‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier Bichat (volume 2)Chapitre 3 sur 61 · DES MUSCLES DU CRANE · texte numérisé non relu

DES MUSCLES DU CRANE

§ P'. Région épicrânieniie.

Elle comprend le frontal , l’occipital, et leur apo» névrose commune.

jMuscIc Mince, cjuadrilatere , recouvrant le front. Ses fibres, assez longues en dehors, de plus en plus courtes en dedans, naissent obliquement de l’aponévrose épicranienne , descendent pal allelement les unes aux autres, et se terminent au-dessus de l’orbite en se continuant en dedans avec le pyramidal, et en s’entrelaçant au milieu avec l’orbiculaire, en dehors avec lui et le sourciliei . Il sépare les tegumens de ce dernier muscle et de 1 os coronal. Divers rameaux nerveux et vasculaires remontent dans ses fibres.

Muscle occipital. Mince, aplati, à fibres parallèles, moins large que le précédent, plus régulièrement quadrilatère, placé à l’occiput derrière l’apophyse mastoide. Né de l’aponévrose commune, il se dirige en bas et en arrière , et vient se fixer par de courtes fibres aponévrotiques à la partie externe de la ligne occipitale supérieure, et à la région voisine du temporal, au-dessus du splénius et du sternomastoidien. La peau et quelques filets nerveux le

recouvrent ; il est appliqué sur l’os occipital et un peu sur l’os temporal.

Aponévrose épicrânienne. Elle revêt toute la partie supérieure du crâne, bornée en devant par

les muscles frontaux entre lesquels elle se prolonge en arrière par les muscles occipitaux , et dans leur intervalle par la protubérance occipitale et les lignes saillantes voisines, latéralement par les muscles auriculaires. Là où elle n’est pas continue à des fibres charnues, elle dégénère insensiblement en tissu cellulaire. Ses fibres, très-apparentes, blanches et parallèles au-devant du muscle occipital, sont ailleurs entrelacées, grisâtres et peu manifestes. Très-adhérente à la peau dans toute son étendue , cette aponévrose est séparée du périoste crânien par du tissu cellulaire non graisseux.

Mouçemens,

Les deux muscles précédens n’agissent point sur les os du crâne , qui sont complètement immobiles; mais par leur adhérence avec les tégumensde la tète, et par celle de leur aponévrose commune, ils impriment à ceux-ci des mouvemens en divers sens. Iis peuvent agir isolément ou simultanément.

Le muscle frontal , dans sa contraction isolée, ramène en devant une partie des tégumens du crâne, et élève ceux qui recouvrent le sourcil. Il ride transversalement le front, comme on le voit, par exemple, en ouvrant fortement les paupières, cas dans lequel il agit sur le palpébral, auquel il s’entrelace, et qu’il épanouit en le retirant en haut. Il entre essentiellement, sous ce rapport, dans l’expression mobile de la face , qu’il agrandit , et sur laquelle il concourt presque toujours à exprimer les passions gaies; il est antagoniste, sous ce point de vue , du sourcilier. A la longue , son action sillonne le front

d’une manière durable. Très-marqués en bas , on ses fibres sont prononcées, ces sillons, qui les coupent à angles droits, le deviennent moins en haut, surtout vers le milieu, où un intervalle triangulaire reste entre les deux muscles.

La contraction isolée du muscle occipital opère des cliangeraens moins sensibles : une partie de la peau du crâne se porte seulement en arrière sans beaucoup se rider, vu que cette portion charnue lui adhère moins c|ue l’autre. Elle fournit à cette dernière un point d’appui , par Fintermède de Faponévrose épicranienne, lorsqu’elle élève fortement le sourcil.

Quand les muscles frontal et occipital agissent conjointement et en sens opposé, l’aponévrose intermédiaire est alors tendue et susceptible de fournir un point d’appui aux muscles auriculaires ; aussi cette contraction simultanée a-t-elle toujours lieu dans les forts mouvemens de l’oreille. .

D’après ce que nous venons de dire, on voit que les muscles de la région épicranienne, dont l’usage est principalement borné aux tégumens crâniens , se rapprochent, sous ce rapport, des pannicules charnus dont sont pourvus un grand nombre d’animaux , et dont on rencontre encore quelques traces chez l’homme, par exemple, au cou, à la main , etc.

Quand Faction de ces muscles sur les tégumens n’est pas directe , ils agissent par l’aponévrose épicrânienne, cpii leur adhère fortement; et comme celle-ci n’est pas seulement leur point d’attache , mais encore celui de deux des auriculaires, il s’ensuit

que tous ces muscles entrent presque toujours en même temps en action , et que Ton voit le plus souvent l’oreille et les paupières en mouvement quand les tégumens du crâne se meuvent. Je présume que le privilège que ceux-ci ont, sur presque tout le reste de la peau, de se mouvoir spontanément, tient à l’existence des cheveux, que l’homme peut par là agiter en divers sens et à son gré.

