IL
APPAREIL DE LA LOCOMOTIOPf.
au précédent, et placé à la partie inférieure de l’orbite. Il naît en arrière d’un tendon commun à l’adducteur et à l’abducteur, tendon qui se fixe près la fosse pituitaire, à l’extrémité interne de la fente sphénoïdale, et qui se divise, après l’avoir traversée, en trois portions pour chacun de ces muscles. Celuici se porte de là horizontalement au globe de l’œil, et se continue à sa partie inférieure avec la sclérotique. Il correspond en bas au périoste de l’orbite, en haut au nerf optique, dont le sépare une branche de la troisième paire.
Muscle abducteur de F œil. Il ressemble aux précédons, et occupe le côté externe de l’orbite. Ce muscle a postérieurement deux insertions , l’une au tendon commun indiqué plus haut, l’autre par de courtes aponévroses en dehors du trou optique. Le nerf de la troisième paire, celui de la sixième et le nasal de l’ophthalmique séparent ces deux origines. Le faisceau charnu qui en naît se porte, dans une direction oblique, au côté externe de l’œil, où il forme une aponévrose qui se continue avec la sclérotique. Il correspond en dehors au périoste de l’orbite et à la glande lacrymale, en dedans au nerf optique, à celui de la sixième paire et au ganglion lenticulaire.
Muscle adducteur de Vœil. De même forme que le précédent, placé à la partie interne de l’orbite. Il s’attache en arrière au tendon commun et à quelques fibres aponévrotiques nées en devant du trou optique; puis, par un trajet analogue à celui des précédens, il va gagner le côté interne de l’œil, où il se comporte comme eux. 11 correspond en
dedans à l’orbite, et en dehors au nerf optique.
Muscle grand rotateur de V œil. Grêle, arrondi, plus long que les précédens, réfléchi sur lui-méme, placé à la partie interne et antérieure de l’orbite. Il s’insère postérieurement , par de courtes aponévroses , à la partie interne et supérieure du trou optique, puis se porte horizontalement jusqu’à l’apophyse orbitaire interne. Là naît un tendon grêle qui se réfléchit dans un petit cartilage, lequel transforme en canal l’enfoncement qu’offre en cet endroit la région orbitaire du coronal, et dont les deux extrémités se fixent à l’os d’une manière mobile, par de très-petites fibres ligamenteuses. En le fendant, on distingue très-bien une petite synoviale qui l’embrasse et se réfléchit ensuite sur le tendon , qu’elle accompagne même le plus souvent jusque vers son insertion. Ce dernier, après s’être ainsi réfléchi à angle aigu, se dirige en bas et en dehors, passe entre l’élévateur et l’oeil , et dégénère bientôt
en une aponévrose qui se termine dans l’épaisseur de la sclérotique.
Ce muscle, dans sa portion charnue, correspond en dedans à l’orbite, en dehors au nerf optique, en haut à l’élévateur, en bas à l’adducteur. Son tendon est placé entre la conjonctive, l’élévateur et le globe de l’œil.
Muscle petit rotateur de V œil. Grêle, plus court que le précédent, situé sur le devant de la paroi inférieure de l’orbite. Né par de courtes aponévroses de l’os maxillaire, au bas et en dehors de la gouttière lacrymale, ce muscle se porte obliquement en dehors et en arrière, au-dessous de l’œil, puis se
APPARETL DE LA LOCOAIOTIOIY.
contourne entre ce dernier et l’abducteur, et dégénère en une aponévrose qui se confond avec la sclérotique.
Il se trouve placé entre le globe de l’œil, qui est en haut, le plancher de l’orbite et l’abducteur, qui sont en bas.
Moiwemens.
La mobilité extrême de Fœil répond à la quantité de muscles qui environnent cet organe, Quatre mouvemens simples , ceux d’élévation , d’abaissement, d’adduction et d’abduction , lui sont imprimés par ses quatre muscles droits. 2®. Par l’action différemment combinée de ces muscles, il exécute tous les mouvemens intermédiaires à ceux-là. 3®. Dans leur succession, il y a une véritable circumduction que l’on remarque lorsque l’œil s’agite en tournant avec rapidité dans l’orbite, qu’il parcourt dans tous les points de sa circonférence. 4^. Les mouvemens de rotation, l’un en dedans, l’autre en dehors, mouvemens dans lesquels l’œil ne se déplace point, mais se meut seulement sur son axe, sont dus, le premier au grand rotateur, le second au petit, muscles antagonistes l’un de l’autre sous ce rapport.
En vertu de l’excessive mobilité dont il est doué , et que sa forme arrondie favorise autant que les nombreuses puissances qui l’entourent, l’œil jouit de l’avantage de se conformer à la position et à la direction des objets dont l’image doit se peindre dans son intérieur, de se porter avec rapidité vers l’endroit d’où partent les impressions qui sont à recevoir.
DES MUSCLES ET DE LEUES DÉPENDAîs'CES. 21
Cette remarquable mobilité le rend ensuite susceptible d’exprimer par le geste nos besoins et nos sensations intérieures, et de suppléer pour ainsi dire à la voix. Ainsi, quoique, dans le commerce de la société et dans le langage d’action , les gestes de nos membres supérieurs servent principalement au commandement ou à quelque autre acte de la volonté, on voit presque toujours les yeux accompagner leurs mouvemens variés, souvent meme les suppléer tout-à-fait, quand, par une cause quelconque, ceux-là ïie peuvent s’exécuter. Ce langage muet de l’oeil est sous la dépendance immédiate du cerveau; il est, comme la voix qu’il représente, l’expression de la volonté mise en jeu par le jugement.
Dans d’autres cas , Fœil est par ses mouvemens un des grands interprètes des passions. On a observé de tout temps l’étroite liaison qui existe entre les différons états de l’œil et le sentiment particulier dont l’âme est affectée , comme de fierté , de dédain, etc. : de là aussi les dénominations figurées qu’on avait données aux muscles de cet organe, telles que celles de sublime ^ de cléclaigneur ^ de pathétique y etc. On connaît les agitations de l’œil dans la colère, la fureur, etc. Comme tous ses mouvemens sont volontaires , il peut à notre|pré mentir ces diverses passions : mais il est un autre mode d’expression qu’il ne peut simuler ; c’est celui qui , dans les passions, détermine un trouble quelconque dans la circulation. On ne peut méconnaître l’exactitude de ces épithètes d’yeux scintillans dans la colère, d’yeux laiigiiissaus dans la tristesse, etc. Ainsi,
s 2 APPAREIL DE LA LOCOMOTIOIY.
dans la face, l’expression dont les muscles sont chargés peut se simuler, et non celle qui a lieu dans le système capillaire des joues, parce que l’une appartient à la vie animale, et l’autre à la vie organique.
Enfin , la circulation des larmes n’est pas moins influencée, et ne reçoit pas une moindre activité des mouvemens de l’œil : aussi, quand il est immobile, comme dans le sommeil , elles marchent avec beaucoup plus de lenteur, et on ne peut douter qu’elles ne concourent à cause de cela , avec l’humeur des glandes de Méibomius, à la production de la chassie qui agglutine les paupières le matin.
§ IIL Piégion nasale.
Quatre muscles la composent : lé pyramidal , l’élévateur commun , l’abaisseur des ailes du nez et leur dilatateur.
Muscle pyramidal. Grêle , triangulaire , occupant le haut et le devant du nez. Il naît du frontal , dont il est la continuation , descend en convergeant sur le dos du nez, séparé d’abord de son semblable, puis confondu avec lui et uni en dehors au palpébral. Il se termine en pointe à un tissu membraneux, plutôt cellulaire que fibreux, qui recouvre le nez, et qui reçoit au® les fibres du dilatateur. Il se continue quelquefois en dehors avec quelques fibres de ce dernier muscle; il en a aussi de profondes fixées à l’os du nez.
Ses rapports sont, en devant avec les tégumens, en arrière avec le sourcilier, l’os coronal, les os du nez et leur suture.
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPETOAIYCES. Î3l3
Muscle élévateur commun. Mince, triangulaire, à double insertion en bas, situé sur les côtés du nez. Né au haut de l’apophyse nasale de l’os maxillaire supérieur, au-dessous du tendon du palpébral, par de courtes aponévroses, il descend obliquement en dehors en s’élargissant , et vient se fixer d’abord à l’aile du nez, puis à la lèvre supérieure, où il se perd.
Recouvert un peu en haut par le palpébral et la veine labiale, il l’est partout ailleurs par la peau, qui lui est unie en bas d’une manière très-serrée. Il recouvre l’apophyse nasale, le dilatateur de l’aile du nez, le labial , etc.
Muscle dilatateur du nez ( triangulaire du nez ). Mince, aplati, triangulaire, placé transversalement sur les côtés du nez.
Implantées en dedans de la fosse canine par une insertion aponévrotique assez étroite, ses fiiÿ’ es se portent en s’élargissant, les supérieures, assez longues, obliquement en haut, les inférieures, plus courtes, transversalement en devant. Elles dégénèrent en un tissu dense , cellulaire plutôt qu’aponévrotique, qui recouvre le nez, lui adhère et se continue avec le muscle opposé et le pyramidal.
Ce muscle est recouvert par la peau en devant, en arrière par l’élévateur commun; il est appliqué sur le cartilage latéral et continu en bas avec l’abaisseur.
Muscle abaisseur du nez. Petit faisceau assez irrégulier, se continuant avec le précédent dont il semble faire partie, placé au-dessous du nez derrière la lèvre supérieure, implanté par de courtes aponévroses près l’épine nasale antérieure, dirigé de là
en s’élargissant presque verticalement en haut, où ses fibres se fixent principalement à la partie postérieure de l’aile du nez , mais dont quelques-unes se confondent avec le labial. Il est recouvert par la membrane palatine et l’élévateur commun, et appliqué sur l’os maxillaire.
Moiwemens,
Des quatre muscles qui composent la région nasale , on doit excepter , pour les mouvemens du nez, le pyramidal, qui, entièrement appliqué sur sa portion osseuse, leur est à peu près étranger. Mais comme il se continue en haut avec le frontal, dont il n’est qu’une dépendance, son action se réunit à celle de ce dernier, qui, lorsqu’il se contracte pour ramener en devant les tégumens crâniens , trouve sur le nez, par l’intermède du pyramidal, un point d’appui solide.
Pour analyser les mouvemens du nez , il faut les observer à deux époques distinctes : quand il se dilate et lorsqu’il se rétrécit.
