‹ Traité d'anatomie descriptive de Xavier BichatChapitre 1 sur 56 · SENS INTERNES · texte numérisé non relu

SENS INTERNES

CONSIDÉR ATIONS GÉNÉRALES.

Cet appareil, le plus important de ceux de la vie animale, centre commun où arrivent les sensations externes, et d’où partent les mouvemens volontaires, occupe la cavité du crâne et celle du conduit vertébral, qui y fait suite. Il est composé, i° d’un organe mou, pulpeux , offrant peu de résistance , facile par là à céder aux lésions extérieures s’il n’était efficacement protégé; 20 de diverses membranes qui entourent cet organe.

Il n’y a, je crois, que très-peu d’exemples bien connus où cet appareil ait manqué en totalité. Mais les monstruosités où il n’est que partiellement développé ne sont point rares : elles constituent les acéphales, qu’on peut rapporter à certaines divisions fondées sur le nombre plus ou moins grand de parties qui manquent à la masse cérébrale.

Quelquefois, dans les fœtus hydrocéphales, les ventricules sont tellement distendus par la sérosité qui s’y accumule, que la substance cérébrale , réduite aune membrane mince et transparente, est évidemment incapable de remplir ses fonctions. La ni.

distension porte spécialement sur la convexité du cerveau; le cervelet et surtout la protubérance cérébrale restent intacts. J’ai vu deux exemples de cette disposition : la substance du cerveau n’était guère plus épaisse que la dure-mère, au niveau des pariétaux. Cette disposition anatomique est souvent le principe des acéphales, comme l’a fait observer Haller. En effet, le cerveau se rompant dans le sein de la mère, l’eau qu’il contenait s’épanche, cet organe s’affaisse, et , à la naissance, on ne trouve pour ainsi dire qu’un résidu cérébral grisâtre et comme membraneux; mais le cervelet et la protubérance restent. Si la dure-mère et la membrane qui remplace les os crâniens restent intactes, on trouve à la place du cerveau une poche remplie d’eau. Reinmel cite un exemple d’une semblable disposition. Si ces membranes se rompent aussi , l’eau se mêle à celles de la mère, et on n’observe à la naissance que la base du crâne, que surmontent le cervelet et la protubérance, à laquelle tiennent souvent encore ses prolongemens (i).

(i) On distingue avec raison aujourd’hui Y acéphalie ou absence complète de la tête, de l’ anencéphalie ou absence d’une portion plus ou moins considérable de l’encéphale ou de ses enveloppes osseuses. Si des auteurs d’un très-grand mérite ont pu soutenir que Y anencéphalie est le résultat d’une accumulation considérable de sérosité, d’une hydrocéphale qui détruit l’organe encéphalique primitivement formé suivant le type normal , on ne peut du moins attribuer à une pareille cause Y acéphalie proprement dite. Lorsqu’un acéphale est totalement dépourvu de la tête, du cou, du dos , de la poitrine, de presque toute la moelle épinière, il est impossible que les parties aient été détruites par

Au défaut du cerveau se joint quelquefois celui du cervelet et de la protubérance cérébrale. Alors il ne reste qu’une espèce de noyau sur la base du crâne : les nerfs partent de ce noyau, qui est grisâtre et comme flétri. J’ai eu un exemple de cette disposition.

Il y a des sujets chez lesquels la tète manque quelquefois en totalité : Soemmering en a vu un exemple et en cite un autre. En général, quand la tête reste et que la masse encéphalique manque, la face aune expression particulière, elle est beaucoup plus développée: l’exemple que j’ai eu sous les yeux en était une preuve. Ce qui était de moins dans la nutrition du crâne semblait être de plus dans celle de la face. L’artère carotide externe était beaucoup plus grosse que la carotide interne : disposition inverse de celle qui a lieu dans l’état ordinaire.

une hydropisie. Au moins retrouverait-on les membranes de l'encéphale ou du cordon rachidien ; or il n’en est jamais ainsi , et dans presque tous les cas le rachis est oblitéré à sa partie supérieure et enveloppé de tégumens qui ne laissent voir ni ouverture , ni cicatrice d’ouverture par laquelle aurait pu s’écouler la substance encéphalique ou rachidienne. L’opinion des auteurs qui attribuent V anencéphalie à une hydrocéphale, beaucoup plus vraisemblable , n’est cependant pas non plus appuyée de faits concluans. M. Breschet,à qui nous devons des recherches importantes sur les monstruosités en général , et particulièrement sur celles dont il est ici question, attribue l’anencéphalie comme Facéphalie et la plupart des autres monstruosités , à un défaut primitif de développement , à un état stationnaire de l’organisation du fœtus , survenu à une époque plus ou moins éloignée de la conception. ( K oyez la note suivante.)