§ IL Région auriculaire.

Trois muscles lui appartiennent : ils portent tous le meme nom; leur position sert à les distinguer.

Muscle auriculaire supérieur. Très-mince, aplati , triangulaire, situé sur la tempe, au-dessus de l’oreille. Ses fibres naissent de la partie externe de l’aponévrose épicranienne , dans l’étendue d’un pouce à peu près, puis viennent en convergeant, gagner la partie supérieure de la conque, où elles se fixent en formant le sommet du triangle. Ce muscle , recouvert par les tégumens, est séparé de l’aponévrose temporale par du tissu cellulaire non graisseux.

Muscle aimculaire antérieur. De forme analomie à celle du précédent, placé au-devant de l’oreille. Il naît de la partie externe de l’aponévrose épicranienne, près le frontal , mais d’une manière variable et souvent très-difficile à bien déterminer. Delà, ses fibres, d’abord écartées, puis rapprochées et formant un faisceau aplati , très-mince et confondu en haut avec le muscle précédent, se dirigent obliquement en arrière, et vont se fixer au-devant de l’hé-

des muscles et de LEUES dépendances. 9

lix. Il est subjaceiit à la peau, et appliqué sur l’aponévrose temporale et sur l’artère du même nom.

Muscle auriculaire postérieur. Petit faisceau d’une forme assez irrégulière , situé derrière l’oreille , étranger à l’aponévrose épicranienne, souvent divisé en deux et même en trois portions très-distinctes. Il s’implante par de courtes fibres aponévrotiques sur l’apophyse mastoïde , et se porte de là horizontalement à la partie postérieure delà conque, où il s’insère par de semblables fibres. Les tégumensle recouvrent; il est séparé de l’os temporal par du tissu cellulaire.

Monvemens,

C’est des mouvemens de totalité de la conque qu’il s’agit ici , et non de ceux cju exercent ses parties diverses, et dont d’autres petits muscles sont les agens. Obéissant à l’action isolée ou combinée de chacun des trois muscles de cette région, l’oreille peut se porter en haut par la contraction de l’auriculaire supérieur, en devant par celle de l’antérieur, et en arrière quand c’est le postérieur c[ui agit. De plus, la contraction simultanée du premier de ces muscles avec le second d’une part et avec le troisième d’autre part, imprime à la conque des mouvemens combinés et moyens à la direction des autres.

Quand l’oreille externe se meut, c’est le plus souvent pour accommoder sa position au mouvement des rayons sonores , se mettre dans un état de fixité propre à leur réflexion, et redresser la portion cartilagineuse du conduit auditif, dont on connaît la courbure naturelle. D’après cela, un muscle infé-

rieur qui , dans ses contractions , tendrait par rabaissement de la conque à augmenter la courbe que décrit le conduit auditif, nuirait à la perfection de l’ouïe : voilà pourquoi sans doute l’oreille ne se meut point en bas comme dans les autres sens.

Les auriculaires supérieur et antérieur peuvent , en fixant l’aponévrose épicranienne de chaque côté, fournir au frontal un moyen d’y trouver un point fixe dans ses contractions.

D enveloppement des Muscles du Crâne.

Dans le fœtus, les muscles des deux régions précédentes paraissent largement développés à proportion de ceux de la face. Cela tient à ce que les os du crâne, déjà très-larges à cause du cerveau , nécessitent en eux la même disposition. Mais ils n’ont ni une épaisseur ni une saillie proportionnées à cette largeur : à peine souvent peut-on les trouver, tant est mince leur plan charnu. L’aponévrose épicranienne est aussi peu sensible , point fibreuse , excepté en arrière ; elle s’enlève toujours avec les tégumens, tant elle leur adhère ; elle paraît être seulement une cou che plus épaisse de tissu cellulaire.

Les auriculaires n’impriment alors à l’oreille que de faibles mouvemens, comme le frontal et l’occipital ne meuvent que faiblement les tégumens crâniens. Dans la suite des âges, le développement de ces muscles n’a rien de particulier. Quelquefois la pression du chapeau influe sur le frontal et les auriculaires, dont elle diminue l’action, et dont elle rend les fibres blanchâtres. Mais le plus souvent leurs variétés de mouvement tiennent à celles de leur or-

DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDArTCES. II

ganisation primitive : or , aucun muscle ne présente plus sensiblement ces variétés. Certaines personnes impriment un mouvement extrêmement sensible aux tégumens crâniens ^ que d’autres font à peine mouvoir: cela peut dépendre aussi de l’adhérence plus ou moins grande de ceux-ci avec l’aponévrose épicrânienne.

Page 1