L’ouverture antérieure des cavités nasales est toujours libre naturellement, disposition due aux cartilages qui la composent presque exclusivement. Les muscles ne contribuent en rien à cet état d’ouverture permanente, qui, au reste, offre de nombreuses variétés de grandeur, d’abord chez les différens individus, et puis relativement à quelques dispositions particulières des cavités nasales. Ainsi , quand, par une cause quelconque, l’une d’elles se trouve rétrécie, l’ouverture qui lui correspond est beaucoup plus petite que l’autre. La direction de
cette ouverture n’est pas moins variable : quelquefois parfaitement horizontale, elle affecte chez d’autres sujets une direction plus ou moins oblique. Ses degrés d’inclinaison influent beaucoup sur la beauté ou la laideur des formes nasales.
Ce n’est donc que dans les inspirations forcées, comme k l’instant de la mort, ou bien dans les cas de gêne profonde de la respiration , ou enfin lorsque nous voulons recevoir une grande quantité de particules odorantes, que l’ouverture du nez se dilate d’une manière active. Alors les cartilages latéraux s’élèvent par la contraction de la portion de l’élévateur commun qui s’y fixe ; ils sont de plus portés en dehors par chaque dilatateur, qu’on avait cru autrefois agir en sens opposé, c’est-à-dire, en comprimant le.cartilage nasal pour rétrécir le nez. C’est le degré d’action de ces muscles qui détermine le degré de la dilatation de l’ouverture nasale.
Son resserrement se fait par le retour des parties à leur état naturel , retour dû à leur élasticité : en effet, il n’existe autour des cartilages aucun muscle propre à resserrer. Cette disposition, commune au nez et au conduit auditif, isole bien évidemment les sens de l’odorat et de l’ouïe, au moins sous ce rapport, de ceux de la vue et du goût, dont les passages ouverts aux corps qui sont les causes de la sensation , peuvent éprouver des degrés infiniment variés de constriction , se resserrer meme complètement et s’opposer à la sensation, suivant la volonté de i’animal; ce qu’ils doivent à un mode d’organisation tout différent de celui des ouvertures nasales et auditives.
Les divers moiivemens du nez , dont nous avons suffisamment indiqué plus haut le but, n’influent en rien dans l’expression des passions. Étranger au tableau rapide qui réfléchit au dehors les sentimens que nous éprouvons au dedans , tableau qui se dessine spécialement sur l’œil et les environs de la bouche, le nez, outre ses usages relatifs à l’odorat, a plutôt rapport à la régularité des traits de la physionomie. On sait que l’idée de la beauté ou de la laideur ne se sépare point des images que nous nous formons du nez ; tandis que cet organe est étranger à l’idée d’une figure spirituelle, vive, enjouée, etc., idée que nous rallions surtout à l’œil. Au reste, ici comme dans une foule d’autres choses, tout est relatif à la manière de concevoir le beau ou le laid. Le prix que certains peuples mettent à ce que nous nommons les nez aquilins n’est qu’une sorte de convention dans le goût, qui est loin d’étre la même chez tous les peuples. On sait qu’aux yeux de certaines nations , la forme qui nous déplaît le plus , c’est-à-dire la forme épatée, est la plus parfaite et la plus recherchée.
§ IV. Piégion maxillaire supérieure.
On trouve dans cette région l’élévateur de la lèvre supérieure, le canin, le grand et le petit zygomatiques.
Muscle élévateur de la lècre supérieure. Mince , court, aplati, quadrilatère, il est placé au-dessous de la circonférence orbitaire, à la partie inférieure et interne de laquelle il s’insère, par de courtes
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPEND AT^CES. ‘l’J
fibres aponévrotiques , dans l’espace d’un pouce à peu près. De là ^ il se dirige obliquement en bas et en dedans J en se rétrécissant un peu, s’unit bientôt avec l’élévateur commun , et meme quelquefois avec le petit zygomatique lorsqu’il existe, et se termine au labial, avec lequel il s’entrelace.
Le palpébral et les tégumens le recouvrent; il est applicpié sur les vaisseaux et nerfs sous-orbitaires, sur l’abaisseur des ailes du nez, et sur le canin.
Muscle canin. Allongé, aplati, occupant la fosse canine. Ses fibres, nées au milieu de cette fosse, descendent en convergeant à la commissure des lèvres, dans une direction oblique de dedans en dehors. Parvenues à cette commissure, elles s’y entrelacent en partie avec le labial ; mais le plus grand nombre se continuent avec celles du triangulaire.
Le canin correspond en devant à l’élévateur de la lèvre supérieure, aux vaisseaux et nerfs sous-orbitaires et aux tégumens; en arrière, à la fosse canine, à la membrane buccale et au buccinateur.
Muscle grand zygomatique. Allongé, grêle, arrondi, placé au-devant et sur les côtés de la face. Il s’insère , par de petites fibres aponévrotiques , au milieu de Fos malaire, descend ensuite obliquement en dedans et en avant, et vient gagner la commissure pour concourir à la formation du labial.
Le grand zygomatique est subjacent à la peau et un peu au muscle palpébral ; il recouvre Fos malaire, la veine labiale et le buccinateur, dont le sépare en haut une grande quantité de tissu graisseux.
Muscle petit zygomatique. Aplati, de forme allongée, situé en dedans du précédent, n’existant pas
toujours. Sa disposition n’a rien de constant ni de régulier. Il naît communément de l’os malaire, quelquefois du muscle palpébral ; de là il se dirige plus ou moins obliquement en bas et en dedans, et vient se terminer tantôt à l’élévateur de la lèvre supérieure , tantôt dans le labial.
La peau et le labial le recouvrent; il correspond en arrière à l’os malaire, au canin et à la veine labiale.
Moavemens .
Tous les mouvemens se rapportent surtout à la lèvre supérieure, à laquelle se rendent les muscles qui viennent d’étre exposés, et de plus la portion labiale de l’élévateur commun : or , cette lèvre est susceptible de s’élever, de s’abaisser et de s’élargir transversalement.
Quand la lèvre supérieure s’élève directement sans s’élargir, c’est par les contractions combinées de l’élévateur propre, de l’élévateur commun et du canin, dont les actions opposées se détruisent, laissant l’action commune, le mouvement en haut. Alors l’espace diminuant entre cette lèvre et l’orbite, la peau se ride en cet endroit, et fait saillie en devant. Si en s’élevant la lèvre se porte en dedans, ce sont les canins qui agissent surtout. Les élévateurs sont spécialement en action quand, en se portant en haut, elle se dirige aussi un peu en dehors des deux côtés, et s’élargit conséquemment.
Le seul relâchement des muscles précédens suffit pour l’abaissement de la lèvre et son retour à sa position naturelle.
DES MUSCLES ET DE LEURS DEPENDANCES. àg
Quant à son allongement transversal, c’est le grand zygomatique qui l’opère, en même temps qu’il concourt aussi un peu à l’élévation ; et comme ses libres se continuent aussi avec la portion inférieure du labial, il communique inévitablement ses mouvemens à la lèvre inférieure, en sorte qu’il agit sur toute la bouche. Au reste, dans son action principale, il se trouve quelquefois secondé par des fibres du peaucier, qui s’étendent jusqu’au-dessus de la commissure dans certains sujets.
Aucune région du visage, après l’oculaire, ne concourt autant à l’expression des passions cj[ue la lèvre supérieure, et par conséquent la bouche, dont l’élévation et rallongement réunis sont un des mouvemens les plus remarquables dans le rire, qui exprime la joie, la gaieté, en un mot toutes les passions agréables. Celles-ci semblent résider presque exclusivement dans cette région, au moins quanta ce qui regarde la face; car une remarque bien digne d'intérêt, c’est que la lèvre supérieure et la bouche, dont l’état particulier dans le rire nous frappe le plus, ne sont cependant pas les seules parties affectées : il est probable même que les mouvemens, dans cette circonstance, ne sont que l’effet d’une connexion sympathique qui existe entre elles et le diaphragme, qui paraît recevoir alors la première et la principale impression.
En effet, on ne peut , je crois, nier le rôle important que le diaphragme remplit dans le rire , puisque celui-ci s’accompagne toujours d’inspirations et d’expirations courtes et précipitées, qui ne peuvent être dues qu’à un état particulier de ce muscle,
3o APPAREIL DE LA LOCOMOTION.
principal agent de la respiration. On sait d’ailleurs très-bien que les intercostaux sont étrangers à cette rapide succession de mouvemens, dont la concomittance avec ceux de la lèvre est toujours indubi-
table. Mais déplus il est évident que souvent, dans le rire, ces mouvemens de la lèvre dépendent du diaphragme , comme on le voit surtout dans le rire qu’on nomme sardonique ^ qui est un des effets de l’inflammation de la plèvre dont le diaphragme est revêtu, ou plutôt du diaphragme lui-méme. Quoique je n’aie pas eu occasion de vérifier le fait, ce meme rire, indiqué déjà par Hippocrate comme un des résultats de la blessure de ce muscle, a été observé parun trop grand nombre de chirurgiens pour qu’on puisse élever des doutes sur sa réalité.
§ V. Région maxillaire inféi^iem^e.
On trouve dans cette région l’abaisseur de l’aiiMe
des lèvres, Fabaisseur de la lèvre supérieure , et le releveur du menton.
Muscle ahaisseur de V angle des lèeres ( triangulaire des lèvres). Mince, aplati, triangulaire, placé sur les côtés de la mâchoire inférieure, sous l’angle des lèvres. Il prend naissance inférieurement à la ligne maxillaire externe , par de courtes aponévroses, d’où naissent les fibres charnues, dont quelques-unes sont souvent en arrière la continuation de celles du peaucier. Toutes se portent en haut, les moyennes verticalement, les autres obliquement, d’avant en arrière pour les antérieures, d’arrière en avant pour les postérieures. Parvenues à la
DES MUSCLES ET DE LEU^IS DEPENDANCES. 3l
commissure , elles se perdent en partie clans le labial; mais le plus grand nombre se continue avec celles du canin , et semble ne former avec lui qu’un seul muscle très-étroit vers la commissure, élargi à ses deux extrémités, et pouvant élever l’os maxillaire inférieur sur le supérieur.
Ce muscle, subjacent à la peau, à laquelle il adhère et à quelques fibres du peaucier, recouvre l’abaisseur de la lèvre inférieure, et un peu le buccinateur.