( Note ajouté e. )

On cite enfin des exemples d’un défaut Complet de cerveau et de moelle épinière; ce qui sans doute est le cas le plus rare (1).

Tous ces faits mettent hors de doute l’indépendance où est la nutrition , du système nerveux de la vie animale : car, dans tous ces exemples, elle s’est également bien opérée jusqu’à la naissance, ta vie organique est, chez ces fœtus, dans toute son activité. Elle a son organe essentiel, qui est le cœur. On ne cite pas de fœtus ayant vécu sans cœur, comme on en cite qui sont très-bien venus sans cerveau (2).

(1) On n’en connaît qu’un seul exemple, observé par Clarke sur un foetus privé de colonne vertébrale. On n’a jamais observé de monstres qui eussent un encéphale et qui n’eussent point de moelle épinière ; au contraire , la moelle épinière et ses nerfs se forment, chez les acéphales, indépendamment du cerveau, ce qui tendrait à prouver , comme le pense M. Gall , que le cordon rachidien n’est pas une continuation du cerveau , mais que le cerveau est plutôt une production du cordon rachidien.

(2) Il est aujourd’hui reconnu , que la plupart des acéphales sont dépourvus de cœur, mais non pas de vaisseaux; que, par conséquent , contre l’opinion de Haller , les vaisseaux peuvent se former sans la préexistence de l’organe central de la circulation ; que les vaisseaux sont en quelque sorte l’élément organisateur , et que les premiers à paraître sont les veines ; que l’absence dti cœur , comme celle de beaucoup d’autres parties , tient à un développement incomplet , à un développement arrêté dans son cours. Or le développement organique du fœtus s’irradiant de l’abdomen vers les extrémités du corps , c’est dans celles-ci , ainsi que l’observe M. Breschet, qu’une formation imparfaite doit être plus fréquente; et l’extrémité céphalique, la tête, exigeant

Comme dans les fœtus ordinaires la vie animale est presque nulle, le mode d’existence des acéphales ne diffère point du leur; mais, à la naissance, cette vie ne pouvant se développer, faute de son organe central, ils périssent. Je crois que peu défaits prouvent mieux que celui-ci, qu’on a trop exagéré le domaine du cerveau en l’étendant à la nutrition, à la circulation , à la sécrétion , à l’exhalation , et en un mot à toutes les fonctions organiques, tandis qu’il ne préside en effet qu’aux animales; et que j’ai eu raison de tracer d’une manière précise , dans mes ouvrages, les limites de l’influence cérébrale, ainsi que celles du domaine du cœur et du poumon.

une activité plus grande de la force formatrice et des matériaux de nutrition plus considérables, elle doit présenter plus fréquemment que l’extrémité pelvienne cet état d’imperfection. L’abdomen étant la partie fondamentale de l’économie animale, il ne peut jamais manquer ; mais il peut manquer un plus ou moins grand nombre de parties au-dessus et au-dessous de d’abdomen , suivant l’époque de la conception à laquelle le développement s’est arrêté. Si le système vasculaire ne se développe que jusqu’au thorax, il n’y a qu’un tronc sans tête et sans membres ; s’il s’étend à la poitrine et aux membres thoraciques, mais non à la tète, le fœtus est acéphale ; s’il s’étend à la tête, mais d’une manière incomplète , c’est-à-dire avec absence des vésicules destinées à produire l’encéphale et ses enveloppes , le fœtus est anencéphale ; et il peut l’être à divers degrés , suivant le point où s’est arrêté le développement des vaisseaux. ( Vïjez les ouvrages de Chaussier , deCéclard, deMcckel, de Tiedemann, et les excellens articles bicéphale cl Anencéphale insérés parM. Bros— chet dans le Dictionnaire de Médecine. ) ( Note ajoutée. )

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