SECTION III. — DU CENTRE NERVEUX ENCÉPHALO-MÉDULLAIRE
Pour décrire méthodiquement les diverses parties constituantes du centre nerveux encéphalo-médullaire, nous procéderons de bas en haut et du simple au composé, en suivant l'ordre tracé par l'histoire du développement, c'est-àdire qu'après avoir étudié la moelle épinière, nous passerons successivement en revue : 1° les organes qui dérivent de la troisième vésicule encéphalique : bulbe, protubérance, cervelet et la cavité du quatrième ventricule, qu'ils limitent; 2° ceux qui proviennent de la deuxième vésicule encéphalique, tubercules quadrijumeaux et pédoncules cérébraux, avec Vaqueduc de Sylvius ; 3° enfin ceux qui naissent de la première vésicule encépbalique et des vésicules cérébrales, couches optiques, corps striés, avec le ventricule moyen, et hémisphères cérébraux, avec les ventricules latéraux.
§ 1. — MOELLE ÉPINIÈRE
La moelle épinière (peXo; ça.yj.~r,ç) est cette tige nerveuse blanche, cylindroïde, aplatie d'avant en arrière, symétrique, qui occupe le canal rachidien et qui se continue, en haut, avec la masse encéphalique, sorte d'épanouissement, de couronnement de la moelle (1). Le nom de moelle lui vient d'une analogie grossière de situation et de consistance avec la moelle des os longs. Chaussier
(l) Ce fut en étudiant la moelle épinière et le cerveau des serpents et des poissons que Praxagoras, cité par Galien, émit l'idée que le cerveau était une production de la moelle. Tous les anatomistes anciens qui ont étudié le cerveau et la moelle chez l'homme, chez les oiseaux et chez les mammifères, ont, au contraire, regardé la moelle comme un prolongement, un appendice du cerveau {tanquam cerebri eff'usionem, Ruf.). On a même longtemps décrit la moelle comme le nerf principal de l'économie, sumrnus in corpore humano nervus. Plus tard, on revint à l'opinion de Praxagoras, et la moelle épinière fut généralement considérée (Reil, Gall, Tiedemann) comme la partie fondamentale du système nerveux, dont le cerveau ne serait qu'une sorte d'efflorescence.
MOELLE EP1N1ÈRE
Limites de la moelle.
lui a substitué le nom de prolongement rachidien; mais la dénomination de moelle épinière étant généralement reçue et ne pouvant d'ailleurs donner lieu à aucune erreur, mérite d'être conservée (1).
Les auteurs, ne sont pas d'accord sur les limites supérieures de la moelle épinière. Une limite naturelle, du moins à la face antérieure, serait bien évidemment le sillon qui sépare le bulbe achidien de la protubérance Supérieure, annulaire, sillon qui, à raison du volume considérable de cette protubérance chez l'homme, est beaucoup plus prononcé que chez les autres animaux vertébrés pourvus, comme lui, d'une protubérance. Mais les changements considérables que présente la portion supérieure de la moelle ainsi comprise, ont engagé les anatomistes à décrire à part, sous le nom de bulbe rachidien, tout ce qui est situé au-dessus du point où commence l'entre-croisement des pyramides ; de sorte que l'on s'accorde généralement aujourd'hui, avec Haller, Boyer, Meckel, à établir pour limite supérieure de la moelle le trou occipital, ou plutôt un plan horizontal passant par le bord supérieur de l'arc postérieur de l'atlas, et à considérer le bulbe rachidien, lequel est contenu dans la cavité crânienne, comme appartenant à la masse encéphalique. Quant à la limite inférieure de la moelle, il s'en faut bien qu'elle soit celle du canal rachidien. Nous verrons que, chez l'adulte, la moelle n'occupe que les régions cervicale et thoracique de la colonne vertébrale et qu'elle ne s'étend guère au delà de la deuxième vertèbre lombaire, où elle se termine en pointe. Les régions lombaire et sacrée du canal rachidien sont occupées par le faisceau de nerfs connu sous le nom de queue de cheval (2).
Inférieure .