Muscle abaisseur de la lèvre inférieure. Mince, aplati, quadrilatère, situé dans la lèvrg^nférieure, en dedans et un peu au -dessous du précédent. Ses fîbi ’es confondent en partie leur insertion avec la sienne sur la ligne maxillaire externe, et sont en partie la continuation de celles du peaucier, qui passent dans les intervalles de celles du précédent. Toutes sont parallèles, et forment un faisceau assez large, cjui, se dirigeant obliquement en haut et en dedans , s’unit bientôt à celui du côté opposé , dont le sépare en bas le releveur du menton , et se confond ainsi que lui avec le labial.
Ptecouvert par le triangulaire et les tégumens , auxquels il adhère fortement, ce muscle est appliqué sur la mâchoire inférieure, dont le séparent le nerf et les vaisseaux mentonniers, et sur le labial.
Muscle releveur du menton. Petit, court, épais, de forme conique, placé dans l’intervalle triangulaire qui sépare le précédent de son semblable. Il s’implante par un petit tendon à côté de la symphyse du menton: ses fibres, d’abord unies, s’écartent bientôt en divergeant, traversent presque toutes
l’espace triangulaire qui sépare les abaisseurs de la lèvre, et viennent, en s’épanouissant, se fixer à la peau du menton.
Ce muscle correspond en arrière à la mâchoire inférieure , en haut à la membrane buccale , en dehors àTabaisseur, en dedans à celui du* coté opposé, et dans le reste de son étendue aux tégumens.
Mowemens,
Les muscles cjui composent cette région sont , comme dans la précédente, presque toujours étrangers aux iTifouvemens des parties solides; leur action est bornée à la lèvre inférieure, qui est susceptible de s’élever, de s’abaisser et de s’allonger transversalement.
Son élévation s’opère par la contraction du releveur du menton, qui, par son adhérence à la peau de cette partie, la soulève, et communique par là meme un mouvement de soulèvement à la lèvre inférieure; car, excepté un peu le canin, il n’y a pas de muscle qui agisse directement sur elle dans ce mouvement, lequel s’accompagne quelquefois d’un autre, produit aussi par Faction de quelques fibres supérieures du meme muscle, je veux dire le renversement de cette lèvre , dans lequel une partie de la surface interne se montre à l’extérieur en s’avançant en devant.
L’abaissement peut d’abord se faire par le relâchement du releveur du menton , quand sa contraction a été antécédente ; mais , dans les cas ordinaires, il s’opère d’un seul côté, par l’action combinée des abaisseurs de Fangle et de la lèvre , ou bien directe-
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPEÎf DANCES. 33 ment des deux côtés par la contraction simultanée de ces muscles.
Quant à l’élargissement ou à l’allongement transversal^ dernier mouvement dont est susceptible la , lèvre inférieure J elle le doit au buccinateur, au grand zygomatique, et enfin à quelques fibres du peaucier qui viennent, ainsi que ces muscles, se dÎMribuer à la lèvre supérieure comme à elle , en sorte que l’une ne peut guère s’élargir sans l’autre.
Dans le mobile tableau de la physionomie, la lèvre inférieure remplit un rôle principal dans l’expression des passions sombres, la tristesse, le chagrin, etc., qui toutes, comme nous l’avons déjà dit, sont marquées par l’allongement des traits du visage, auquel elle participe beaucoup par son abaissement et par celui de l’angle : voilà pourquoi, quand ces sortes d’affections sont portées au point de faire couler les larmes, souvent il y a aussi, chez les enfans surtout, écoulement involontaire de la salive.
Le geste est étranger aux deux régions maxillaires. Ce langage muet de l’entendement, que la raison dirige toujours, bien différent sous ce rapport de celui des passions, semble, dans la face, n’appartenir presque qif a l’œil.
§ VI. Région iater-inaxillaire .
Le buccinateur et le labial la composent seuls.
Muscle huccinuteur. Mince , large , aplati , quadrilatère, placé entre les deux mâchoires. Ses attaches, qui sont postérieures, se font; en haut, au II. 3
bord alvéolaire supérieur, depuis la dernière grosse molaire jusqu’à la seconde petite ; au milieu , à un ligament qui , du sommet de l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde , descend à l’extrémité du rebord alvéolaire inférieur , et reçoit de l’autre côté l’attache du constricteur supérieur; en bas, à la partie postérieure et externe du rebord alvéolaire inférieur. De cette triple insertion , les fibres charnues se portent dans des directions différentes , les moyennes horizontalement, les supérieures un peu obliquement en bas , les inférieures un peu obliquement en haut ; toutes se rendent à la commissure , et y concourent à former le labial, en se partageant aux deux portions de ce muscle , dont la supérieure reçoit quelques-unes de ses fibres inférieures , et l’inférieure quelques-unes des supérieures, par une sorte d’entrecroisement.
Le buccinateur est séparé de Fapophy&e coronoide et du masseter en arrière , du grand zygomatique, de f artère et de la veine labiales, du peaucier et des tégumens en devant , par une grande quantité de tissu cellulaire graisseux, lequel remplit le vide considérable qui sans lui existerait sur la joue , et contribue sous ce rapport à l’uniformité des traits et aux grâces de la physionomie. D’un autre côté , ce tissu cellulaire abondant favorise la grande dilatation dont le buccinateur est susceptible pour les diverses fonctions de la bouche. Ce muscle est re vêtu en dedans par la membrane de la bouche , dont le séparent plusieurs glandes muqueuses ; il est traversé, vis-à-vis la troisième dent molaire, par le conduit excréteur de la parotide.
Muscle labial. Ovalaire , aplati , transversal , à fibres concentriques , fendu pour feutrée de la bouche , placé autour de fouverture de cette cavité, composé de fibres communes et de fibres propres. I®. Les fibres communes forment un plan extérieur, étendu , qui résulte de la confusion des divers muscles qui viennent se rendre aux lèvres , c’est-à-dire , en haut, de l’élévateur commun , de félévateur propre de la lèvre supérieure, du petit zygomatique, et de quelques fibres nées de fépine nasale antérieure , que quelques anatomistes ont désignées sous le nom de muscle nasal-labial ; en bas , de fabaisseur de la lèvre inférieure et de cjueîques fibres de l’élévateur du menton ; à la commissure, du grand zygomatique , du canin , du buccinateur et de l’abaisseur de fane^le. Tous ces muscles s’entrelacent au
point qu’on ne peut assigner aucune direction aux fibi ’es du plan charnu qui résulte de leur ensemble. rs . Outre cela , le labial a des fibres propres qui forment un plan absolument continu avec le précédent, dont il n’est pas distinct, et cpi correspond au bord libre des lèvres. Ce plan est divisé , ainsi que le précédent , en deux j^ortions dont la supérieure est la plus large, et qui se réunissent à chaque commissure. Ses fibres sont concentriques et décrivent une courbure dont la concavité est en sens opposé pour chaque portion.
Le labial est très-adhérent à la peau qui le recouvre; il est plus lâchement uni à la membrane muqueuse et aux glandes buccales, auxquelles il correspond en dedans.
appareil de la locomotion.
Moweniens.
Quoique deux muscles seulement composent cette
région, c’est une de celles de la face qui exécutent le plus de mouvemens, et qui sont susceptibles de prendre les formes les plus variées. Ses mouvemens appartiennent à la bouche ou aux joues.
L’entrée de la bouche , qui résulte de 1 écartement des lèvres, est susceptible de s’ouvrir et de se fermer pour les usages nombreux auxquels cette cavité est destinée. Cette ouverture, considérée indépendamment de tout écartement des mâchoires, est due à l’élévation de la lèvre supérieure et à l’abaissement de l’inférieure , d’après le mécanisme que nous avons indiqué plus haut (pag. ^^8 et 5‘2 j. En meme temps cruelle s’agrandit ainsi de haut en bas, elle peut le faire d’un côté à l’autre par l’action du buccinateur, cas dans lequel les lèvres sont tirees en dehors et en arrière ; ou par celle du zygomatique, et alors elles sont plus spécialement portées en dehors. Dans les cas les plus ordinaires , les mâchoires s ecartent , l’inférieure surtout, pour ouvrir la bouche;, et alors les lèvres leur obéissent passivement , en s écartant aussi, et laissant enlr’elles un intervalle plus ou moins grand , nécessaire à l’introduction des alin^ens , a la prononciation des sons , etc.
Le plus grand degré d’ouverture de la bouche varie beaucoup ' d est en raison composée , i de l’étendue d’abaissement de la mâchoire , etendue qui dépend de l’organisation articulaire ^ 2 des diamètres naturels de la bouche , du transversal
surtout , qui permet aux deux lèvres de s’écarter d’autant plus qu’il est plus long.
Le simple rapprochement des lèvres , par le relâment des muscles qui en opéraient l’écartement, suffit pour fermer la bouche quand les mâchoires n’ont pas été écartées, et alors cette ouverture reprend sa forme naturelle et sa grandeur , laquelle est infiniment variable chez les différons individus. Remarquez que c’est précisément cette variabilité qui , ici ainsi cpie dans beaucoup d’autres circonstances, nous a conduits à affecter à la beauté, comme un de ses caractères, un état de la bouche plutôt qu’un autre: sa petitesse nous plaît et entre pour beaucoup dans la décision que nous portons touchant telle ou telle physionomie. Au contraire , nous attachons plus de prix à l’étendue de l’ouverture des paupières , et nous regardons comme un apanage de la beauté la saillie des yeux cjui en résulte : car, comme je l’ai fait observer plus haut, l’idée du beau est moins liée au volume considérable de l’œil qu’à l’agrandissement des paupières, cpii rend cet organe très-apparent en le laissant plus à découvert.
Si, lorscpae la bouche est dans sa disposition naturelle, nous vouions en rétrécir encore l’ouverture, comme dans le jeu de quelques instrumens à vent, dans la succion , etc. , c’est qii’alors le muscle labial entre en action ; les lèvres se rapprochent fortement ; leurs bords libres se portent en avant, et elles forment ainsi une sorte de bourrelet circulaire à rides rayonnées , qui est suscepti]3le de configurations variées, suivant le but pour lequel les lèvres se sont ainsi rapprochées.
D’après tout ce que nous venons de dire, le labial est vraiment, dans les mouvemens divers de la bouche , l’antagoniste de tous les petits muscles qui viennent s’y terminer, comme le palpébral est l’antagoniste du frontal , etc....
