî.
La caroncule lacrymale est un groupe de rollicules sébacés.
Procédé pour mieux voir les petits poils de
la caroncule.
Artères cl veines palpébrales
petits canaux linéaires communiquer entre eux au niveau du bord adhérent du cartilage tarse; d'autres Ibis, ils se l)ifurquenl.
Les glandes de Meibomius appartiennent à la classe des glandes sébacées, et sécrètent une matière grasse finement granulée. Un épithélium pavimenteux et une membrane propre très-mince constituent leur paroi, qu'il est impossible de séparer de la substance des cartilages tarses. C'est la cire des glandes de Meibomius qui s'oppose à ce que les larmes coulent au-devant des paupières ; leur sécrétion surabondante et morbide porte le nom de chassie.
l^o ha caro7icv,klac>yma1e est une petite éminence, occupant l'angle interne des paupières, en dedans du repli semi-lunaire delà conjonctive. Son volume est celui d'un grain de blé. Interposée aux bords libres des paupières, dans cette espèce d'appendice du bord libre qui est intermédiaire à la commissure interne et aux tubercules lacrymaux, la caroncule lacrymale occupe un plan postérieur à ces
bords ; en sorte que sa présence ne s'oppose pas à leur contact mutuel. Revêtue par un repli de la conjonctive, qui lui donne un aspect rougeâtre, elle présente à sa surface un grand nombre de pertuis, par lesquels on voit suinter une espèce de cire, et plusieurs petits poils, qui peuvent acquérir une certaine longueur et devenir cause d'oplitlialmie. Pour bien voir les orifices et les poils, toujours blonds et quelquefois très-nombreux, de la caroncule lacrymale, il faut la couvrir d'une couche d'encre ou de solution de carmin, et l'examiner ensuite à la loupe. Elle limite en dedans un espace pyramidal dont le sommet est en arrière et la base en avant, et que limitent en dehors le glol)e de l'œil, en haut le bord de la paupière supérieure, en bas celui de la paupière inlérieure. Cet espace, dans lequel les larmes s'accumulent, est désigné sous le nom de lac lacrymal; les points lacrymaux sont "dirigés vers le lac lacrymal, oii ils absorbent les larmes.
La caroncule lacrymale est constituée par un groupe de follicules pileux, au nombre de quinze environ, dans lesquels viennent s'ouvrir de petites glandes pileuses lobulées ; le tout est entouré d'une quantité notable de graisse.
g. Vaisseaux- et nerfs des paupières. Les artères des paupières sont cxtr(îmemeat nombreuses ; elles forment, pour chaque paupière, une arcade placée entre le
(•) Coupe verticale et transversale de la caroncule lacrymale et des conduits lacrymaux : A, grandeur naturelle ; - B, moitié supérieure grossie - I, lumière du conduit lacrymal ; - 2, épithélium, couche superficielle a pe ites cellules. -3, le même, couche profonde. - 4, propria. - S, coupe transversale du faisceau du muscle orbiculaire palpébral. - 6, conjonctive. - 7, revêtement coniouclival de la caroncule lacrymale. — 8, poils de la caroncule. — 9, graisse.
ORGANES DE LA VISION. 601
muscle palpébral et le cartilage tarse, lY quelques millimètres au-dessous du bord libre de ces derniers.
Ces arcades sont formées principalement par les artères palpéhrales, branches de l'ophthalmique (v. t. III, p. tOO et 101), qui s'anastomosent, vers l'angle externe des paupières, avec la branche palpébrale de la temporale superficielle (t. III, p. 8*<) (palpébrale externe supérieure, Sappey) et la branche palpébrale de la lacnjmale (t. III, p. 98), (palpébrale externe inférieure), qui parcourent un trajet flexueux le long du bord adhérent des cartilages tarses, et se ramifient dans la couche musculeuse et dans la peau. En outre, les paupières reçoivent des ramifications de toutes les artères des régions voisines : de l'artère frontale, en haut, de la temporale antérieure, en dehors, delà faciale et de la nasale externe, en dedans, de la sous-orbitaire et de la transversale de la face, en bas. Enfin, l'artère lacrymale et les ciliaires longues fournissent de nombreux vaisseaux à la conjonctive palpébrale et aux glandes de Méiboraius.