(1) La première description de la moelle qui soit digne d'être mentionnée a été faite par Huber (De medullâ spinali, Gœttingas, 1741) ; elle a servi de base aux travaux de Haller (Elem. physiol., t. IV, sect. Irc}, de Mayer, qui en a publié une belle planche en 1779, et peut-être d'Alexandre Monro (Observations on the Structure, 1783). Sœmmering, Reil et Gall, qui se sont occupés avec succès des autres parties du système nerveux, ont passé légèrement sur la moelle épinière. Chaussier (De l'encéphale en général et en particulier), Keuffel, dans sa dissertation inaugurale (De medullâ spinali, 1810), dédiée à Reil, son maître, Rolando (Ricerche anatomiche sulla struttnrn del medollo spinale, Torino, 1824), ont rempli les vides de la science à cet égard. On trouve une bonne description de la moelle dans l'ouvrage d'Ollivier sur les maladies de la moelle épinière. Depuis l'application du microscope aux études anatomiques, de nombreux travaux ont été publiés sur la moelle.
(2) La limite inférieure de la moelle n'a pas été assignée avec la précision que réclame une question aussi grave : suivant Winslow, la moelle épinière finit au niveau de la première vertèbre lombaire ; Morgagni l'a vue descendre jusqu'à la deuxième ; Keuffel l'a vue atteindre la troisième vertèbre lombaire sur un individu, et s'arrêter à la onzième dorsale cbez un autre. Les divergences des auteurs à ce sujet tiennent : 1° aux variétés individuelles que présente la moelle ; 2° à la différence d'acception qu'on a pu donner aux mots extrémité inférieure de la moelle, les uns limitant la moelle à la partie renflée, les autres à la partie effilée de cette extrémité inférieure. Il résulte d'expériences que j'ai faites à cet égard, et qui consistent à enfoncer horizontalement un scalpel d'avant en arrière, dans le disque intervertébral qui sépare la première de la deuxième vertèbre lombaire, il résulte, dis-je, de ces expériences qu'il existe des variétés, chez les différents sujets, sous le rapport de cette terminaison, et que l'attitude des cadavres, l'état de flexion ou d'extension de la tête et du rachis peuvent influer sur la limite inférieure de la moelle, mais qu'en général le renflement ou la base du cône qui termine la moelle répond au corps de la première vertèbre lombaire, et le sommet du cône, à celui de la deuxième.
La moelle épinière est susceptible d'allongement et de rétraction : elle s'allonge dans
Limite inférieure
de la moelle.
Divergence des auteurs à ce sujet.
Expériences.
INEVROLOGIE.
Sa situation.
Sa quadruple enveloppe protectrice .
Moyen de fixité.
Longueur
de la
moelle.
Volume de la moelle.
Du volume de la moelle dans la série des animaux vertébrés.
Volume comparatif
de la moelle et de l'encéphale.
Le volume
de la moelle est plus considérable
chez
l'homme
que chez les
autres
animaux.
La moelle épinière est située à la partie postérieure et médiane du tronc, en arrière des organes de la digestion, de la circulation et de la respiration (I).
La colonne vertébrale, la dure-mère, l'arachnoïde et la pie-mère lui forment une quadruple enveloppe : la première, une enveloppe osseuse ; la deuxième, une gaîne fibreuse ; la troisième, une gaine séreuse; la quatrième, une gaîne propre, à la fois fibreuse et vasculaire. Cette dernière membrane est exactement moulée sur la moelle épinière, dont elle soutient et comprime doucement toutes les parties.
La moelle épinière ne flotte pas librement dans le canal vertébral : elle est maintenue, de chaque côté, par un ligament qu'on appelle ligament dentelé.
La longueur de la moelle épinière est, chez l'adulte, de 35 à 40 centimètres. Sa circonférence est de 27 millimètres dans sa portion la plus étroite, et de 40 millimètres dans sa portion la plus volumineuse. Mais la détermination du volume absolu de la moelle est bien moins importante que l'appréciation du volume relatif de cet organe considéré par rapport à la totalité de l'encéphale et à la capacité du canal rachidien, et que l'étude des différences de volume qu'elle présente dans les divers points de son étendue.
a. Volume de la moelle comparé à celui de tout le corps. — Le volume de la moelle, étudié clans la série des vertébrés comparativement à celui du corps de l'animal, donne ce résultat qu'il est toujours en raison directe de l'activité vitale de l'animal. Ainsi, les reptiles et les poissons ont une petite moelle, les oiseaux et les mammifères les plus élevés dans l'échelle ont une moelle volumineuse.
b. Volume de la moelle comparé à celai de l'encéphale. Sœmmering a établi que l'homme est, de tous les animaux, celui dont la moelle épinière est la moins volumineuse relativement à l'encéphale, et celte proposition ne saurait être l'objet d'aucun doute. Mais il ne s'ensuit pas que, comparée au corps tout entier, la moelle des animaux soit plus considérable que celle de l'homme ; il résulte, au contraire, de mes observations que, les oiseaux exceptés, l'homme est celui de tous les animaux qui a la moelle épinière relativement la plus volumineuse. Comparez, en effet, le volume ou le poids de la moelle au volume ou au poids du corps chez le cheval, le bœuf; faites la même comparaison pour l'homme, et vous verrez que, chez ce dernier, le poids relatif de la moelle est remarquablement plus considérable.
la flexion, elle revient sur elle-même dans l'extension de la colonne vertébrale; cette différence m'a paru être de 27 à 30 millimètres.