Quant aux mouvemens des joues, ils se bornent à la dilatation et au resserrement. La dilatation est tout-à-fait passive , et a lieu mécaniquement par la présence de l’air ou des alimens dans la bouche, etc.: aucun muscle n’y concourt. Mais une fois distendu de cette manière, le buccinateur, dont les fibres naturellement droites sont devenues courbes, se contracte, presse le corps renfermé dans la bouche, et tantôt l’expulse de cette cavité, ainsi que cela a lieu pour l’air dans le jeu des instrumens à vent, dans l’action de siffler, etc.; tantôt, au contraire, si les molécules de ce corps sont solides et dispersées , comme dans la mastication, les rassemble et les repousse, soit sous les dents quand cette fonction n’est pas achevée , soit au centre de la bouche et sur la langue, pour la formation du bol alimentaire. Aussi, quand ce muscle est paralysé, le passage des alimens solides par la bouche éprouve-Ml de grands obstacles.
§ VIL Région ptéjjgo-niaxillaire.
Deux muscles la composent : ils portent le nom àe. ptérygoïdiejis ; leur position les distingue.
Muscle ptérjgoïdien interne. Epais, un peu allongé, quadrilatère, obliquement placé à la partie interne et postérieure de la branche du maxillaire
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDANCES. Sq
inférieur. Il s’implante dans toute la fosse ptérygoïde, surtout à son aile externe, et à la tubérosité de l’os palatin, par des fibres aponévrotiques, dont les unes descendent dans l’épaisseur des charnues , qu’elles séparent en divers faisceaux et où elles sont très-distinctes, et dont les autres forment un plan continu sur la face interne du muscle. De là, il se dirige en bas, en arrière et en dehors, et vient se fixer à la partie interne et au-dessus de l’angle maxillaire, par d’autres fibres aponévrotiques aussi distinctes que les premières, et interposées comme elles entre les charnues , en sorte c[ue ces deux espèces de fibres sont presque en égale proportion.
Ce muscle répond, en dedans, au péristaphylin externe, puis à l’espace triangulaire qui le sépare du constricteur du pharynx, et où sont logés divers nerfs, vaisseaux et muscles, en tin à la glande sousmaxillaire. En dehors, il est séparé de la mâchoire par les nerfs dentaire et lingual, par l’artère dentaire inférieure et le ligament latéral interne de l’articulation temporo-maxillaire.
Muscle ptéiygoïdien externe. Epais, aplati, triangulaire, obliquement placé entre la mâchoire inférieure et Fapophyse ptérygoïde. Il s’insère, i® àla face externe de cette apophyse et en dehors de la tubérosité de l’os palatin ; 2° à la face zygomato-temporale du sphénoïde. De ces deux insertions , entre lesquelles passe souvent l’artère maxillaire interne, et qui se font par des fibres aponévrotiques interposées assez loin dans les charnues, le muscle se dirige en convergeant en arrière et en dehors, et vient s’attacher au-devant du col du condyle maxil-
4o APPAREIL DE LA LOCOMOTIOIY.
laire et au fibro-cartilage inter-articulaire, par d’autres fibres aponévrotiques également interposées dans les charnues.
En dehors, le muscle temporal et ordinairement l’artère maxillaire interne; en dedans, le muscle précédent, le nerf maxillaire inférieur, le ligament interne de l’articulation, l’artère méningée moyenne; en haut, le dessus de la fosse zygomatique : voilà les rapports du ptérygoïdien externe.
Moiwemen s.
Des deux ptérygoïdien s qui composent seuls cette région, l’interne concourt a 1 élévation de la mâchoire , en combinant presque toujours alors son action avec celle des muscles de la région suivante; et de plus qu’eux, il la porte un peu en devant. Mais c’est surtout par la contraction de l’externe que s’exécute ce mouvement en devant, qui est alors horizontal, et qui tantôt est obliquement dirigé quand le ptérygoïdien d’un seul côté est en action, cas où le menton se porte du côté opposé au muscle contracté; tantôt, au contraire, esf direct, ce qui a lieu quand, par Faction simultanée des deux ptérygoïdiens externes, la mâchoire se meut horizontalement sans éprouver aucune déviation. Il est à observer que, dans ces mouvemens, le ptérygoïdien entraîne aussi dans le meme sens le fibro-cartilage de l’articulation, sur lequel il prend quelques insertions, en sorte que celui-ci ne quitte point le condyle.
Quoique, dans le tétanos qui affecte les muscles
moteurs de la mâchoire inférieure , l’élévation et le rapprochement fixe de celle-ci contre la supérieure soient presque constamment directs, ce qu’explique l’infériorité des ptérygoïdicns externes, il n’est pas sans exemple de voir ces muscles entraîner alors en devant l’os maxillaire, et surmonter eux seuls l’action des autres qui tendent à le diriger seulement en haut. Je l’ai observé deux fois: les dents inférieures dépassaient de beaucoup les supérieures.
Si, dans quelques cas de fixité absolue de la mâchoire inférieure , la bouche se trouve ouverte , les ptérygoïdicns peuvent contribuer à l’abaissement de la supérieure. Mais ces circonstances sont infiniment rares: quand elles arrivent , c’est dans l’articulation de la tête avec la colonne vertébrale que se passe le mouvement.
Le ptérygoïdien externe est un agent essentiel de déplacement dans les fractures du col du condyle maxillaire. I/interne retient en haut lefra2:ment su-
périeur,dans celles du corps.
§ VIII. Région temporo-maxillaire .
Elle comprend le masseter et le temporal.
Muscle masseter. Court, très-épais, quadrilatère, un peu allongé, situé sur les branches de la mâchoire inférieure. Il s’insère, aux deux tiers antérieurs et externes du bord inférieur de l’arcade zygomatique, par une aponévrose très-forte, qui, après avoir recouvert une partie du muscle, se divise en plusieurs languettes pénétrant dans l’épaisseur des fibres charnues, auxquelles sa face interne
donne attache dans toute son étendue; 2® à la partie postérieure du meme bord, par de petits faisceaux aponévro tiques interposés dans les charnus ; 3^ enfin à la surface interne de l’arcade, par de courtes aponévroses.
Nées de ces trois insertions, les fibres du masseter suivent trois directions différentes. Les premières, formant par leur réunion la portion principale du muscle, se portent obliquement en bas et en arrière , et vont s’implanter à la partie postérieure de la région faciale de la mâchoire inférieure, par de petites lames aponévrotiques qui se prolongent dans leur intérieur. Les secondes descendent verticalement , ce qui les distingue des précédentes, avec lesquelles elles confondent leur insertion , qui se fait de la meme manière et au meme endroit. Les troisièmes se portent obliquement en bas et en devant jusqu’à l’apophyse coronoïde, en dehors de laquelle elles se terminent par des fibres aponévrotiques assez sensibles.
Le masseter est recouvert par la peau, le peaucier, la glande parotide et son conduit excréteur, le nerf facial, l’artère faciale transverse, le grand zygomatique et le palpébral. Il est appliqué sur la mâchoire inférieure, sur le tendon du muscle temporal, et séparé du buccinateur par beaucoup de tissu cellulaire graisseux.
Muscle temporal. Large , mince en haut , épais en bas, triangulaire, rayonné, occupant la fosse dont il emprunte son nom. Il prend naissance, en dehors sur la surface interne d’une aponévrose trèsforte fixée au bord supérieur de l’arcade zygomati-
que et à toute la ligne courbe temporale , aponévrose qui, libre extérieurement j l’enchâsse, pour ainsi dire, dans une cavité osseuse du côté du crâne, fibreuse du côté opposé; en dedans, du périoste de toute la fosse temporale, et de quelques fibres aponévrotiques nées de la petite crête transversale qui la termine en bas. De cette double origine, les fibres charnues viennent obliquement se rendre, les premières sur la surface externe, les secondes sur la surface interne d’une autre aponévrose très-épaisse et assez large. Celle-ci, d’abord logée dans l’épaisseur du muscle, en sort bientôt, se rétrécit, et dégénère en un tendon qui descend dans une direction verticale, passe sous l’arcade zygomatique, et vient embrasser toute l’apophyse coronoïde , excepté a sa surface externe qu’occupe le masseter.
Le temporal est recouvert par l’aponévrose épicrânienne, les muscles auriculaires supérieur et antérieur, les vaisseaux etnerfs temporaux superficiels, l’arcade zygomatique et le masseter. Il est appliqué d’abord sur toute la fosse temporale, puis sur l’artère maxillaire interne, le ptérygoïdien externe et le buccin ateur.
Mouvemens.
Le principal usage des muscles de cette région est d’élever la mâchoire; et ils le font avec une force proportionnée au nombre de leurs fibres. C’est surtout dans les animaux carnassiers que cette force est considérable : elle est proportionnée à l’effort c[u’exercent les dents ; et , en général , elle se trouve ,
dans la série des animaux, en raison inverse de la force des fibres charnues de Testomac. Plus ce viscère est susceptible d’agir mécaniquement sur les alimens, moins la trituration dentaire est énergique.
Quand le masseter et le temporal agissent simultanément, l’élévation est directe. Quand le plan externe des fibres du premier et le ptérygoïdien interne combinent leur action , à l’élévation se joint le mouvement en devant, qui alors est peu marqué, mais qui devient prédominant si le ptérygoïdien interne agit aussi. La mâchoire étant portée en devant, les fibres postérieures du temporal et le plan interne de celles du masseter la ramènent en arrière. Nous avons suffisamment exposé ailleurs le mécanisme de ces mouvemens par rapport aux os.
Les deux muscles de cette région sont complètement étrangers à l’expression de la face. Séparés dela peau, l’un par une aponévrose, l’autre par un tissu lâche, ils ne peuvent lui imprimer aucun mouvement, ni entrer par conséquent parmi les mobiles agens de la physionomie. Ils sont, ainsi que tous ceux qui élèvent la mâchoire, les plus exposés à ce tremblement spasmodique qui naît du froid appliqué surlapeau. Le tétanos les influence aussi spécialement. La paralysie, au contraire, les atteint moins facilement; et j’ai remarqué souvent que la mâchoire se meut aussi bien d’un côté que de l’autre, tandis que toute la face est déviée dans un sens par l’effet d’une hémiplégie. Dans la fracture de la mâchoire , ils retiennent en haut le fragment supérieur.
, Le masseter peut-ilquelquefois agirpour produire la luxation ?
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPE]'fDA]>fCES. 45
§ IX. Région linguale.
Deux espèces de muscles la composent. 11 en est qui sont communs à la langue et à d’autres parties : ce sont les hyo-glosse^ génio-glosse et stylo-glosse. De plus, une foule de fibres en composent le tissu , et forment de la langue elle-même un des muscles les plus compliqués de l’économie.