Les veines des paupières naissent principalement des bords libres, où elles forment deux réseaux séparés par le cartilage tarse. Le plexus veineux superficiel ou sous-cutané, situé au-devant du cartilage tarse, résulte des nombreuses anastomoses entre les veinules émanées des follicules ciliaires et de leurs glandules sébacées ; de sa périphérie partent une multitude de rameaux qui, à leur tour communiquent entre eux par des anastomoses et se jettent, ceux de la paupière'supé- ■ neure, dans une arcade veineuse située au niveau du sourcil et qui unit entre elles la veine temporale et la veine ophthalmique ; ceux de la paupière inférieure dans la veine faciale. Le plexus veineux sous-conjonctival provient en grande' partie de la conjonctive, et fournit de petites branches qui vont se jeter dans le tronc de la veine ophthalmique, après s'être réunies aux veines ciliaires antérieures et avoir traversé avec elles les insertions des muscles droit supérieur et droit inférieur de l'œil.
Les lymphatiques des paupières vont se jeter dans les troncs qui suivent le fra jet de la veine faciale et aboutissent, les uns, aux ganglions maxillaires, les autres, aux ganghons parotidiens.
Les nerfs des paupières viennent de deux sources H » du facial, ce sont les nerfs ^..r- , . du mouvement; 2^ de la cinquième paire, ce sont les nerfs du sentimen e t/u? uns et les autres sont très-nombreux.
Usages.Les paupières protègent l'œil contre l'action de la lumière, contre celle „„
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surlace de 1 organe, sur lequel elles ont aussi pour office d'étaler le fluide h '"'"i^'^''" crymal, autre manière de protéger le globe del'œil contre l'action de l'air Les" paupières, en s interposant entre l'œil et les objets extérieurs, mettent l'exercice léLZTr' de la volonté. La présence de la glande lacrymale pal-
Ïes alTî'P^ '^rr -«'^ ^^""^ide et les larmes ont pu Le sécré-
tées après 1 extirpation de la glande lacrymale proprement dite.
3. MusclRs de l'œil et releveur de la paupière supérieure, r^vf./i''^' ^""^""''^ ""^"^ ^'""'^'^^ ^«"^"^^ ''^ l<î'e d'une énarthrose dans.i
mou^^lmenf f ' T «'««'"'^"dire deux pour les
•Mouvements autour de chaque axe.
Préparalioii des muscles de l'oeil.
3PLANCHN0L0G1E.
Les muscles de Vœil sonl, en elfet, au noml.re de siv et. se distinguent en L.es droits et en obhques. Il y a
(FiR. 411) (*)• quatre muscles droits et deux
obliques. Nous étudierons en môme temps le rehiveur de la paupière supérieure, qui a des connexions si grandes avec le muscle droit supérieur. En tout, sept muscles.
Préparation. Enlever la voûte de l'orbite par deux traits de scie, qui se réunissent à angle aigu sur le trou optique; faire attention à ce que Je trait de scie interne n'intéresse pas la poulie cartilagineuse du grand oblique, et que le trait de scie externe passe audessus de l'apophyse orbi taire externe. Disséquer avec de minutieuses précautions les insertions de ces muscles au fond de l'orbite. Ces insertions sont disposées suivant deux cercles fibreux : l'un autour du nerf optique, et l'autre autour du nerf moteur commun. Les insertions qui ont lieu au-dessus du nerf optique, tiennent à la dure-mère et au périoste et nullement aux os; celles qui ont lieu au-dessous de ce nerf tiennent plus fortement aux os. L'oblique inférieur ou petit oblique est le seul qui ne s'insère pas au fond de l'orbite.
Pour bien voir les insertions orbitaires antérieures de ces muscles, il faut, à l'exemple de Tenon, les disséquer en écartant ou séparant les parties et non en les divisant avec le scalpel.
Les faisceaux orbitaires des muscles droit externe et droit interne de l'œil avaient été indiqués par Zinn; ceux des muscles droit supérieur et droit inférieur ont été indiqués par Tenon. Ces faisceaux, oubliés ou négligés par les anatoraistes, ont dû être recherchés et retrouvés à l'occasion de la straboioniie.