Les différences relatives aux divers âges sont bien plus considérables. Pendant les premiers temps de la vie fœtale, la moelle descend jusqu'au sacrum ; mais chez les fœtus à terme, je n'ai pas trouvé une différence aussi prononcée que le disent les anatomistes modernes.
Sur le corps d'un enfant à terme affecté de spina-bifida sacré, mort peu de temps après sa naissance, la moelle descendait jusqu'au bas du sacrum ; il n'y avait pas de queue de cheval. Malacarne avait déjà noté un fait analogue. Cette disposition dépend, non d'un retard dans l'évolution de la moelle, mais des adhérences contractées par cet organe à une époque peu avancée de la vie fœtale (Voy. Anat. pat/toi. , 17e livraison, Spina-bifida).
(1) Cette situation de la moelle en arrière du canal alimentaire est une des grandes différences qui existent entre le système nerveux des animaux vertébrés et celui des animaux invertébrés. Chez ces derniers, le système nerveux est inférieur au canal alimentaire; chez les premiers, il est supérieur au canal alimentaire. .
MOELLE EPINIERE.
Le poids de la moelle, dépouillée des racines nerveuses, est de 25 à 30 grammes. Ce poids représente chez l'adulte, d'après Meckel, 1/M de celui de l'encéphale, d'après Arnold V^-
c. Volume de la moelle comparé à la capacité du canal rachidien. La moelle ne remplit pas, à beaucoup près, toute la capacité du canal rachidien. Un espace considérable, occupé par le liquide sous-arachnoïdien, par de la graisse liquide et par des plexus veineux, la sépare des parois de ce canal. Pourquoi celte disproportion ? pourquoi cet espace intermédiaire? Nous avons dit ailleurs (voyez Ostéologie) que les dimensions du canal rachidien sont en raison composée du volume de la moelle et de l'étendue des mouvements de la colonne vertébrale (1).
Le volume de la moelle épinière n'est pas le même dans les divers points de sa longueur : rétrécie immédiatement au-dessous du trou occipital, elle présente, à ce niveau, un étranglement connu sous le nom de collet du bulbe rachidien. Un premier renflement, de forme oblongue, commence au niveau de la troisième
(*) Roc. a., racines antérieures des nerfs rachidiens. — Br. a., branches antérieures des nerfs rachidiens. — Br. p., branches postérieures de ces nerfs. — Ga. spi., ganglions spinaux. — ■ Spin., nerf spinal. — Pn. g., pneumo-gastrique. — Gl. ph. , glosso-pharyngien. — Aud., auditif. — Inter., nerf intermédiaire de Wrisberg. — Fac, facial. — Prot., protubérance. — Tri}'., trijumeau. — Mot. ext., moteur oculaire externe. — Hijp., hypoglosse. — 2, ligament dentelé. — 3, ligament coccygien. — 4, dure-mère.
(1) Il résulte de, plusieurs expériences que j'ai faites à ce sujet que le liquide spinal, observé à la région cervicale, entre l'occipital et l'axis, est agité de mouvements isochrones à ceux du pouls et à ceux de la respiration ; mais que, ce liquide une fois évacué, la moelle épinière ne présente aucune espèce de locomotion. J'ai examiné avec la plus grande attention les tumeurs lombaires que portaient plusieurs enfants affectés de spina-biflda : je n'ai pas pu y découvrir de mouvements isochrones aux battements du pouls ; mais les mouvements de la respiration exerçaient sur ces tumeurs une influence manifeste. Ainsi, quand on vidait la poche par la compression, les cris que provoquait la douleur causée par cette réduction étaient presque immédiatement suivis d'une tension extrême de la poche. La moelle épinière, dépourvue des grosses artères qu'on observe à la base du cerveau, ne peut concourir en aucune manière à la production des mouvements isochrones aux battements du cœur observés dans le liquide rachidien.
Trot.
yr-
JLac.a.
^Ga.spt.
Rapports
en poids de
la moelle
épinière
et de
l'encéphale.
Du volume
de la moelle comparé à la capacité du canal rachidien.
Volume l diverses hauteurs.
Collet du bulbe.