Muscle hyo-glosse. Mince, large, aplati, quadrilatère, situé sur les côtés de la partie supérieure du cou. Il s’attache par de courtes fibres aponévrotiques au-devant du corps, puis à toute la grande corne de l’os hyoïde, double insertion que sépare ordinairement l’artère linguale. Ses fibres remontent ensuite de manière que le plan des antérieures, qui est plus épais, recouvre un peu celui des postérieures, qui est mince. Arrivées à la langue, le plus grand nombre se perd dans cet organe ; quelques-unes se continuent visiblement avec le styloglosse.
Les rapports externes de ce muscle sont, de bas en haut, avec le digastrique, le stylo-hyoïdien, le mylo-hyoïdien,le nerf grand hypoglosse et la glande sous-maxillaire; en dedans, il recouvre le constricteur moyen , l’artère linguale , le nerf glosso - pharyngien, le muscle génio-glosse.
Muscle génio-glosse. J aplati, triangulaire, rayonné, situé entre la langue et l’os maxillaire inférieur. Un petit tendon fixé à l’apophyse géni donne naissance à ses fibres charnues, et les accompagne plus ou moins loin, surtout en dehors. Celles-ci en
partent en divergeant, et viennent se rendre à tout le bas de la langue , où se trouve la base du triangle, en suivant des sens différens selon qu’elles gagnent la pointe, le milieu ou la base. Elles se confondent entièrement avec le lingual. Quelques-unes des plus postérieures se fixent aux petites cornes de l’hyoïde.
Ce muscle répond, en dehors, à la glande sublinguale , à l’byo -glosse , au stylo -glosse et au mylohyoïdien; en dedans, à son semblable, dont le sépare un peu de tissu graisseux, excepté supérieurement et inférieurement où il se confond avec lui ; en devant, à la membrane palatine; en bas, au génio-hyoïdien.
Muscle stylo -glosse. Grêle et arrondi en haut, large en bas , placé sur les côtés de la partie supérieure du cou. Fixé à la moitié inférieure de l’apophyse styloïde et au ligament stylo-maxillaire , il se dirige en bas, en avant et en dedans, s’élargit vers la langue , se perd en partie sur ses côtés , où il se prolonge sensiblement, et se continue en partie avec l’hyo-glosse. Le digastrique, la glande sous-maxillaire , le nerf lingual , la membrane palatine en dehors , le constricteur supérieur et le lingual en dedans, forment ses rapports.
Muscle lingual. On désigne communément sous ce nom un petit faisceau allongé , placé au-dessous et sur les côtés de la langue , entre l’hyo-glosse et le stylo-giosse qui sont en dehors, et le génio-glosse qui est en dedans, ayant son origine charnue à la base, et sa terminaison aussi charnue à la pointe; mais ce n’est là qu’une petite partie des fibres de la
langue , qui est toute musculaire. Il est presque impossible de bien distinguer la disposition du plan des fibres subjacentes à sa surface muqueuse supérieure : plusieurs paraissent transversales , d’autres sont obîic[ues, peu sont longitudinales. Leur entrelacement est inextricable. En bas , on peut mieux suivre leur direction : en effet , on y voit d’abord sur les côtés un plan longitudinal , formé tant par le petit faisceau précédent que par l’extrémité du stylo - glosse ; au milieu , les deux génioglosses; jusque là contigusj s’écartent, et leurs fibres, dirigées en dehors , forment au-dessus du plan précédent un autre plan à direction opposée, et qui vient se rendre sur les bords de là langue; en sorte que , sur les côtés de cet organe , il y a manifestement trois plans , un inférieur à fibres longitudinales, un moyen à fibres transversales , un supérieur à fibres entrecroisées en tous sens. Au milieu , il y a d’abord l’adossement des deux génio - glosses , et au-dessus de leur écartement une foule de fibres à mille directions différentes.
Moiwemens.
On peut rapporter à deux classes les mouvemens infiniment variés qu’exécute la langue. Les uns lui appartiennent en propre : ce sont les divers changemens de forme c[u’elle peut éprouver parles contractions de son tissu , et indépendamment des muscles extrinsèques : les autres sont îles mouvemens commun ic[ués par ces derniers muscles.
Aux premiers se rapportent, rallongement mo-
déré de cet organe. En effet , jusqu’à ce que la pointe dépasse le bord des lèvres , le génio- glosse n’y concourt que peu ; ce n’est souvent qu’un relâchement des fibres du lingual : aussi la langue se rétrécit-elle alors en même temps quelle s’allonge. 2.®. Après s’être allongée, elle se retire dans la bouche, et est encore susceptible de s’y raccourcir par un mécanisme opposé au précédent, c’est-à-dire, par la contraction des fibres longitudinales du lingual. 3^. Outre ces deux mouvemens, elle peut se courber transversalement, de manière à ce que la pointe vienne toucher la surface interne des joues , par l’action des fibres longitudinales du côté où la pointe est dirigée. 4“. Elle se dirige, par Faction isolée des fibres longitudinales inférieures ou supérieures , en bas , de manière à ce que sa pointe se recourbe vers le filet; en haut , de manière à ce qu’on voie librement sa surface inférieure quand la bouche est ouverte, et à ce que la pointe s’approche plus ou moins de Fisthme du gosier. On demande même si, dans ce mouvement, elle peut s’y engager au point de produire la suffocation. Qu’une conformation particulière, qu’une très-grande laxité du filet le permettent chez certains individus, le fait serait difficile à concevoir; mais il paraît impossible , quand on l’annonce comme généralement susceptible d’être produit à volonté.
Tels sont les divers mouvemens propres qu’exécute la langue : j’observe qu’ils se passent plus particulièrement dans la pointe, qui est libre et pourvue d’une excessive mobilité.
Voici maintenant ceux qui lui sont communiqués. 1". Elle se porte en avant par la contraction des
fibres postérieures des géoio-glosses. L’os hyoïde raccompagne un peu dans ce mouvement; il s’élève d’abord , puis il se porte comme elle en devant. Réciproquement, quand, par une cause violente, cet os est forcé d’exécuter ce double mouvement , la langue sort aussi de la bouche , poussée mécaniquement par lui : c’est ce qui avait lieu dans le supplice de la corde. 2^. Ce sont les fibres antérieures des génio-glosses qui ramènent la langue à sa position naturelle, quand elle a été entraînée dans celle que nous venons de décrire. 3*^. Son mouvement en bas, ou plutôt sa fixation à la paroi inférieure de la bouche , dépend de la totalité de ces derniers muscles , auxquels se joint alors , d’une manière spéciale , l’action des hyo-glosses. 4^* Quant au mouvement d’élévation dont la langue est susceptible , la pointe et la base l’exécutent différemment : la première s’approche d’elle-mème de la voûte palatine , et , comme je l’ai dit , le lingual concourt seul à ce mouvement ; la seconde y est portée par les styloglosses réunis alors avec les glosso-staphylins.
La langue n’est pas bornée à ces seuls mouvemens simples ; ceux-ci se combinent d’une foule de manières qu’il serait difficile d’indiquer avec précision, et dont on doit d’ailleurs se former une idée d’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer.
La grande mobilité de cet organe fait assez sentir , qu’il est destiné à se prêter à beaucoup d’usages sur lesquels je vais jeter un coup d’œil rapide.
La langue agit particulièrement dans la préJien^ sion des liquides, que nous saisissons de trois façons
5o APPAREIL PE LA LOCOMOTION.
différentes, par succion, avec un vase, et par infusion. 1®. Dans le premier mode, qui est surtout particulier à l’enfant, le mamelon est saisi avec les lèvres , qui se froncent par le labial ; le voile du palais est soulevé pour boucher l’orifice postérieur des fosses nasales ; la langue forme, par la contraction des fibres moyennes des génio-giosses c[ui dépriment son milieu , une gouttière longitudinale qui reçoit le mamelon et transmet le lait au pharynx pendant que le vide se fait dans la bouche, Lorsque nous buvons avec un vase, la langue offre bien une semblable gouttière , mais les fluides s’y portent par leur propre poids. 3*^. Enfin la langue est tout-à-fait étrangère au troisième mode de préhension des liquides, c[ui a lieu c|uand , la tète étant renversée et la bouche grandement ouverte, on les précipite dans le gosier.
Pendant la mastication des ahmens solides , la langue, en se dirigeant latéralement, rassemble et ra.mène sans cesse entre les arcades dentaires les diverses parcelles dispersées dans toutes les parties de la bouche. Quand celles-ci sont suffisamment imprégnées de sucs salivaires, elle les rassemble sur elle-même en une seule masse, qui est ensuite soumise aux efforts de la déglutition. Voici le mécanisme de cette dernière fonction , au moins quant à ce c{ui regarde la langue. Après la formation du bol alimentaire , fe sommet s’applique contre îs voûte palatine , la base s’abaisse , et alors la fact supérieure de la langue forme un plan incliné , h long duquel le bol est forcé de descendre, par l’élévation successive des diverses parties de cet orgam
DES MUSCLES ET DE LEURS DIîPENDANCES. 5l
contre la voûte palatine , élévation qui le presse en arrière et lui ferme en devant toute espèce d’issue.
La langue sert aussi beaucoup dans la pro/zo/zciation des sons. Outre quelle peut avoir quelque usage pour l’expression des voyelles, elle agit plus particulièrement pour celle des consonnes: il en est meme que l’on désigne sous le nom de linguales y parce que la langue concourt prescpie seule à les former. Néanmoins, la langue n’est pas indispensable pour la parole, puisc|u’on a vu des sujets qui, après en avoir en partie perdu l’usage par l’amputation de cet organe , l’ont recouvrée au bout d’un certain temps.
Le sifflement y cpii a lieu à l’instant de la sortie de l’air ou lors de son entrée dans l’ouverture formée par les lèvres, qui se froncent par le laÊial, est aidé en meme temps par la langue. Celle-ci fait un canal immobile et simple conducteur de l’air à l’orifice de la bouche, dans le sifflement continu; ce canal est agité detrémoussemens sensibles, dans quelques espèces de sifflemens, et surtout dans le jeu de certains instrumens à vent.
Enfin la langue n’agit pas moins dans Vexputatiouj dont voici le mécanisme: les lèvres se resserrent pour laisser entre elles une petite ouverture, surtout lorscju’on veut pousser la salive au loin : la pointe de la langue, chargée de salive, s’approche de leur ouverture , se retire aussitôt , et laisse le fluide derrière cette ouverture, à travers laquelle l’air poussé avec force le chasse au dehors.
§ X. Région palatine.
Les muscles qui s’y trouvent appartiennent tous aux mouvemens du voile du palais : ce sont les péri staphylins interne et externe, le palato-staphylin . le pharyngo-staphylin, et le glosso-staphylin.
Muscle péristaphjlin interne. Grêle, allongé, arrondi en haut, aplati en bas, situé sur les côtés de l’ouverture postérieure des fosses nasales. Il naît, par de courtes aponévroses, en partie de la face inférieure du rocher , au-(|gvant du trou carotidien, et en partie du cartilage de la trompe d’Eustache. De là, il descend obliquement en dedans, et gagne le voile du palais, dans l’épaisseur duquel il se termine, en se confondant avec celui du côté opposé et avec le palato-staphylin. Il correspond en dehors au péristaphylin externe qu’il côtoie, et au constricteur supérieur ; en dedans , à la membrane pharyngienne.
Muscle péristaphjlin externe. Allongé, aplati, réfléchi sur lui-même, placé dans le voile du palais et le long de la fosse ptérygoïde. Il s’implante à la partie supérieure de cette dernière et à la partie voisine du cartilage de la trompe, par des fibres aponévrotiques très-sensibles; il côtoie, dans une direction verticale , le côté interne de cette fosse jusqu’au crochet qui la termine , et dégénère avant d’y arriver en une aponévrose qui se fronce sur ellemême pour se réfléchir sur le crochet, où elle est maintenue par un petit ligament. Cette aponévrose change ensuite de direction, se porte horizontalement en dedans, s’épanouit daasd’épaisseur du voile
du palais, passe au-devant du péristaphylin interne, vient, en s\missant à celle du côté opposé, s’attacher à la crête inférieure de la portion horizontale de l’os palatin, et forme avec elle un tissu dense et serré, qui assure en haut la résistance du voile du palais.
Ce muscle, dans sa portion perpendiculaire, se trouve placé entre le ptérygoïdien interne, qui est en dehors, la lame interne de l’apophyse ptérygoïde et le constricteur supérieur, qui sont en dedans ; sa portion horizontale occupe l’épaisseur du voile.
Muscle pcdato -staphylin. Petit faisceau charnu, allongé, placé dans l’épaisseur du voile et de la luette. Implanté au-dessous de l’épine nasale postérieure, à l’aponévrose résiiîtant du concours des deux péristaphy lins externes, il descend verticalement à côté de son semblable vers la luette, à laquelle il se termine. En arrière la membrane pituitaire, en devant le péristaphylin interne, lui correspondent.
Muscle pharyngo-staphy'Un.Wmce^ aplati d’avant en arrière en haut, et de dedans en dehors en bas, plus large à ses extrémités qu’à son milieu , placé sur les côtés du pharynx , dans l’épaisseur du pilier postérieur du voile du palais. Il prend inférieurement naissance , par quelques fibres , du cartilage thyroïde, et par le plus grand nombre, d’un entrelacement charnu qui lui est commun avec le stylo-pharyngien et le constricteur moyen, et où il est difficile de distinguer ce qui appartient à chacun. Il monte de là, en convergeant, dans le pilier postérieur du voile, puis s’élargit de nouveau en pénétrant dans 4’épais-.
seur de ce dernier, où il s’aplatit en sens opposé, et où il va se fixer à l’aponévrose du péristaphylin externe et à la partie postérieure de la voûte palatine. La partie de ce muscle qui occupe le pharynx et le pilier est entre leur membrane muqueuse et les constricteurs; celle qui se trouve dans le voile est au-devant du péristaphylin interne.
Muscle glosso-staphjUn. aplati, as-
sez irrégulier, occupant le pilier antérieur du voile. Nées des parties latérales de la base de la langue, ses fibres se rapprochent en montant dans l’épaisseur du pilier antérieur, et parviennent au voile du palais, où elles se confondent avec les pharyngostaphylin et péristaphylin externe. Ce muscle est logé entre la membrane palatine et le constricteur supérieur.
. Moiwemens.
Nous avons laissé plus haut le bol alimentaire franchissant l’isthme du gosier : voyons maintenant comment se comporte le voile du palais dans ce trajet. Les deux péristaphylins se contractent ; l’interne pour soulever, l’externe, dont l’action ne doit s’exprimer que de l’endroit de sa réflexion, pour élargir en même temps le voile, qui s’applique alors sur l’ouverture postérieure des cavités nasales et sur l’orifice de la trompe d’Eustache, afin de prévenir le passage des alimens dans Fune ou l’autre C’est lorsque ce mouvement ne s’est pas effectué convenablement, qu’on voit une partie du bol alimentake passer dans les fosses nasales, ou bienre
venir par la bouche, ou enfin des fluides s’engager dans la trompe d’Eustaclie. J’observe, au reste , que le soulèvement du voile du palais au moment de la déglutition est singulièrement favorisé par l’élévation de la base de la langue et du pharynx, d’où résulte le relâchement des piliers, et par conséquent des glosso et pharyngo-staphylins.
Les parties conservent le meme rapport jusqu’à ce que le bol alimentaire ait déjà parcouru un certain trajet dans le pharynx par le mécanisme que nous indiquerons. Alors plusieurs circonstances concourent à l’abaissement du voile du palais : d’abord son propre poids, par suite du relâchement des muscles qui l’avaient élevé, puis la contraction des glosso et pharyngo-staphylins, jointe au tiraillement des piliers occasioné par l’abaissement de la base de la langue et du pharynx.
Des phénomènes à peu près analogues à ceux que nous venons d’exposer se passent dans le vomissement, avec cette différence qu’au moment où le voile du palais se soulève pour boucher l’ouverture des fosses nasales et la trompe , et empêcher le passage par cette voie des matières rejetées, la base de la langue est abaissée et l’isthme agrandi pour favoriser leur retour par la bouche. Aussi les muscles des piliers tendant ainsi à abaisser le voile , que les péristaphylins relèvent, il est plus fréquent , dans ce cas que dans la déglutition, de voir une partie de ces matières sortir par les cavités nasales. D’ailleurs le trouble qui existe alors, et d’où naît une certaine irrégularité dans les contractions musculaires, est une cause nouvelle qui fait cpie le voile du pa-
lais ne remplit pas, dans cette circonstance, ses fonctions avec autant d’exactitude que dans l’état naturel.
La luette est étrangère à ces divers mouvemens, quelle accompagne seulement ^ mais elle a une action isolée très-réelle, comme on le voit en ouvrant la bouche : son releveur, qui est bien certainement 1 agent de cette action , a meme cela de particulier, qu il est extrêmement susceptible de se paralyser. On ne peut guère douter que la mobilité de la luette n ait quelque liaison avec l’usage qu’elle remplit manifestement d’interdire le passage, si on peut s exprimer ainsi, aux substances qui n’ont pas été suffisamment imprégnées des sucs salivaires, en déterminant, par l’irritation quelle en éprouve, le soulèvement du pharynx, de l’œsophage et de l’estomac , irritation qui est due à l’extrême sensibilité dont elle jouit.
Il est difficile d’assigner avec exactitude jusqu’à quel point et de quelle manière le voile du palais peut modifier les sons : seulement on sait que sa destruction imprime à la voix un caractère tout particulier, la rend moins sonore , etc.
11 est un autre phénomène à la production duquel le voile du palais concourt, et qu’aucun auteur n’a expliqué : c’est \ expectoration ^ notamment dans le cas où des crachats épais et tenaces traversent difficilement l’isthme du gosier, et où il faut, comme Ion dit, les arracher. Voici alors ce qui arrive : le mucus chassé par les efforts de la toux traverse les bronches, franchit la glotte et parvient dans le pharynx; alors les giosso et pharyngo-staphylinsse con-
tractent, rapprochent la base de la langue du voile du palais, et forment ainsi une ouverture étroite derrière laquelle est poussé le crachat, et qu’il traverse ensuite par une nouvelle impulsion de l’air venu des bronches, lequel franchissant avec rapidité cette étroite ouverture, entraîne avec lui le crachat dans la bouche. Quand il y est arrivé, le labial se resserre; une petite ouverture reste entre les lèvres, l’air poussé par une nouvelle expiration y passe avec rapidité, et entraîne de nouveau le crachat. Dans les cas ordinaires, ce dernier mécanisme est le seul qui préside à la sortie des crachats, qui sont tout de suite portés d’abord dans la bouche , puis par la pointe de la langue devant les lèvres, par l’ouverture rétrécie desquelles l’air les chasse : c’est aussi le mécanisme de l’exputation, comme je l’ai dit plus haut.
§ XI. Région pharyngienne.
Quatre muscles la composent : trois, nommés coirstincteuj's ^ sont distingués par leur position; un autre s’appelle stylo -pharyngien. Tous occupent les parties postérieures du pharynx, l’antérieure étant formée par la base de la langue , le larynx, etc.
Muscle constricteur inférieur. Large , mince, aplati, très-irrégulièrement quadrilatère, situé à la partie postérieure et inférieure du pharynx. Ses fibres naissent en dehors, quek[uefois du premier anneau delà trachée-artère, où elles sont alors peu nombreuses, toujours de bipartie externe du cartilage cricoïde, de la petite corne du cartilage thy-
roïcle et de sa ligne oblique, près le sterno-thyroïclien, endroit d’où elles partent en grand nombre. Toutes se dirigent ensuite en arrière, en dedans et en haut, les inférieures un peu obliquement, en formant avec les opposées un angle rentrant sous lequel passe le nerf récurrent, les suivantes de plus en plus obliquement, de sorte quelles se réunissent avec celles du côté opposé, à angle d’autant plus aigu qu’on les examine plus supérieurement. Un raphé peu sensible indique la réunion générale des deux muscles.
Le constricteur inférieur est appliqué en arrière sur la colonne vertébrale, où un tissu cellulaire lâche , non graisseux , l’unit aux muscles et aux ligamens qui s’y rencontrent. Sur les côtés, la glande thyroïde et l’artère carotide l’avoisinent. En devant, il recouvre le constricteur moyen, le pharyngo-staphylin et le stylo-pharyngien, la membrane pharyngienne et les deux cartilages auxquels il s’insère.
Muscle constricteur moyen. Mince, aplati, à peu près triangulaire, situé à la partie moyenne et postérieure du pharynx. Il prend naissance en dehors de la petite corne, le plus souvent aussi de la grande corne de l’os hyoïde, et un peu du ligament stylohyoïdien. De cette triple origine , les fibres se portent à la partie postérieure du pharynx, dans des directions différentes, les inférieures de haut en bas, les moyennes transversalement , et les supérieures de bas en haut. Toutes se réunissent par un raphé moyen à celles du muscle opposé, forment en bas un angle très-aigu caché par celui du constricteur inférieur, et en haut un angle semblable cpai va se
DES MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDANCES. Sg
fixer à Fcipopliyse basilaire par un tissu serré, et meme par une espèce d’aponévrose à laquelle le précédent se fixe aussi.
Leconstricteur moyen correspond extérieurement et vers son origine à l’artère linguale et à l’hyoglosse, puis au constricteur inférieur et à la colonne vertébrale. Intérieurement il est uni au constricteur supérieur, au stylo-pharyngien , au pharyngo-stapliylin, et à la membrane pharyngienne.
Muscle constricteur^ supérieur. Mince , aplati , différent des précédens par sa forme irrégulièrement quadrilatère , occupant le haut du pharynx. Il a en dehors quatre insertions, savoir, de haut en bas, i^à la moitié inférieure du bord de l’aile interne de Fapophyse ptérygoïde; en arrière d’une aponévrose étendue entre cette apophyse et la partie postérieure du rebord alvéolaire inférieur, aponévrose commune aussi au buccinateur; 3'^ à l’extrémité de la ligne maxillaire interne; 4^ enfin sur les côtés de la base de la langue. De ces diverses origines , les fibres charnues vont gagner le milieu de la paroi postérieure du pharynx, dans une direction à peu près transversale, et s’unir à celles du côté opposé; si ce n’est les supérieures, c{ui, décrivant une courbure dont la concavité est en haut, vont se fixer à l’apophyse basilaire, en sorte qu’une portion de la membrane pharyngienne est immédiatement appliquée en haut sur la colonne vertébrale.
Ce muscle correspond en arrière et en dedans au précédent. Sur les côtés, il forme avec le ptérygoïdien interne un espace triangulaire rempli de tissu cellulaire , et dans lequel se trouvent le stylo-glosse,
6o APPAREIL DE LA LOCOMOTION.
le Stylo-pharyngien J l’artère carotide, la veine jugulaire interne, le nerf qu’on nomme grand sjmpathiq^ue ^ ceux de la huitième et de la neuvième paire, et le spinal. En devant, il est appliqué sur le péristaphylin interne, lepharyngo-staphylin et la membrane muqueuse du pharynx.
Muscle stjlo-pharjjigiejz.KWon^é , mince, arrondi en haut, aplati en bas, placé à la partie latérale et postérieure du pharynx. Il s attache par de courtes fibres aponévrotiques à l’apophyse styloïde près sa base, descend en dedans et en arrière, s’engage en s élargissant sous le constricteur moyen, s’épanouit dans le pharynx, s’y perd en partie en s’y confondant avec les constricteurs et le pharyngo-staphylin, et va en partie fixer ses fibres au cartilage thyroïde et à l’os hyoïde. Ce muscle, placé en haut, avec les carotides, la jugulaire interne, le stylo-hyoïdien, etc., dans l’espace triangulaire qui reste entre le ptérygoïdien interne et le constricteur supérieur, se trouve en bas entièrement caché dans les parois du pharynx.
Mouvemens,
Le pharynx exécute c[uatre mouvemens principaux .ils ele ve , il s abaissCj il se dilate et il se resserre. En general, 1 élévation coïncide avec la dilatation, et 1 abaissement avec le resserrement.
^ A l’instant de la déglutition , cette cavité est dilatée et élevée, parce que, d’un côté, l’os hyoïde et le larynx , portés en haut et en devant pour soulever la base de la langue, entraînent dans ces sens 1 extrémité des constricteurs moyen et inférieur qui
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s’y attachent, par conséquent îa paroi antérieure du pharynx; et parce que, d’un autre côté, les angles supérieurs de ces muscles, qui se fixent à l’apophyse basilaire directement ou par l’intermède d’un tissu dense , et le stylo-pharyngien qui vient s’épanouir dans la paroi postérieure, retiennent cette paroi en arrière en la portant aussi en haut ; en sorte que les deux parois du pharynx sont élevées , tandis que l’antérieure est portée en devant, la postérieure restant en arrière, ce qui occasione l’élargissement. Le haut de cette cavité , dont les fibres se fixent aux apophyses ptérygoïdes, est presque étranger à ce mouvement, qui y est inutile, puisque cette partie ne correspond point au bol alimentaire.
Celui-ci ayant été reçu par le pharynx, cette cavité redescend , parce que ses fibres attachées à l’apophyse basilaire et le stylo-pharyngien se relâchent, ainsi que les muscles qui ont élevé fos hyoïde , le cartilage thyroïde et la base de la langue ; en sorte que, par ce relâchement, le bol alimentaire qui , à son entrée dans le pharynx , correspondait à l’isthme du gosier, se trouve tout à coup bien au-dessous sans aucun effort musculaire. De cet abaissement naîtrait le rapprochement des deux parois du pharynx, si cette cavité était vide; mais sa plénitude nécessite une cause plus active de resserrement : alors les fibres des trois constricteurs , celles surtout qui sont transversales , se contractent successivement de haut en bas , en sorte que le bol alimentaire est forcé de descendre dans l’œsophage.
Dans le vomissement ^ le pharynx est d’abord élargi par les matières qu’y pousse Fœsophage , puis
soulevé en devant par les muscles qui agissent sur l’hyoïde et le cartilage thyroïde , en arrière par les fibres qui vont à l’apophyse basilaire , et par le stylo-pharyngien.
D’où l’on voit que , dans le premier sens , le pharynx n’a point de mouvemens c[ui lui soient propres , qu’il obéit à ceux des parties auxquelles se fixent ses constricteurs , que ce n’est que dans le second sens qu’il se meut par lui - meme. On conçoit aussi comment l’action musculaire est es-
sentieile à la déglutition : la pesanteur n’est pour rien dans ce phénomène , qui est empêché dans les paralysies des constricteurs et des stylo-pharyngiens. Quand ces muscles agissent, la membrane min^ueuse se ride, parce quelle n’est pas susceptible de contraction comme eux : ainsi le- front est ridé par Faction du frontal , les paupières par celle du palpébral.
Remarques sur les Moiwemens généraux
de la Face.
11 est peu de divisions , dans le système musculaire , dont la mobilité soit plus marquée , plus souvent en exercice et en même temps plus variée, que celle de la face. Cette mobilité , relative en partie à la digestion , l’est principalement à nos rapports avec nos semblables ; et comme l’homme est essentiellement par sa nature destiné à la société, il a, dans cette division du svstème musculaire , un moyen d’exprimer ce qui se passe en lui , qu’aucun autre animal ne possède à un si haut degré. On a dit
depuis long-temps que Fœii est le miroir de Famé 5
en appliquant ce mot à toute la face , on n’eût pas été moins vrai. Or, Famé a deux choses à exprimer: 1® les voûtions qu’elle prend consécutivement aux jugemens qu elle a portés , voûtions c[ue la raison app rouve , et qu’elle est toujours la maîtresse de supprimer ou de modifier à son gré; 2*^ les agitations intérieures qu’elle éprouve dans les passions , agitations que la raison réprouve souvent , auxquelles le jugement est étranger , et quelle ne peut souvent maîtriser. Ces deux états intérieurs, dont le premier est uniquement lié à l’état d’intégrité du cerveau, et dont le second porte son influence spéciale sur les organes de la vie intérieure, ces deux états que plusieurs philosophes ont exprimés en admettant deux principes en nous, l’un rationnel, que la volonté dirige, l’autre irrationnel, échappant à son empire, et qui ont donné lieu à plusieurs de considérer l’homme comme double , homo duplex , ces deux états de l’âme ont chacun à la face leur moyen d’expression. J’ai fait observer plus haut que c’est par le geste, qui, dans la face, a son siège spécial dans l’œil , que cette partie indique les voûtions de l’âme qui succèdent à Fexercice des fonctions intellectuelles, du jugement en particulier. J’ai montré, d’un autre côté , dans Y Anatomie générale , comment les agitations intérieures des passions , qui échappent à la volonté , ont pour indices extérieurs, sur la face, le système capillaire, c[ui, plus prononcé là qu’ailleurs, se pénètre ou se vide de sang avec une extrême promptitude, suivant telle ou telle passion , et qui est soustrait à l’empire de la volonté parce qu’il appartient à la vie organique , en sorte
64 appareil de la LOCOMOTIOIN".
qu on ne peut simuler par lui les passions ; 2® le système musculaire ^ cjui^ se contractant en divers sens J suivant les passions qui agitent Famé , forme presque a chacune une phy sionomie particulière y physionomie c[ui se développe involontairement dans les orages delame , mais qui peut être simulée dans son état de calme. Je ne traiterai pas ici des formes mille fois varices que les passions donnent à la face : nous avons vu la part isolée que chaque région prend aux mouvemens qui s y passent alors. Je vais seulement m occuper cFune autre espèce de mouvemens , qui n’est le plus communément que 1 extieme de ceux-ci i je veux parler des ^viinciccs .
Cet état particulier de la face na, je crois ^ fixé jusqu’à ce jour l’attention d’aucun physiologiste. Il consiste dans l’exagération en plus ou en moins des mouvemens naturels. C’est la bouche surtout qui est le siège des grimaces, à cause de sa grande mobilité dans tous les sens : tantôt eîie est énormément ouverte ; tantôt , les lèvres étant rapprochées, la fente quelles laissent entr’elles s’agrandit outre mesure par Faction des zygomatiques ; tantôt les angles se dépriment fortement. L’ouverture des paupières concourt moins souvent aux grimaces , auxquelles celle du nez ii’a rapport que par la partie postérieure de ses ailes. Pour peu qu on se rappelle le système musculaire facial, rien ne sera plus facile que de concevoir le mécanisme des formes mille fois variables que la face peut prendre alors. Je n’indiquerai point ce mécanisme ; je remarquerai seulement que la plupart des grimaces , comme la plupart des passions, se rapportent à deux grands types généraux :
DF.S MUSCLES ET DE LEURS DÉPENDA]>rCES. 65
les unes épanouissent les traits les tirent eia dehors, ayant spécialement pour ^ens les muscles zygomatiques ; les autres les resserrent, en les tirant surtout en bas par la contraction spéciale des abaisseurs de l’angle de la lèvre et des peauciers. Il résulte de là que la plupart des grimaces dessinent en plus, sur la face, ce que les passions y dessinent en moins. Sous ce rapport , les premiers ne sont que l’extrême de l’expression des secondes. Gomment se fait-il donc qu’une face où la tristesse vraie ou simulée abaisse un peu les traits nous affecte péniblement; tandis qu’une autre où les traits sont abaissés seulement d’un degré de plus détermine un rire presque involontaire ? car on sait que le ridicule est attaché à toutes les grimaces , et que le rire est l’effet inévitable du ridicule. Je n’en rechercherai point la cause ; je remarquerai seulement que ce phénomène se rallie à une foule d’autres analogues. L’acteur nous attendrit par un geste de douleur ; s’il dépasse un peu les limites de ce geste , il devient ridicule. Qui n’a remarqué, dans la déclamation , que telle intonation , tel accent portent dans l’âme un sentiment pénible ; tandis que tel autre, qui ne diffère de celui-ci cjue par un degré de plus, devient ridicule? Cette observation peut se faire au barreau comme au théâtre. La déclamation parodiée d’une tragédie ne consiste qu’en une augmentation souvent légère dans l’intonation , les gestes et l’expression de la figure. Les grimaces sont véritablement la parodie de l’expression naturelle que les passions donnent à la face : or, de cette expression à sa parodie il n’est qu’une nuance , tant sont étroites
les bornes dans lesquelles la nature a circonscrit le vrai. Voyez J en peinture ,^ombien ^ dans les tetes qu’animent les passions ^ ce qui nous attache et ce qui nous intéresse est voisin de ce qui nous tait rire. Un coup de pinceau de plus a détruit 1 illusion que le peintre voulait produire , parce que ou finit la vérité de l’expression, là commencent les grimaces. L’idée de grimace ne s’attache communément qu à la face 5 mais tout geste , tout mouvement outré, et contre nature par conséquent, des membres supérieurs ou inférieurs , produit sur nous le meme effet, et souvent Facteur qui est vrai par sa physionomie , n’est pas naturel par les gestes de ses membres, parce que la vérité de l’expression est comme la beauté , c’est dans l’ensemble du corps , et non dans une partie isolée , qu elle résidé. Voilà pourquoi les contre-sens sont si communs dans l’expression simulée des passions ; tandis que jamais nous n’en commettons quand elles agitent réellement notre âme^
Dé\^eloppement des Muscles de la Face.
Les muscles faciaux partagent le caractère de tous les autres. Dans le premier âge , ils sont peu saillans, à formes peu prononcées ; la plupart même se trouvent comme confondus : tels sont surtout ceux qui viennent se rendre aux lèvres. L’élévateur de la supérieure , l’élévateur commun , une partie du palpébral, le dilatateur du nez en haut, en bas l’abaisseur de l’angle, l’abaisseur de la lèvre, le releveur du menton , sont tellement unis qu’on ne peut tirer entr’eux aucune ligne de démarcation:
on dirait qu’ils forment un muscle unique avec le labial. Ce n’est c|u’à mesure que les besoins ou les passions de l’enfant le déterminent à des mouvemens J que, chacun agissant en un sens qui lui est propre, commence à devenir distinct de ses voisins, et à présenter des limites au scalpel. Plus lesmoiivemens de la face se multiplient , plus ces limites deviennent tranchées : de là l’expression des muscles faciaux dans les personnes à passions vives, dont l’état y nécessite des mouvemens habituels. Le fœtus dans le sein de sa mère ne paraît point .mouvoir les parties diverses de sa face , comme il le fait souvent pour celles du tronc et de ses membres.
Les régions orbitair^îs et palpébrales sont celles dont la portion osseuse est le plus développée dans la face ; ce sont elles aussi qui présentent les muscles les plus prononcés chez l’enfant nouveau-né.
Quant aux muscles des régions qui avoisinent la bouche, comme ceux des régions maxillaires supérieure et inférieure, de Fin ter- maxillaire , de la temporo-maxillaire meme, etc., ils présentent une disposition particulière. En effet, la partie inférieure de la face étant très-courte , par le non- développement des dents , Fintervalle de leur double insertion est trop court pour eux ; ce n’est qu’après la 1 dentition qu’une juste proportion s’établit. Lorsque : les muscles sont exactement disséqués chez le fœtus,
I et c|u’on rapproche l’une et l’autre mâchoire , on voit manifestement le grand zygomatique , le masi seter , les élévateurs de la lèvre supérieure , les ! abaisseurs de l’inférieure , le canin , et surtout le ' buccinateiir ; on voit , dis-je, ces muscles, paries
plis et les rides qu’ils forment, offrir un excès de longueur sur l’espace qu’ils remplissent. Cependant sur le vivant ils ne se rident point ainsi , à cause de la grande contractilité dont iis jouissent alors *, •A® parce que les lèvres sont plus grandes à proportion que les gencives ; 3® parce que la plupart ont une cause de distension dans la boule graisseuse beaucoup plus considérable à cet âge qu’à tout autre qui occupe l’intervalle du buccinateur et du masseter, et que j’ai indiquée dans ï Anatomie générale. C’est cette boule qui rend si saillante la joue des enfans ; elle diminue à proportion que les dents poussent : elle est constante.
J’ai déjà observé que la longueur proportionnelle des lèvres chez le fœtus , longueur beaucoup plus que suffisante pour qu’elles se touchent quand les mâchoires sont rapprochées , favorise beaucoup la gouttière saillante en devant quelles sont obligées de faire dans la succion du lait.
En général , on sait que la face de l’enfant porte une expression toute différente de celle de l’adulte. Sans doute la structure osseuse y est pour beaucoup ; mais les muscles n’y concourent pas moins. En général , on ne peut jamais juger de ce que sera la face de l’adulte, d’après ce qu’est celle du fœtus ou de l’enfant : la beauté, la laideur peuvent se succéder sur le meme visage par le mécanisme seul de l’accroissement. Karement la figure est désagréable dans le premier âge. Le haut de la face plus prononcé proportionnellement que le bas, à cause des orbites etducoronal, fait différencier totalement son aspect général 5 en sorte que le plus souvent le même in-
cliviclu ne se ressemble point dans la première année, et clans celles c[ui suivent radolescencc : c’est du développement des sinus , de la poussée des dents , de la diminution de la boule graisseuse cpii occupe la joue / etc. , c[ue date surtout le caractère que doit conserver toujours la physionomie.
D’ailleurs, à cette époque, la répétition successive des mouvemens faciaux commence à sillonner les traits. Or, ce sont les traits c|ui rendent la face expressive : elle ne peut donc Tétre chez l’enfant. L’adhérence des muscles faciaux à la peau, surtout autour des yeux, des lèvres, etc., adhérence qui fait qu’ils ne peuvent agir sans lui coramunicjuer leurs mouvemens, est la cause principale des traits qu’ils y sillonnent; ceux des membres, siibjacens à une aponévrose, ceux du tronc, séparés de la peau par une couche celluleuse épaisse , ne peuvent y laisser aucune trace. La physionomie est donc un résultat de la disposition du système musculaire facial : supposez une aponévrose le recouvrant partout, le caractère, les passions, le geste, etc., deviennent aussitôt étrangers à la face; elle cesse de les exprimer : elle n’est, pour peindre l’état de Famé, pas plus que les bras, ou les cuisses ; l’œil seul alors sert à cet usage.
Le développement considérable de la langue chez le fœtus détermine dans les muscles qui la meuvent un développement correspondant : tous sonttrès-prononcés, très-distincts; sous ce rapport aucun n’est avant eux à la face. La succion, que la langue exécute principalement alors, parait éti'C la cause de cette disposition , qui est très-remarquable; car c’est par cette fonction que Feiifaut se nourrit d’al)oi;d.
yo APPAREIL^BE LA LOCOMOTION.
Les agens de la mastication, le masseter, le temporal et les ptérygoïdiens sont peu marqués chez lui. Le défaut de saillie dans les apophyses ptérygoïdes, et de profondeur dans leur fosse, en est la cause principale dans ces derniers. Le peu d’étendue du muscle temporal parait plus sensible encore quand il est disséqué, par le grand développement du crâne qui contraste avec le sien. Les muscles du voile du palais et du pharynx sont à peu près dans la meme proportion de volume qu’ils doivent l’étre par la suite.
Dans l’âge adulte, la face ne change pas beaucoup dans son système musculaire : seulement les muscles qui y sont le plus habituehement exercés conservent une espèce de prédominance sur les autres; en sorte que, dans l’état de repos, ils surmontent souvent un peu leurs antagonistes. Voilà pourcjuoi ceux que des passions colériques agitent fréquemment ont souvent les sourcils habituellement froncés , par la prédominance qu’ont acquise leurs sourciliers, etc.; pourquoi la face est constamment épanouie par la prédominance des zygomatiques, etc., chez ceux pour qui des émotions gaies sont très-fréquentes ; pourc|uoi de longs chagrins, augmentant Faction de l’abaisseur de l’angle des lèvres, etc., font que cet angle est toujours un peu plus déprimé. En général, les passions qui ont pour mode d’expression le système musculaire , et qui se répètent souvent, laissent sur la face une espèce d’empreinte caractéristique qui tient à la prédominance qu’acquièrent les muscles qui les exercent. Les 'passions] qui ont surtout le système capillaire
DES MUSCLES ET DE LEURS DlEPEWDANCES. 7I
pour moyen d’expression présentent moins ce phénomène^ qui n’est c|u’une conséquence des lois du système musculaire : ainsi voit-on les divers arts qui exercent fréquemment tels ou tels muscles, leur donner sur leurs antagonistes une supériorité telle, que dans l’état de repos, où la contractilité de tissu tend partout aies mettre en équilibre, ils l’emportent toujours un peu. Yoilà comment certaines espèces d’aliénations, qui, changeant pour ainsi dire le caractère moral, font des passions gaies ou tristes une habitude contre nature, impriment à la longue un caractère particulier à la face, considérée meme dans l’état de repos.
Chez le vieillard, le système musculaire facial éprouve des cliangemens de rapports. La chute des dents fait que les lèvres et les joues deviennent trop longues à proportion des parties dures. Mais comme les muscles n’onî plus le ressort dont ils jouissaient dans le premier âge, comme la boule graisseuse qui occupait alors la joue ne s’y trouve plus, les parties molles, au lieu d’être tendues, comme chez l’enfant, OLiily aaiissi une disproportion entre elles et les os, disproportion qui est même plus marquée à cause du défaut de sinus qui existent chez le vieillard, deviennent flasques, pendantes, et présentent plus qu’en aucune autre région du corps, l’indice ineffaçable du terme de la carrière humaine, llemarquez, à ce sujet, cjue si la face est de toutes les parties du corps celle où se peignent le mieux les révolutions morales, les orages des passions, etc., elle est aussi une de celles où se tracent le plus sensiblement les révolutions physiques des âges.